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"Les climats de Bourgogne résonnent très loin"

22 Avril 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Climats au patrimoine de l'humanité

C'est la dernière ligne droite pour le dossier d'inscription des climats de Bourgogne à l'Unesco. Philippe Lalliot, ambassadeur de France à l'Unesco, sera le dernier relayeur. De bonnes raisons d'y croire ? Une partie de la réponse repose entre ses mains…

L'idée très bourguignonne de "climat" est complexe, comment est-elle perçue dans une instance internationale comme l'Unesco ?
C'est une notion très intéressante. Elle dit bien ce qu'elle veut dire… quand on la connaît. Mais elle reste difficile à traduire. Dans le cadre d'une candidature Unesco, il faut utiliser les six langues des Nations-Unies ! Et cette notion-là n'a pas d'équivalent en anglais, en russe, en chinois. C'est compliqué, mais une fois que l'on est entré dans cet écosystème, cela se comprend très bien et résume la cohérence de la candidature (voir la définition dans ce billet).
Le risque était de réduire la candidature au seul vignoble. Cette idée de climat traduit tout ce qu'il y autour, même si la base reste la vigne et ses productions. Quand je dis autour, c'est dans l'espace et dans le temps. Les climats sont beaucoup plus que de simples alignements de vignes.

Connaissiez-vous la notion de climat avant la candidature ?
Oui, la Bourgogne est une région pour laquelle j'ai un attachement particulier et personnel. J'ai habité à Dijon entre 6 et 16 ans. Mais ce dossier m'a permis de découvrir toute la beauté, la complexité des climats.

En Bourgogne cette notion était aussi vaguement connue, la candidature a effectivement permis de mieux la connaître, y compris dans la région…
Exactement. Elle a été remise dans l'actualité, dans la modernité aussi peut-être.

Etes-vous confiant quant à l'issue des candidatures bourguignonne et champenoise ?
Oui (sans aucune hésitation). Enormément de travail a été accompli pendant ces dix ans. Un travail très précis, pointu, professionnel. Le dossier est un mélange de thèse universitaire de niveau international et de beau livre avec une iconographie, des cartes splendides. A cela, il faut ajouter les différents livres publiés et les deux dernières séries de réponses aux questions posées par Icomos (Ndlr : le cabinet d'experts chargé de donner un avis sur la pertinence de l'inscription), soit une centaine de pages supplémentaires.

La nature de ces questions n'a-t-elle pas remis en cause la compréhension que les experts ont eu des dossiers ?
Non, au contraire. Icomos a décidé d'avoir un dialogue plus serré avec les personnes qui portent les candidatures, notamment après les visites sur le terrain. Ce dialogue est normal. Il montre d'ailleurs par sa précision qu'il y a un intérêt de la part des experts et la nécessité d'éclaircir un certain nombre de points.
Il y a des candidatures plus ou moins faciles, à soutenir ou à vendre. Celles de la Bourgogne et de la Champagne suscitent un intérêt spontané. Contrairement à d'autres candidatures, parfois plus confidentielles ou plus difficiles techniquement à appréhender, ces deux-là ont un capital de sympathie qui éveille tout de suite la curiosité. Nous avons organisé plusieurs voyages en Bourgogne et Champagne pour mes homologues. Ils veulent aller sur place. J'ai eu des retours du dernier voyage : les gens ont apprécié la visite du Clos de Vougeot, des Hospices de Beaune, ils ont aimé se promener dans les vignes avec Aubert de Villaine (co-gérant du Domaine de la Romanée-Conti et président de l'association pour l'inscription des Climats à l'Unesco) pour guide.

Y compris des personnes qui n'intègrent pas la vigne et le vin dans leur culture ?
Oui, y compris des gens qui ne boivent pas de vin. J'ai fait le déplacement en Bourgogne avec mon homologue du Quatar par exemple. Il ne boit pas de vin. Il n'empêche, il est très intéressé par la culture existant autour de la vigne. Nous avons toutes les raisons d'être optimistes. Il ne faut cependant pas préjuger des recommandations des experts, ni de la décision du comité. Il ne faut pas être arrogant et partir du principe que le dossier étant beau, bien conduit, l'issue est forcément assurée. Il faut continuer très sereinement à faire de la pédagogie, expliquer pourquoi la France présente cette candidature. Quelle est la valeur ajoutée par rapport à la liste existante, expliquer les engagements pris. C'est aussi un point intéressant : pendant assez longtemps, nous avons estimé que l'inscription était un but en soi. En fait, ce n'est pas un point d'arrivée mais un point de départ. Les engagements pris font l'objet d'un suivi de plus en plus attentif et c'est bien comme cela. Le club est aujourd'hui à ce point prestigieux qu'il ne peut pas se permettre d'accueillir des canards boiteux.

Quels sont les points faibles du dossier ?
Il n'y a pas de dossier sans faiblesse. Même le dossier de la grotte Chauvet, pourtant une caricature de dossier évident en avait un : c'est une grotte fermée au public. Quel sens revêt le classement d'une grotte fermée ? Il a fallu expliquer ce qu'on faisait pour permettre le plus large accès à ce site tout en le protégeant.

Sur les dossiers champenois et bourguignon, les experts font remarquer que le périmètre est grand. Il faut expliquer la cohérence, ce rapport entre l'espace urbain et rural, entre des terroirs et toute l'histoire qu'il y a derrière. Le patrimoine naturel et le bâti. C'est le cas de beaucoup de dossiers, leur faiblesse est inhérente à leur complexité. Pourquoi ce site-là et pas un autre ? Expliquer aussi la valeur ajoutée par rapport à la liste.

Qui faut-il convaincre finalement ?
Il y a un temps pour les experts qui regardent les dossiers précisément. Il y a un deuxième temps et un deuxième public : le comité lui-même. Un diplomate de chaque pays qui siège conduit la délégation d'experts autour de lui. Il peut y avoir une dizaine ou une vingtaine de personnes. Le diplomate n'est pas un spécialiste. Il faut lui expliquer quelques finesses, mais aussi lui faire apprécier concrètement la candidature. Nous avons le grand avantage d'être l'état du siège de l'Unesco et d'avoir cette possibilité de les emmener sur place, ils adorent sortir de Paris. Les choses ne sont plus désincarnées.

Que retenez-vous personnellement de ces dossiers ?
Leur valeur universelle vient, dans les deux cas, de l'adjonction d'un vignoble et de son histoire ainsi que d'éléments bâtis dont il faut assurer la protection. Certains pensent que l'on n'a pas besoin du label Unesco aussi prestigieux soit-il. Pourquoi diable s'être lancé dans cette histoire ? Beaucoup connaissent le vin de Bourgogne et de Champagne mais très peu connaissent les terroirs, les savoirs-faire qui y sont associés, l'histoire accumulée au cours des siècles. Le label Unesco sera certes une récompense internationale mais il nous aidera à protéger et à promouvoir cela. L'idée n'est pas de mettre un site sous cloche, de le "muséifier", mais de trouver un mode de développement qui préserve ce qui existe tout en permettant d'évoluer.

Il existe un débat sur la pression foncière, la spéculation sur les vignes. Ce phénomène pose de sérieux des problèmes de transmission aux générations suivantes. Certains pensent que l'inscription Unesco va amplifier le problème. Qu'en pensez-vous ?
Le marché du vignoble connait sa dynamique propre. Elle tient à la rareté des vignes à vendre d'une part et d'autre part à l'exceptionnelle qualité des vins. Le label Unesco ne fera pas varier ce marché, même pas à la marge. Le prix des causses des Cévennes n'a pas flambé au lendemain du classement ! Quand on regarde les sites inscrits, nous constatons des retombées touristiques fortes, mais pas toujours. Selon la catégorie des biens, certains ont un potentiel touristique, d'autres en ont peu.

Ces deux dossiers ne sont-ils pas l'occasion de réconcilier les politiques publiques de la France avec ses vignobles ?
C'est un débat derrière nous j'espère. Ce type de réflexion pouvait être justifié il y a encore quelques années voire quelques mois. Un virage remarquable a été pris grâce à Laurent Fabius. Il a remis à l'honneur tout ce qui a trait aux forces touristiques françaises, notamment tout ce qui touche à la gastronomie et au vin. A titre personnel, j'ai toujours pensé - c'est mon expérience lorsque j'étais à l'étranger - qu'il fallait vendre la France Hi-Tech, sans oublier nos forces plus traditionnelles. J'ai été en poste à New-York, les grands amateurs de vins français sont une mine de francophilie. Par le vin, ces gens sont amenés à aimer la France pour beaucoup d'autres choses. C'est un bon instrument pour vendre la France à l'étranger. On est tous d'accord sur les enjeux de santé publique, de sécurité routière. Mais pour autant le discours a radicalement changé je trouve.

Le monde du vin regorge de personnalités fortes. Que retenez-vous de ces contacts ?
Lors de ma prise de fonction, j'ai découvert que l'âme de la candidature bourguignonne était le patron de la Romanée-Conti. Je l'ai rencontré rapidement. Nous avons mis en place une série de voyages en Bourgogne avec 3 ou 4 de mes homologues. L'occasion de passer au domaine de la Romanée-Conti… Aubert y tenait. Vous avez raison : pour qu'un dossier aille au bout, il faut des personnalités fortes. Cela signifie de s'impliquer sur 10 ans. Il faut de la constance, une conviction chevillée au corps.

Pour vous, le vin est-il un objet de culture au même titre qu'un livre, un tableau, etc. ?
Le grand avantage de la France est d'avoir une palette de vins. Du vin agréable sans prétention jusqu'à l'exceptionnel. Le vin est certainement une partie de notre culture, avec tout ce qu'il charrie avec lui. Il y a un plaisir très charnel à déguster un vin, qu'on peut retrouver avec des livres. On en trouve de très beaux dans d'autres pays du monde, mais le vin reste très français. Quand on a vécu à l'étranger, on sait que peu de choses sont associées aussi directement à la France que le vin.

Cette candidature bourguignonne n'est pas elle aussi l'apologie de cette complexité ?
Oui, il ne faut surtout pas forcer sa nature. Nous avons connu à une époque un discours vers l'uniformisation, pour ne pas dire la standardisation. Nous sommes revenu de tout cela. La complexité qui était une faiblesse peut devenir une force, une beauté même. Elle se conjugue avec diversité. Cette candidature est exemplaire de ce côté. Elle aide à réfléchir sur ce qu'est le patrimoine mondial. Il y a eu toute une période facile, que j'appelle "Versailles – Taj Mahal", lors de la création de liste en 1972. Aujourd'hui, elle comporte un peu plus de mille biens. On y trouve un mélange de matériel et d'immatériel, de rural et de bâti, de géographie et d'histoire. Il existe de nouvelle forme de patrimoine. Les candidatures de la Bourgogne et de la Champagne arrivent à un moment particulier de l'histoire de la liste. Elles sont un bel exemple de son renouvellement. Elles sont très ancrées dans un terroir, un territoire, mais on s'aperçoit qu'elles résonnent très loin.
Avec cette histoire de climat, on comprend qu'il existe les mêmes ressorts dans des domaines qu'on imaginait pas : la production de thé, de café. Ces 1200 parcelles de Bourgogne, elles résonnent très, très loin. Il faut être à la hauteur de cette exemplarité.

Que direz-vous aux Champenois et aux Bourguignons à l'annonce de cette inscription éventuelle fin juin-début si tout se passe bien ?
Bravo, tout simplement. Ce sera une grande fierté pour nous aussi. Je l'ai vécu avec la grotte Chauvet. C'est une énorme émotion, avec toute la solennité d'un comité, 1500 personnes… La vague médiatique va très vite. Emotionnellement, il n'existe pas beaucoup de moments comme ceux-là. J'espère que cela sera un double bravo, bourguignon et champenois.

 

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Domaine Clerget : des 2012 de plaisir

15 Avril 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Bio

2012 est un excellent millésime en Côte de Nuits. Confirmation au domaine Clerget (Vougeot). Christian et Isabelle Clerget, vignerons exigeants et sans "chichi" en ont tiré de très belles cuvées. 

Pas de discours métaphysique, de théories fumeuses ou  d'inaccessibilité savamment entretenue... C'est sans doute pourquoi une visite chez Isabelle et Christian Clerget reste avant tout un plaisir. Aussi parcequ'ils font d'excellents vins (à des tarifs raisonnables) !

Les vins ont gagné en finesse ces derniers millésimes. Et obtenir de la finesse était peut-être le challenge numéro 1 en 2012. Pour la concentration et la maturité, la nature a fait le reste (voir la conclusion).

L'autre actualité du domaine, c'est l'arrivée de Justine auprès de ses parents. Après un an passé en Nouvelle-Zélande, au sein d'un domaine pratiquant la viticulture bio, elle retrouve donc son vignoble natal. "Justine nous donne déjà un appréciable coup de main et nous ouvre de nouvelles perspectives", explique Christian et Isabelle.  Des évolutions de mode de culture sont en cours... A suivre !

Morey-Saint-Denis Les Crais (blanc) - 14 sur 20
Le nez est expressif, sur la fraîcheur, développant des notes d'agrumes (pamplemousse), de poire. Une petite touche vanillée lui apporte de la suavité. Le deuxième nez propose un caractère plus minéral. La bouche s'exprime dans un registre gourmand et intense. Un vin digeste.

Bourgogne Pinot noir - 15 sur 20
 Le nez s'ouvre sur un registre de petits fruits rouges, framboise, fraise des bois. Très "pinot noir". La bouche est friande, flatteuse sans être artificielle. La bouche s'inscrit dans la continuité. Sa texture est soyeuse, raffinée aussi. Un vin affable et convivial qui donne envie de se resservir.

Morey-Saint-Denis village - 14 sur 20
 Issue d'une vigne de 40 ans, cette cuvée s'affirme avec une belle densité tout au long de la dégustation. Le nez se montre expressif sur la cerise kirschée, les épices (le poivre en particulier). Une structure solide emplit le palais et la finale et fraîche. Un vin bien représentatif de Morey-Saint-Denis. A attendre 2 ans et à déguster avec une belle côte de Bœuf.

Chambolle-Musigny - 17,5 sur 20
 Des arômes délicats se dévoilent sans précipitation au nez : une palette aromatique aux accents floraux (rose, sureau), de framboise. Le deuxième gagne nez gagne en intensité. En bouche, il se met en place sur la pointe des pieds, puis développe une matière tout en finesse. Une finale longue, florale et délicate conclut la dégustation. Tellement Chambolle…

Vosne-Romanée Les Violettes - 19 sur 20
Un magnifique concentré de vosne-romanée. Un vin très intense, expressif, avec beaucoup de charme aussi. Un mélange de fruits rouges, de rose, d'épice lui assure une grande complexité. Sa texture en bouche est soyeuse, tout en affirmant une grande présence. Majestueux et particulièrement harmonieux.
Cette cuvée issue de vieilles vignes (plantées en 1946) a été marquée par de très faibles rendements (raisins millerandés).

Vougeot 1er cru Les Petits Vougeots - 14 sur 20
Des notes de fruits mûrs montent au nez avec générosité. Elles évoquent le coulis de fruits noirs, la gelée de cassis avec une touche fumée. En bouche les tannins sont fins. Un vin qui se dévoile dans l'harmonie et l'élégance plus que dans la puissance. Une finale minérale lui assure un surplus de caractère

Chambolle-Musigny 1er cru Charmes - 16,5 sur 20
Le premier nez se montre retenue, discret, sur des notes de framboise et violette. Signe de son potentiel c'est seulement avec un peu d'aération qui dévoile toute sa complexité et sa classe. Une texture consistante se met en place au palais : les tannins présents, mais sans rugosité. Il allie à la fois volume, longueur et subtilité dans un même élan. Un vin de fête à marier avec une oie rôtie ou un gibier.

Echezeaux grand cru - 15,5 sur 20
Des notes épicés (poivrés) et grillés s'annoncent au premier nez. Des tonalités aromatiques complexes et variées se développent par la suite : la griotte, le clou de girofle, une touche  cacaoté. La bouche s'avance avec une très grande densité. Un caractère massif, d'une grande profondeur, qui ne lui ôte pas une certaine subtilité. Un grand cru de la Côte de Nuits dans toutes ses dimensions.

 

Les terroirs en toute précision
Par sa concentration et sa précision, 2012 s'inscrit dans la lignée des grandes années. Le printemps a naturellement limité la production de raisins et les grappes se sont montrées bien aérées. Une situation dont s'accommode très bien le pinot noir.
Durant l'été, la météo a été parfois chaotique mais la Côte de Nuits a été épargnée par la grêle. La vigne a poursuivi son cycle végétatif sans encombre. Avec le beau temps du mois de septembre, les raisins se sont concentrés en sucres et en arômes progressivement. Le domaine Clerget a vendangé sous un ciel clément à partir du 21 septembre et pendant 5 jours. Un léger tri a permis de mettre en cuve des raisins bien mûrs (très peu de chaptalisation) et équilibrés.
Les vins sont peut-être un peu moins généreux qu'en 2009, mais sans doute plus frais, plus précis. Au final l'expression des terroirs de la Côte de Nuits est particulièrement transparente.

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Anne-Claude Leflaive : "Si le domaine n'est pas en biodynamie, je pars…"

7 Avril 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Biodynamie, #Bio

En hommage à Anne-Claude Leflaive, dont nous venons d'apprendre le décès à l'âge de 59 ans, voici des extraits de l'interview menée avec elle pour Bourgogne Aujourd'hui (N°52). Nous évoquions sa cause : la biodynamie. Et les origines de son infatigable engagement.
Si ce mode de culture est parfois contesté, on ne pourra enlever à Anne-Claude Leflaive cette constance : très rares sont les producteurs à avoir poussé aussi loin le questionnement sur leur mode de viticulture.
En octobre dernier, nous faisions le point sur les évolutions du domaine après avoir regoûté des vins du début des années 1990, commencement de l'aventure biodynamique sur ce domaine phare de la Côte de Beaune.
En dégustant un superbe Chevalier-Montrachet 2010, je lui posais cette question : les vins produits aujourd’hui au domaine seront-ils, après 20 ans de garde, de la trempe ou mieux que ceux que nos venions de déguster ? « Mieux », répondit-elle sans une hésitation. Elle nous donnait rendez-vous dans quinze ans… Il nous reste l'espoir de redéguster ce même vin
dans quelques années, à sa santé.

Comment en êtes-vous venue à la biodynamie ?
Au départ grâce à une intuition sur l'impact de l'alimentation sur la santé, de la pollution de l'environnement. En 1989, je m'alimentais dans un magasin bio à Dijon et un jour j'y ai vu une petite affichette sur une journée porte ouverte chez Jean-Claude Rateau à Beaune, biodynamiste depuis plusieurs années. Le microbiologiste Claude Bourguignon était présent. Son discours sur l'état dramatique des sols m'a fortement percutée. Je me suis renseignée pour savoir comment éviter ça. C'est Aubert de Villaine (Ndlr : co-gérant du domaine de la Romanée-Conti) qui m'a donné les coordonnées de François Bouchet, conseiller en biodynamie.

Comment les différents associés du domaine ont-ils réagi à cette volonté ?
Favorablement. J'ai tout simplement expliqué que l'on tuait la vie microbiologique des sols, qu'il fallait arrêter de polluer. Ce langage a été très bien perçu. Je crois que j'aurais tout fait pour mettre cela en place. Je m'étais dit : si dans 7 ou 8 ans la totalité du domaine n'est pas en biodynamie je pars. Mon père m'a beaucoup encouragée et l'arrivée de Pierre Morey (
Ndlr : le maître de chais) a rendu les choses naturelles. Le chef de culture, Jean-Claude Bidault était convaincu également. Je n'avais pas le droit à l'erreur pour autant ; les associés me demandaient une continuité en terme de rentabilité.

Vous n'avez jamais douté ?
Dans les premiers temps les vins ne nous plaisaient pas, ils manquaient d'élégance, de finesse. Il y a eu un temps d'adaptation, de transition. Nous avons également connu un moment de frayeur en 1995 : à la suite d'une floraison délicate les rendements ont été très limités. Puis est arrivé 1996, millésime parfait en qualité et en quantité. Le débat était clos.

Vous avez expérimenté à partir de 1993 à la fois la biologie et la biodynamie. Pourquoi ?
Nous n'avions pas envie de partir tout de suite dans la biodynamie sur la totalité du domaine. L'expérience nous paraissait encore hasardeuse. On a choisi de faire des essais en biologie pour comparer. C'était un gros travail sur le terrain. Pendant 7 ans, nous avons expérimenté les deux modes en puligny 1er Cru Clavoillon. Quand il a fallu choisir, c'était clair comme de l'eau de roche.

C'est-à-dire ?
Il y a déjà des éléments non mesurables : la réaction des gens qui travaillent sur le terrain, mais aussi la souplesse du sol, la couleur des feuilles, l'ambiance générale. Des analyses de sol ont été faites par Claude Bourguignon : il n'y avait pas de différence en surface. Par contre, les couches plus profondes montraient une plus grande activité microbienne : c'est-à-dire un sol plus vivant. En dégustation, nous avions une plus grande complexité aromatique en biodynamie, plus de pureté et de précision. Les analyses œnologiques montraient une meilleure acidité totale et un PH plus intéressant, donc une plus grande longévité et une meilleure tenue à l'air.

Pourriez-vous expliquer, le plus simplement possible, sur quels principes reposent la biodynamie ? Ils semblent parfois obscurs même aux professionnels…
C'est tout simplement une compréhension des lois du vivant. Considérer que la vigne est un lien entre les forces telluriques et cosmiques. Cosmique est un mot qui, en grec, veut dire ordre. C'est l'ordre des choses. La loi de la vie tout simplement.

Vous vous sentez une mission de témoignage autour de vous ?
Oui, je peux dire cela aujourd'hui. Les produits de synthèse sont des produits de mort ; on tue les microbes, on tue les bactéries. La méthode de biodynamie, c'est complètement l'inverse ; on travaille sur l'immunité, on redonne au végétal la possibilité d'être plus résistant face aux prédateurs. Il ne faut pas arriver avec la lance à incendie chimique dès le moindre problème.

Les détracteurs de ce type de culture y voient surtout une excellente forme de marketing...
Si on part dans cet objectif, on fait de la biodynamie pendant deux ans et puis on s'arrête. Effectivement, il y aura une sélection naturelle à un moment donné. Je crois qu'il faut faire appel à son discernement. Les vérités arrivent toutes seules.

Photo extraite du site du domaine http://www.leflaive.fr/fr/

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Vin de viticulteur ou vin de négociant : les cartes se brouillent

2 Avril 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio, #polémique, #Histoire

Négociant ou viticulteur, cette répartition a longtemps structuré la production des vins de Bourgogne. Mais les "genres" se mélangent de plus en plus…  

"Un négociant, c'est un vigneron qui a réussi" a-t-on longtemps dit en Bourgogne. Dira-t-on un jour qu'un vigneron est un négociant qui a réussi ? Les évolutions de la Bourgogne en ce début de siècle peuvent le laisser penser. Dernier exemple en date : le cas Alex Gambal. Nettement moins "maison de négoce" et beaucoup plus "domaine", Alex Gambal vient de reprendre les sept hectares du domaine Christophe Buisson (Saint-Romain) *. "Alex Gambal a exprimé sa volonté de changer de modèle" précise Alexandre Brault, co-gérant de la maison.
Le modèle précédent, c'était celui hérité du 19e siècle. Le négoce achetait du vin en vrac auprès d'une foule de petits vignerons qui ne s'occupaient absolument pas de commerce (la mise en bouteille à la propriété n'a gagné du terrain qu'après la deuxième guerre mondiale).
Quand le négociant parcourait le monde, prospectait de nouveaux marchés, le viticulteur restait un homme de la terre.
Le modèle d'aujourd'hui, c'est l'importance stratégique, vitale même pour un négociant, d'avoir un pied, au moins, dans les vignes.
La raréfaction des sources d'approvisionnement et les prix atteints par les vins ne sont pas étrangers à cette situation. En effet, la course aux approvisionnements est de plus en plus exigeante pour les négociants. D'autant que ces 10 dernières années ont vu se multiplier les créations d'activités de négoce par des vignerons. Des micro-négoces face aux grandes maisons traditionnelles. Cette multiplication concourt toutefois, tout comme les faibles récoltes des derniers millésimes, à assécher le marché du vrac.

Dans la Bourgogne du marché mondialisé d'aujourd'hui, le point crucial n'est finalement pas d'avoir des clients mais de disposer, avec régularité, de bons vins pour les servir…

* Des vignes situées entre Puligny-Montrachet et Nuits-Saint-Georges en passant par Saint-Romain, Auxey-Duresses, Beaune et Savigny-lès-Beaune. Par ailleurs, la maison a acquis environ un hectare de vignes cet hiver. Des parcelles situées en appellation volnay, pommard et bourgogne. L'ensemble de ces vignes étaient certifiées en viticulture biologique, le domaine demeurera intégralement en bio.
Christophe Buisson poursuivera une activité de négoce...

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Des vins bios trop chers ?

26 Mars 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio

Les ventes de vins bios se portent bien en grande distribution. Et pourtant, leur prix est supérieur de 45% au tarif moyen des vins.

Dans la rubrique le bio "poule aux œufs d'or" de la grande distribution, le chiffre doit être versé au dossier : les vins certifiés en bio sont 45% plus chers que le prix moyen du vin en général dans ce circuit de commercialisation…
Pourtant, les viticulteurs ou techniciens bios
parlent
d'un surcoût d'environ 30% engendré par une conversion à l'agrobiologie. Qui empoche la différence de valeur ajoutée ? Le sujet mériterait une enquête appronfondie. Bien dommage, en tous cas, que le consommateur ne soit pas davantage incité à se tourner vers un mode de culture plus respecteux de l'environnement...

Trop tentant sans doute : alors que les ventes de vin dans les hyper et supermarchés ont globalement diminué en 2014 (- 0,6 % / 2013), le segment des vins biologiques a, dans le même temps, sensiblement progressé (+ 13,6 %). Même s’il ne représente que 1 % du volume commercialisé, il a tout de même atteint l'équivalent de 15 millions de bouteilles en 2014 (pour 68 millions d’euros de chiffre d'affaires).
Les vins de Bourgogne n'échappent pas  à cette tendance. Mais le différentiel paraît plus "honnête". Il faut débourser 10 € en moyenne par acheter un bourgogne bio, contre 7,50 € au global. Soit une différence de 33 %. Notons que le prix déjà élevé des vins de Bourgogne est très certainement un frein à une "revalorisation" trop généreuse…
La Bourgogne est du reste en nettte progression sur ce segment (+ 34 % en volume), mais reste peu vendue (0,6 % de ses ventes en grande distribution), avec 161 500 bouteilles achetées en rayon. 20 % des magasins seulement commercialisent du vin de Bourgogne bio, avec en moyenne 1,3 référence en rayon.

Trois appellations représentent près des deux tiers des ventes de vin bio de Bourgogne. Saint-Véran est la plus vendue (45 000 bouteilles), devant le Bourgogne Hautes Cotes de Nuits rouge (33 000 bouteilles) et Chablis (22 000 bouteilles).

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Pourquoi les vins de Bourgogne sont biens meilleurs qu'avant ?

18 Mars 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Histoire, #Bourgogne Aujourd'hui

Les vraies révolutions sont peut-être silencieuses. Les vins de Bourgogne d'aujourd'hui sont différents de ceux d'il y a 20 ans. Et c'est tant mieux ! Ils naissent dans des conditions profondément différentes. Explications.

Pinot noir aux Hospices de Beaune

N'en déplaise aux déclinistes et aux ronchons professionnels, les vins de notre époque sont bien meilleurs qu'il y a 20 ans. Les bourgognes en particulier. La précision et la pureté atteintes par certaines cuvées ne souffrent aucun hasard : les producteurs ont aujourd’hui à leur disposition un matériel d’une qualité inédite.

Sans aller jusqu'à faire l'apologie des tables de tri optiques, à 100  000 euros pièce, qui éliminent la moindre baie douteuse, la technologie mise en œuvre aujourd'hui pour produire des grands vins offre des gages de qualité quel que soit le millésime. C'est la phase de réception des raisins qui a sans doute la plus profondément évoluée.

« Faire du vin, c'est facile, tu mets les raisins dans la cuve, tu pars en vacances 15 jours et quand tu reviens , le vin est fait ! », aimait à professer feu Henri Jayer, célèbre vigneron de Vosne-Romanée. Simple ! Les grands millésimes oui. Neuf années sur dix la musique n'est pas la même. Il faudra prendre soin de mettre en cuve les bons raisins et surtout les manipuler avec délicatesse.

En la matière, la montée des prix des bouteilles les plus prestigieuses s’est accompagnée d’un bouillonnement de créativité et d’invention de la part des fabricants de matériel œnologique. Le vignoble partait de loin, il faut aussi le souligner…

Il y a 25 ans, la présence d’une simple table de tri sur laquelle les raisins étaient poussés à la main constituait un « luxe » que seuls quelques domaines prestigieux se permettaient. Il ést un temps pas si lointain où les bennes de raisins pourris arrivaient dans les cuveries et finissaient dans les cuves sans autre forme de procès. Le tout accompagné d’un nuage grisâtre caractéristique… Depuis, les tables de tri à tapis roulant, puis avec un plateau vibrant, ont fait successivement leur apparition au pied des cuves.   

La chasse aux débris végétaux a été ouverte, celle aux raisins pourris ou manquants de maturité aussi. Mais le but est surtout de vinifier des fruits les moins triturés, les moins chahutés, possible. Le gage d’une préservation de leurs potentiels aromatiques et gustatifs obtenus par une viticulture de plus en plus pointue elle aussi.

Aujourd’hui, certaines cuveries sont dotées de machines capables d’égrapper les raisins par un égrenage en douceur et à « haute fréquence ». Les baies, acheminées vers une table de tri à rouleaux de tailles variables, sont débarrassés des éléments indésirables. Au sortir, des véritable petites billes prêtent à être transformées délicatement en vin, finissent leur parcours dans des bacs (comme sur la photo ci-dessus). Révolu le temps où les raisins étaient foulés, pour ne pas dire écrasés, malaxés, pour arriver informes à destination.

 « La mise en cuve  est primordiale pour les rouges », confirme Eric Grandjean, œnologue-conseil au COEB, centre œnologique de Bourgogne. Aujourd’hui des systèmes de godets permettent de verser directement les raisins sans pompage. C’est vrai aussi lors du décuvage au moment de mener le marc (ndlr : les pellicules de raisins, encore gorgées de jus restants au fond de la cuve) au pressoir.

Sélection drastique des raisins et respect de leur intégrité, les vins de Bourgogne ont largement gagné en pureté d’expression du fruit mais aussi en amabilité en bouche. A une époque où les consommateurs se détournent des vins présentant de la dureté tannique, ce matériel a été particulièrement bénéfique aux pinots noirs bourguignons. Le cépage que l’on dit fragile, facilement oxydable, ne tolère pas d’être maltraité. Par ailleurs, dans cette région septentrionale qu’est la Bourgogne, les peaux des raisins (celles-là même qui donnent les tannins des rouges) ne sont pas à maturité optimale tous les millésimes. Une extraction en douceur est un gage de constance qualitative.

Il faut ajouter à cela la généralisation des cuves thermorégulées et l'arrivée des pressoirs pneumatiques pour compléter le tableau (lire le dossier de Bourgogne Aujourd'hui n°112).
Tout commence à  la vigne certes. Le préalable aux progrès qualitatifs des vins de Bourgogne repose pour une grande part sur une culture de la vigne plus fidèle à une culture de terroir. Les caves bourguignonnes n’ont pas été en reste pour l’accompagner et lui donner une caisse de résonance nouvelle. « La résistance d’une chaîne se mesure à celle de son maillon le plus faible », dit l’adage. A n’en pas douter, la chaîne d’élaboration des vins de Bourgogne s’est magnifiquement solidifiée ces deux dernières décennies.

 

Voir également cette vidéo de réception des raisins de meursault premier cru Charmes et de Beaune premier cru Les Avaux à la cuverie des Hospices de Beaune lors des dernières vendanges.

 
 

 

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Hospices de Nuits : les 2014 sous les feux de la rampe

10 Mars 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Hospices de Nuits

Ce dimanche, 15 mars, les Hospices de Nuits mettent aux enchères la récolte 2014. Des vins plus prometteurs que les 2013 à ce stade. Qui laissent présager une évolution intéressante de ce millésime. Revue de détail des cuvées.

Jean-Marc MoronLe cellier du Château du Clos de Vougeot va retentir des coups de marteau de la 54e vente aux enchères des Hospices de Nuits. 134 fûts sont au catalogue cette année. Davantage que la moyenne, "sans être dans les années fastes comme 1990, 1999 ou 2009", expose Jean-Marc Moron le régisseur du domaine.

Les raisons de cette bonne production : une floraison qui, pour une fois depuis 2009, s'est déroulée dans de bonnes conditions (soleil, absence d'humidité). Mais aussi des raisins gonflés par une fin d'été pluvieuse. "Il a fallu faire du tri sur les vignes en bas de côteau, mais dans l'ensemble les raisins étaient en bon état sanitaire", poursuit le régisseur.
Nous attendions bien sûr d'entendre Jean-Marc Moron sur le débat qui a traversé le vignoble au cours de la récolte 2014 : ce millésime a-t-il été vendangé trop tôt dans la crainte de rentrer des raisins dégradés par les attaques de drosophiles ? "Dans notre cas, je ne pense pas. Nous n'avons pas avancé la date de récolte. Mais nous avons pas été tentés de la reculer non plus. Nous arrivions au stade classique des 100 jours après la pleine floraison. Nous avons connu un temps exceptionnel pendant les vendanges (Ndlr : du 11 au 19 septembre)". Les vins titrent à peu près tous autour des 13° après une légère chaptalisation. Largement suffisant pour du pinot.

"Finalement, nous nous sommes posés beaucoup moins de questions en 2014 qu'en 2013. C'était plus facile".
La dégustation lui donne raison. La gamme montre davantage d'homogénéité que l'année dernière au même stade.
Les vinifications se sont déroulées sans difficulté. Jean-Marc Moron se souvient de cuves particulièrement aromatique en fin de macération.
Les fermentations malolactiques étaient toutes complètes lors le dégustation (5 mars dernier) pour les rouges, a contrario du seul blanc de la cave.
Mon coup de cœur n'est pas cette année parmi les cuvées de "Saint-Georges" ou des "Didiers" mais la cuvée de Corvées Pagets "Saint Laurent".

Nuits-saint-georges blanc – 15,5 sur 20
Pur, précis au nez, ce nuits blanc s'annonce de belle composition et se conclut sur une finale longue. Une netteté cristalline.

Gevrey-Chambertin Les Champs Chenys cuvée "Irène Noblet" – 15 sur 20
Belle robe, bien pinot noir, à signaler pour ce premier vin de la série des rouges. Des notes torréfiées laissent la place à une fruité frais (framboise, fraise). Un gevrey sur le fruit.

Nuits-saint-georges cuvée "Grangier" - 16,5 sur 20
Petit rendement sur cette cuvée (34 hl/ha) et logiquement belle concentration. Des notes de groseille, de framboise au nez et une belle allonge en bouche. Une réussite.

Nuits-saint-georges cuvée "Claude Poyen" – 15,5 sur 20
Un vin solide, de couleur sombre, structuré par des tannins fermes mais sans verdeur. Une belle assise en somme. Le nez évoque le cassis frais. La garde et l'élevage ne devraient que lui faire du bien.

Nuits-saint-georges cuvée "Cuvée Guillaume Labye" – 16,5 sur 20
Le nez offre une belle élégance aromatique, sur des tonalités florales. Récoltée sur deux climats proches de Vosne-Romanée, la lecture du terroir est ici nette. La bouche est volumineuse.

Nuits-saint-georges "Cuvée des Sœurs Hospitalières" – non noté
Un vin serré, strict, qui se laisse lire difficilement aujourd'hui. A revoir.

Nuits-saint-georges premier cru Les Boudots "Cuvée M. de Boisseaux" – 15 sur 20
Un Boudot (proche de Vosne-Romanée) un peu plus sérieux qu'à l'accoutumé. Le volume est là, le potentiel aussi. A suivre.

Nuits-saint-georges premier cru Les Terres Blanches "Cuvée St Bernard de Citeaux" – non noté
C'est la cuvée la moins avancée de la cave dans son évolution. Des notes un peu lactées, issues de la fermentation malolactique sont encore présentes. Les tannins sont soyeux en bouche. Une jolie présence et un bon présage pour la suite.

Nuits-saint-georges premier cru Les Vignerondes Cuvée "Bernarde Delesclache" – 16 sur 20
Un vin d'une belle intensité en bouche. Marqué par un caractère épicé et pierre à fusil au nez (soufre). Un vin qui se cherche un peu à ce stade mais qui montre d'ores et déjà une belle consistance.

Nuits-saint-georges premier cru Rue De Chaux "Cuvée Camille Rodier" – 15,5 sur 20
Les tannins sont un peu anguleux mais ne dissimulent pas une certaine opulence. La matière est là. Une bonne base pour débuter une longue carrière.

Nuits-saint-georges premier cru Les Porets "Cuvée Antide Midan" – 16,5 sur 20
On monte incontestablement d'un cran avec cette très belle cuvée de Porets. Un fruité gourmand (cassis, mûre) s'exprime. Des notes florales de violette ajoutent de l'élégance. La bouche harmonieuse s'inscrit dans cette même lignée.

Nuits-saint-georges premier cru Les Boudots "Cuvée Mesny de Boisseaux" – 16,5 sur 20
Un Boudot (proche de Vosne-Romanée) qui montre le profil, flatteur, gourmand et élégant dont il est capable. Le nez évoque la gelée de fruits rouges.

Nuits-saint-georges premier cru Les Murgers "Cuvée Guyard de Changey" – 16,5 sur 20
Un vin alliant précision, finesse et caractère. La matière enveloppe bien le palais et la finale se montre minérale et longue. "Les raisins étaient à maturité parfaite sur cette cuvée", explique Jean-Marc Moron. La dégustation le confirme.

Nuits-saint-georges premier cru Les Corvées Pagets "Cuvée St Laurent" – 18 sur 20
A mon sens, la grande réussite de ce millésime aux Hospices de Nuits. Un vin d'une remarquable harmonie, profondeur. Le nez est un mélange complexe de fruits noirs et rouges à maturité idéale. La bouche est à la fois large et longue. Superbe.

Nuits-saint-georges premier cru Les Didiers "Cuvée Cabet" – 14 sur 20
C'est la première cuvée d'une série de trois consacrée au premier monopole des Hospices de Nuits : Les Didiers. Les vignes sont relativement jeunes et la sélection du matériel végétale moins qualitative. Le vin est plaisant, gourmand mais montre une allonge en net retrait après la cuvée "Saint Laurent".

Nuits-saint-georges premier cru Les Didiers "Cuvée Duret" – 15 sur 20
Cuvée qui mélange à part égale vieilles vignes et plus jeunes vignes. Un vin solide et expressif, marqué par un boisé assez présent à ce stade.

Nuits-saint-georges premier cru Les Didiers "Cuvée Fagon" – 15,5 sur 20
C'est la cuvée vieilles vignes des Didiers. Le vin est d'une concentration évidente mais recroquevillé sur sa matière. Le nez est épicé (poivré) et s'affine sur des notes florales à l'aération. Un vin promis à un bel avenir.

Nuits-saint-georges premier cru Les Saint Georges "Cuvée Sires de Vergy" – non notée
Des notes réglissées viennent agrémenter un nez profond. La matière est dense aussi en bouche mais pas tout à fait en place en cette fin d'hiver. A revoir.

Nuits-saint-georges premier cru Les Saint Georges "Cuvée Georges Faiveley" – 15,5 sur 20
Les Saint-Georges ne survolent pas la dégustation comme c'est parfois le cas certains millésimes. Le vin est masculin, doté d'un beau potentiel mais se cache un peu aujourd'hui.

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Les Climats à l’épreuve de la dégustation

2 Mars 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation

La maison Louis Jadot (Beaune) possède des vignes sur deux premiers crus voisins de Gevrey-Chambertin. Une occassion de mettre gustativement à l'épreuve la notion de Climat. Ces terroirs donnent-ils des vins vraiment différents ? 

Gevrey Chambertin Clos Saint Jacques Louis JadotÀ droite, le Clos Saint-Jacques. À gauche, les Estournelles-Saint-Jacques. Deux climats, premiers crus, de la fameuse Combe Lavaut. Sur le terrain, un béotien peut se demander comment ces terroirs voisins donnent des vins aux caractères bien différents. Et pourtant…
En compagnie de 
Frédéric Barnier, directeur technique de la maison Jadot, nous avons mené une dégustation, en parallèle de trois millésimes (2010, 2007, 2002). Des cuvées vinifiées dans le même esprit, pour éviter que les méthodes d’élaboration ne viennent brouiller la lecture des terroirs. Il ne restait plus qu’à mettre le nez dans le verre et le vin en bouche. Et sentir la différence. Ou pas !

 

2010

Estournelles-Saint-Jacques

La robe est d’un superbe rubis brillant. Le nez surprend par son caractère déjà ouvert et expressif. En bouche, la matière se manifeste sur la pointe des pieds en attaque, puis enveloppe le palais de ses beaux tanins soyeux soutenus par une trame fraîche et précise. « Un vin qui commence à se goûter », assure Frédéric Barnier. Nous dirions même qu’il se déguste très bien dès aujourd’hui.

Clos Saint-Jacques

La robe est intense. Le nez se montre bien moins bavard que son voisin. Il présente des notes de fruits sauvages (mûre). Massive, aux épaules larges et robustes, la bouche ne fait pas de demi-mesure. Mais les tanins ne révèlent aucune marque de rusticité. C’est un colosse façon sculpture de Michel Ange : la taille impressionne mais le marbre est si soigneusement ciselé…

 

2007

Estournelles-Saint-Jacques

Moins brillante, avec quelques reflets orangés, la robe montre de petits signes d’évolution. Le premier nez évoque un fruit mûr et légèrement confit; une touche de sous-bois se fait également sentir. La bouche est flatteuse, la maturité de ce millésime précoce ne se dément pas mais sans sacrifier la finesse. Le vin évolue très bien à l’aération.

Clos Saint-Jacques

La robe est une nouvelle fois plus dense que celle de son voisin Estournelles. Le premier nez dévoile, toujours avec une certaine réserve, des notes épicées. Il évolue vers un caractère torréfié et suave. Une texture à la fois veloutée et intense structure la bouche. Son potentiel de vieillissement semble à peine entamé.

 

2002

Estournelles-Saint-Jacques

La robe est très dense, mais surtout sans véritable trace d’évolution significative. Le nez évoque la cerise, puis, évoluant sur un caractère un peu plus confit au deuxième nez, les épices. En bouche, la matière est concentrée mais toujours soyeuse, la finale s'allonge avec une vivacité un rien mordante qui permettra de patienter encore quelques années.

Clos Saint-Jacques

Toute la détermination du Clos Saint-Jacques trouve son aboutissement dans ce millésime. Au nez, le temps n’a eu que très peu de prise sur son fruité, noir et sauvage. La bouche allie densité et grande pureté dans un même mouvement. D’une intensité rare, ce vin remporte la palme sur les cinq autres vins dégustés lors de cette série. Sa longueur en bouche, sur une belle note de cerise et d’épices, est exceptionnelle.

 

Conclusions
Sur le plan aromatique, comme gustatif, deux personnalités, deux caractères de terroirs s’affirment très distinctement. Quand l’un s’exprime sur le registre de la finesse et de la jovialité, l’autre est massif, dense. L’effet millésime est là, c’est indéniable aussi, mais il agit comme toile de fond sur un même sujet.

Les Estournelles-Saint-Jacques est à l’évidence le climat qui se livre avec le plus de facilité. Son bouquet s’ouvre rapidement et largement sur des notes de fruits frais et d’épices. Le Clos Saint-Jacques renvoie à des tonalités plus sauvages (mûre), voire plus animales.

En bouche, Les Estournelles s’avance sans tambour ni trompette pour ensuite se laisser glisser délicatement et harmonieusement dans le palais. Une pointe de fraîcheur finale lui assure de la persistance. À l’inverse, le Clos Saint-Jacques s’affirme dès l’attaque en bouche. Il manifeste sa densité, sa profondeur sans tergiversation. Mais sa grande classe tient aussi à la finesse du grain de ses tanins. Rien d’anguleux ou d’accrocheur ici. Bref, c’est une main de fer dans un gant de velours. Sa longueur n’a rien à envier aux grands crus de la Côte de Nuits. Il semble « amortir » les variations des millésimes plus facilement.
La différenciation entre deux climats, que seule la main de l’homme a séparée sur le terrain, est parfaitement éloquente. CQFD.

 

Des terroirs différents ?
Le point commun de ces deux terroirs est d’être sous l’influence rafraîchissante de la Combe Lavaut, tout en bénéficiant d’une exposition au sud-est. « Le Clos Saint Jacques est un endroit tardif. Il peut y avoir une semaine de décalage par rapport à des terroirs plus au sud de l’appellation », explique Frédéric Barnier, directeur technique de la Maison Jadot. Les coupes géologiques ne montrent aucune rupture qui pourrait justifier une différence marquante entre les deux terroirs. Seule vraie distinction : le Clos-Saint-Jacques s’étire de haut en bas du coteau (il rencontre une variété de sols plus importante). Les Estournelles campe plus en hauteur, les sols y sont plus maigres. Ce dernier est situé 70 mètres plus haut que le bas du Clos Saint-Jacques. Les températures moyennes sont donc plus basses. D’où, sans doute, une fraîcheur plus importante et une texture moins massive dans les vins des Estournelles que dans ceux issus du Clos Saint-Jacques.

Dégustation menée dans le cadre du hors-série de Bourgogne Aujourd'hui sur les Climats.

 

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Une cuvée de Chablis aux Hospices de Beaune !

19 Février 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Hospices de Beaune, #Chablis

La 47e cuvée des Hospices de Beaune est un Chablis premier cru ! Le vigneron chablisien Jean-Marc Brocard fait un don d'une vingtaine d'ares de Côte de Léchet à l'institution beaunoise.

"Je suis très enthousiaste, honorée. C'est un beau challenge pour les Hospices de Beaune", réagit Ludivine Griveau, toute nouvelle régisseur des Hospices de Beaune. Une vingtaine d'ares de Chablis Côte de Léchet viennent d'entrer dans le giron des Hospices. La célèbre institution bourguignonne met donc pour la première fois les pieds à Chablis.
La vigne sera conduite par les équipes du domaine Brocard, en bonne entente avec Ludivine Griveau.
Côte de Léchet est un très beau terroir chablisien. Installé sur un calcaire kimméridigien, identifiable par ces fameuses petites huîtres fossilisées, ce terroir a pour particularité d'être exposé au sud et donc de favoriser de bonnes maturités. On y retrouve généralement la fameuse minéralité chablisienne enveloppée dans une matière puissante et généreuse. "La pente est modérée et le sol très pierreux, pauvre", analyse Ludivine Griveau qui a déjà visité la parcelle.

La précédente donation aux Hospices de Beaune date de 2011, avec une parcelle de grand cru Echezeaux (Côte de Nuits). Le nom de la future cuvée n'a pas encore été déterminé.
Le domaine des Hospices de Beaune compte une soixantaine d'hectares principalement en Côte de Beaune et en Côte de Nuits. Un domaine essentiellement constitué par des dons depuis sa création en 1457.

Jean-Marc Brocard fait parti des personnalités qui incarnent le spectaculaire succès chablisien de ces 40 dernières années. Il est pourtant originaire de Côte-d'Or. Son beau-père, vigneron à Saint-Bris-le-Vineux (Yonne) l'a initié au vin. Il a loué ses premières terres en 1974. Jean-Marc Brocard exploite aujourd'hui 150 hectares de vignes et commercialise l'équivalent de 400 hectares.

Rendez-vous à l'automne prochain pour le premier millésime de ce Chablis version Hospices de Beaune !

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Bonneau du Martray : Corton-Charlemagne version biodynamie

16 Février 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Bio

La culture bio change-t-elle le goût des vins ? L'expérience du domaine Bonneau du Martray, et de son fameux Corton-Charlemagne, apporte un nouvel éclairage sur le sujet.

Ne cherchez pas plus loin le fait majeur de ces 15 ou 20 dernières années en Bourgogne : de nombreux grands domaines ont adopté la viticulture bio ou biodynamique. Le choix de la bio est né d’abord d’une volonté d’évolution culturale mais ses conséquences s'en font ressentir bien au-delà. « Nos vins s’en sont trouvé modifiés », expliquent aujourd'hui les convertis. Beaucoup de vignerons évoquent un surcroît de fraîcheur, de longueur, voire de "minéralité". Sensations souvent rassemblées sous un terme plus générique et technique : acidité.

Corton-Charlemagne Bonneau du Martray« Oui, nous trouvons davantage d’acidité chez mes clients en bio. Mais en terme analytique, c’est de l’ordre du chiffre après la virgule… Cela reste très secondaire », affirme l'œnologue-conseil Thierry Moreau.

Chez les vignerons le constat est plus vigoureusement assuré. « En 1997 (Ndlr : millésime aux acidités particulièrement basses), notre œnologue nous a expliqué que nous avions les acidités les plus élevées de toute la Bourgogne », confie Anne-Claude Leflaive, une des pionnières de la viticulture bio. Vincent Dureuil-Janthial, vigneron bio à Rully, confirme : « Je le vois entre les vins du domaine et les raisins que j’achète en négoce. La différence est énorme ».
Le constat ne se limite pas seulement à l'acidité. Moins surprotégées par les traitements systémiques, moins nourries par des engrais chimiques, les vignes bios sont généralement moins productives. Elles donnent naissance à des raisins plus solidement constitués.

Au domaine Bonneau du Martray (Pernand-Vergelesses), les premiers essais en biodynamie ont été menés sur environ un tiers du vignoble à partir de l'automne 2004. A sa tête, Jean-Charles le Bault de la Morinière s'attachait les conseils de Pierre Masson. Malgré quelques réticences sur l'aspect parfois ésotérique de cette approche, le vigneron (architecte de formation) a été convaincu par ce mode de culture. Depuis 2011, la totalité du domaine est conduite en biodynamie. La récolte 2014 sera certifiée "Demeter".
« Je perçois une différence dans la texture des vins. Un caractère plus tactile, davantage de relief », expose Jean-Charles le Bault de la Morinière.
Après dégustation, le 9 février dernier, de quelques millésimes entre 2013 et 1998, les derniers vins élaborés (2013, 2011, 2009) font indéniablement ressortir un caractère épicé (poivré, réglissé) et salin, particulièrement en fin de bouche. Un trait original qui ressort peu ou pas du tout sur les millésimes antérieurs.
 

La dégustation
 

Corton-Charlemagne 2013 (sur cuve)
Un vin en fin d'élevage. La robe est cristalline. Le nez est discret au premier abord mais déploie une belle intensité au fil de l'aération : un fruit à belle maturité s'exprime sur des notes de pêche, d'orange. La bouche laisse une première impression de souplesse puis une belle vivacité va crescendo pour finir sur une tonalité très salivante et saline.

Corton-Charlemagne 2011
Le nez évoque des notes de fruits secs (amande) mais aussi une belle minéralité. La bouche est élancée, finement ciselée. Une relative "légèreté" qui pourrait laisser sur sa faim si elle n'était pas compensée par une persistance en bouche d'une remarquable intensité (sur le poivre). "Il s'est beaucoup dépouillé ces derniers temps. Jeune c'était un vin particulièrement exubérant, floral". Une bouteille qui ne se goûte pas à son meilleur niveau aujourd'hui mais qui paraît très prometteuse.

Corton-Charlemagne Bonneau du Martray 2009Corton-Charlemagne 2009
"C'est un millésime comme on n'en voit pas souvent dans sa vie, expose Jean-Charles le Bault de la Morinière. Le vin semble nous dire : je suis heureux et j'ai envie de vous rendre heureux". Par le soyeux de sa texture en bouche, sa générosité, ce vin est effectivement une invitation à l'hédonisme. L'équilibre est remarquable. Le nez s'exprime sans le moindre complexe sur des notes de pêches et de minéralité. Un vin taillé pour vieillir quelques décennies.

Corton-Charlemagne 2007
La robe ne montre quasiment aucun signe d'évolution. Le nez présente une palette aromatique assez resserrée mais élégante, sur le miel d'acacia. La bouche est plus en dentelle qu'en puissance. Un vin qui souffre de la comparaison avec 2009, mais qui n'a sans doute pas dit son dernier mot.

Corton-Charlemagne 2006
Un corton-charlemagne qui semble évoluer très lentement, avec une robe là encore sur l'or blanc. Des notes d'amande et de miel montent au nez. La bouche dégage une grande harmonie, un caractère "zen". La gourmandise prend le pas ici sur la minéralité et la longueur.

Corton-Charlemagne 1998
Un petit saut dans le temps. Cette fois la robe est dorée, traduction d'une évolution en adéquation avec les 16 années qui séparent ce vin de sa naissance. Le nez présente une belle association de notes toastées, miellées et légèrement beurrées. La bouche est bien en place, équilibrée. Une longueur respectable conclut la dégustation. Un vin à boire sans plus attendre.

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