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365 jours en Bourgogne

Le vin naturel et les francs tireurs de l’amalgame

24 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

Au pays des vins "plus verts que verts", il n’est jamais inutile de se mettre d’accord sur les termes utilisés. Car les débats s’enveniment vite dans le microcosme du vin et l’anathème est facilement décrété.

Verre de vin rougeJe suis « anti vin sans soufre » m’apprend un producteur de Côte de Nuits. Au détour d’un échange de vues musclé sur l’évolution des AOC (suite à cet article), il me fait ce procès en haute-ringardise.

Le terrain du « sans-soufre » est miné, j’avais déjà eu l’occasion de le constater…

Sans doute ce viticulteur confond-t-il mes prises de position contre la terminologie vins « natures », ou « naturels », et la louable recherche d’alternatives au soufre (ou à tout autres intrants œnologiques).

En 2011, une dégustation chez Pablo et Vincent Chevrot (Cheilly-lès-Maranges), mettant en parallèle la même cuvée soufrée et non soufrée, m’avait conduit à désigner - à l’aveugle- la cuvée non soufrée comme plus expressive et la plus croquante en bouche (lire ici).

Dès 2009, pour le troisième numéro de notre supplément Beaujolais Aujourd’hui, je suis parti à la rencontre de Mathieu Lapierre, Jean Foillard et Guy Breton, disciples méritants de Jules Chauvet. De passage en Alsace au printemps dernier, j’ai eu l’occasion de rendre visite à Patrick Meyer (Nothalten).

Comme attitude « anti sans soufre », on peut faire mieux…

Je loue volontiers la démarche de vignerons qui n’hésitent pas à se remettre en cause et à repousser les limites de leur art. Faire un grand vin implique une prise de risque… Se passer de soufre c'est, quand tout va bien, donner naissance à des vins au fruit préservé et particulièrement digestes. C'est aussi s'exposer à l'oxydation prématurée et à de multiples déviations microbiennes.
Le devoir d’explication, de décodage, et finalement de clarté d’un journaliste à ses lecteurs, exige que les points soient mis sur les « i » quand il le faut.
Le qualificatif de naturel (que l'on donne souvent aux vins sans soufre) est, au minimum, un fâcheux contre-sens, plus sûrement une tromperie (lire aussi ici). Le simple fait de planter de la vigne à haute densité et de la tailler tous les ans n’a rien de naturel. Le vin est profondément une construction humaine, un produit culturel.

Pourquoi donc cette mouvance fait elle tant parler, quand elle ne déchaine pas carrément les passions ? Le phénomène des vins dits naturels doit être mis en parallèle avec la montée en puissance du bio. Très longtemps resté marginal, le nombre de producteurs certifiés bio est devenu, depuis quelques années, conséquent. Cette approche se trouve maintenant « démocratisée », dévoyée diront certains, par la grande distribution. Il fallait donc qu’un nouveau segment apparaisse dans l’offre vin. Cavistes et bars à vins branchés y avaient tout intérêt pour proposer des vins aptes à séduire une clientèle en quête de cuvées exclusives, plus pointues et élitistes.
Comme le nouvel Omo « lave plus blanc que blanc », le vin plus vert que vert était né ! Morale de l'histoire : pensant fuir le marketing certains s'y sont vautrés dans les grandes largeurs...

« Oui, le vin n'est pas un produit naturel, mais on continuera à l'appeler comme ça, parce que tout le monde sait ce que c'est », écrivait le mois dernier le blogueur Olif. C’est surestimer les connaissances viticoles et œnologiques de nos compatriotes. Pour ma part, je ne me résouds pas à entendre parler de « vins naturels ». Quitte à ce que des francs-tireurs de l’amalgame m’en tiennent rigueur…

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Essa 24/07/2014 15:53

Je suis en phase avec ta vision des choses Laurent et je suis convaincu que vinifier sans soufre peut être un moyen de produire des vins gourmands et digestes de haut niveau gustatif. La difficulté consiste à les rendre stable sans ajouts de sulfite. Pas simple à mettre en œuvre hélas.
Le terme de naturel renvoie à la nature par opposition aux positions citadines de nombres de buveurs se fournissant chez les cavistes. Au coin de leurs rues ils peuvent dénicher une bouteille supposée saine en accord avec des principes de vie virtuels très intelectualisés. Je connais peu tenants du bio nature pur et dur ayant décidé de vivre au milieu d'une nature naturelle. Naguère on cultivait son jardin à l'huile de coude aujourd'hui on achète au rayon bio ou à l'amap du coin. C'est une posture qui simplifie le geste " produit maison " sans engrais, sans traitements superflus, sans molécules de synthèses...
Naturel s'oppose donc à industriel, ne pas y rechercher une quelconque vérité démontrée et/ou démontrable.