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365 jours en Bourgogne

Un terroir un peu Bâtard…

21 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #polémique

Ce billet pourrait aussi s’appeler : La Bâtard-Montrachet, Michel Bettane et les "terroiristes"...

« Peu de sujets concernant le vin enflamment ou abrutissent autant les esprits que le couple vin et terroir. Les « terroiristes » me font penser aux talmudistes qui inlassablement essaient de rationaliser ce qui relève du mystère ou de la foi, ce qui est peut être utile sur le plan moral et philosophique mais n’a aucun sens en matière de plaisir et de goût, et encore moins d’agriculture, malgré le mot culture ». Voilà ce qu’écrivait Michel Bettane, il y a quelques semaines, sur le site mybettanedessauve.fr

Je ne sais pas si je suis un « terroiriste », mais il est certain que ma longue expérience de la Bourgogne n’incline à porter une grande considération au terroir. Je reste avant tout journaliste : curiosité et scepticisme sont mes deux moteurs. Un mélange de volonté de comprendre et de sagesse qui enseigne qu'il n'y a pas de vérité. Ou qu'elle est inaccessible. L'étude des terroirs est une excellente école de journalisme...

Voici un cas d’école. Je viens de boucler, pour la revue Bourgogne Aujourd’hui, un long travail sur le terroir du Bâtard-Montrachet, fameux grand cru de la Côte de Beaune.

J’ai notamment fait appel à l’expertise d’une géologue. Elle explique qu’il existe deux entités distinctes dans le Bâtard-Montrachet. Le tiers Ouest repose sur du calcaire du Jurassique. Une roche composée des débris de coquillages qui se délitent en dalle : de minces laves (Pierre de Ladoix). Les deux tiers restant, à l’Est, sont composés de dépôts limoneux fins datant du Pliocène. Les terres y sont épaisses voir très épaisses. La vigne n’a pas besoin de faire descendre ses racines très loin pour trouver ce dont elle a besoin.

Pour faire simple les deux tiers du Bâtard-Montrachet sont constitués d’une terre identique à celle de la plaine de la Bresse, là où sont reléguées les appellations régionales (l’entrée de gamme en Bourgogne)…

Pente peu marquée, pied de coteau, terre riche, etc. A priori, le Bâtard-Montrachet n’a pas le profil idéal d’un grand cru…

Pour autant, la plupart des vignerons interrogés parlent d’un terroir qui ressuie bien, se travaille facilement, produisant un vin qui digère sans problème le 100% fût neuf (comme aux Hospices de Beaune). Sa puissance n’a rien de légendaire. « Comme on dit familièrement, c’est un vin qui envoie », s’amuse Pierre Vincent, le régisseur du domaine de la Vougeraie.
Aucun critique n’oserait prétendre que le Bâtard-Montrachet n’est pas un grand cru. Je n’ai en tout cas jamais rien lu de tel.

Il vieillit aussi très bien. La dégustation verticale menée avec Anne Morey (Domaine Pierre Morey à Meursault) me l'a confirmé : les millésimes 2011, 2009, 2005 et 1977 étaient superbes avec ce caractère presque tannique qui pourrait, à l’aveugle, laisser penser à des vins rouges...

Questionnée par la géologie, mais confortée par l’expérience gustative, ma « foi » dans le terroir demeure donc.

Faut-il en faire une religion ? Peut-être pas. Mais comme le disait Brillat-Savarin à propos de l’opposition Bordeaux-Bourgogne : « C’est un procès dont j’ai tant de plaisir à visiter les pièces que j’ajourne toujours à huitaine la prononciation de l’arrêt ».

 

Photo : Les grands crus de Puligny-Montrachet pris du Chevalier-Montrachet (le Bâtard est au niveau de la maisonnette rose).

* Sur ce thème lire aussi ce billet sur les vins de Volnay et de Gevrey-Chambertin.

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