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------ 365 jours en Bourgogne ------   Le blog de Laurent Gotti

Articles récents

Une cuvée de Chablis aux Hospices de Beaune !

19 Février 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Hospices de Beaune, #Chablis

La 47e cuvée des Hospices de Beaune est un Chablis premier cru ! Le vigneron chablisien Jean-Marc Brocard fait un don d'une vingtaine d'ares de Côte de Léchet à l'institution beaunoise.

"Je suis très enthousiaste, honorée. C'est un beau challenge pour les Hospices de Beaune", réagit Ludivine Griveau, toute nouvelle régisseur des Hospices de Beaune. Une vingtaine d'ares de Chablis Côte de Léchet viennent d'entrer dans le giron des Hospices. La célèbre institution bourguignonne met donc pour la première fois les pieds à Chablis.
La vigne sera conduite par les équipes du domaine Brocard, en bonne entente avec Ludivine Griveau.
Côte de Léchet est un très beau terroir chablisien. Installé sur un calcaire kimméridigien, identifiable par ces fameuses petites huîtres fossilisées, ce terroir a pour particularité d'être exposé au sud et donc de favoriser de bonnes maturités. On y retrouve généralement la fameuse minéralité chablisienne enveloppée dans une matière puissante et généreuse. "La pente est modérée et le sol très pierreux, pauvre", analyse Ludivine Griveau qui a déjà visité la parcelle.

La précédente donation aux Hospices de Beaune date de 2011, avec une parcelle de grand cru Echezeaux (Côte de Nuits). Le nom de la future cuvée n'a pas encore été déterminé.
Le domaine des Hospices de Beaune compte une soixantaine d'hectares principalement en Côte de Beaune et en Côte de Nuits. Un domaine essentiellement constitué par des dons depuis sa création en 1457.

Jean-Marc Brocard fait parti des personnalités qui incarnent le spectaculaire succès chablisien de ces 40 dernières années. Il est pourtant originaire de Côte-d'Or. Son beau-père, vigneron à Saint-Bris-le-Vineux (Yonne) l'a initié au vin. Il a loué ses premières terres en 1974. Jean-Marc Brocard exploite aujourd'hui 150 hectares de vignes et commercialise l'équivalent de 400 hectares.

Rendez-vous à l'automne prochain pour le premier millésime de ce Chablis version Hospices de Beaune !

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Bonneau du Martray : Corton-Charlemagne version biodynamie

16 Février 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Bio

La culture bio change-t-elle le goût des vins ? L'expérience du domaine Bonneau du Martray, et de son fameux Corton-Charlemagne, apporte un nouvel éclairage sur le sujet.

Ne cherchez pas plus loin le fait majeur de ces 15 ou 20 dernières années en Bourgogne : de nombreux grands domaines ont adopté la viticulture bio ou biodynamique. Le choix de la bio est né d’abord d’une volonté d’évolution culturale mais ses conséquences s'en font ressentir bien au-delà. « Nos vins s’en sont trouvé modifiés », expliquent aujourd'hui les convertis. Beaucoup de vignerons évoquent un surcroît de fraîcheur, de longueur, voire de "minéralité". Sensations souvent rassemblées sous un terme plus générique et technique : acidité.

Corton-Charlemagne Bonneau du Martray« Oui, nous trouvons davantage d’acidité chez mes clients en bio. Mais en terme analytique, c’est de l’ordre du chiffre après la virgule… Cela reste très secondaire », affirme l'œnologue-conseil Thierry Moreau.

Chez les vignerons le constat est plus vigoureusement assuré. « En 1997 (Ndlr : millésime aux acidités particulièrement basses), notre œnologue nous a expliqué que nous avions les acidités les plus élevées de toute la Bourgogne », confie Anne-Claude Leflaive, une des pionnières de la viticulture bio. Vincent Dureuil-Janthial, vigneron bio à Rully, confirme : « Je le vois entre les vins du domaine et les raisins que j’achète en négoce. La différence est énorme ».
Le constat ne se limite pas seulement à l'acidité. Moins surprotégées par les traitements systémiques, moins nourries par des engrais chimiques, les vignes bios sont généralement moins productives. Elles donnent naissance à des raisins plus solidement constitués.

Au domaine Bonneau du Martray (Pernand-Vergelesses), les premiers essais en biodynamie ont été menés sur environ un tiers du vignoble à partir de l'automne 2004. A sa tête, Jean-Charles le Bault de la Morinière s'attachait les conseils de Pierre Masson. Malgré quelques réticences sur l'aspect parfois ésotérique de cette approche, le vigneron (architecte de formation) a été convaincu par ce mode de culture. Depuis 2011, la totalité du domaine est conduite en biodynamie. La récolte 2014 sera certifiée "Demeter".
« Je perçois une différence dans la texture des vins. Un caractère plus tactile, davantage de relief », expose Jean-Charles le Bault de la Morinière.
Après dégustation, le 9 février dernier, de quelques millésimes entre 2013 et 1998, les derniers vins élaborés (2013, 2011, 2009) font indéniablement ressortir un caractère épicé (poivré, réglissé) et salin, particulièrement en fin de bouche. Un trait original qui ressort peu ou pas du tout sur les millésimes antérieurs.
 

La dégustation
 

Corton-Charlemagne 2013 (sur cuve)
Un vin en fin d'élevage. La robe est cristalline. Le nez est discret au premier abord mais déploie une belle intensité au fil de l'aération : un fruit à belle maturité s'exprime sur des notes de pêche, d'orange. La bouche laisse une première impression de souplesse puis une belle vivacité va crescendo pour finir sur une tonalité très salivante et saline.

Corton-Charlemagne 2011
Le nez évoque des notes de fruits secs (amande) mais aussi une belle minéralité. La bouche est élancée, finement ciselée. Une relative "légèreté" qui pourrait laisser sur sa faim si elle n'était pas compensée par une persistance en bouche d'une remarquable intensité (sur le poivre). "Il s'est beaucoup dépouillé ces derniers temps. Jeune c'était un vin particulièrement exubérant, floral". Une bouteille qui ne se goûte pas à son meilleur niveau aujourd'hui mais qui paraît très prometteuse.

Corton-Charlemagne Bonneau du Martray 2009Corton-Charlemagne 2009
"C'est un millésime comme on n'en voit pas souvent dans sa vie, expose Jean-Charles le Bault de la Morinière. Le vin semble nous dire : je suis heureux et j'ai envie de vous rendre heureux". Par le soyeux de sa texture en bouche, sa générosité, ce vin est effectivement une invitation à l'hédonisme. L'équilibre est remarquable. Le nez s'exprime sans le moindre complexe sur des notes de pêches et de minéralité. Un vin taillé pour vieillir quelques décennies.

Corton-Charlemagne 2007
La robe ne montre quasiment aucun signe d'évolution. Le nez présente une palette aromatique assez resserrée mais élégante, sur le miel d'acacia. La bouche est plus en dentelle qu'en puissance. Un vin qui souffre de la comparaison avec 2009, mais qui n'a sans doute pas dit son dernier mot.

Corton-Charlemagne 2006
Un corton-charlemagne qui semble évoluer très lentement, avec une robe là encore sur l'or blanc. Des notes d'amande et de miel montent au nez. La bouche dégage une grande harmonie, un caractère "zen". La gourmandise prend le pas ici sur la minéralité et la longueur.

Corton-Charlemagne 1998
Un petit saut dans le temps. Cette fois la robe est dorée, traduction d'une évolution en adéquation avec les 16 années qui séparent ce vin de sa naissance. Le nez présente une belle association de notes toastées, miellées et légèrement beurrées. La bouche est bien en place, équilibrée. Une longueur respectable conclut la dégustation. Un vin à boire sans plus attendre.

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L'Aspérule : les premières lueurs de l'étoile

9 Février 2015 , Rédigé par Laurent Gotti

La toute nouvelle étoile de Bourgogne s'appelle Keigo Kimura. Ce japonais revisite la cuisine française avec beaucoup de raffinement et de précision. A peine installé à Auxerre et déjà consacré par le guide rouge. Trop tôt ?

L'Aspérule est une plante herbacée dotée du pouvoir de détendre l'esprit et d'apaiser les tensions. Elle s'épanouit à l'ombre des forêts alpines. Cette Aspérule-là, très fraîchement étoilée, a pris racine sur les bords de l'Yonne. Sous la férule de Keigo Kimura, élève de Robuchon, Veyrat et Coutanceau.

Le cadre frappe d'abord par son dépouillement et sa simplicité : quelques tables, un serveur seulement, dans une maison ancienne du cœur historique d'Auxerre.

La remarque s'applique aussi au menu. Le choix se limite à deux options sur l'entrée et sur le plat. Trois au dessert. Après une délicieuse gougère à l'Epoisses en amuse-bouche, les Encornets poêlés, navets, ravigote et fines herbes, sont une petite merveille de précision (photo 1). La cuisson est millimétrée et l'aneth, dosé avec un grand raffinement, relève magnifiquement le tout. La Cuisse de Lapin farcie sauce aux algues est un peu moins originale mais travaillée avec beaucoup de justesse (photo 2). En dessert, un blanc manger aux amandes, fruit et coulis d'ananas gingembre, conclut le repas par un mariage gourmand, exotique et très digeste.

Un service d'une redoutable efficacité a accompagné un repas sans accroc.

Un petit bémol : une bise glaciale soufflait dans l'Yonne ce jour-là (jeudi 5 février) et les frileux auront eu du mal à se réchauffer.


Sur la carte des vins : les grands classiques des vignobles voisins (Chablis, Irancy, Saint-Bris) sont là, Raveneau, Dauvissat, Servin, etc., les irancy de Thierry Richoux et David Renaud, les côtes-d'Auxerre de Jean-Hugues et Guilhem Goisot.

 

Les +

Une cuisine gastronomique maîtrisée

Un service efficace

Des prix raisonnables*

Une carte des vins irréprochable

 

Les -

Une carte un peu courte

La salle un peu fraîche ce jour-là

* (Entrée, plat, dessert 29 euros ou 24 euros pour plat, dessert ou fromage ; ou pour le même prix entrée, plat). Le soir, le chef propose un menu dégustation à 55 euros.

Du mardi au samedi
34 Rue du Pont

89000 Auxerre
03 86 33 24 32

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La Romanée : Henry Liger-Belair n'est plus

3 Février 2015 Publié dans #Grand cru

Le général comte Henry Liger-Belair est décédé le 29 janvier dernier. Il a présidé aux destinées du Château de Vosne-Romanée et à son fameux grand cru La Romanée, fleuron de la Côte de Nuits.

Henry Liger-Belair était le fils de Michel, comte Liger-Belair. Ce dernier avait sauvegardé en 1933, avec son frère Just, quelques parcelles d'un domaine familial qui a compté jusqu'à une soixantaine d'hectares à la fin du 19° siècle (dont La Tâche et de nombreux premiers crus de Vosne).
Parmi ces parcelles : La Romanée (monopole de la famille depuis 1826), voisine de la Romanée-Conti et des Richebourg.
Henry Liger-Belair s'est engagé dans une carrière militaire en 1947. Un parcours brillant qui le conduira jusqu'au grade de général.
Il renouait ainsi avec une tradition familiale : son ancêtre le Vicomte Louis Liger-Belair était un général napoléonien. C'est ce dernier qui avait acquis le Château de Vosne-Romanée et ses vignobles.
Pendant qu'Henry Liger-Belair poursuivait sa vocation d'officier, le domaine du Château de Vosne était confié à des métayers pour le travail de la vigne. Des négociants de la région commercialisaient les vins.
Apprenant au début des années 1980 que son jeune fils, Louis-Michel, souhaitait reprendre le domaine, Henry l'incita à entreprendre des études supérieures dans le vin. Louis-Michel Liger-Belair passait notamment un diplôme national d'œnologue en 2001. Finalement, en 2002, Henry et Louis-Michel reprennaient l'exploitation directe de la Romanée. La maison Bouchard Père et fils poursuivra la commercialisation de la moitié la production jusqu'en 2005.
Depuis la Romanée a retrouvé son lustre et son statut de petite sœur de la Romanée-Conti. Elle est exploitée en biodynamie (certifiée). Ce grand cru a pour particularité d'être la plus petite AOC de France (84 ares et 52 centiares) et produit 4 000 bouteilles, les bonnes années…

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Michel Ecard : ce Serpentières n'en démord pas

29 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation

Retour sur une décennie de Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières au domaine Joanna et Michel Ecard. Dix millésimes entre le très bon et l'excellent…

Il est de petits coups d'œil dans le rétro qui rassurent, voire qui confortent. Il y a tout juste 10 ans, Joanna et Michel Ecard décidaient de partir à l'aventure. Reprenant une partie des vignes du domaine familial (domaine Maurice Ecard), ils donnaient naissance à leur propre exploitation. Dans leur bagage, quelques-uns des plus beaux terroirs de Savigny-lès-Beaune : Narbantons, Gravains, Peuillets etc. Sans oublier Les Serpentières, la cuvée phare du domaine.
Dès ces premières années les lecteurs de ce blog ont pu suivre le travail de ce vigneron à la passion communicative.

A l'occasion de cet anniversaire, Michel nous propose de revenir sur la décennie écoulée. Elle a vu se succéder des millésimes très différents, de sérieux pépins de santé , des orages de grêle dévastateurs , etc. Et pourtant, la dégustation de ces 10 millésimes laisse éclater, avec une grande constance, le caractère élégant et suave de ce climat de la Côte de Beaune. La démonstration qu'un grand terroir, conduit par un vigneron talentueux, s'y sont donnés rendez-vous. Pour le plaisir des amateurs de vins de Bourgogne à la recherche de grandes cuvées à prix raisonnables… Les 2011 et les 2012 sont actuellement en cours de commercialisation (21 €) au domaine.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2014 (tiré sur fût) – 16,5  sur 20
Les contours de ce millésime 2014 se dessinent dans un registre flatteur. Le nez propose un joli fruit, subtil (fraise, framboise). La bouche est délicate, mais aussi gourmande et longue. Un millésime qui n'a peut-être pas le fond des plus grandes années mais qui apporte du plaisir.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2013 – 14,5 sur 20
C'est le millésime qui a présenté le plus de fil à retordre à Joanna et Michel Ecard. Le printemps particulièrement humide et sans lumière a donné le ton. Le temps n'a pas été particulièrement clément pendant les vendanges non plus. Et entre-temps la grêle est passée par là… "Nous avons récolté à genoux et sous la flotte. C'était de la cueillette grume par grume. Tout cela pour obtenir seulement deux pièces de vin (600 bouteilles)", se souvient Michel. Le nez demande un peu de temps pour s'ouvrir. Il évoque des notes de fruits noirs (cassis) accompagnées d'une petite touche végétale La bouche est riche, d'une belle densité. Mis en bouteille en octobre dernier, ce Serpentières fait mieux que de la figuration.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2012 – 17 sur 20
Le nez illustre parfaitement le caractère de très belle maturité du millésime. Une année surgie de nulle part qui, dégustation après dégustation, dévoile un potentiel insoupçonné à sa naissance.
Les notes de cerise juteuse, de coulis de cassis s'expriment avec intensité. La bouche est très profonde, d'une puissance inhabituelle pour ce terroir. Il en résulte une personnalité voluptueuse, charnelle. Les rendements se sont établis à seulement 12 hectolitres par hectare avec au final un degré potentiel de plus de 13,5.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2011 – 16 sur 20
Grand contraste après 2012 ! Les notes florales, de framboise, sont de retour. La bouche se dévoile davantage en finesse qu'en puissance elle aussi. Elle ne manque pas pour autant de présence. Cinq années de garde supplémentaires ne devraient pas lui nuire, au contraire. D'une grande élégance et complexité, voilà un très beau pinot noir bourguignon.
Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2010 – 18,5 sur 20
"Après 5 millésimes, j'ai vraiment pris mes marques cette année là". Le résultat est tout simplement magnifique. Tout y est : concentration, fraîcheur, longueur. Le nez se montre d'une remarquable précision exhalant d'envoûtantes notes de violette, de petits fruits noirs, de réglisse. La finale est suave, ciselée. Un vin d'une éclatante harmonie. Il ne dépareillerait pas dans une série de grands Chambolle-Musigny !


Voir la visite de pré-vendanges réalisée une semaine avant la récolte (vidéo ci-desssous).

 

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2009 – 17 sur 20
Millésime porté aux nues dès sa naissance, 2009 déçoit assez rarement. Sa générosité est bien au rendez-vous sur ce Serpentières. Un nez intense révèle des notes de fruits noirs bien mûrs. La bouche est profonde, gourmande. Bon à sa naissance, bon avant la mise en bouteille, bon aujourd'hui. Bon… encore longtemps sûrement !

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2008 – 13 sur 20

C'est le millésime que Michel Ecard renierait presque. Année tardive, marquée par de fortes acidités. Le vin est en effet un peu mordant et étriqué en bouche. L'aération ne lui fait pas de mal cependant.

Savigny-lès-Beaune premier cru Gravains 2007 – 16,5 sur 20
Plus de Serpentières en cave… Michel Ecard propose un Gravains pour suppléer cette lacune. Terroir plus masculin que les Serpentières, apte à donner des vins campés sur des tannins plus marqués, ce Gravains se joue parfaitement de la légèreté du millésime. La bouche s'en trouve généreusement remplie. Le nez associe les fruits noirs confits et une touche d'évolution (champignon). Une réussite.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2006 – 17 sur 20
Le nez très ouvert, évoque de notes de fraises fraîches accompagnées d'un peu de crème chantilly…. La bouche se montre dans sa plénitude, harmonieuse et parfaitement équilibrée. Un millésime de bonne maturité, à boire aujourd'hui et encore quelques années.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2005 – 18,5 sur 20
Premier millésime pour Joanna et Michel Ecard et pas n'importe lequel ! 2005 est l'année de garde par excellence. Démonstration éloquente avec cette cuvée (goûtée régulièrement depuis sa naissance), elle évolue lentement tout en gardant une grande profondeur. Le nez de cassis frais refait son apparition à l'aération. Pour Michel Ecard, ce vin sera à son apogée dans 15 ans. Cela peut paraître audacieux mais il a très certainement raison. Si vous ne pouvez attendre jusque là, ouvrez la bouteille une journée avant de la servir en ayant pris soin de verser un tiers du flacon dans un verre.

 

  • Terroir : Un sol pauvre et calcaire

Comparaison n'est pas toujours raison, certes. Mais au vu de cette série, Les Serpentières n'ont pas de complexe à nourrir devant certains terroirs, bien plus réputés, de la Côte de Nuits. Nous pensons spontanément à Chambolle-Musigny par analogie avec le caractère souvent floral, raffiné au nez comme en bouche qu'offrent les vins de ce climat.
Les Serpentières se situent sur un coteau exposé au sud. Les maturités sont atteintes sans difficulté.
Le nom de ce climat fait référence à des sources qui serpentent régulièrement sur ses flancs.
Le domaine Joanna et Michel Ecard dispose d'un hectare tout rond, planté de vignes âgées de 55, 65 et 80 ans. Un matériel végétal de qualité donnant très souvent des raisins millerandés. La parcelle s'étire de bas en haut et couvre une bonne partie du secteur central du coteau (au-dessus du cimetière de Savigny). Le sol y est très caillouteux, calcaire. Sur cette terre peu épaisse la vigne souffre et reste naturellement peu productive.

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Clos de Vougeot : d'unique à multiple

21 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru

Pendant des siècles entre les mains d'un unique propriétaire, les moines de Cîteaux, le Clos de Vougeot est aujourd'hui un vignoble largement morcelé. Retour sur les deux siècles qui ont tout changé.

Adieu les moines, bonjour les banquiers ! Le 17 janvier 1791, à Dijon la page cistercienne du Clos de Vougeot, 50 hectares et un Château, est définitivement tournée. L'ensemble est vendu, en même temps que le Château de Gilly (autre propriété de Cîteaux située à proximité de l'abbaye). Un certain Louis Focard emporte l'enchère. "Ce marchand de biens parisien a en fait servi d'homme de paille, puisque trois mois plus tard, le 5 mai, il revend l'ensemble au même prix aux banquiers Louis et Antoine Ravel", rapporte l'historien Benoit Chauvin dans son livre "Le Clos et le Château de Vougeot" (Editions du Tastevin).
En 1795, ils rétrocèdent la moitié à l'un des membres de leur famille, également banquier, Louis Tourton. Mais en 1810, les affaires vont mal et le Clos est hypothéqué. C'est finalement Gabriel Jules Ouvrard, en 1816, qui éponge leurs dettes en échange du Clos de Vougeot. Banquier (encore un !) personnel de Napoléon, spéculateur patenté, l'homme traine une réputation peu reluisante. Suit à des imbroglios politico-financiers, son fils Jules prend possession du Clos en 1825.
Voilà enfin un mariage d'amour pour ce terroir légendaire (encore intègre) ! Jules Ouvrard aime la vigne. Difficile de prendre ses goûts en défaut : entretemps, il a racheté la Romanée-Conti, Le Chambertin Clos de Bèze, le Clos du Roi à Corton, etc. ! De plus, il se plait en Bourgogne. Il s'installe à Gilly, devient maire en 1837, puis député de la Côte-d'Or en 1852.

"Il consacre l'essentiel de son temps à gérer ses propriétés viticoles. (…). Et lorsque Jules Ouvrard décède en 1861, la seule interrogation, redoutée des uns, ou espérée des autres, est de savoir si ses héritiers pourront ou non conserver un tel domaine dans son intégralité", note Benoit Chauvin.

Sans descendance, les quatre enfants de sa sœur héritent. L'unité familiale va se maintenir malgré les mauvaises récoltes et la guerre de 1870. Certains biens sont vendus (La Romanée-Conti !) mais l'intégrité du Clos de Vougeot n'est pas encore mise en cause. Le phylloxéra et les mésententes grandissantes dans la famille vont finalement donner le coup de grâce. Le Clos est vendu en 1889 à un marchand de biens de Dijon et à Léonce Bocquet, vigneron à la personnalité haute en couleur. En plus des 15 hectares de vignes (la partie haute du clos), ce dernier reprend également le Château. Le reste du vignoble est rapidement partagés entre une quinzaine de vignerons et négociants de la côte. Ainsi s'achève près de 7 siècles de propriété unique pour le Clos de Vougeot…
Son inévitable morcellement peut débuter. Cette nouvelle ère ouvre aussi une période fastueuse pour le Château. Bon vivant et mondain, Léonce Bocquet reçoit de nombreuses personnalités au Château. Il engloutit une bonne part de sa fortune dans sa restauration. Hommes politiques et artistes s’y succèdent : Sadi Carnot, Paul Claudel, Sarah Bernhardt, etc.

A la mort de Léonce Bocquet en 1920, ses héritiers vendent les vignes. Une vingtaine d'exploitants du secteur accèdent à la propriété dans le Clos. Parmi eux Etienne Camuzet qui reprend trois hectares et le Château. Il met le château à la disposition de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin qui vient de naitre à Nuits-Saint-Georges. Plus tard une société civile des amis du Château se porte acquéreuse et confie, pour un bail de 99 ans et un franc symbolique, le bâtiment à la Confrérie. Au cours des décennies suivantes, les vignes se morcellent au rythme des successions. Plus de 80 propriétaires cohabitent aujourd'hui dans le clos. Certains ne possèdent que quelques centaines de mètres quarrés. D'autres quelques hectares (5,5 ha au mieux). Tous détiennent une partie d'un joyau de la couronne bourguignonne.

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Des grands crus à la Saint-Vincent tournante !

16 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Saint-Vincent

Pour la première fois depuis 1938, date de la création de l'évènement, les participants à la Saint-Vincent tournante pourront déguster un grand cru. Deux cuvées ont été mises en bouteille grâce à la participation de producteurs de ces terroirs uniques.

Voilà un bien joli message envoyé par une quarantaine de producteurs bourguignons. A l'heure où les vins de Bourgogne, grands crus en tête, n'ont jamais été autant convoités et inaccessibles au commun des mortels, ces maisons ou vignerons ont donné une partie de leur récolte pour cette Saint-Vincent 2015. L'opération s'est déroulée sous la houlette de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin et du Comité d'organisation de la Saint-Vincent 2015 (Vougeot et Gilly-lès-Citeaux).
Quelques noms parmi les plus prestigieux de la Côte de Nuits figurent dans la liste  (voir ci-dessous).

Une cuvée unique de Clos de Vougeot et d'Echezeaux ont ainsi été mises en bouteille. Le tout représente un peu moins de 6 pièces (un fût de 228 litres).
Parmi un total de 7 cuvées proposées à la dégustation lors de l'évènement, les participants dûment dotés d'un kit dégustation (15 €) pourront goûter à l'un des deux grands crus. Il ne reste plus qu'à patienter jusqu'au 24 et 25 janvier. Les vins ont été assemblés peu après le décuvage et confiés à l'un des viticulteurs. Ces cuvées sont deux très belles réussites !
Les organisateurs veilleront, sur les conseils du sommelier Michel Smolarek, à ce qu'elles soient servies à bonne température (jamais simple lors d'une manifestation en plein air).

www.st-vincent-tournante.fr


La dégustation

Clos de Vougeot 2013

La robe est profonde à reflets violacés. Un nez expressif laisse percevoir spontanément des notes fumées et épicées. Le fruit, sur le cassis, s'exprime dans un deuxième temps. L'ensemble donne une expression aromatique raffinée et délicate. La bouche se montre davantage sur la souplesse que la concentration. La consistance et la persistance sont bien là.
Un vin élevé dans l'enceinte même du Clos de Vougeot puisque c'est le Château de la Tour (François Labet) qui a finalisé l'élaboration et procédé à la mise en bouteille.

Echezeaux 2013

D'une couleur un peu plus dense que le Clos de Vougeot, cet Echezeaux, annonce un surplus de consistance. Une impression visuelle qui se confirme en bouche. Sa texture affirme des tannins légèrement plus marqués mais aussi une belle enveloppe, suave, en milieu de bouche. La finale est fraîche. Le nez se montre remarquable d'élégance : il exhale de fines notes florales (violette), de fruits noirs bien mûrs. Un vin de caractère. L'élevage a été confié au domaine Méo-Camuzet.
La simple idée de goûter un vin réunissant les Hospices de Beaune, les domaines de la Romanée-Conti, Comte Liger-Belair, Méo-Camuzt et beaucoup d'autres grands noms était déjà un évènement… Le vin est à la hauteur de l'attente !

La liste des généreux donateurs :
Maison Albert Bichot, Bouchard Père et Fils, GFA Bouchy et amis, Domaine Jacques Cacheux, Domaine Capitain-Gagnerot, Domaine Christian Confuron, , Domaine R. Dubois, Dufouleur Frères, Maison Joseph Drouhin, Domaine Faiveley, Domaine Forey, Domaine Alain Maurice Gavignet, Domaine Gerbet Filles, Domaine Jean Grivot, Maison Louis Jadot, Hospices Civils de Beaune, Domaine Chantal Lescure, Domaine du Comte Liger-Belair, Domaine Thibault Liger-Belair, Château de Marsannay,  Domaine Méo-Camuzet, Domaine Alain Michelot, Domaine Mongeard-Mugneret, Domaine Dominique Mugneret, Domaine Georges Mugneret-Gibourg, Domaine André Nudant et Fils, Domaine Georges Noëllat,  Domaine des Perdrix, Château de la Tour, Domaine Gérard Raphet, Domaine Daniel Rion, Domaine de la Romanée-Conti, Domaine Rouget, Domaine Laurent Roumier, Château de Santenay, Domaine Robert Sirugue, Domaine Jean Tardy, Domaine Thénard, Domaine Tortochot, Domaine Cécile Tremblay,Domaine de la Vougeraie, Maison Henri de Villamont.

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Saint-Vincent sur le chemin des Moines

8 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru

Avec la Saint-Vincent tournante, les 24 et 25 janvier prochains (Vougeot et Gilly-lès-Cîteaux), la Bourgogne se replonge dans sa longue histoire monastique. Mais qui étaient donc ces moines ?

Des hommes durs à la tâche, défrichant la Côte pour y découvrir les meilleurs terroirs. Des agronomes hors pair maitrisant les cépages et la conduite de la vigne. Des experts en vinification découvrant les secrets des grands vins… La Saint-Vincent tournante 2015 mobilise tout cet imaginaire intimment lié à la Bourgogne.

Histoire, mais aussi (re)construction identitaire…
Nous savons en fait assez peu de choses, avec certitude, sur l’apport réel des moines cisterciens. Les chercheurs en pointe sur le sujet reconnaissent quelques lacunes et se prononcent avec peu de certitudes. Même si l'impact monastique sur le vignoble bourguignon est indéniable.

« Ils étaient de très grands producteurs et propriétaires viticoles. De grands architectes aussi. On retrouve tout cela à travers l'image du Clos de Vougeot (…). Pourtant l'idée que les moines cisterciens avaient des pratiques viticoles d'exception, qui se retrouveraient dans les vins d'aujourd'hui, est une construction du 20e siècle », explique Marion Foucher, chercheuse à l’Unité ARTéHis de Dijon.

Quant à la précocité des moines dans le domaine de la hiérarchisation des terroirs, l’idée semble peu étayée là-aussi…

« Les moines n'ont jamais fait de "Clos de Vougeot", ils mélangeaient les raisins de l'ensemble de leur domaine et produisaient le vin de Cîteaux. Le domaine de Vougeot, c'était le clos, mais aussi toutes les vignes autour. Ils exploitaient des vignes un peu partout sur la côte mais n'avaient pas un pressoir dans chaque secteur. Ceux de Vougeot ou de Fixin attiraient donc les raisins des alentours. On ne séparait pas alors les raisins issus, par exemple, du Clos de Vougeot des raisins des Musigny, des Echezeaux, etc. On pressait le vin des Cisterciens. »

De son côté, Benoit Chauvin a passé près de 50 ans à étudier l’ordre de Cîteaux. Sujet d'étude inépuisable car le monastère bourguignon a essaimé dans toute l'Europe. Pas moins de 750 abbayes masculines depuis la Sicile jusqu'aux pays baltes, en passant par le Portugal, l'Irlande, etc.

Finalement que retient-il de l'héritage de ces moines ? "Ils ont été les premiers à donner au commerce du vin de Bourgogne une telle ampleur. En même temps qu'ils multiplient les plantations de vignes, ils vont se doter de comptoirs dans les villes." Dans ces comptoirs, les villageois s'approvisionnent en vin car la règle de Saint-Benoît (base de la vie monastique de nombreux ordres) autorise la vente de surplus. La démarche a d'autant plus de succès qu'à partir de la fin du 12e siècle les villes renaissent et voient l'apparition de la bourgeoisie.

Non seulement nos moines avaient donc certainement quelques capacités agronomiques et œnologiques, mais ils avaient surtout compris que le nerf de la guerre et la meilleure façon de pérenniser leurs activités, c'était de vendre ! Cela valait bien un hommage de Saint-Vincent…

Programme et informations pratiques ici.

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Charlie vivra !

8 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti

Charlie vivra !

Carte de presse n°91247 contre tous les fanatismes, en soutien à Charlie hebdo et pour la liberté d'expression !

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Le Beaujolais se déchire : la Bourgogne en recours

4 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

C'est un peu plus qu'une histoire de Clochemerle qui se joue dans le Beaujolais. Mais une opposition entre des visions du vin différentes. un face à face dans lequel la Bourgogne aura immanquablement son mot à dire...

"Nos vins se vendent bien, ils sont appréciés... Tant qu'on évite de préciser que nous sommes dans le Beaujolais !", Discours tenu par beaucoup de vignerons des crus du Beaujolais ces dernières années. L'histoire était donc écrite d'avance. Les crus du Beaujolais font sécession : ils ne souhaitent plus apporter leur contribution à l'Union des vignerons du Beaujolais*. L'annonce a été faite le 18 décembre dernier.
A mesure que les appellations Beaujolais et Beaujolais-villages s'enfonçaient dans la crise, les crus ne pouvaient que se désolidariser de leurs voisines du sud. Trop dépendantes de l'effet beaujolais nouveau, devenu délétère. Trop suspendues à un négoce chargé de redorer un blason largement terni. Trop longtemps coupées des amateurs de vin et donc incapables de sentir le vent tourner.
Quelle communauté d'intérêts peut subsister entre un producteur de moulin-à-vent qui vend une bonne partie de ses vins aux particuliers et un producteur de primeurs se "débarrassant" de la totalité de ses cuvées dès le mois d'octobre venu ?
Le Beaujolais est le théâtre d'une véritable catastrophe industrielle silencieuse, sournoise. Elle laisse des traces. Un chiffre, sec et froid, pour la quantifier : plus de 6 000 hectares de vignes (sur 23 000) disparus en une décennie.

Tout cela aux portes d'une Bourgogne plus que jamais triomphante. Insolente presque. Les crus du Beaujolais regardent irrésistiblement vers le nord et voudraient se délester du sud. Ne plus entendre parler de beaujolais nouveau, mais se placer en orbite autour des prestigieuses appellations bourguignonnes.*
De son côté la Bourgogne, en manque de vin, fait les yeux de Chimène aux crus du Beaujolais. Ces dernières années ont été marquées par les annonces de maisons historiques venues investir dans le Beaujolais. En novembre dernier, Joseph Drouhin officialisait son partenariat avec les Hospices de Belleville.

Lors de sa prise de fonction à la présidence de l'Interprofession des vins de Bourgogne, Louis-Fabrice Latour, affichait clairement sa volonté de voir les deux interprofessions fusionner à moyen terme. De là à écrire que la Bourgogne a encouragé ce divorce à la Beaujolaise...

On imagine pourtant mal une fusion Bourgogne-Beaujolais s'opérer en laissant sur le bord de la route tout le sud du Beaujolais. Si les crus devaient rejoindre l'Interprofession bourguignonne, se sera avec leurs voisins du sud. Mais en sortant, au passage, d'un tête à tête devenu houleux.

 

* Les crus du Beaujolais n'ont pas remis en cause leurs participations à l'interprofession contrairement à ce que de premières informations laissaient entendre (Communication Inter beaujolais). 

* Des passerelles existent entre Beaujolais et Bourgogne depuis la création des AOC en 1935. Les crus peuvent se replier en appellation bourgogne (plus précisément en AOC bourgogne-gamay depuis 2011).

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