Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles récents

ClimaVinea : les Climats de Bourgogne dans votre téléphone

7 Juillet 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Climats au patrimoine de l'humanité

Riche actualité pour les Climats de Bourgogne ! Après être entrés au Patrimoine mondial de l’Humanité, samedi dernier, ils font leur arrivée dans l’ère numérique. Une application, ClimaVinea, leur est entièrement consacrée.

Leur ambition : mettre les Climats de Bourgogne dans votre poche. Ils n’ont rien trouvé de plus efficace qu’une bonne application pour y parvenir : ClimaVinea. Elle est née de la rencontre entre Pierre Cohen-Tanugi, ex-directeur général des Editions Gallimard, et surtout amoureux des vins de Bourgogne, et Sylvain Pitiot ex-régisseur du Clos de Tart, auteur d’un atlas et d’un livre qui font autorité.

En fait cette application est l’adaptation de Climats et lieux-dits de Bourgogne, de ses fameuses carte des Côtes de Beaune et de Nuits, éclairées par le travail de Marie-Hélène Landrieu sur l’origine de ces noms de parcelles. Elle permet bien-sûr de se géolocaliser pendant une balade dans le vignoble. Le tout est complété par un who’s who : les portraits de 132 domaines et maisons, ainsi que d’un répertoire encyclopédique sur l’histoire, la culture, la viticulture des grands vins de Bourgogne. Un puissant moteur de recherche permet d’explorer cette riche base de données. Son seul défaut : ne pas être (encore) disponible sur Android.

L’application, bilingue français/anglais, disponible sur l’App Store, 24,99 euros.

Trois questions à Pierre Cohen-Tanugi :

Comment est née l’idée de cette application ?

Il y a une dizaine d’années, suite à ma rencontre avec Sylvain Pitiot, nous avons envisagé de faire des livres ensemble. Et puis nous nous sommes dit : le monde change, il faudrait faire quelque chose pouvant circuler, voyager. Il faut faire une application numérique mobile, quelque chose que les gens peuvent emmener avec eux. A ce moment-là, Sylvain était en train de terminer sa toute nouvelle cartographie.

Le livre Les Vins de Bourgogne a été mis à contribution également.

Nous avons repris le Vademecum de « Les Vins de Bourgogne », qui est vraiment la Bible, sous une forme différente et complémentaire du livre. Un outil que l’on puisse interroger de manière interactive. L’idée est que cela serve aussi bien à des collectionneurs qui connaissent déjà le terrain, qui ont besoin d’avoir accès à une information très fine, très précise (la surface de chaque climat, ces différents lieux-dits). Et puis que cela serve aux gens qui se promènent dans le vignoble, qui veulent se géolocaliser. Nous avons aussi ajouté, par rapport aux ouvrages de Sylvain, une présentation des personnes qui font le vin à travers des portraits d’un peu plus de 130 domaines.

Comment les avez-vous choisis ?

Il y a une forme de consensus des critiques autour des 20-30 plus grands domaines et maisons de Bourgogne. Mais il fallait présenter au moins une centaine de domaines, davantage susceptibles d’avoir du vin à vendre. Nous avons rapproché les points de vue de trois grands critiques qui ont une audience internationale : Allen Meadows, Michel Bettane et Steve Tanzer. L’idée était que les domaines présentés soient critiqués favorablement depuis au moins 5 millésimes par deux d’entre eux. Nous avions également suivi les commentaires d’autres critiques comme Antonio Galloni, Jancis Robinson, Andrew Jefford, Jasper Morris etc. Nous n’avons aucune relation commerciale avec les domaines présentés. Nous faisons de l’information simplement, comme un guide.

Le site : www.viavinea.com

Lire la suite

"Le berceau de la viticulture de terroir" entre au patrimoine de l'humanité

4 Juillet 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Climats au patrimoine de l'humanité

La réaction (audio) d'Aubert de Villaine devant le Comité du patrimoine mondial de l'humanité après l'inscription des Climats du vignoble de Bourgogne. Le cogérant du domaine de la Romanée-Conti et président de l'association qui a porté le dossier parle de la Bourgogne comme du berceau de la viticulture de terroir.

"Du fond du cœur je vous remercie. Les Climats de Bourgogne que vous venez d'inscrire sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité sont l'héritage d'une très longue histoire qui uni des hommes, une culture, une terre, une plante noble : la vigne. Cette incomparable mosaïque de terroirs, les Climats, sont un vignoble regardé par tous les vignerons du monde, que je salue aujourd'hui, comme le berceau de la viticulture de terroir ; celle qui identifie le vin le plus finement possible avec le lieu où est implanté la vigne qui le produit. Outil de travail des hommes, mais aussi paysage et creuset d'une culture unique, les Climats forment un bien complexe à appréhender.

Nous remercions Icomos (Ndlr : le cabinet d'expertise de l'Unesco) d'en avoir compris toute la richesse. Je pense aujourd'hui à ces générations de vignerons, qui depuis 2 000 ans, ont travaillé sur les Climats, ces hommes et ces femmes qui ont façonné cette terre noble, mais dur, par un labeur millénaire pour y produire des vins qui sont parmi les plus recherchés de la planète.
Ce qui a été remarquable, c'est combien la candidature au patrimoine mondial a créé chez tous les acteurs du territoire une importante, et j'espère durable, prise de conscience de la responsabilité que nous avons tous de conserver l'intégrité et l'authenticité d'un tel territoire qui depuis des siècles a permis à des communautés humaines de vivre et de se développer harmonieusement.

La reconnaissance par l'Unesco du modèle de terroir bourguignon est révélatrice de l'importance pour l'humanité des productions agriculturelles fondées sur une extrême diversité et le recherche d'excellence à travers des structures productives familiales de petites tailles. Il est essentiel de les préserver et de les promouvoir. Cela aussi vous l'avez compris.

Je remercie du fond du cœur tout ceux qui se sont mobilisés pour bâtir notre dossier de candidature, je suis fier pour eux et pour tous ceux qui nous ont accompagné dans la longue aventure qui nous amené jusqu'à cet hémicycle pour voir légitimer par vous la candidature d'un grand patrimoine viticole français, qui devient aujourd'hui patrimoine du monde.

C'est un grand jour pour nous, un jour de joie et de fierté mais surtout un jour qui s'ouvre sur l'avenir. Le site des Climats, je le répète, est un site vivant. Il nous appartient aujourd'hui de le conserver ainsi : vivant, ouvert sur le futur et fort des valeurs que vous lui avez reconnues et que nous nous engageons aujourd'hui à sauvegarder." 

lgotti sur
Lire la suite

Les Climats de Bourgogne à l’Unesco : c’est fait !

4 Juillet 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Climats au patrimoine de l'humanité

Un modèle de viticulture unique et millénaire est enfin sanctuarisé : les terroirs de la Côte de Nuits et de la Côte de Beaune ont été inscrits ce jour au Patrimoine mondial de l’humanité. Une consécration qui doit conforter la Bourgogne dans sa vocation d’excellence.

Une mince bande de terre, se déroulant au sud de Dijon, a vu naître les "climats" de Bourgogne. Une définition du terroir qui n’existe nulle part ailleurs. Avec eux ont émergé une viticulture de haute qualité, reliant avec une précision exceptionnelle, la qualité d’un vin à son origine.

Ils font l’objet, depuis 2007, d’une démarche d’inscription au patrimoine mondial de l’humanité. Elle a abouti ce jour, lors de la 39e session du Comité de l’Unesco qui se tient à Bonn (Allemagne).

L’existence presque miraculeuse et très localisée de ce vignoble (9 000 ha seulement), s’explique par une succession d’événements. Le sous-sol bourguignon s’est constitué lors du Jurassique, il y a 150 millions d’années. La mer tropicale qui recouvrait alors la région a laissé des sédiments qui ont donné au sol son caractère argilo-calcaire.

La côte, quant à elle, a émergé il y a trente millions d’années par effondrement de la vallée qui courait de l’Alsace au Beaujolais. Il en est ressorti un mince "talus" (d’environ 500 mètres d’altitude aujourd’hui) reposant sur ce fameux socle calcaire recouvert d’une mince épaisseur d’argile. Le tout idéalement exposé au soleil pour permettre aux raisins de murir à des latitudes septentrionnales, a priori peu favorables.

Il faut également insister sur le rôle des hommes dans cette aventure. Un véritable entêtement de civilisation. Moines clunisiens et cisterciens, ducs de Bourgogne, négociants voyageurs, simples familles vigneronne, etc. Ils ont fait le choix de tirer le meilleur parti de ces éléments, favorables ou non. Ce choix de l’excellence a été encouragé selon les époques par des contraintes géographiques, des considérations politiques ou plus simplement des intérêts commerciaux. Aujourd’hui, après avoir fait vivre des générations de viticulteurs, le vignoble bourguignon se distingue par son maillage d’exploitations (elles sont un peu plus de 4 000 pour 20 000 emplois directs). Des structures bien souvent familiales. Là, s’est ancré un lien presque congénital à la terre.

Ces deux siècles d’histoires n’ont pas été un chemin pavé de roses. Si la Bourgogne jouit d’une notoriété largement enviée, cela n’a pas été toujours le cas. Y compris dans les périodes récentes. Aubert de Villaine confiait il y a quelques années que les comptes d’exploitation du domaine de la Romanée-Conti, dont il est le co-gérant, n’était pas particulièrement flatteurs dans les années 1970… (lire également cette interview).

Il y encore quelques semaines cette inscription était loin d'être acquise (lire ici). Il faut saluer le travail des initiateurs de ce projet : Aubert de Villaine qui a incarné avec conviction, opiniâtreté et autorité cette démarche, ainsi que l’association qui l’a fait vivre au jour le jour. Le travail de l'Ambassadeur de France à l'Unesco, Philippe Lalliot, a aussi été primordial (son interview ici).
 Avant même ce dénouement heureux, les retombées sont inestimables.
Cette démarche a conduit les Bourguignons à définir ce qui fait la valeur universelle exceptionnelle de leur vignoble. « Elle nous permet de mieux prendre conscience que l'outil que nous avons entre les mains est extrêmement précieux. Il faut absolument le préserver et le transmettre aux générations futures. », conclut Aubert de Villaine

 

Entre les temples d’Égypte et les monuments d’Angkor …

En 1959, un événement a suscité une prise de conscience internationale sur l’existence d’un patrimoine commun à toute l’humanité : la décision de construire le barrage d’Assouan en Égypte. Ce dernier aurait inondé la vallée où se trouvaient les temples d’Abou Simbel. En 1959, l’Unesco a décidé de lancer une campagne internationale pour sauvegarder ces monuments et procéder à des recherches archéologiques.

Finalement, en 1972, a été ouverte une liste de biens considérés comme ayant une valeur universelle exceptionnelle. "Le but du programme est de cataloguer, nommer, et conserver les sites dits culturels ou naturels d’importance pour l’héritage commun de l’humanité." L’Unesco est l’organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture.

Lire la suite

Une viticulture tournée vers l'exellence et le terroir

4 Juillet 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Climats au patrimoine de l'humanité

A la veille d'une possible inscription des climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l'Unesco, retour sur les origines de cette démarche ambitieuse. Aubert de Villaine, cogérant du domaine de la Romanée-Conti et président de l'association qui porte le dossier, nous confiait ses espoirs.
 

Pourquoi vouloir aujourd'hui cette inscription au patrimoine mondial de l'Unesco ? La Bourgogne est une région qui a une notoriété déjà établie.
La notoriété de la Bourgogne est forte et ancienne, c'est certain, mais dans ce domaine rien n'est jamais définitif. Je suis arrivé en Bourgogne dans les années 60. Pendant les quinze années qui ont suivi, j'ai constaté que cette notoriété était bien descendue. Depuis, il y a eu un redressement formidable. Aujourd'hui, la Bourgogne est peut-être le vignoble du monde qui a la plus belle image. Je me suis toujours étonné que la Côte ne soit pas au patrimoine mondial de l'Unesco chaque fois que je visitais un site qui y était inscrit. Cette candidature à l’inscription m’est apparue comme un moyen de montrer au monde ce qu'est vraiment la Bourgogne, cette viticulture qui a porté à l'excellence l'idée de terroir, avec son concept de climat. C'est un modèle pour l'ensemble de la viticulture du monde. On voit bien en voyageant la révérence réservée à la Bourgogne.

Y a-t-il pour vous le sentiment que cette spécificité peut être menacée ?
Il y a eu des attaques ou des tentations de déstabilisation contre ces climats dans l'histoire de la Côte. Par exemple, au moyen-âge les assauts répétés du cépage gamay signifiant une viticulture à gros rendements, des produits bon marché, plus rémunérateurs que la production de grands vins. Il y a eu également toutes les agressions naturelles comme l'apparition du mildiou et surtout le phylloxéra. La Bourgogne n'est pas un vignoble sanctuarisé. Il a une certaine fragilité. On le voit aujourd'hui avec la pression de l'urbanisation au sud de Dijon.

Pour les Bourguignons cette démarche a-t-elle déjà des répercussions ?
Elle nous oblige à définir ce qui fait la valeur universelle exceptionnelle de la Bourgogne, de manière scientifique. Et surtout elle nous permet de mieux prendre conscience que l'outil que nous avons entre les mains est extrêmement précieux. Il faut absolument le préserver et le transmettre aux générations futures.

Vous avez choisi d'orienter le dossier vers la catégorie "site culturel" plutôt que naturel. Pourquoi ?
Nous souhaitons faire inscrire les climats mais aussi tout ce qu'ils ont généré sur le plan culturel : les paysages, le bâti qui le structure, les villages et les villes, etc. Notre modèle s'est construit en 2 000 ans. Il s'est raffiné, en cherchant l'excellence. Cette inscription permettra d'affirmer encore davantage ce choix culturel. Ce n'est pas un dossier de promotion du vin, mais nous pourrons souligner davantage encore aux amateurs que ce qu'ils ont dans leur verre, c'est beaucoup plus que du vin et surtout un produit de culture.

Certains regrettent que la délimitation de la zone à inscrire ne soit pas plus large et ne descende pas, par exemple, en côte chalonnaise ?
Je le comprends bien. Je suis moi-même vigneron en côte chalonnaise et j'y ai une partie de mon cœur. Nous avons tenu à ce que ce projet porte le nom de Bourgogne mais il est impossible que l'Unesco inscrive l'ensemble du vignoble. Nous avons donc travaillé sur la partie la plus emblématique. C'est la zone centrale. Si nous réussissons, les répercussions bénéficieront à l'ensemble de la Bourgogne.

Une question plus personnelle pour finir : vous êtes le co-gérant du domaine de la Romanée-Conti, quelles sont les raisons de votre engagement dans ce projet ?
En tant que viticulteur, vous comprenez que je n'ai personnellement rien à en gagner. Mais la Bourgogne m'a énormément donné. On m'a demandé de prendre la présidence parce que j'avais poussé à ce type de projet. Je suis apolitique et je crois être compris dans ma démarche. Cette candidature, qui sera suivie je l’espère, par l’inscription, est pour moi un outil pour pérenniser la Bourgogne par l'excellence.

Lire la suite

Sans rancune Bob (Parker) !

30 Juin 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

Robert Parker fait ses excuses à la Bourgogne. Certainement le point final d'une relation tumultueuse entre le gourou américain et le vignoble. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis... Mais ses justifications laissent pantois.

Donc Robert Parker a été "belliqueux" et "agressif" avec les Bourguignons. Il s'en excuse (lire ici).  Sa plus grande erreur dit-il. Ce mea culpa est évidemment à mettre à son crédit.
C'est vrai, le dégustateur de Monkton (Maryland) n'a que rarement épargné la Bourgogne. Il l'a souvent dépeinte comme un vignoble musée, dépassé, ringardisé par la modernité de bien d'autres régions. On pense bien-sûr à Bordeaux, sur lequel le Wine Advocate a assis sa notoriété à partir du millésime 1982. On se réfère aussi à la montée en puissance des nouveaux pays producteurs. Car c'est bien ce qui aura marqué les trente années du règne de Parker (des années 1980 jusqu'à 2013) : la mondialisation du vin, tant dans sa production que sa consommation.

L'histoire de Parker et de la Bourgogne s'est finalement achevée prématurément en 1993. Mettant en doute la sincérité des vins du domaine Faiveley (il voyait une différence entre ceux goûtés en cave et les bouteilles disponibles sur le marché américain), il sous-estima certainement la réaction de François Faiveley. L'affaire se régla par avocats interposés, finissant par le retrait des guides en circulation. Parker abandonna ensuite la Bourgogne à l'un de ses collaborateurs.
Ce qui n'empécha pas le critique de juger, en 2003, que la Bourgogne est un « terrain miné par des déceptions, chérie par des snobs pseudo-intellectuels qui se complaisent à débattre ad nauseam des vignerons et des terroirs, à défaut de qualité ».
Le manque de diplomatie qu'il confesse aujourd'hui - "erreur de jeunesse" dit-il - fait-il référence à l'affaire Faiveley ? On ne le saura pas : Parker n'est jamais revenu publiquement sur le fond.
Mais quand il évoque le fond, justement, Parker n'est pas plus convaincant dans sa plaidoirie d'aujourd'hui, qu'il ne l'était dans ses mises en cause d'hier.

Ses justifications sont surprenantes : il n'essayait pas de faire changer les méthodes de vinification des Bourguignons, mais de pointer des filtrations trop excessives, des transports dans des conteneurs inadaptés… "Un peu court jeune homme, on pouvait dire bien des choses en somme", aurait déclamé Cyrano de Bergerac s'il avait été bourguignon.
Car oui dans les années 1980, 1990, la Bourgogne était parfaitement critiquable sur bien des points.
D'abord sur ses fondamentaux : la vigne. Peut-on évoquer ce vignoble chantre du terroir, sans revenir à l'essentiel. La Bourgogne, comme beaucoup, a cédé aux sirènes de l'agriculture productiviste : engrais, désherbages et traitements chimiques etc. Il a fallu des phrases chocs, comme celle de l'agronome Claude Bourguignon : "Vos sols sont aussi morts que les sables du Sahara", pour réveiller les consciences. Bien du chemin a été parcouru depuis. L'aggiornamento a suivi naturellement en cave (lire ici).
Ces problématiques de filtration et de transport paraissent bien secondaires. Pouvant même se règler d'elles-mêmes en repartant de la vigne. Erreur peu surprenante de la part d'un critique estimant que la seule chose dont les Français puissent être fiers c'est de leurs barriques de chêne…
Finalement, loin d'être ringardisée par la mondialisation du goût et l'essaimage des cépages, la Bourgogne n'a jamais été autant portée aux nues qu'aujourd'hui. Redevenue inimitable, elle est perçue comme un modèle par de nombreux vignobles cherchant leur voie dans le concert, souvent monocorde, de la production mondiale de vin. Car de jolis chais dessinés par un architecte à la mode, des caveaux de réception tape-à-l'œil, des cépages tendances et les conseils d'un flying-winemaker célèbre (et le fût de chêne français!), ne font leur effet qu'un temps…

La principale erreur de Parker est là : n'avoir pas eu suffisamment de flair pour prévoir le rôle essentiel, à défaut d'être central, que prendrait la Bourgogne dans le monde globalisé du vin. C'est celle que l'on aurait aimé l'entendre confesser aujourd'hui.


Photo : Robert Parker dans le film Mondovino de Jonathan Nossiter (2004).

 

Lire la suite

"12 de coeur" : le vin c'est aussi le partage et la solidarité

22 Juin 2015 , Rédigé par Laurent Gotti

Le monde du vin lance une opération caritative inédite et de grande ampleur au profit des Restos du coeur.

"La viticulture est au cœur de la société française. Et notre objectif est de rassembler toute la filière sous la bannière "12 de cœur" pour venir en aide aux plus démunis", expose Pierre-Henry Gagey (photo). Le PDG de la maison Louis Jadot (Beaune) est à l'origine d'une action caritative d'ampleur lancée officiellement le 12 juin dernier.
L'objectif est de convaincre les vignerons de la France entière de faire un don équivalent au prix de vente de leurs douze meilleures bouteilles via le site internet
www.12decoeur.com.

Portée par des personnalités fortes du vignoble : Aubert de Villaine, Jean-Claude Rouzeaud, Jean-François Moueix, Jean-Pierre Perrin, Michel Boss, cette association se veut d'envergure nationale, avec pour objectif de mobiliser les domaines, châteaux ou maisons les plus célèbres comme les plus modestes. La totalité de la somme collectée sera reversée aux Restos du cœur. "Il ne s'agit pas forcément de prendre les bouteilles les plus chères de chaque producteur en référence, mais de la cuvée pour lequel le producteur a le plus d'affection. Ce qui me toucherait, c'est que beaucoup de "petits" vignerons participent et que la filière dans toute sa diversité se mobilise", insiste Pierre-Henry Gagey. La collecte des dons est ouverte jusqu'en octobre.
Point d'orgue de cette initiative : une vente sera organisée à Paris le samedi 24 octobre (lieu à définir). Les producteurs pourront en effet effectuer un don de 12 bouteilles supplémentaires pour que celles-ci soient vendues aux particuliers.
L'opération se prolongera dans les vignobles puisque des caveaux accueillant le public pourront s'engager à reverser 12% du chiffre d'affaires des ventes de la journée.
L'opération a vocation à être reconduite ces prochaines années.
Le but est double : venir en aide aux plus démunis (plus de 100 000 € ont déjà été collectés à l'heure où nous écrivons ces lignes) mais aussi montrer, à une époque où le vin est parfois diabolisé, que le monde viticole français porte des valeurs de partage et de solidarité.
"Le vin est dans le patrimoine et le cœur des français, il est naturel que la solidarité s'exerce au-delà de la filière, pour l'ensemble de la société.", explique Audrey Bourolleau, déléguée générale de l'association "12 de cœur".

Une vidéo explique tous les tenants et aboutissants de l'opération. A faire suivre à vos vignerons préférés !

Lire la suite

La Romanée : la grande dame à la fête

16 Juin 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Grand cru

La famille Liger-Belair fêtait vendredi dernier le bicentenaire de son installation en Bourgogne. L'occasion de revenir sur les douze derniers millésimes du fleuron du domaine et de la Côte de Nuits : La Romanée…

Louis-Michel Liger-Belair n'a jamais caché qu'il se sentait particulièrement chanceux. Et ce n'est pas ce coup d'œil dans le rétroviseur qui le détournerait de ce sentiment. Voilà 15 ans maintenant qu'il a pris ses marques, avec son épouse Constance, au Château de Vosne-Romanée. Sous les encouragements de son père, Henry Liger-Belair, militaire de carrière, il passait un diplôme national d'œnologue en 2001. Finalement, l'année suivante, la famille reprenait l'exploitation directe de la Romanée.*
Vendredi dernier, ils avaient convié quelques professionnels, journalistes, membres de la famille ou de l'équipe du domaine, etc., à cet anniversaire.
L'occasion rare de déguster, entre autres, la douzaine de millésimes de La Romanée, nouvelle époque, née dans les caves du Château.

* A partir de 1976, La Romanée a été le fruit d'une collaboration entre le Château de Vosne-Romanée, propriétaire du vignoble et la maison beaunoise Bouchard Père et Fils. La maison Bouchard Père et fils a poursuivi la commercialisation de la moitié la production jusqu'en 2005.

2013 : 17 sur 20

Une belle réussite dans un millésime peu évident. Le premier nez campe sur la retenue mais après quelques secondes d'aération, il développe des notes de violette, de mûre. Une palette aromatique s'exprimant avec beaucoup de pureté. Ce mélange de fruit à maturité et de tonalités florales lui assurent profondeur et délicatesse à la fois. En bouche, les tannins montrent une grande classe, un raffinement qui rend cette romanée pleine de charme et d'élégance.

2012 : 15,5 sur 20

Le nez propose une belle palette d'épices et de fruits noirs. Une note un peu plus sauvage se dévoile également. En bouche, les tannins sont denses et légèrement revêches pour l'heure. Un vin assis sur une matière serrée, accrocheuse, qui demandera quelques années de garde pour se détendre. "La Romanée est une grande Dame qui ne se donne jamais tout entière", affirmait le Chanoine Just Liger-Belair, un aïeul de Louis-Michel. Le millésime illustre judicieusement ce propos.

2011 : 16,5 sur 20

Le vin conjugue la pureté, la féminité naturelle de ce grand cru, avec le caractère d'un millésime précoce, qui lui aussi s'exprime en subtilité. Le résultat donne une Romanée particulièrement aérienne, délicate. La matière en bouche est fraîche et surtout d'une très grande longueur. Un grand cru d'une remarquable précision et finesse.

2010 : 18 sur 20

Il a souvent été écrit que l'unique tort d'un millésime comme 1991 a été d'être précédé par 1990. La remarque vaut pour 2010, resté dans l'ombre de son médiatique aîné 2009. Le nez est particulièrement envoûtant sur des arômes de petits fruits noirs et rouges, de rose, de violette... La bouche s'inscrit dans cette lignée, sa texture semble effleurer subtilement le palais, sans pour autant manquer de présence. La finale est très longue.

2009 : 16,5 sur 20

Un mélange de cannelle, de pain d'épice et de fruits noirs montent au nez avec générosité. Un caractère épicé que l'on retrouve en bouche. Cette Romanée montre la présence et l'ampleur que l'on rencontre souvent dans ce millésime (montrant dès sa jeunesse des aptitudes peu communes à donner beaucoup de plaisir). Il affirme cependant des tannins plutôt robustes incitant volontiers à lui laisser quelques années de garde.

2008 : 14,5 sur 20

Un millésime tardif, assez reconnaissable par sa faculté à exacerber des notes épicées : cannelle, clou de girofle, etc. Ce grand cru s'exprime effectivement dans ce registre mais sans se départir d'une certaine finesse. La bouche peut laisser sur sa faim tant en termes d'ampleur et que de longueur.

2007 : 15 sur 20

Tant à la robe qu'au nez, cette Romanée montre les signes d'un vin qui a quitté sa prime jeunesse pour exprimer un caractère un peu plus tertiaire : des notes de sous-bois, de fruits noirs confits se déploient. La bouche offre beaucoup de plaisir, déroulant un joli tapis de tannins veloutés.

2006 : 19 sur 20

C'est certainement la très grande émotion de cette série. Et une surprise aussi de voir ce millésime (qualifié bien souvent d'intermédiaire) livrer un vin avec une telle présence, une telle générosité. Le tout en préservant une grande fraîcheur. Il offre des notes généreuses de cerise, de violette, avec une touche minérale en prime. Il entre avec éclat en bouche et s'allonge comme la traîne d'une mariée. Tout est là, ni plus ni moins.

2005 : 16,5 sur 20

Etonnant à constater mais il semble bien que ce 2005 souffre de la comparaison avec 2006… Ajoutons sans attendre que tout est relatif. Cette Romanée est intrinsèquement une grande bouteille. Elle demeure d'une irréprochable fraîcheur sur le plan aromatique (groseille, framboise, cerise), et d'une grande vigueur en bouche. Les tannins restent toutefois serrés et un peu stricts. Le seul domaine où 2005 égale 2006 se situe sur la longueur en bouche. Elle est ici exceptionnelle.

2004 : 14,5 sur 20

Voilà de quoi étayer l'idée que les grands terroirs sont souvent capables de s'affranchir des millésimes compliqués. Ce vin n'est pas un monument de concentration ni de puissance, il reste cependant à un niveau tout à fait cohérent dans cette série, offrant même une certaine gourmandise en bouche.

2003 : 17 sur 20

Les craintes de voir ce millésime, particulièrement chaud et atypique en Bourgogne, se faner très vite sont démenties, une nouvelle fois… La robe est d'une profondeur supérieure à la moyenne mais surtout d'une grande jeunesse. Une texture dense et suave vient caresser le palais. Un caractère réglissé s'installe durablement en bouche.

2002 : 14,5 sur 20

La robe montre quelques signes d'évolution et des notes de cerise à l'eau de vie montent au nez. Si son expression aromatique est assez intense et développée, en bouche la matière s'affirme avec une certaine austérité. Ce millésime plutôt bien accueilli à sa naissance, pour son harmonie, ne tient pas toutes ses promesses. La nouvelle équipe du domaine, avec à sa tête Louis-Michel Liger-Belair, a depuis pris ses marques. Elle en tirerait certainement autre chose aujourd'hui.

 

Mythique trilogie

"La Romanée est symphonique, tout en harmonie. Tous les éléments constitutifs d'un grand vin s'y trouvent réunis, mais aucun ne domine les autres", écrit Jean-François Bazin dans un ouvrage spécialement édité pour ce bicentenaire. On ne saurait lui donner tort après cette dégustation.
Son élégance naturelle en fait bien une des nuances et des composantes de la mythique trilogie des "Romanée", avec la très fameuse Romanée-Conti et la Romanée-Saint-Vivant.

Son originalité provient aussi de son statut de plus petite appellation d'origine de France : 84 ares et 52 centiares, autant dire un grand jardin. Située plus haut sur le coteau que la Romanée-Conti, la vigne s'épanouit sur une pente assez marquée (entre 10 à 12%). L'argile y est aussi moins présente.
A son arrivée, l'une des priorités de Louis-Michel Liger-Belair a été d'infléchir nettement le mode du culture de la vigne. "Je voulais passer le domaine en bio, mettre en place un travail du sol au cheval. Je suis arrivé pile au bon moment : les conditions autour de moi étaient remplies pour que je le fasse. Je n'aurais pas pu le faire quelques années auparavant…" , m'expliquait-il en 2012 (Bourgogne Aujourd'hui n°105). Le domaine est maintenant certifié en biodynamie. Il faut quelques années à la vigne pour amortir la transition et il y a fort à parier que la même dégustation, menée dans 12 ans, montrera davantage de constance et de plénitude dans les vins. Tout comme l'expérience acquise en vinification. "Je pense, par exemple, que je n'ai pas amené mes 2005 au niveau où ils auraient pu être", confiait également Louis-Michel.
Outre le privilège de s'imprégner sur une douzaine d'années du caractère de ce grand cru rare (3 à 4 000 bouteilles les bonnes années), cette verticale a permis de bousculer quelques idées reçues sur la "grandeur" ou la faiblesse attribuées, souvent précipitamment, à chaque millésime. 2006 s'est joué de 2005 et 2010 a supplanté 2009. Qui l'eut cru au regard du buzz suscité par 2009 et 2005, quasiment dès la récolte ! Comme quoi dans le domaine du vin comme dans beaucoup d'autres la frénésie de l'instant n'est pas bonne conseillère !

Lire la suite

La Bourgogne désigne ses ambassadeurs

10 Juin 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation

Le palmarès de la cave de Prestige de l'Interprofession des vins de Bourgogne (BIVB) a été rendu public le 5 juin dernier. Après dégustation, à l'aveugle, 167 cuvées ont été retenues sur 971. La sélection est donc rude : 17% seulement des vins mis à l'épreuve retenus...

Ces cuvées, issues des quatre coins de la Bourgogne et de tout niveaux de prix, représenteront le vignoble lors des différentes présentations en France et à l'étranger.
Voici un aperçu gustatif de ce palmarès. Gustatif mais pas exhaustif : difficile de goûter la totalité des références lors de la matinée de présentation… On y retrouve beaucoup de valeurs sûres, des confirmations mais aussi quelques découvertes.


Blancs


Bourgogne Côte chalonnaise "Les Malpertuis" - Domaine Gouffier 2013 - 19 sur 20
D'une remarquable ampleur, dans l'équilibre et avec beaucoup de fond, ce "simple" bourgogne transcende son appellation. A découvrir d'urgence.

Pouilly-Fuissé Les Perrières "Tête de Cru" - Domaine Ferret-Lorton 2013 – 17,5 sur 20
Beaucoup de fond mais aussi de longueur et d'équilibre dans ce Pouilly de haute-volée, issu d'un domaine historique de l'appellation.

Petit-Chablis - Domaine de Pisse-Loup 2013 - 17,5 sur 20. Remarquable de précision, de longueur et de minéralité. Un chablis de caractère.

Meursault premier cru Charmes - Domaine des Terres de Velle 2013 - 17,5 sur 20
Un vin à la texture particulièrement raffinée, précise. Il présente aussi beaucoup de fond et une belle longueur. Un charme dans toute sa classe.

Corton-Charlemagne - Louis Jadot 2012 – 17 sur 20
Un grand classique à la hauteur de sa réputation : le vin est très long et plein de sève.

Saint-Véran - Domaine Thibert Père et Fils "Bois de Fée" 2011- 16,5 sur 20
Le nez est flatteur sur des arômes de pêche, d'abricot. La bouche est particulièrement bien équilibrée.

Meursault - Domaine du Pavillon, Albert Bichot 2013 - 16,5 sur 20
Un meursault aux rondeurs aguicheuses et gourmandes. Il conserve aussi de la finesse et de la précision.

Corton-Charlemagne - Françoise André 2011 – 16,5 sur 20
Un domaine qui se fait petit à petit une belle place parmi les références de la colline de corton.Ce charlemagne pur et long en apporte la confirmation.

Puligny-Montrachet premier cru La Garenne - Brigitte Berthelemot 2013 - 16 sur 20
Pas forcément le puligny le plus impressionnant question puissance et ampleur, mais d'une grande longueur et minéralité. En conclusion : bien typé.

Meursault premier cru Genévrières - Domaine Latour-Giraud 2013 - 16 sur 20
Encore sur la réserve mais sa concentration et sa longueur ne laissent pas de doute sur son potentiel.

Pouilly-Fuissé Les Crays - Eric Forest 2013 - 16 sur 20
Tout en gourmandise et en rondeur. Un bourgogne blanc au caractère sudiste affirmé et bien assumé. Pour se faire plaisir dès aujourd'hui.

Bourgogne Côte d'Auxerre "Cuvée Louis Bersan" - Jean-Louis et Jean-Christophe Bersan 2013 - 16 sur 20
Un vin droit, précis et frais. Très rafraîchissant.

Montagny premier cru - Jean-Marc Boillot 2013 - 15,5 sur 20
Un vin net et dynamique. D'une belle longueur également.

Bourgogne "Cuvée des Forges" - Patrick Javillier 2013 - 15,5 sur 20
Un bourgogne d'un bel équilibre et d'une bonne ampleur.

Bourgogne Chitry "Olympe" - Olivier Morin 2013 - 15,5 sur 20
Un vin de l'Yonne d'une bonne consistance en bouche et à l'expression aromatique pure.


Rouges

 

Vosne-Romanée "Les Charmes de Maizières" 2012 - Domaine Guyon – 17,5 sur 20
Un vosne d'une très belle profondeur sur des notes aromatiques de fruits noirs à maturité.

Clos Saint-Denis - Domaine Bertagna 2012 – 17 sur 20
Le nez est d'une superbe intensité. La concentration du millésime a été bien domptée. Le boisé est bien fondu. Grand cru !

Gevrey-Chambertin La Boissière - Domaine Harmand-Geoffroy 2012 - 17 sur 20
Un vin expressif sur de belles notes de cerise noire. La bouche est à la fois dense et fondue. Le mazis-chambertin du domaine, une des très belles références en grand cru de la côte de Nuits, figure aussi dans le palmarès.

Marsannay Les Longeroies - Domaine Fournier 2013 - 17 sur 20
Un beau terroir de marsannay mis en valeur par un domaine des plus recommandable. Le vin est très gourmand.

Savigny-lès-Beaune Aux Fournaux - Domaine Rapet 2010 – 16,5 sur 20
Avec un nez de petits fruits rouges et une bouche souple mais fine, cette cuvée est à la fois bien typée de l'AOC et du millésime.

Fixin Crais de Chêne - Domaine René Bouvier 2012 – 16,5 sur 20
Des tannins au touché particulièrement raffiné, tout en subtilité. Un grand pinot noir.

Pommard premier cru Les Jarollières - Jean-Marc Boillot 2011 – 16 sur 20
Le caractère flatteur du millésime et de ce terroir du nord de Pommard se conjuguent parfaitement, mais sans manque de matière pour autant.

Mercurey premier cru Les Champs Martin - Domaine Theulot-Juillot - 16 sur 20
Une belle référence à Mercurey et l'un des premiers crus les plus qualitatifs de l'appellation. La cuvée présente de jolis tannins serrés et fins à la fois.

Gevey-Chambertin "vieilles vignes" Croisette 2013 - Domaine Jérôme Galeyrand – 16 sur 20
Un gevrey plus en finesse qu'en puissance mais avec du fond et de la longueur.

 

Lire la suite

Dégustation : Une révolution venue du Beaujolais

1 Juin 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Histoire

Les 50 dernières années ont radicalement changé notre approche de la dégustation du vin. Une révolution née des relations tumultueuses entre la Bourgogne et le Beaujolais. Retour sur l'histoire étonnante qui a changé jusqu'à la forme de nos verres.
"Fruits rouges", "violette", "vanille". Décrire les arômes de nos vins préférés semble une évidence aujourd'hui. Un passage obligé de la dégustation. Cette pratique est pourtant loin d'avoir été toujours en vogue (lire aussi ce billet). Notre penchant, sans doute un peu trop appuyé, pour la description olfactive est très récent. A peine un peu plus d'un demi-siècle. C'est ce que rappelle l'historien Olivier Jacquet. Dans un travail sur l'évolution du goût du vin*, ce dernier rapporte des propos de 1966, tenus par Pierre Charnay, inspecteur de l'Insitut national des appellations : "Contrairement à ce que disent ceux qui refusent de penser, il n’est pas ridicule de trouver dans le vin des parfums qui, s’ils n’ont pas la même nature chimique que les parfums naturels identifiés, offrent à notre sens olfactif une sensation identique. (…) Il s’agit là d’un travail d’identification."
Il ne viendrait à l'idée d'aucun dégustateur de justifier cette approche aujourd'hui… Que s'est–il donc passé entre-temps ?
Les origines de cette nouvelle forme de dégustation sont à chercher du côté d’un petit négociant du Beaujolais nommé Jules Chauvet. "De formation scientifique (Ecole de Chimie de Lyon), Chauvet s’impose comme un expérimentateur. Entretenant des correspondances régulières avec l’Allemand Otto Heinrich Warburg, prix Nobel de Physiologie pour ses travaux sur la respiration cellulaire et les enzymes, Chauvet s’intéresse rapidement aux molécules aromatiques du vin et à leur perception. Cherchant à établir les lois de la dégustation, il développe des procédés d’analyse sensoriels visant à donner un maximum de cadres « scientifiques » à cet exercice. Pour lui : « L’analyse chimique […] est impuissante à réaliser un contrôle vraiment scientifique et objectif des propriétés du met ou du vin », contrairement à l’analyse organoleptique.

Reformer les habitudes de dégustation

Donnant donc la primeur au bouquet et aux arômes des vins, Chauvet procède à de nombreuses dégustations expérimentales sur des vins du Beaujolais, dégustations totalement nouvelles dans leur approche et faisant appel, pour distinguer les vins, à des référents sensoriels collectifs. (…)
Même si Jules Chauvet ne possède pas la légitimité académique des grands œnologues californiens ou français de son époque, il parvient cependant à faire passer son message qui devient une norme à partir des années 1970 auprès des professionnels de la dégustation, puis des amateurs avertis.", écrit Olivier Jacquet.
Un message entendu avec d'autant plus d'intérêt que le contexte de l'après-guerre est marqué par l'urgence pour l’INAO de délimiter et définir l’appellation « Beaujolais Village » dans la Bourgogne viticole. La question est de savoir s'il existe dans le Beaujolais une aire de production (en dehors de celle des 10 crus) où les vins peuvent se replier en appellation Bourgogne. L’INAO avait organisé à l'époque une dégustation sensée vérifier le caractère bourguignon des Beaujolais analysés.
"Six bouteilles de vin à AOC « Bourgogne » et de 6 bouteilles de vin à AOC « Beaujolais » sont présentés mais, au final, les commentaires de dégustation sont très sommaires et manquent clairement de précision. Ne parvenant pas à définir les caractères de typicité des vins proposés.", souligne Olivier Jacquet. Il y avait donc nécessité à réformer les habitudes de dégustation.
A nouvelle méthode, nouveaux outils. Début 1970 apparaît le verre INAO en forme de tulipe, spécialement conçu par l’Institut, en collaboration avec Jules Chauvet, pour permettre une bonne analyse du bouquet des vins.
Depuis, la forme INAO a été supplantée par de nombreux autres verres plus adaptés encore à la description olfactive. La variété des gammes d'outil aujourd'hui proposées aux dégustateurs surprendrait certainement Chauvet et ses disciples.
Pour autant, la subjectivité de la description olfactive reste, et restera, une difficulté majeure de la dégustation. Quant à la délimitation de l'aire Bourgogne dans le Beaujolais, elle est toujours en chantier…

* Le goût de l’origine. Développement des AOC et nouvelles normes de dégustation des vins (1947-1974).

Lire la suite

Dans la magie des Perrières

26 Mai 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Climats au patrimoine de l'humanité

Puissance sans exubérance, minéralité, longueur et capacité de vieillissement… Les Perrières est le fleuron des terroirs de Meursault. La semaine des Climats a été l'occasion d'en faire le constat, dégustation de 9 cuvées à l'appui.

La Côte viticole bourguignonne est certes le pays de la vigne. C'est aussi celui de la pierre. Les Perrières, à Meursault, en constituent une superbe illustration. Tant visuellement que gustativement. Le caillou y est partout. Sous nos yeux quand on s'y rend, dans nos verres quand on le déguste. Plus précis encore qu'une évocation minérale, le nom de ce climat renvoie à son exploitation : les carrières. Les nombreux fronts de taille encore visibles en rendent compte. Les pierres de la flèche de l'église de Meursault, par exemple, sont issues des Perrières.

Le musée du vin de Beaune a accueilli une quarantaine de dégustateurs, samedi dernier, pour une séance exceptionnelle d'A Portée de vins. En présence de deux viticulteurs du cru Jean-Marc Roulot (Domaine Roulot à Meursault) et François Bitouzet (Domaine Bitouzet-Prieur à Volnay). Et bien aidés dans nos tribulations par une carte parcellaire présentée à cette occasion*. Voici par le menu le compte rendu d'une matinée placée sous le signe du calcaire.

Château de Meursault 2012 - Perrières dessus (1 ha)
Longtemps le Château a assemblé ses Perrières avec ses Charmes (le premier cru situé de l'autre côté de la route plus bas). Depuis 2009, la cuvée est isolée. Le vin présente une robe soutenue, assez brillante. Le premier nez est expressif, sur des notes d'élevage plutôt marquées mais le boisé est fin. L'aération lui assure un surcroît de classe et de précision. La palette aromatique s'affirme sur un registre de fraîcheur, avec une tonalité d'agrumes. Les notes boisées s'estompent au fil du temps et des touches citronnées et minérales finissent par s'imposer. Un vin encore dans sa prime jeunesse. Mais qui laisse déjà percevoir de bonnes dispositions pour le vieillissement. Son ampleur en bouche est assez notable pour un Perrières-Dessus, secteur réputé plus longiligne que puissant.
 

Domaine Jean-Marc Roulot 2012 – Perrières Dessous (0,26 ha)

"La parcelle a été achetée par mes parents en 1976 et partagée avec le domaine Matrot. Pour un prix dérisoire à l'époque…, précise en introduction Jean-Marc Roulot. Le terroir des Perrières est toujours au rendez-vous. Il tourne comme une horloge tous les ans. C'est un terroir précoce. L'élevage est de 18 mois dont 12 mois de fûts et six mois en cuve inox".
La robe est d'une couleur moyennement soutenue. Le nez se tient sur la réserve (un peu de réduction fait remarquer Jean-Marc Roulot) avec des notes légèrement florales (chèvrefeuille). La minéralité semble très évidente sur ce vin. Le deuxième nez laisse percevoir une gamme aromatique d'une grande netteté, très précise, très droite. L'élevage sous bois est quasi imperceptible. Les notes minérales et florales vont crescendo.

La bouche très nette, fine, avec un rien d'austérité. Elle s'avère surtout infiniment longue sur un caractère de pierre à fusil rémanent. Un Perrières de caractère et d'élégance. De grande garde aussi.

Domaine Jacques Prieur 2011 – Perrières Dessous (0,27 ha)

Le vin se présente dans une robe assez soutenue. Le premier nez est plutôt expressif sur des notes de torréfaction, de fruits secs (amandes grillées, noisettes), avec un caractère légèrement beurré. sur ce millésime plus précoce que 2012,  la maturité du raisin est certainement plus poussée. A l'aération, le fruit adopte une petite pointe exotique, figuée et légèrement miellée. En bouche, le contraste est assez saisissant avec le Perrières précédent. Cette bouteille joue davantage sur la suavité, la rondeur, avec un bel élevage qui devrait se fondre avec le vieillissement.



 


Domaine Michel Bouzereau 2011 - Perrières-Dessous et Perrières-Dessus (0,41 ha)

La robe affirme une nuance dorée soutenue. Le premier nez est assez réservé. Une certaine délicatesse s'exprime, bien que la maturité du fruit, et une note légèrement vanillée, se fassent néanmoins sentir. A l'aération, un deuxième nez se met en place assez doucement (nuances de pomme, de pêche). Les arômes restenht relativement difficiles à cerner pour l'instant. En bouche, la matière est très consistante et tapisse le palais avec beaucoup de concentration et de rondeur. Une légère pointe d'acidité en finale lui assure de la fraîcheur. Ce vin apparaît encore un peu dissocié à ce stade avec le gras d'un côté et l'acidité de l'autre. Il montre une belle assise pour autant.





Domaine Comtes Lafon 2011 - Aux Perrières et deux parcelles de Perrières Dessous (0,91 ha)

La robe est parfaitement limpide d'une couleur peu soutenue. On retrouve des reflets verts. Premier nez bien ouvert, fin et délicat avec un caractère floral. Sa richesse est évidente dès la première approche. Le fruit sec se mélange à la minéralité. On retrouve la complexité du terroir des Perrières dans toute sa gamme. Le fruit (pêche fraîche) prend davantage d'espace à l'aération. Un nez d'une grande délicatesse et netteté.
En bouche, le qualificatif "harmonieux" est ici tout sauf galvaudé. Le vin se dévoile avec une grande cohérence dès l'attaque en bouche. Sa texture, très subtile, monte en puissance au fil de la dégustation. Une petite pointe de fraîcheur en finale lui assure de la longueur. La rétro-olfaction est persistante. D'une capacité de vieillissement indiscutable, cette cuvée déjà parfaitement en place offre beaucoup de plaisir dès maintenant.

Domaine Bitouzet-Prieur 2011 - Perrières-Dessous (0,27 ha)

"La parcelle a été replantée en 1983. Plus les années passent, mieux la vigne se porte. Nous n'avons jamais de mauvaise surprise en Perrières même si parfois l'austérité naturelle du vin implique davantage de temps pour atteindre le meilleur. L'élevage s'étale sur 11 à 12 mois en fûts, avec peu de bâtonnages, et quelques mois en cuve inox, 4 à 6  selon les millésimes", expose François Bitouzet.

La robe est limpide, bien brillante, d'une couleur assez soutenue. Au premier nez, les notes aromatique font leur chemin doucement, sur une dominante de fruits secs, de pâte d'amande. Une tonalité de raisin à bonne maturité mais sans exubérance. Le deuxième nez est un peu plus ouvert avec une montée en puissance régulière et gagne en fraîcheur.

En bouche, la matière se livre sur la pointe des pieds mais avec une certaine consistance ; la trame est minérale. Une structure qui demande à s'affirmer au vieillissement.

Domaine Bitouzet-Prieur Millésime 2007 (en magnum) – Même parcelle

François Bitouzet introduit cette cuvée en précisant que 2011 et 2007 étaient les millésimes les plus précoces qu'il ait connus jusqu'ici (il est revenu au domaine en 2005). "En 2007, les vendanges ont commencé tout début septembre. Les deux millésimes sont intéressants à comparer. Je prête une grande attention à la date des vendanges".

La robe est étonnamment jeune et ne présente aucun signe d'évolution notable. La couleur se montre aussi peu soutenue. Le premier nez dénote une belle profondeur, de l'intensité sur un caractère de pierre à fusil, un peu fumé. Une première approche assez monolithique. A l'aération, il s'ouvre sur un caractère iodé, marin, puis viennent des notes de fleurs blanches. En bouche, la texture commence nettement à se patiner. La minéralité s'est fondue dans la matière du vin. Un caractère miellé s'exprime. Le millésime n'était pas propice à la production de vin d'une ampleur notable, pour autant ce Perrières se montre très équilibré, harmonieux et net. Il semble parti pour une longue carrière, si on lui en laisse le temps…

Domaine Albert Grivault 2002 - Perrières Dessous (1,5 ha)

Potentiellement 2002 est un joli millésime tout en concentration et en équilibre. Malheureusement certaines cuvées sont victimes du phénomène d'oxydation prématuré. Rien de tel sur ce Perrières à la robe or-dorée brillante et d'une très belle profondeur. L'évolution a fait son œuvre mais rien d'alarmant. Le nez relativement expressif est puissant. Il livre des notes complexes, de fruits secs, d'agrumes confits. Une touche miellée délicate (acacia) s'ajoute à cette palette. A l'aération, des notes plus évoluées (coing, pomme au four) s'expriment. En bouche, la texture se montre ample, gourmande. Elle dégage une sensation de plénitude et de parfait équilibre. Un vin à boire maintenant avec un poisson de ligne, un poulet de Bresse, un fromage à pâte molle…

Domaine Albert Grivault – Clos des Perrières 2008 – (0,94 ha)

Pour avoir goûté quelques millésimes, parfois de plusieurs décennies d'âge, du Clos de Perrières, il m'a semblé d'expérience qu'il fallait réserver le Clos pour la fin (bien que d'un millésime plus récent que la cuvée précédente). Ce climat à part entière nous livre effectivement le vin le plus puissant, le plus profond aussi de cette série. Sa robe est encore très jeune, à peine dorée. Le premier nez est assez réservé. Il dévoile sa minéralité avec sobriété. Des notes légèrement grillées et une pointe végétale noble (feuilles de menthe froissées) lui assurent un caractère bien à lui. Le deuxième nez monte nettement en vigueur, sans que sa palette aromatique ne se fatigue. En bouche, c'est le vin le plus opulent dégusté lors de cette matinée. Densité, matière, grande longueur et minéralité sont au rendez-vous.

Conclusion : de l'interprétation des terroirs

Qui douterait que les Perrières n'est pas l'un des plus grands terroirs de blanc en Bourgogne ? Cette très belle série confortera ceux qui voient dans ce climat un grand cru potentiel. Le débat n'est pas nouveau et ne sera pas tranché avant quelques années… En revanche la dégustation n'a pas clairement mis en évidence de typicité propre aux différents lieux-dits de ce Climat. Bien que les Perrières-Dessus soient réputés pour donner les vins les plus stricts, tandis que les Perrières-Dessous produiraient les cuvées les plus puissantes. L'interprétation du terroir réalisée par le vinificateur reste une donnée importante en Bourgogne aussi. Le Perrières de Jean-Marc Roulot et celui du domaine Prieur, issus pourtant de parcelles proches (certes pas du même millésime) sont de profils bien distincts. Mais rien ne dit que ces deux vins ne se rejoindront pas avec le vieillissement... (Photo : le sol d'argile brun recouvert d'un cailloutis calcaire du Clos des Perrières)

La carte murale est disponible au prix de 19,90 € (format 80 cm x 60 cm).  Possibilité d'expédition par voie postale. Livraison sur Beaune. Sur demande : l.gotti@aportee-de-vins.com

Carte Meursault premier cru Perrières

Carte Meursault premier cru Perrières

Lire la suite