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365 jours en Bourgogne

Vino Business : la face sombre des grands crus

2 Mars 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #polémique

"Document explosif", "Dallas hexagonal", "coup bas" en pagaille, un livre explore l'arrière boutique des grands crus : Vino Business. Son auteur, Isabelle Saporta, met à mal quelques mythes. Un ouvrage qui laisse un arrière-goût rance...

Le monde des grands vins aurait-il réinventé la féodalité, l'abus de pouvoir et la spoliation en toute impunité. C'est ce qu'on serait tenté de conclure en renfermant Vino Business, le dernier livre d'Isabelle Saporta (auteur du Livre noir de l'agriculture en 2011). Une enquête passionnante dans les abîmes d'appellations phares du vignoble français et plus particulièrement bordelais.

Certaines figures du monde des vins de prestige sont copieusement écornées. De "grand fauves", c'est ainsi qu'Isabelle Saporta qualifie ces hommes qui ont mis la rive droite de Bordeaux (Saint-Emilion et Pomerol) en coupe réglée. Des châtelains qui s'arragent, entre amis, pour définir les règles à leur convenance : celles qui leur permettront de progresser dans la hiérachie (et de voir ainsi la valorisation de leurs propriétés doubler). Des intrigants aux bras longs, grenouillant dans les syndicats d'appellation et les instances de l'INAO pour faire main basse sur la terre, ou encore des conseillers, soi-disant en oenologie, qui monnaient à prix d'or leur influence auprès de la presse.

Le "scandale" du classement de 2012 à Saint-Emilion est un morceau de choix dans cette enquête. Le grand manitou de Saint-Emilion, Hubert de Boüard, traverse l'ouvrage comme un figure machiavélique, dévorée par l'ambition et le besoin de reconnaissance (sa propriété, Château Angélus a bénéficié d'un classement en premier grand cru classé A en 2012). Un châtelain aux moeurs bien moins raffinées que ses vins quand le gâteau se montre appétissant. Il s'est distribué "entre 300 et 500 millions d'euros en valorisation foncière" lors de la révision de ce classement, note Franck Dubourdieu. De quoi donner naissance à une région "survoltée par l'argent et les haines recuites".

L'ouvrage revient aussi sur l'omerta qui touche à l'utilisation de pesticides, à la difficulté de changer les mauvaises habitudes : les traitements par hélicoptère (en théorie interdits depuis 2010).

Vino Business dégonfle aussi la grande illusion chinoise, une bulle qui pourrait exploser à la figure des grandes marques dans les prochaines années, ou les prochains mois...

Certains chapitres sont un peu plus faibles. Celui sur les subventions européennes, versées à certaines luxueuses propriétés ou instances collectives. Le lecteur n'en sait guère plus du système et reste sur sa soif. Les pages consacrées aux produits utilisés en matière oenologie laissent perplexe également. La nuance entre l'excès et l'abstinence ne semble pas exister pour Isabelle Saporta. L'auteur prend peu de recul avec la mode des vins dits "natures".

Au final, ce pamphlet reconfortera les amateurs de grands bouteilles qui se sont détournés de ces châteaux prestigieux pour cause d'envolée des prix et de spéculation. Les autres seront confortés dans leur choix de se tourner vers quelques-uns de ces milliers d'artisans vignerons. Ceux-là dont la saine ambition est de vivre de leur travail et de contenter leurs clients...  

Editions Albin Michel, 19 €

 

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