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------ 365 jours en Bourgogne ------   Le blog de Laurent Gotti

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Clos de Vougeot : d'unique à multiple

21 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru

Pendant des siècles entre les mains d'un unique propriétaire, les moines de Cîteaux, le Clos de Vougeot est aujourd'hui un vignoble largement morcelé. Retour sur les deux siècles qui ont tout changé.

Adieu les moines, bonjour les banquiers ! Le 17 janvier 1791, à Dijon la page cistercienne du Clos de Vougeot, 50 hectares et un Château, est définitivement tournée. L'ensemble est vendu, en même temps que le Château de Gilly (autre propriété de Cîteaux située à proximité de l'abbaye). Un certain Louis Focard emporte l'enchère. "Ce marchand de biens parisien a en fait servi d'homme de paille, puisque trois mois plus tard, le 5 mai, il revend l'ensemble au même prix aux banquiers Louis et Antoine Ravel", rapporte l'historien Benoit Chauvin dans son livre "Le Clos et le Château de Vougeot" (Editions du Tastevin).
En 1795, ils rétrocèdent la moitié à l'un des membres de leur famille, également banquier, Louis Tourton. Mais en 1810, les affaires vont mal et le Clos est hypothéqué. C'est finalement Gabriel Jules Ouvrard, en 1816, qui éponge leurs dettes en échange du Clos de Vougeot. Banquier (encore un !) personnel de Napoléon, spéculateur patenté, l'homme traine une réputation peu reluisante. Suit à des imbroglios politico-financiers, son fils Jules prend possession du Clos en 1825.
Voilà enfin un mariage d'amour pour ce terroir légendaire (encore intègre) ! Jules Ouvrard aime la vigne. Difficile de prendre ses goûts en défaut : entretemps, il a racheté la Romanée-Conti, Le Chambertin Clos de Bèze, le Clos du Roi à Corton, etc. ! De plus, il se plait en Bourgogne. Il s'installe à Gilly, devient maire en 1837, puis député de la Côte-d'Or en 1852.

"Il consacre l'essentiel de son temps à gérer ses propriétés viticoles. (…). Et lorsque Jules Ouvrard décède en 1861, la seule interrogation, redoutée des uns, ou espérée des autres, est de savoir si ses héritiers pourront ou non conserver un tel domaine dans son intégralité", note Benoit Chauvin.

Sans descendance, les quatre enfants de sa sœur héritent. L'unité familiale va se maintenir malgré les mauvaises récoltes et la guerre de 1870. Certains biens sont vendus (La Romanée-Conti !) mais l'intégrité du Clos de Vougeot n'est pas encore mise en cause. Le phylloxéra et les mésententes grandissantes dans la famille vont finalement donner le coup de grâce. Le Clos est vendu en 1889 à un marchand de biens de Dijon et à Léonce Bocquet, vigneron à la personnalité haute en couleur. En plus des 15 hectares de vignes (la partie haute du clos), ce dernier reprend également le Château. Le reste du vignoble est rapidement partagés entre une quinzaine de vignerons et négociants de la côte. Ainsi s'achève près de 7 siècles de propriété unique pour le Clos de Vougeot…
Son inévitable morcellement peut débuter. Cette nouvelle ère ouvre aussi une période fastueuse pour le Château. Bon vivant et mondain, Léonce Bocquet reçoit de nombreuses personnalités au Château. Il engloutit une bonne part de sa fortune dans sa restauration. Hommes politiques et artistes s’y succèdent : Sadi Carnot, Paul Claudel, Sarah Bernhardt, etc.

A la mort de Léonce Bocquet en 1920, ses héritiers vendent les vignes. Une vingtaine d'exploitants du secteur accèdent à la propriété dans le Clos. Parmi eux Etienne Camuzet qui reprend trois hectares et le Château. Il met le château à la disposition de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin qui vient de naitre à Nuits-Saint-Georges. Plus tard une société civile des amis du Château se porte acquéreuse et confie, pour un bail de 99 ans et un franc symbolique, le bâtiment à la Confrérie. Au cours des décennies suivantes, les vignes se morcellent au rythme des successions. Plus de 80 propriétaires cohabitent aujourd'hui dans le clos. Certains ne possèdent que quelques centaines de mètres quarrés. D'autres quelques hectares (5,5 ha au mieux). Tous détiennent une partie d'un joyau de la couronne bourguignonne.

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Des grands crus à la Saint-Vincent tournante !

16 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Saint-Vincent

Pour la première fois depuis 1938, date de la création de l'évènement, les participants à la Saint-Vincent tournante pourront déguster un grand cru. Deux cuvées ont été mises en bouteille grâce à la participation de producteurs de ces terroirs uniques.

Voilà un bien joli message envoyé par une quarantaine de producteurs bourguignons. A l'heure où les vins de Bourgogne, grands crus en tête, n'ont jamais été autant convoités et inaccessibles au commun des mortels, ces maisons ou vignerons ont donné une partie de leur récolte pour cette Saint-Vincent 2015. L'opération s'est déroulée sous la houlette de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin et du Comité d'organisation de la Saint-Vincent 2015 (Vougeot et Gilly-lès-Citeaux).
Quelques noms parmi les plus prestigieux de la Côte de Nuits figurent dans la liste  (voir ci-dessous).

Une cuvée unique de Clos de Vougeot et d'Echezeaux ont ainsi été mises en bouteille. Le tout représente un peu moins de 6 pièces (un fût de 228 litres).
Parmi un total de 7 cuvées proposées à la dégustation lors de l'évènement, les participants dûment dotés d'un kit dégustation (15 €) pourront goûter à l'un des deux grands crus. Il ne reste plus qu'à patienter jusqu'au 24 et 25 janvier. Les vins ont été assemblés peu après le décuvage et confiés à l'un des viticulteurs. Ces cuvées sont deux très belles réussites !
Les organisateurs veilleront, sur les conseils du sommelier Michel Smolarek, à ce qu'elles soient servies à bonne température (jamais simple lors d'une manifestation en plein air).

www.st-vincent-tournante.fr


La dégustation

Clos de Vougeot 2013

La robe est profonde à reflets violacés. Un nez expressif laisse percevoir spontanément des notes fumées et épicées. Le fruit, sur le cassis, s'exprime dans un deuxième temps. L'ensemble donne une expression aromatique raffinée et délicate. La bouche se montre davantage sur la souplesse que la concentration. La consistance et la persistance sont bien là.
Un vin élevé dans l'enceinte même du Clos de Vougeot puisque c'est le Château de la Tour (François Labet) qui a finalisé l'élaboration et procédé à la mise en bouteille.

Echezeaux 2013

D'une couleur un peu plus dense que le Clos de Vougeot, cet Echezeaux, annonce un surplus de consistance. Une impression visuelle qui se confirme en bouche. Sa texture affirme des tannins légèrement plus marqués mais aussi une belle enveloppe, suave, en milieu de bouche. La finale est fraîche. Le nez se montre remarquable d'élégance : il exhale de fines notes florales (violette), de fruits noirs bien mûrs. Un vin de caractère. L'élevage a été confié au domaine Méo-Camuzet.
La simple idée de goûter un vin réunissant les Hospices de Beaune, les domaines de la Romanée-Conti, Comte Liger-Belair, Méo-Camuzt et beaucoup d'autres grands noms était déjà un évènement… Le vin est à la hauteur de l'attente !

La liste des généreux donateurs :
Maison Albert Bichot, Bouchard Père et Fils, GFA Bouchy et amis, Domaine Jacques Cacheux, Domaine Capitain-Gagnerot, Domaine Christian Confuron, , Domaine R. Dubois, Dufouleur Frères, Maison Joseph Drouhin, Domaine Faiveley, Domaine Forey, Domaine Alain Maurice Gavignet, Domaine Gerbet Filles, Domaine Jean Grivot, Maison Louis Jadot, Hospices Civils de Beaune, Domaine Chantal Lescure, Domaine du Comte Liger-Belair, Domaine Thibault Liger-Belair, Château de Marsannay,  Domaine Méo-Camuzet, Domaine Alain Michelot, Domaine Mongeard-Mugneret, Domaine Dominique Mugneret, Domaine Georges Mugneret-Gibourg, Domaine André Nudant et Fils, Domaine Georges Noëllat,  Domaine des Perdrix, Château de la Tour, Domaine Gérard Raphet, Domaine Daniel Rion, Domaine de la Romanée-Conti, Domaine Rouget, Domaine Laurent Roumier, Château de Santenay, Domaine Robert Sirugue, Domaine Jean Tardy, Domaine Thénard, Domaine Tortochot, Domaine Cécile Tremblay,Domaine de la Vougeraie, Maison Henri de Villamont.

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Saint-Vincent sur le chemin des Moines

8 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru

Avec la Saint-Vincent tournante, les 24 et 25 janvier prochains (Vougeot et Gilly-lès-Cîteaux), la Bourgogne se replonge dans sa longue histoire monastique. Mais qui étaient donc ces moines ?

Des hommes durs à la tâche, défrichant la Côte pour y découvrir les meilleurs terroirs. Des agronomes hors pair maitrisant les cépages et la conduite de la vigne. Des experts en vinification découvrant les secrets des grands vins… La Saint-Vincent tournante 2015 mobilise tout cet imaginaire intimment lié à la Bourgogne.

Histoire, mais aussi (re)construction identitaire…
Nous savons en fait assez peu de choses, avec certitude, sur l’apport réel des moines cisterciens. Les chercheurs en pointe sur le sujet reconnaissent quelques lacunes et se prononcent avec peu de certitudes. Même si l'impact monastique sur le vignoble bourguignon est indéniable.

« Ils étaient de très grands producteurs et propriétaires viticoles. De grands architectes aussi. On retrouve tout cela à travers l'image du Clos de Vougeot (…). Pourtant l'idée que les moines cisterciens avaient des pratiques viticoles d'exception, qui se retrouveraient dans les vins d'aujourd'hui, est une construction du 20e siècle », explique Marion Foucher, chercheuse à l’Unité ARTéHis de Dijon.

Quant à la précocité des moines dans le domaine de la hiérarchisation des terroirs, l’idée semble peu étayée là-aussi…

« Les moines n'ont jamais fait de "Clos de Vougeot", ils mélangeaient les raisins de l'ensemble de leur domaine et produisaient le vin de Cîteaux. Le domaine de Vougeot, c'était le clos, mais aussi toutes les vignes autour. Ils exploitaient des vignes un peu partout sur la côte mais n'avaient pas un pressoir dans chaque secteur. Ceux de Vougeot ou de Fixin attiraient donc les raisins des alentours. On ne séparait pas alors les raisins issus, par exemple, du Clos de Vougeot des raisins des Musigny, des Echezeaux, etc. On pressait le vin des Cisterciens. »

De son côté, Benoit Chauvin a passé près de 50 ans à étudier l’ordre de Cîteaux. Sujet d'étude inépuisable car le monastère bourguignon a essaimé dans toute l'Europe. Pas moins de 750 abbayes masculines depuis la Sicile jusqu'aux pays baltes, en passant par le Portugal, l'Irlande, etc.

Finalement que retient-il de l'héritage de ces moines ? "Ils ont été les premiers à donner au commerce du vin de Bourgogne une telle ampleur. En même temps qu'ils multiplient les plantations de vignes, ils vont se doter de comptoirs dans les villes." Dans ces comptoirs, les villageois s'approvisionnent en vin car la règle de Saint-Benoît (base de la vie monastique de nombreux ordres) autorise la vente de surplus. La démarche a d'autant plus de succès qu'à partir de la fin du 12e siècle les villes renaissent et voient l'apparition de la bourgeoisie.

Non seulement nos moines avaient donc certainement quelques capacités agronomiques et œnologiques, mais ils avaient surtout compris que le nerf de la guerre et la meilleure façon de pérenniser leurs activités, c'était de vendre ! Cela valait bien un hommage de Saint-Vincent…

Programme et informations pratiques ici.

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Charlie vivra !

8 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti

Charlie vivra !

Carte de presse n°91247 contre tous les fanatismes, en soutien à Charlie hebdo et pour la liberté d'expression !

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Le Beaujolais se déchire : la Bourgogne en recours

4 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

C'est un peu plus qu'une histoire de Clochemerle qui se joue dans le Beaujolais. Mais une opposition entre des visions du vin différentes. un face à face dans lequel la Bourgogne aura immanquablement son mot à dire...

"Nos vins se vendent bien, ils sont appréciés... Tant qu'on évite de préciser que nous sommes dans le Beaujolais !", Discours tenu par beaucoup de vignerons des crus du Beaujolais ces dernières années. L'histoire était donc écrite d'avance. Les crus du Beaujolais font sécession : ils ne souhaitent plus apporter leur contribution à l'Union des vignerons du Beaujolais*. L'annonce a été faite le 18 décembre dernier.
A mesure que les appellations Beaujolais et Beaujolais-villages s'enfonçaient dans la crise, les crus ne pouvaient que se désolidariser de leurs voisines du sud. Trop dépendantes de l'effet beaujolais nouveau, devenu délétère. Trop suspendues à un négoce chargé de redorer un blason largement terni. Trop longtemps coupées des amateurs de vin et donc incapables de sentir le vent tourner.
Quelle communauté d'intérêts peut subsister entre un producteur de moulin-à-vent qui vend une bonne partie de ses vins aux particuliers et un producteur de primeurs se "débarrassant" de la totalité de ses cuvées dès le mois d'octobre venu ?
Le Beaujolais est le théâtre d'une véritable catastrophe industrielle silencieuse, sournoise. Elle laisse des traces. Un chiffre, sec et froid, pour la quantifier : plus de 6 000 hectares de vignes (sur 23 000) disparus en une décennie.

Tout cela aux portes d'une Bourgogne plus que jamais triomphante. Insolente presque. Les crus du Beaujolais regardent irrésistiblement vers le nord et voudraient se délester du sud. Ne plus entendre parler de beaujolais nouveau, mais se placer en orbite autour des prestigieuses appellations bourguignonnes.*
De son côté la Bourgogne, en manque de vin, fait les yeux de Chimène aux crus du Beaujolais. Ces dernières années ont été marquées par les annonces de maisons historiques venues investir dans le Beaujolais. En novembre dernier, Joseph Drouhin officialisait son partenariat avec les Hospices de Belleville.

Lors de sa prise de fonction à la présidence de l'Interprofession des vins de Bourgogne, Louis-Fabrice Latour, affichait clairement sa volonté de voir les deux interprofessions fusionner à moyen terme. De là à écrire que la Bourgogne a encouragé ce divorce à la Beaujolaise...

On imagine pourtant mal une fusion Bourgogne-Beaujolais s'opérer en laissant sur le bord de la route tout le sud du Beaujolais. Si les crus devaient rejoindre l'Interprofession bourguignonne, se sera avec leurs voisins du sud. Mais en sortant, au passage, d'un tête à tête devenu houleux.

 

* Les crus du Beaujolais n'ont pas remis en cause leurs participations à l'interprofession contrairement à ce que de premières informations laissaient entendre (Communication Inter beaujolais). 

* Des passerelles existent entre Beaujolais et Bourgogne depuis la création des AOC en 1935. Les crus peuvent se replier en appellation bourgogne (plus précisément en AOC bourgogne-gamay depuis 2011).

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Joyeux Noël et bonne année !

24 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti

       

                                                      Ce mur de pierres

                                                      Cloitre rustique

                                                      Où les ceps

                                                     Serrent les rangs

                                                     Et méditent.

 

                                Pierre Poupon. Petits Poèmes en Pierre Sèches (1987)

 

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Sébastien et Delphine Boisseau : « Espoirs de l’année » !

21 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Bio, #Bourgogne Aujourd'hui

Ce couple de vignerons est notre révélation 2014. Une récompense bien méritée. Ils montrent que la viticulture bio n’est pas (qu’)une affaire d’opportunisme mercantile…

Il n’y avait pas encore de cuve, et encore moins de fût, au domaine Boisseau lors de ma première visite (2011). J’avais fait deux ou trois passages devant le hameau de Bray (Mâconnais), avant de m’apercevoir que oui, c’était bien là…
Ce couple de jeunes vignerons était, en 2011, à la croisée des chemins (lire ce billet). Certifié en bio depuis 3 ans, ils subissaient la « double peine » : des coûts de production plus élevés que leurs collègues et une non-reconnaissance de leur travail par la cave coopérative à laquelle ils adhéraient à l’époque. Faire du bio dans ces conditions était un véritable sacerdoce…

Ils ont donc sauté le pas en 2012. Les Boisseau quittent, à regret, la cave coopérative dans laquelle leurs parents et grands-parents s’étaient investis par conviction. Autres temps autre conviction… Ils feront eux-mêmes leurs vins.

L’été dernier, le domaine présentaient ses vins à nos dégustations pour la première fois. Et bingo ! A l’aveugle, trois vins sélectionnés sur trois vins présentés.

En blancs, la cuvée de Mâcon-Bray, « Clos Rebetiot 112 » s’octroie un joli 16,5 sur 20. Le numéro 112 fait référence à l’âge de la vigne, plantée en 1900… . Une prime aussi à la cuvée « Mouton Blanc » issue de belles parcelles de la commune. Goûté et approuvé également, le « Mouton noir », un très beau gamay planté sur des sols argilo-calcaires. C’est l’une des particularités de ce secteur du nord du Mâconnais, le cépage s’y plait particulièrement. Les rouges représentent (40 % de la production).

Depuis ma première visite, les Boisseaux ont aménagé une cuverie, investi dans des fûts, mis en bouteille leur premier millésime et même organisé des portes ouvertes. Ils sont aussi devenus « Espoirs de l’année » dans Bourgogne Aujourd’hui. Un beau bout de chemin…

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Dis Papy, il était comment ton vin ?

18 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Histoire, #Dégustation

Amateurs de vins du XXIe siècle, nous vivons avec la frustration d’avoir très peu de notes sur les cuvées produites au cours des longs siècles précédents. Explications.

A quoi ressemblaient les vins de nos grands-parents ? Comment étaient-ils appréciés ? Difficile de répondre à ces questions tant les descriptions de vins d’il y a un peu plus d’un demi-siècle font sourire aujourd’hui. Laconique, voire lapidaire, le discours se révèle d’une pauvreté confondante. « Fermes », « toujours satisfaisants », d’une « bonne tenue ». Des termes relevés par l’historien Olivier Jacquet (Chaire Unesco Culture et traditions du vin à Dijon) au cours de recherches menées sur l’évolution de la dégustation du vin après-guerre.

Bref, nos grands-parents ne semblaient pas soucieux de passer pour de fins dégustateurs...

« Même en 1947, le grand œnologue Bordelais Emile Peynaud (…) évoque uniquement la souplesse, le moelleux, le côté corsé, la vinosité, le gras, l’âpreté, la verdeur, la netteté. Il parle d’un vin « droit de goût », d’un vin qui « remplit la bouche » ou encore d’un « vin mâché ». Nulle trace d’olfaction dans l’analyse », expose Olivier Jacquet.

Explication : la dégustation a tout d'abord été, et pendant longtemps, un exercice de marchands. Le but était de détecter les qualités "substantielles" d'un vin, c'est-à-dire vérifier ou infirmer qu'il puisse être vendu sous le nom de Gevrey-Chambertin ou Pommard (pour les vins tanniques) de Chambolle-Musigny ou de Volnay (pour les vins les plus élégants). Même si ces vins ne provenaient pas du village dont il porterait l'étiquette. C’est le système "d'équivalence" mis en place par le négoce de l'époque.

"Un vin de Gevrey-Chambertin n’est pas nécessairement issu de raisins récoltés à Gevrey-Chambertin, mais un vin qui présente la qualité d’un Gevrey-Chambertin suite à des coupages pouvant associer des vins issus de « crus » différents, voire non bourguignons, tenus pour équivalents à Gevrey-Chambertin.", poursuit Olivier Jacquet.

Les œnologues (dans l'acception technique du terme), en chimistes du vin, s'empareront de l'exercice de la dégustation au début du XXe siècle. Ils insistent, pour leur part, sur la détection des défauts. Les termes de « goût de grêle », « goût de sec », « goût de pourri », de « goûts terreux » fleurissent alors...

Il faudra donc attendre la création des appellations d'origine pour voir s’épanouir la dégustation dans la forme que l'on connait aujourd'hui (avec une part belle faite à la description aromatique).
Après-guerre, l'idée est bien sûr de justifier et d’étayer les délimitations mises en place lors de la création des AOC en 1935. La fameuse controverse chablisienne sur le calcaire Kimméridgien ou Portlandien, à partir de la fin des années 1950, donna lieu à un examen gustatif. Sur quel type de sous-sol sont produits les véritables Chablis ? Les dégustateurs se devaient de jouer les juges de paix.

"Cette fois, l’analyse organoleptique fait office de preuve. On tranche donc pour une légère extension de l’appellation Chablis (…)", explique Olivier Jacquet.

Le dernier saut, celui qui mène à la dégustation hédoniste peut alors s’accomplir. Emile Peynaud, pionnier de l’analyse sensorielle, après s'être longtemps consacré à des publications relevant du domaine de la chimie, entame son travail sur la dégustation en tant que telle. « Son ouvrage majeur de synthèse sur « Le Goût du Vin » (Ed. Dunod), plusieurs fois réédités  et qui aura un impact considérable auprès du grand public, ne sort pas avant 1980 », note Olivier Jacquet.

Il nous reste, à nous amateur de vins du XXIe siècle, la frustration d’avoir très peu de traces des vins produits au cours des longs siècles précédents notre époque. Combien de cuvées remarquables sont tombées dans un éternel oubli faute d’avoir rencontrées un dégustateur à la plume inspirée ?  

Pourtant, il est certain que les vins de nos aïeux n’étaient pas moins bons ou moins complexes que les nôtres. Quelques maisons bourguignonnes recèlent dans leurs caves des trésors le confirmant. Des bouteilles parfois vieilles de plus d’un siècle et demi. J’ai eu la chance d’en déguster quelques-unes comme ce meursault premier cru Charmes 1846, ce beaune Vigne de l'Enfant Jésus 1865 de la maison Bouchard Père et fils ou encore cet autre beaune, Clos des Ursules 1959, de chez Jadot.

Mais les mots, aussi précis et nécessaires soient-ils, ne traduisent qu’une petite partie de l’émotion procurée par des vins de cette intensité.

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Ce que je sais (vraiment) sur les vins de Bourgogne ?

16 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bon à savoir

Plus d’a priori ou d’à-peu-près au moment d’ouvrir une bouteille de Bourgogne.
Un outil permet d'être au top pour les fêtes (et tout le reste de l'année)...

"A la découverte des vins de Bourgogne" « A la découverte des Vins de Bourgogne » est un module de formation à distance (e-learning pour les fans d'anglicismes) ! Il propose de mesurer et de parfaire ses connaissances sur la plus petite des célèbres régions viticoles du monde.

Films, photos 360°, témoignages, quizz…
Ce module est richement illustré et permet de progresser à son rythme.

Une nouvelle version, la deuxième, plus dynamique, est disponible désormais en une application téléchargeable (logiciel à installer, Google Play ou I-Tunes). Idéal pour révisez dans les transports.

Combien d'appellations en Bourgogne ? Sûr de vous ? Même le président de l'Interprofession se trompe régulièrement sur la réponse...

Langues disponibles : Français, Anglais, Chinois, japonais, Coréen.
 

Lien ici

 

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La marche en avant de Pouilly-Fuissé

9 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC

Le paysage a bien changé à Pouilly-Fuissé ! Les deux roches jumelles, Solutré et Vergisson, sont toujours là  ! Mais côté caves, une révolution s’est mise en marche. Rien ne semble vouloir l'arrêter...  

La Bourgogne du sud a définitivement changé d'époque. Pouilly-Fuissé, appellation phare du Mâconnais, en tête. « Il y a 20 ans, seulement une dizaine de producteurs mettaient leurs vins en bouteille au domaine à Pouilly-Fuissé. Maintenant, on peut en citer une cinquantaine », constat formulé par Fédréric-Marc Burrier, vigneron et président de l’organisme de gestion de l'AOC (rubrique "Rencontre" du prochain Bourgogne Aujourd’hui). Et alors direz-vous ?
Pour un vigneron, mettre en bouteille ses vins, cela veut dire les signer, les vendre, avoir des clients (et non pas vendre en vrac à un intermédiaire). La pratique induit tout un processus qualitatif.

Tenus de se démarquer, beaucoup de ces producteurs ont compris que la première attention doit être portée sur la culture des vignes. En particulier la maitrise des rendements. L’excès de production, créant des vins dilués, a reculé. Le désherbage chimique devient moins nécessaire. « Tout d’un coup, les vins se mettent à changer », poursuit Fédréric-Marc Burrier. Davantage recherchés par les cavistes, la belle restauration, les vins sont mieux valorisés. Les producteurs peuvent investir dans du matériel, des bâtiments plus fonctionnels. Un nouvel équilibre autant économique que cultural et œnologique se crée. Une émulation s’opère entre producteurs. Ce chemin, Pouilly-Fuissé l’a parcouru ces deux dernières décennies.
Ces vins charnus et fuités ont, par la même occasion, séduit les critiques anglo-saxons. Trop d’ailleurs. Dans les années 1980, jusqu’à 85% des vins de l’appellation étaient vendus aux Etats-Unis.

Nous avons vu émerger nombre de domaines sur Pouilly-Fuissé et mais ses "satellites" (Pouilly-Loché, Pouilly-Vinzelles). Les domaines Cordier, Saumaize-Michelin, Barraud, Vessigaud, Thibert, les Frères Bret, etc. Ils ont rejoint les domaines phares de l’appellation : Féret-Lorton, Château de Fuissé et Château de Beauregard, précurseurs de la mise en bouteille à la propriété dans ce vignoble.
Il reste encore un peu de chemin à accomplir pour cette vaste appellation (presque 800 hectares). Mais sur le fond, que manque-t-il à Pouilly-Fuissé ? Des premiers crus. Le Mâconnais est le seul vignoble bourguignon à ne pas disposer de cette distinction.
La hiérarchisation des terroirs est devenue un point de repère incontournable en Côte de Beaune ou en Côte de Nuits.  « Elle ne s’est pas établie chez nous. Nous sommes restés sur cette notion de commune, importante, mais nous avons du mal à évoluer dans la même cours. Après guerre, le Mâconnais est devenu une source de chardonnay, avec une structure de production qui n’évoluait pas », analyse Fédréric-Marc Burrier.
Depuis 2007, un dossier est en cours d’instruction auprès de l’Institut national des appellations d’origine (INAO). La commission était en visite au début de ce mois sur le terrain. Cette démarche devrait aboutir pour les millésimes 2017 ou 2018. Ce serait une consolidation des acquis. Et une légitime récompense.

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