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------ 365 jours en Bourgogne ------   Le blog de Laurent Gotti

Articles récents

Dis Papy, il était comment ton vin ?

18 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Histoire, #Dégustation

Amateurs de vins du XXIe siècle, nous vivons avec la frustration d’avoir très peu de notes sur les cuvées produites au cours des longs siècles précédents. Explications.

A quoi ressemblaient les vins de nos grands-parents ? Comment étaient-ils appréciés ? Difficile de répondre à ces questions tant les descriptions de vins d’il y a un peu plus d’un demi-siècle font sourire aujourd’hui. Laconique, voire lapidaire, le discours se révèle d’une pauvreté confondante. « Fermes », « toujours satisfaisants », d’une « bonne tenue ». Des termes relevés par l’historien Olivier Jacquet (Chaire Unesco Culture et traditions du vin à Dijon) au cours de recherches menées sur l’évolution de la dégustation du vin après-guerre.

Bref, nos grands-parents ne semblaient pas soucieux de passer pour de fins dégustateurs...

« Même en 1947, le grand œnologue Bordelais Emile Peynaud (…) évoque uniquement la souplesse, le moelleux, le côté corsé, la vinosité, le gras, l’âpreté, la verdeur, la netteté. Il parle d’un vin « droit de goût », d’un vin qui « remplit la bouche » ou encore d’un « vin mâché ». Nulle trace d’olfaction dans l’analyse », expose Olivier Jacquet.

Explication : la dégustation a tout d'abord été, et pendant longtemps, un exercice de marchands. Le but était de détecter les qualités "substantielles" d'un vin, c'est-à-dire vérifier ou infirmer qu'il puisse être vendu sous le nom de Gevrey-Chambertin ou Pommard (pour les vins tanniques) de Chambolle-Musigny ou de Volnay (pour les vins les plus élégants). Même si ces vins ne provenaient pas du village dont il porterait l'étiquette. C’est le système "d'équivalence" mis en place par le négoce de l'époque.

"Un vin de Gevrey-Chambertin n’est pas nécessairement issu de raisins récoltés à Gevrey-Chambertin, mais un vin qui présente la qualité d’un Gevrey-Chambertin suite à des coupages pouvant associer des vins issus de « crus » différents, voire non bourguignons, tenus pour équivalents à Gevrey-Chambertin.", poursuit Olivier Jacquet.

Les œnologues (dans l'acception technique du terme), en chimistes du vin, s'empareront de l'exercice de la dégustation au début du XXe siècle. Ils insistent, pour leur part, sur la détection des défauts. Les termes de « goût de grêle », « goût de sec », « goût de pourri », de « goûts terreux » fleurissent alors...

Il faudra donc attendre la création des appellations d'origine pour voir s’épanouir la dégustation dans la forme que l'on connait aujourd'hui (avec une part belle faite à la description aromatique).
Après-guerre, l'idée est bien sûr de justifier et d’étayer les délimitations mises en place lors de la création des AOC en 1935. La fameuse controverse chablisienne sur le calcaire Kimméridgien ou Portlandien, à partir de la fin des années 1950, donna lieu à un examen gustatif. Sur quel type de sous-sol sont produits les véritables Chablis ? Les dégustateurs se devaient de jouer les juges de paix.

"Cette fois, l’analyse organoleptique fait office de preuve. On tranche donc pour une légère extension de l’appellation Chablis (…)", explique Olivier Jacquet.

Le dernier saut, celui qui mène à la dégustation hédoniste peut alors s’accomplir. Emile Peynaud, pionnier de l’analyse sensorielle, après s'être longtemps consacré à des publications relevant du domaine de la chimie, entame son travail sur la dégustation en tant que telle. « Son ouvrage majeur de synthèse sur « Le Goût du Vin » (Ed. Dunod), plusieurs fois réédités  et qui aura un impact considérable auprès du grand public, ne sort pas avant 1980 », note Olivier Jacquet.

Il nous reste, à nous amateur de vins du XXIe siècle, la frustration d’avoir très peu de traces des vins produits au cours des longs siècles précédents notre époque. Combien de cuvées remarquables sont tombées dans un éternel oubli faute d’avoir rencontrées un dégustateur à la plume inspirée ?  

Pourtant, il est certain que les vins de nos aïeux n’étaient pas moins bons ou moins complexes que les nôtres. Quelques maisons bourguignonnes recèlent dans leurs caves des trésors le confirmant. Des bouteilles parfois vieilles de plus d’un siècle et demi. J’ai eu la chance d’en déguster quelques-unes comme ce meursault premier cru Charmes 1846, ce beaune Vigne de l'Enfant Jésus 1865 de la maison Bouchard Père et fils ou encore cet autre beaune, Clos des Ursules 1959, de chez Jadot.

Mais les mots, aussi précis et nécessaires soient-ils, ne traduisent qu’une petite partie de l’émotion procurée par des vins de cette intensité.

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Ce que je sais (vraiment) sur les vins de Bourgogne ?

16 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bon à savoir

Plus d’a priori ou d’à-peu-près au moment d’ouvrir une bouteille de Bourgogne.
Un outil permet d'être au top pour les fêtes (et tout le reste de l'année)...

"A la découverte des vins de Bourgogne" « A la découverte des Vins de Bourgogne » est un module de formation à distance (e-learning pour les fans d'anglicismes) ! Il propose de mesurer et de parfaire ses connaissances sur la plus petite des célèbres régions viticoles du monde.

Films, photos 360°, témoignages, quizz…
Ce module est richement illustré et permet de progresser à son rythme.

Une nouvelle version, la deuxième, plus dynamique, est disponible désormais en une application téléchargeable (logiciel à installer, Google Play ou I-Tunes). Idéal pour révisez dans les transports.

Combien d'appellations en Bourgogne ? Sûr de vous ? Même le président de l'Interprofession se trompe régulièrement sur la réponse...

Langues disponibles : Français, Anglais, Chinois, japonais, Coréen.
 

Lien ici

 

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La marche en avant de Pouilly-Fuissé

9 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC

Le paysage a bien changé à Pouilly-Fuissé ! Les deux roches jumelles, Solutré et Vergisson, sont toujours là  ! Mais côté caves, une révolution s’est mise en marche. Rien ne semble vouloir l'arrêter...  

La Bourgogne du sud a définitivement changé d'époque. Pouilly-Fuissé, appellation phare du Mâconnais, en tête. « Il y a 20 ans, seulement une dizaine de producteurs mettaient leurs vins en bouteille au domaine à Pouilly-Fuissé. Maintenant, on peut en citer une cinquantaine », constat formulé par Fédréric-Marc Burrier, vigneron et président de l’organisme de gestion de l'AOC (rubrique "Rencontre" du prochain Bourgogne Aujourd’hui). Et alors direz-vous ?
Pour un vigneron, mettre en bouteille ses vins, cela veut dire les signer, les vendre, avoir des clients (et non pas vendre en vrac à un intermédiaire). La pratique induit tout un processus qualitatif.

Tenus de se démarquer, beaucoup de ces producteurs ont compris que la première attention doit être portée sur la culture des vignes. En particulier la maitrise des rendements. L’excès de production, créant des vins dilués, a reculé. Le désherbage chimique devient moins nécessaire. « Tout d’un coup, les vins se mettent à changer », poursuit Fédréric-Marc Burrier. Davantage recherchés par les cavistes, la belle restauration, les vins sont mieux valorisés. Les producteurs peuvent investir dans du matériel, des bâtiments plus fonctionnels. Un nouvel équilibre autant économique que cultural et œnologique se crée. Une émulation s’opère entre producteurs. Ce chemin, Pouilly-Fuissé l’a parcouru ces deux dernières décennies.
Ces vins charnus et fuités ont, par la même occasion, séduit les critiques anglo-saxons. Trop d’ailleurs. Dans les années 1980, jusqu’à 85% des vins de l’appellation étaient vendus aux Etats-Unis.

Nous avons vu émerger nombre de domaines sur Pouilly-Fuissé et mais ses "satellites" (Pouilly-Loché, Pouilly-Vinzelles). Les domaines Cordier, Saumaize-Michelin, Barraud, Vessigaud, Thibert, les Frères Bret, etc. Ils ont rejoint les domaines phares de l’appellation : Féret-Lorton, Château de Fuissé et Château de Beauregard, précurseurs de la mise en bouteille à la propriété dans ce vignoble.
Il reste encore un peu de chemin à accomplir pour cette vaste appellation (presque 800 hectares). Mais sur le fond, que manque-t-il à Pouilly-Fuissé ? Des premiers crus. Le Mâconnais est le seul vignoble bourguignon à ne pas disposer de cette distinction.
La hiérarchisation des terroirs est devenue un point de repère incontournable en Côte de Beaune ou en Côte de Nuits.  « Elle ne s’est pas établie chez nous. Nous sommes restés sur cette notion de commune, importante, mais nous avons du mal à évoluer dans la même cours. Après guerre, le Mâconnais est devenu une source de chardonnay, avec une structure de production qui n’évoluait pas », analyse Fédréric-Marc Burrier.
Depuis 2007, un dossier est en cours d’instruction auprès de l’Institut national des appellations d’origine (INAO). La commission était en visite au début de ce mois sur le terrain. Cette démarche devrait aboutir pour les millésimes 2017 ou 2018. Ce serait une consolidation des acquis. Et une légitime récompense.

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Devenir un expert en vin en quatre conseils

30 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation

Vous rêvez de devenir un « pro » de la dégustation. Voici les conseils, simples, qui vous mettront sur la bonne voie. Qu’est-ce qu’un expert en vin sinon un amateur de vin décomplexé ?

Ne vous sous-estimez pas

« Je n’ai pas le nez qu’il faut ». « Je ne suis pas doué pour reconnaitre les arômes ». Des sentences entendues à de nombreuses reprises dans la bouche d’amateurs de vin. Le plus souvent sans aucun fondement… Pourtant les études scientifiques sont sans ambigüité : un expert en vin n’est pas un "superdégustateur", pas davantage un homme doté d’une hypersensibilité.

« Au final aucune donnée expérimentale ne suggère que les experts en vin seraient plus sensibles que les autres », note Jordi Ballester et Dominique Valentin, chercheurs respectivement à l’Université de Bourgogne et à Agrosup Dijon.

Cette démotivation des novices trouve ses racines dans l’attitude de certains professionnels du vin, ou même d'amateurs, voulant épater la galerie. Ces derniers se complaisent souvent à utiliser un vocabulaire de dégustation savant ou même abscons. Les novices s’en trouvent exclus ou inhibés. 

Il n'y pas de quoi. Lors de la finale du dernier concours de meilleur sommelier du monde, un vin des Côte du Rhône 2007 était présenté à l’aveugle aux quatre candidats. Deux ont répondu qu’il s’agissait d’un vin espagnol, un autre a reconnu un vin grec, le dernier un Bordeaux. Un seul avait le bon millésime…

J’irais jusqu’à écrire que le "pro" commet souvent tout autant d’erreur de jugement que le novice. Alors n’hésitez à vous lancer : si le meilleur sommelier du monde est capable de se tromper dans les grandes largeurs, vous aussi vous avez le droit de dire des bêtises.

Lire aussi ce billet : La dégustation, c'est comme le vélo

 

Privilégiez la bouche plutôt que le nez.

Le monde des odeurs est compliqué. Notre nez est capable de percevoir des centaines de molécules odorantes différentes. C’est le cerveau qui traite alors l’information, fait des choix ou perd parfois les pédales… La bouche est un organe beaucoup simple : elle perçoit quatre grandes saveurs : le sucré, le salé, l’acide et l’amer.
Si l’on écarte le salé, très peu présent dans le vin, il n’en reste plus que trois. Quant à l’amertume, elle se rencontre surtout dans les rouges. Pour débuter en toute confiance, concentrez-vous davantage sur l’équilibre de ces différentes saveurs en bouche
(Lire aussi ce billet). C’est une notion, à mon avis, essentielle dans l’appréciation des qualités d’un vin. Elle passe trop souvent par pertes et profits dans le discours d’un amateur.
Une fois lancé dans ce type d’analyse, un amateur de vin trouve assez vite ses repères. Prenez un chablis et Pouilly-Fuissé, du même millésime. Vous percevrez  davantage de fraicheur, d’acidité, dans le premier
sans trop de difficulté. Le deuxième développera davantage d’onctuosité, de moelleux (saveur sucré). C’est déjà un premier pas vers la caractérisation ou l’identification. Les vins méridionaux, issus de raisins plus riches en sucre, sont très souvent plus ronds que les vins septentrionaux (sauf vins moelleux ou liquoreux bien-sûr).

Elargissez votre vocabulaire

« Je connais cette odeur mais je n’arrive pas mettre un nom dessus », autre constat souvent prononcé par les dégustateurs en herbe. Nos sensations olfactives sont mises en mémoire dans une partie du cerveau, quand le vocabulaire est lui référencé dans une autre… Résultat : la connexion se fait rarement spontanément. Surtout lorsque l’on perçoit une odeur en dehors de son contexte habituelle.

Ce phénomène s’appelle avoir « l’odeur au bout du nez » par référence à l’expression avoir un mot « sur le bout de la langue ».

L’expert en vin fait alors la différence. Il est capable de mobiliser du vocabulaire, de mettre des mots sur ces sensations de manière plus spontanée que le quidam. Cela n’enlève rien à sa subjectivité. Il est surtout capable d’utiliser le vocabulaire que les autres experts comprennent. Bref, être expert en vin c’est surtout être reconnu et entendus par ses pairs.

« Toutefois, il semble que le fait de s’efforcer à nommer des odeurs, améliore la capacité à les différencier. Cela suggère qu’un élément important de l’expertise en vin serait de posséder vocabulaire pour nommer les différentes propriétés sensorielles d’un vin », selon Jordi Ballester et Dominique Valentin.

Faites des catégories

Le monde du vin est très vaste et cela ne va pas en s’arrangeant. Il se produit du vin dans beaucoup de régions du monde. Cette complexité se réduit nettement s'il l'on s'en tient aux cépages où aux millésimes. Prenons les cépages : cernez les caractéristiques des plus plantés dans le monde (nombre d'ouvrage les exposent). L’effort de mémorisation n’est inhumain : ils sont une petite vingtaine à avoir véritablement conquis le monde. Vous aurez toutes les chances de le retrouver dans la prochaine bouteille que vous dégusterez.  L’exercice est simple par exemple avec le gewurztraminer alsacien : il présente très souvent des arômes expressifs de rose ou de litchi très typiques. En y ajoutant quelques connaissances sur l’implantation de chacun de ces grands cépages, il devient beaucoup moins aléatoire de cerner un vignoble d’origine.

De manière générale, pour devenir expert dégustez le plus fréquemment possible avec un maximum d’information sur le vin que vous avez dans le verre. La compagnie du producteur est évidemment le cas de figure idéal. On peut aussi adhérer à un club de dégustation, ou suivre des cours de dégustation pour partir avec les bonnes bases.

 

Quelques livres

Une initiation à la Dégustation des vins grands vins, Max Léglise (Edition Jeanne Laffitte)

La Dégustation du vin, Georges Pertuiset (Editions Quintette)

L’Ecole de la dégustation de Pierre Casamayor (Hachette)

 

Quelques références de cours de dégustation :

Prodegustation.com

Ecole des vins de Bourgogne

et bien-sûr : A Portée de vins (par votre serviteur)

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Un terroir un peu Bâtard…

21 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #polémique

Ce billet pourrait aussi s’appeler : La Bâtard-Montrachet, Michel Bettane et les "terroiristes"...

« Peu de sujets concernant le vin enflamment ou abrutissent autant les esprits que le couple vin et terroir. Les « terroiristes » me font penser aux talmudistes qui inlassablement essaient de rationaliser ce qui relève du mystère ou de la foi, ce qui est peut être utile sur le plan moral et philosophique mais n’a aucun sens en matière de plaisir et de goût, et encore moins d’agriculture, malgré le mot culture ». Voilà ce qu’écrivait Michel Bettane, il y a quelques semaines, sur le site mybettanedessauve.fr

Je ne sais pas si je suis un « terroiriste », mais il est certain que ma longue expérience de la Bourgogne n’incline à porter une grande considération au terroir. Je reste avant tout journaliste : curiosité et scepticisme sont mes deux moteurs. Un mélange de volonté de comprendre et de sagesse qui enseigne qu'il n'y a pas de vérité. Ou qu'elle est inaccessible. L'étude des terroirs est une excellente école de journalisme...

Voici un cas d’école. Je viens de boucler, pour la revue Bourgogne Aujourd’hui, un long travail sur le terroir du Bâtard-Montrachet, fameux grand cru de la Côte de Beaune.

J’ai notamment fait appel à l’expertise d’une géologue. Elle explique qu’il existe deux entités distinctes dans le Bâtard-Montrachet. Le tiers Ouest repose sur du calcaire du Jurassique. Une roche composée des débris de coquillages qui se délitent en dalle : de minces laves (Pierre de Ladoix). Les deux tiers restant, à l’Est, sont composés de dépôts limoneux fins datant du Pliocène. Les terres y sont épaisses voir très épaisses. La vigne n’a pas besoin de faire descendre ses racines très loin pour trouver ce dont elle a besoin.

Pour faire simple les deux tiers du Bâtard-Montrachet sont constitués d’une terre identique à celle de la plaine de la Bresse, là où sont reléguées les appellations régionales (l’entrée de gamme en Bourgogne)…

Pente peu marquée, pied de coteau, terre riche, etc. A priori, le Bâtard-Montrachet n’a pas le profil idéal d’un grand cru…

Pour autant, la plupart des vignerons interrogés parlent d’un terroir qui ressuie bien, se travaille facilement, produisant un vin qui digère sans problème le 100% fût neuf (comme aux Hospices de Beaune). Sa puissance n’a rien de légendaire. « Comme on dit familièrement, c’est un vin qui envoie », s’amuse Pierre Vincent, le régisseur du domaine de la Vougeraie.
Aucun critique n’oserait prétendre que le Bâtard-Montrachet n’est pas un grand cru. Je n’ai en tout cas jamais rien lu de tel.

Il vieillit aussi très bien. La dégustation verticale menée avec Anne Morey (Domaine Pierre Morey à Meursault) me l'a confirmé : les millésimes 2011, 2009, 2005 et 1977 étaient superbes avec ce caractère presque tannique qui pourrait, à l’aveugle, laisser penser à des vins rouges...

Questionnée par la géologie, mais confortée par l’expérience gustative, ma « foi » dans le terroir demeure donc.

Faut-il en faire une religion ? Peut-être pas. Mais comme le disait Brillat-Savarin à propos de l’opposition Bordeaux-Bourgogne : « C’est un procès dont j’ai tant de plaisir à visiter les pièces que j’ajourne toujours à huitaine la prononciation de l’arrêt ».

 

Photo : Les grands crus de Puligny-Montrachet pris du Chevalier-Montrachet (le Bâtard est au niveau de la maisonnette rose).

* Sur ce thème lire aussi ce billet sur les vins de Volnay et de Gevrey-Chambertin.

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Vente des Hospices de Beaune : Une décennie dorée

17 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Hospices de Beaune, #millésime 2014

Les Hospices de Beaune ont battu un nouveau record hier. Au cours des dix dernières éditions, la fameuse vente a connu des hausses à huit reprises et repoussé ses frontières.
C’est un nouveau record. Et à vrai dire, cela ne surprend quasiment plus personne. La 154e vente aux enchères des Hospices de Beaune s’est soldée sur un chiffre d’affaires de 7,3 millions d’euros (contre 5,8 l’année dernière). Le prix moyen des vins est en hausse de 5,52 %. Les blancs ont surtout tirés les enchères à la hausse (+14%).
Le choix de confier le marteau à Christie’s est, s’il le fallait, validé (lire ici). On a vu, cette année encore, les enchères portées par une demande étrangère vigoureuse.
La pièce de Charité a été acquise par un groupe d’amis québécois et la maison Albert Bichot (Beaune) pour 220 000 euros sous les yeux d’Adriana Karembeu, Teddy Riner et Michel Drucker.
Ces dix dernières éditions, le record de la pièce de charité aura donc été pulvérisé en 2010 (400 000 € sous la présidence mémorable de Fabrice Luchini), le chiffre d’affaires battu, ou approché de peu, à trois reprises. Reste à dépasser le nombre de hausses consécutives atteint dans les années 1980 : 5 résultats positifs de 1981 à 1985 (cette dernière se soldant sur un +80% !). C’était l’époque où André Boisseaux, le charismatique PDG de la Maison Patriarche avait pris les commandes de la vente…

Toute la difficulté pour la région va être maintenant de communiquer intelligemment auprès de clients déjà malmenés par des hausses de prix répétitives, et très conséquentes, depuis 2010. Il faudra aux metteurs en marché bourguignons faire passer ce message : la vente des vins des Hospices n’est plus significative des tendances globales de la région. « Le thermomètre est cassé », déclarait Anthony Hanson, responsable vins chez Christie’s avant la vente. Mieux vaut prévenir !
Certes, les Hospices de Beaune n'ont pas pour vocation de déterminer les cours de l'ensemble des vins de Bourgogne, mais il est assez rare que la tendance de la vente soit démentie sur la suite des transactions entre la viticulture et le négoce...

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Hospices de Beaune et Christie's : Stop ou encore ?

7 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Hospices de Beaune, #polémique

Dans moins de dix jours, le 16 novembre prochain, Christie’s fêtera sa dixième édition au marteau de la vente aux enchères des Hospices de Beaune. Evenement redynamisé pour certains. Vente aseptisé, banalisé pour d’autres. Le bilan de Christie’s fait débat…

 

Plus de 27 euros par bouteille ! En prenant de (gros) raccourcis, ce chiffre quantifie « l’effet Christie’s ». Il en coûte aujourd’hui un prix moyen de 43,5 euros pour se procurer aux enchères une bouteille des Hospices de Beaune*. En 2005, ce prix s’établissait à seulement 16 euros…
Cette dernière date marque évidemment l’arrivée de Christie’s à la tribune des Hospices de Beaune.
Continuons de compter les points. Sur les neufs dernières éditions de la vente aux enchères des Hospices de Beaune, sept se sont soldées par une hausse. Deux seulement par une baisse (2008 et 2011). L’année dernière, la vente battait un nouveau record de chiffre d’affaires atteignant presque 5,8 millions d’euros pour un prix moyen de la pièce (fût de 228 litres) de plus de 13 000 euros.

S’il l’on s’en tient aux objectifs poursuivis par la direction des Hospices de Beaune lorsqu’elle décida de rebattre les cartes, le but est atteint. « Refaire de la vente un évènement de dimension internationale. ». L’influence asiatique sur la dernière édition a fourni une excellente confirmation. Une nouvelle page de l’histoire des Hospices s’est bien ouverte en 2005.

Evidemment, ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Ils ne tiennent pas compte du contexte dans lequel évolue la Bourgogne depuis plusieurs années. Avec ou sans Christie’s, la Bourgogne connait un engouement des marchés asiatiques. Plus généralement, la Bourgogne jouit d’une cote qui rarement aura été aussi élevée sur tous les marchés. Avec ou sans Christie’s, les petites récoltes successives ont largement contribué à faire flamber les prix.

Quant aux investissements réalisés pour garantir une qualité optimale des cuvées (et donc leur attractivité), ils ont été engagés bien avant Christie’s (lire le dossier de Bourgogne Aujourd’hui n°114).

Les Hospices de Beaune ont toujours été une caisse de résonnance des phénomènes qui touchent la région (comme raconté dans ce livre).

Christie's et les Hospices de Beaune, le débat n'est donc pas clos. Et des réticences perdurent. Développement des acheteurs par téléphone ou internet, abandon des enchères à la bougie, etc., certaines spécificités de la fameuse vente de Beaune version Christie’s ont pâtie de cette nouvelle ère, plus virtuelle. Louis-Fabrice Latour, alors qu’il était à la tête de l’Union du négoce bourguignon, à plusieurs fois affirmé que la vente des Hospices devait aussi rester un événement local. « Les acheteurs doivent continuer à découvrir la Bourgogne et la vente in situ », affirmait-il en substance.

Franck Bassoleil, journaliste au quotidien de Côte-d’Or, Le Bien Public, a suivi sa première vente en 1990. Lui non plus ne voit pas que du positif aux évolutions récentes. « Christie’s a effectué un travail de fond évident, reconnait-il. Mais, point négatif, la vente est plus opaque qu’auparavant. On ne connait plus les noms des acheteurs. Pour les professionnels, c’est un point important. De même, la vente de la pièce de charité est bâclée. Je ne pense pas que Christie’s fasse tout ce qu’elle pourrait pour faire venir des grandes vedettes internationales. »

Sa conclusion n'est pas tendre : « Il ne faudrait pas aller plus loin dans l’appropriation de la vente par Christie’s, sinon ce ne serait plus la vente des Hospices de Beaune mais une vente de Christie’s parmi d’autres ».

En attendant, fort de résultats convaincants, la maison peut afficher un ronflant « Hospices de Beaune by Christie’s » sur le catalogue de la vente.


*Il faut rajouter les frais de vente, d’élevage et de mise en bouteille pour obtenir le prix final déboursé par l’acheteur.

 

Lire l’analyse complète dans le prochain Bourgogne Aujourd'hui (n°120) en kiosque la semaine prochaine.

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Hubert de Montille : L'esprit en liberté

2 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

A l'occasion d'une interview pour Bourgogne Aujourd’hui*, Hubert de Montille, décédé ce 1er novembre, me confiait quelques souvenirs. Premières vinifications (1947 !) et autres anecdotes dont il avait le secret…

Orphelin de père à 5 ans, Hubert de Montille a vinifié ses premiers vins à 17 ans, par la force des circonstances. Millésime : 1947 (resté dans toutes les mémoires). C’est son oncle qui s’occupait alors du domaine de Volnay.

« J'ai fait mes premières vendanges en 1947. Ma tante venait de mettre au monde un enfant. Mon oncle allait voir sa femme à la maternité. J'ai dû vinifier. C'est comme cela que j'ai fait mon premier vin. Ce n'était pas trop mal réussi. J'ai partagé ma dernière bouteille avec Jacques Lameloise pour ses 40 ans. Ma tante s'est quand même fait engueuler par ma grand-mère maternelle : « On n'a pas idée de faire un gosse pendant les vendanges !».

Pourtant, Hubert de Montille est attiré par la carrière d’avocat. Carrière marquée par quelques affaires fameuses. Il défendra François Faiveley (producteur de Nuits-Saint-Georges) contre Robert Parker, après des écrits diffamants à l'encontre du Bourguignon. Il plaidera dans la sombre histoire du petit Grégory (comme défenseur de Bernard Laroche). Episode qui lui vaudra un infarctus. Il sera également impliqué dans la scission de la Romanée-Conti.

« Cela m'aurait manqué de ne pas avoir parallèlement mené une carrière d'avocat. Un centre d'intérêt unique, c'est un peu réducteur. La semaine je plaidais, les clients du domaine savaient qu'on pouvait voir de Montille à partir du samedi matin ».

Ils portent un regard bien à lui sur les évolutions du métier de vigneron. Quel a été le fait marquant dans ce domaine pendant sa carrière ?

« L'avènement du tracteur. Un bonhomme, vous lui mettez un moteur dans les pattes, ça pétarade, il est content. Les ceps faut les comprendre, les cultiver, les tailler, évasiver, etc. Le moteur et le fait d'être assis dans le tracteur, vous ne voyez plus de la même manière. Plus généralement, on s'est trop axé sur les moyens mécaniques, le scientisme. Nous avons commis des erreurs que l'on continue à payer. J'ai une culture littéraire et de juriste. Une culture du doute. Celui qui a une formation scientifique, on le gonfle déjà au départ en lui disant : "Tu es le plus beau, le plus fort". Il ne s'interroge plus. Quand un scientifique fait une découverte, il croit toujours que personne n'a découvert cela avant lui. Et il se trompe souvent ».

Dernière pirouette d’une carrière décidément hors norme, Hubert de Montille monte les marches du Festival de Cannes 2004 pour la présentation de Mondovino (de Jonathan Nossiter). Dans le film, il est le représentant de la culture européenne contre le vin mainstream façon Parker.

« L'idée de base est honnête et sérieuse. [Parker] dit : "Vos histoires de châteaux, de tableaux dans votre salon, je n'en ai rien à foutre ! Je suis le fils d'un fermier du Middle West, ce qui compte pour moi, c'est ce que je bois. Ce n'est pas de savoir d'où cela sort. Ca me plait ou ça ne me plait pas."
Seulement Parker n'a pas voulu voir que ce qu'il aimait était subjectif. C'est un Américain, il aime le sucré, la vanille, etc. Tout ce que moi je déteste. Moi je dis : je veux bien vous vendre du vin, si vous l'aimez. Vous avez le droit de ne pas l'aimer. J'ai le droit de faire le vin que j'aime. Faire le vin que vous aimez, j'en ai rien à foutre. Comme Parker se fout de l'origine, des châteaux...
»

 

* Interview parue dans BA 63 avril-mai 2005 : Lire en intégralité ici.

 

Ci-dessous la bande annonce de Mondovino.

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Passage de témoin au Clos de Tart

30 Octobre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Livre

Régisseur du Clos de Tart depuis 1995, Sylvain Pitiot, bientôt âgé de 65 ans, prend sa retraite à la fin de l’année. Jacques Devauges lui succède à la tête de ce fleuron de la Côte de Nuits.
 

Pendant quasiment deux décennies, il a incarné le renouveau du Clos de Tart, Sylvain Pitiot passe le témoin. Avec Didier Mommessin, président de la société propriétaire de ce grand cru de Morey-Saint-Denis, il a désigné Jacques Devauges pour lui succéder.

Actuellement directeur technique du Domaine de l’Arlot à Prémeaux-Prissey, Jacques Devauges, 39 ans, est œnologue (diplôme national d’œnologue de l’Université de Bourgogne) et titulaire d’une licence des Sciences de la Vigne. Ses précédentes expériences l’ont conduit au Château Potelle (Napa Valley), au Domaine de la Vougeraie (Nuits-Saint-Georges) ou encore chez Michel & Frédéric Magnien (Morey-Saint-Denis).
Jacques Devauges prendra ses nouvelles fonctions en janvier prochain aux côtés de Sylvain Pitiot pendant 3 mois. Ce dernier assurera une mission de consulting jusqu’aux vinifications du millésime 2015.

« C’est avec une grande sérénité que je vais passer les rênes à Jacques Devauges, persuadé qu’il va porter encore plus haut la qualité des vins de ce magnifique domaine que j’ai eu l’honneur et le privilège de diriger pendant une vingtaine d’années avec la confiance de la famille Mommessin », expose Sylvain Pitiot.

Il fait un bilan de son travail au Clos de Tart dans la vidéo ci-dessous.

Le Clos de Tart, vignoble ayant appartenu aux sœurs cisterciennes de l’Abbaye de Tart (près de Dijon) pendant sept siècles, est un grand cru monopole de 7,5 hectares (voir une vidéo tournée en 2011 ici).

Sylvain Pitiot boucle donc une longue carrière au cours de laquelle il a notamment été vigneron des Hospices de Beaune pendant 13 ans. Ingénieur-topographe de formation, il s'est reconverti dans la viticulture après des vendanges au domaine Jacques Prieur à Meursault.
On lui doit aussi les fameuses cartes viticoles des Côtes de Beaune et de Nuits, un ouvrage sur les Climats et lieux-dits de Bourgogne (lire ici) et aussi l’actualisation et l’enrichissement du livre Les Vins de Bourgogne (14e édition) né sous la plume de Pierre Poupon en 1952 (lire ici).

Interview de Sylvain Pitiot. Bilan de son action au Clos de Tart.

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Le palmarès 2014 des cuvées des Hospices de Beaune

26 Octobre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #millésime 2014, #Hospices de Beaune, #Dégustation

Pour la sixième année, mes notations et enseignements après dégustation des 46 cuvées 2014 des Hospices de Beaune. Elles seront en vente le 16 novembre prochain.

 


La note maximale est ++++


Les rouges

Impressions générales : La série de rouges présente un bon niveau d’ensemble. Les cuvées de Savigny, Monthelie, Corton, et dans une moindre mesure de Pommard sont, à quelques exceptions, près dignes d’un beau millésime. Les vins présentent un profil plutôt flatteur, sur des tannins fins. Les fruités privilégient la fraîcheur sans pour autant dénoter de caractère végétal.
Les choix de Roland Masse et de son équipe n’y sont pas étrangers. Il a été décidé de vendanger relativement tôt pour préserver un bon état sanitaire des raisins. En cave, les raisins ont été totalement égrappés, les pigeages moins soutenus que d’autres années et une partie des vins de presse laissés de côté. Autant d’options qui évitent d’extraire des tannins rugueux et de durcir les vins. La série de Beaune est plus laborieuse, la grêle a en effet fortement touchée le secteur sud de l’appellation. Les vignes ne s’en sont pas complètement remises.

 

Mes coups de cœur : Savigny-lès-Beaune premier cru Forneret, Beaune premier cru Nicolas Rolin, Pommard Suzanne Chaudron, Volnay premier cru Santenots Jehan de Massol, Clos de la Roche grand cru Cyrot-Chaudron et Georges Kritter, Mazis-Chambertin grand cru Madeleine Collignon.

 

Santenay Christine Friedberg ++
D’une densité moyenne, se vin se montre toutefois expressif au nez et flatteur en bouche.

Pernand-Vergelesses Rameau-Lamarosse +++
Une bonne surprise car les maturités sont parfois délicates à obtenir dans ce secteur de la Côte de Beaune. Ce vin se montre croquant, gourmand comme un fruit mûr.

Savigny-lès-Beaune premier cru Fouquerand ++(+)
Des notes de petits fruits rouges au nez. La bouche est fraîche, plutôt étoffé mais les tannins sont un peu rugueux en finale.

Savigny-lès-Beaune premier cru Arthur Girard +++
Un savigny comme on les apprécie : les nez se fait précis et frais, il « pinote » bien. Les tannins sont souples et fins. Un vin déjà très plaisant.

Savigny-lès-Beaune premier cru Forneret ++++
Cette cuvée, de près de 2 ha, est pour ce millésime mono-terroir. Les Hospices ont en effet récupéré cette année des vignes sur le climat Les Vergelesses. Elles étaient confiées en location ces dernières années. Les vignes de Gravains (autre climat du nord de Savigny) qui composent habituellement la cuvée ont été reversées dans la cuvée Fouquerand. Les Vergelesses jouent donc en solo, avec réussite. Le vin se montre dense, profond, avec juste ce qu’il faut de fermeté des tannins pour lui assurer un bel avenir. Le nez s’exprime sur des notes de fruits noirs.

Monthelie premier cru Lebelin +++
Une cuvée bien représentative de ce début série : les tannins sont bien mûrs, souples. Plus surprenant, ce monthelie montre aussi de l’ampleur et de la puissance. Un séducteur…

Auxey-Duresses premier cru Boillot ++++
Le nez est d’une remarquable finesse, sur des notes florale (violette, pivoine). La bouche se montre charnue, profonde, mais les tannins sont un peu fermes à ce stade.

Beaune premier cru Cyrot-Chaudron +
C’est le retour de cette cuvée à la vente après les dégâts causés par la grêle en 2013. Malheureusement le boisé domine et le vin peine à s’exprimer pour l’heure.

Beaune premier cru Maurice Drouhin ++
On gagne nettement en intensité et en profondeur sur cette cuvée. Le nez exprime des notes de fruits noirs mûrs Les tannins s’affirment avec une pointe d’austérité. Le potentiel est là.

Beaune premier cru Brunet
Un problème d’échantillon sur cette cuvée. Le vin propose des notes oxydatives…

Beaune Grèves premier cru Pierre Floquet ++
Le nez se présente avec une belle intensité et de l’élégance (des notes à la fois fruité et floral). La bouche est solide (des tannins fermes) et d’une belle longueur.

Beaune premier cru Clos des Avaux ++(+)
Avec une belle présence et de l’intensité en bouche, ce vin fait partie de belle réussite de l’appellation dans un secteur pourtant touchée par la grêle. Une bonne base.

Beaune premier cru Rousseau-Deslandes +++
L’aromatique est marqué par une touché de torréfaction mais le fruit n’est pas loin derrière. En bouche, l’intensité et l’équilibre sont là. Une réussite.

Beaune premier cru Dames Hospitalières +
Un vin compact et sévère. La finale est légèrement asséchante. Récalcitrant de bout en bout.

Beaune premier cru Guigone de Salins +
Cette cuvée, au nom de la co-fondatrice des Hospices de Beaune, a été amputé de son terroir le plus qualitatif (Les Bressandes) pour cause de grêle. Malheureusement le « préjudice » se confirme. Le vin manque de relief en bouche, les tannins sont aussi un peu rustiques.

Beaune premier cru Nicolas Rolin ++++
La cuvée du fondateur des Hospices de Beaune était incontestablement l’une des grandes réussites du millésime 2013. Et sans doute l’une des bonnes affaires de la vente… La qualité est à nouveau au rendez-vous cette année. Cette cuvée présente beaucoup d’ampleur en bouche, sur des tannins solides mais sans aspérité. Sa belle longueur en bouche, confirme la grande tenue de sa texture. Un vin dense et complet.

Volnay premier cru Général Muteau ++
Une première cuvée de volnay marqué par les fruits noirs (cassis, mûr) et la réglisse. Un boisé qui demande à se fondre se fait sentir en bouche. Difficile de s’emballer à ce stade.

Volnay premier cru Blondeau +(+)
Un volnay un peu carré et austère. La persistance d’un peu de gaz n’aide pas non plus à lui trouver de l’harmonie.

Volnay premier cru Santenots Jehan de Massol +++
Un grand classique des Hospices de Beaune en rouge. Idéalement situé dans le climat des Santenots, l’un des plus qualitatifs de la Côte de Beaune en rouge, il exprime une nouvelle fois son opulence, sa richesse avec beaucoup de classe. Les tannins sont fondus et la finale est fraîche et précise.

Volnay premier cru Santenots Gauvain ++
Il y a une classe d’écart entre les deux Santenots des Hospices cette année. Moins bien placé et aussi planté avec un matériel végétal moins qualitatifs (cela compte beaucoup les années compliquées), la cuvée est nettement moins à son avantage. Les vins est anguleux sur des tannins un peu durs. Il ne manque pas d’un certain fond pour autant…

Pommard Suzanne Chaudron ++++
Cette cuvée a rejoint le domaine des Hospices de Beaune lors du fameux leg de Raymond Cyrot et Suzanne Chaudron en 1979. Issue essentiellement de terroirs classés en appellation village elle figure de challenger ici. Relativement épargnée par la grêle, elle séduit par ses tannins flatteurs, sa gourmandise. Une rondeur qui ne la quitte pas, de l’attaque en bouche à la finale. Une belle surprise.

Pommard Raymond Cyrot +++(+)
Avec ses tannins souples et ronds, ce pommard fait bien la pair avec la cuvée "Chaudron". Un caractère croquant qui se prolonge bien en bouche (belle longueur). Le nez évoque la gelée de mûr.

Pommard Billardet
Une autre des cuvées largement touchée par la grêle l’an dernier et qui refait son apparition. Le vin semble tout juste sorti de la cuve, marqué par la présence de gaz. Difficile à évaluer…

Pommard premier cru Dames de la Charité ++
Le nez est précis, net. La bouche montre peu de volume. Il semble toutefois évoluer dans le bon sens explique Roland Masse. A revoir donc.

Pommard premier cru Epenots Dom Goblet ++
Une cuvée plutôt frustrante lors de nos visites régulières aux Hospices. Le terroir est qualitatif mais le vin manque un peu de relief et d’ampleur pour convaincre tout à fait. La longueur est pourtant là.

Corton grand cru Charlotte Dumay +++
Des notes complexes, épicées et fruitées, dominent le nez. En bouche, la matière est bien concentrés et les tannins assez fins. Un vin d’une certaine droiture.

Corton grand cru Docteur Peste ++
Un corton qui manque un peu de muscle, de fond, pour prétendre rivaliser avec les autres cuvées de corton qui l’encadre. L’ensemble n’est pas sans charme ni longueur pour autant. Mais le scepticisme l’emporte pour l’heure…

Corton Clos du Roi grand cru Baronne du Baÿ ++++
Au Royaume des corton des Hospices, le Clos du Roi est solidement assis sur son trône. Il domine d’une bonne tête les autres cuvées produites sur ce secteur par l’institution beaunoise. Un corton qui n’a même rien à envier à un grand cru de la Côte de Nuits. Il occupe un volume impressionnant en bouche. Les tannins sont remarquablement racés. La finale est longue. Vraiment royal.

Echezeaux grand cru Jean-Luc Bissey +
Le nez est fin, floral, avec cette élégance que l’on rencontre sur des grands vins de la Côte de Nuits. Une promesse que la bouche ne tient pas. Elle est fluide, courte.


Clos de la Roche grand cru Cyrot-Chaudron et Georges Kritter ++++
Déjà remarquable l’année dernière, le Clos de la Roche semble avoir trouvé son rythme de croisière depuis quelques années aux Hospices de Beaune. Au nez, l’aromatique est d’une grande intensité sur le fruit mûr. L’ampleur, la netteté et la consistance des tannins se déploient en bouche avec harmonie et cohérence.

Mazis-Chambertin grand cru Madeleine Collignon +++
Le mazis-chambertin déçoit rarement. A vrai dire nous ne l’avons même jamais vu faillir à son statut de grand cru. Il a trouvé ici un bon sparing partner en la personne du Clos de la Roche. Mais la finesse de ses tannins, la classe de sa texture et sa complexité aromatique font une nouvelle merveille. Un grand vin.

 

Les blancs

Impressions générales : Comme en rouge, la problématique grêle est l’une des clés du millésime. Pratiquement épargnés les vignes du nord de la côte de Beaune ont pu faire mûrir leurs raisins sans aléas (Corton-Vergennes, Corton Charlemagne, etc .). On y trouve des belles cuvées avec beaucoup de fond et un équilibre très prometteur. Beaucoup de terroirs de Meursault ne peuvent malheureusement pas en dire autant. On notera aussi qu’une nouvelle cuvée de blanc a fait son apparition : un beaune premier cru blanc (cuvée « Suzanne et Raymond »). Elle est issue d’une parcelle située sur le climat les Montrevenots replantée en chardonnay. Avant cette replantation, cette dernière entrait dans la cuvée de beaune premier cru « Cyrot-Chaudron » rouge.

 

Mes coups de cœur : Meursault-Charmes premier cru Albert Grivault, Corton-Vergennes grand cru Paul Chanson, Corton-Charlemagne grand cru François de Salins

 

Saint-Romain Joseph Menault
Un vin vif, citronné avec peu de volume. Vendangé un peu trop tôt. Souhaitons que la fermentation malolactique et les lies l’assouplissent.

Pouilly-Fuissé Françoise Poisard +++
Le nez évoque un fruit bien mûr. La bouche est tout en rondeur et onctuosité. Tout à fait l’opposé du Saint-Romain. L’élevage en demi-muid donne rend le boisé discret.

Beaune Les Montrevenots Suzanne et Raymond +++
C’est une première pour cette cuvée, issue d’une replantation de vignes sur le climat les Montrevenots. Un climat de haut de coteau, au sud de l’appellation. Le vin montre une belle consistance, de l’équilibre et une finale fraîche. Une réussite.

Meursault Loppin ++
Sur un profil gourmand, souple, ce meursault manque un peu de tonus et de complexité pour prétendre une notation plus favorable.

Meursault Goureau
Le nez évoque une touche de champignon de Paris. La bouche montre peu de concentration. Mauvaise passe ?

Meursault-Porusots premier cru Jéhan Humblot ++++
« Minéralité, finesse, race », écrivions nous l’an dernier. Des traits de caractère que l’on retrouve sur cette cuvée cette année. L’emprunte de ce terroir semble se jouer des aléas climatiques.

Meursault-Genevrières premier cru Baudot ++(+)
Un vin, frais, délicat. Une cuvée qui se montre peu expansive pour l’heure. La base semble plutôt prometteuse. A suivre.

Meursault-Genevrières premier cru Philippe Le Bon ++++
Beaucoup plus de fond et de concentration que la cuvée Baudot. Cette cuvée des références en blanc aux Hospices de Beaune tient ses promesses, dans un millésime où la grêle a fait des dégâts dans ce secteur.…

Meursault-Charmes premier cru Bahèzre de Lanlay +++(+)
Un meursault plutôt austère mais d’une belle précision en bouche comme au nez. Là aussi cette base semble promise à une belle évolution en cours d’élevage.


Meursault-Charmes premier cru Albert Grivault ++++
La cuvée de Genevrières Philippe Le Bon est généralement la tête d’affiche des blancs de Meursault aux Hospices. Sur ce terroir, relativement épargné par la grêle, « Albert Grivault » nous semble un ton au-dessus. Le vin est présente un remarquable équilibre, mais aussi beaucoup de fond et de concentration. Coupe de cœur.

Corton-Vergennes grand cru Paul Chanson ++(+)
Avec son expression aromatique intense, aux notes suaves, presque exotiques, on retrouve dans ce Vergennes ce qui en fait une cuvée singulière. La bouche déploie une matière, onctueuse, gourmande. La finale est longue et net. Un futur vin de plaisir.

Corton-Charlemagne grand cru Roi soleil ++
Le nez présente des notes d’agrumes. La bouche est pure et nette mais de demi-corps Un potentiel qui méritera d’être confirmé…

Corton-Charlemagne grand cru François de Salins ++++
Le profil inverse du Corton Vergennes dégusté précédemment… Exposition, situation, géologie, c’est aussi un tout autre terroir. Minéralité du Charlemagne versus puissance du Vergennes. En bouche cette cuvée est en effet droite, pure, cristalline. Un caractère sans doute moins consensuelle, mais d’une grande race. Comme celle que peut exprimer les vins de ce secteur lorsqu’ils sont accompagnés avec soin.

Bâtard-Montrachet grand cru Dames de Flandres ++++
Ce terroir est réputé pour donner les vins plus plus puissants de la Côte de Beaune. Les vieilles vignes de la parcelle des Hospices, livrant de petits raisins concentrés, accentuent encore ce caractère. La bouche est donc très dense, profonde, presque tannique. La carrure d’un grand vin de garde.

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