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365 jours en Bourgogne

Sans rancune Bob (Parker) !

30 Juin 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

Robert Parker fait ses excuses à la Bourgogne. Certainement le point final d'une relation tumultueuse entre le gourou américain et le vignoble. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis... Mais ses justifications laissent pantois.

Donc Robert Parker a été "belliqueux" et "agressif" avec les Bourguignons. Il s'en excuse (lire ici).  Sa plus grande erreur dit-il. Ce mea culpa est évidemment à mettre à son crédit.
C'est vrai, le dégustateur de Monkton (Maryland) n'a que rarement épargné la Bourgogne. Il l'a souvent dépeinte comme un vignoble musée, dépassé, ringardisé par la modernité de bien d'autres régions. On pense bien-sûr à Bordeaux, sur lequel le Wine Advocate a assis sa notoriété à partir du millésime 1982. On se réfère aussi à la montée en puissance des nouveaux pays producteurs. Car c'est bien ce qui aura marqué les trente années du règne de Parker (des années 1980 jusqu'à 2013) : la mondialisation du vin, tant dans sa production que sa consommation.

L'histoire de Parker et de la Bourgogne s'est finalement achevée prématurément en 1993. Mettant en doute la sincérité des vins du domaine Faiveley (il voyait une différence entre ceux goûtés en cave et les bouteilles disponibles sur le marché américain), il sous-estima certainement la réaction de François Faiveley. L'affaire se régla par avocats interposés, finissant par le retrait des guides en circulation. Parker abandonna ensuite la Bourgogne à l'un de ses collaborateurs.
Ce qui n'empécha pas le critique de juger, en 2003, que la Bourgogne est un « terrain miné par des déceptions, chérie par des snobs pseudo-intellectuels qui se complaisent à débattre ad nauseam des vignerons et des terroirs, à défaut de qualité ».
Le manque de diplomatie qu'il confesse aujourd'hui - "erreur de jeunesse" dit-il - fait-il référence à l'affaire Faiveley ? On ne le saura pas : Parker n'est jamais revenu publiquement sur le fond.
Mais quand il évoque le fond, justement, Parker n'est pas plus convaincant dans sa plaidoirie d'aujourd'hui, qu'il ne l'était dans ses mises en cause d'hier.

Ses justifications sont surprenantes : il n'essayait pas de faire changer les méthodes de vinification des Bourguignons, mais de pointer des filtrations trop excessives, des transports dans des conteneurs inadaptés… "Un peu court jeune homme, on pouvait dire bien des choses en somme", aurait déclamé Cyrano de Bergerac s'il avait été bourguignon.
Car oui dans les années 1980, 1990, la Bourgogne était parfaitement critiquable sur bien des points.
D'abord sur ses fondamentaux : la vigne. Peut-on évoquer ce vignoble chantre du terroir, sans revenir à l'essentiel. La Bourgogne, comme beaucoup, a cédé aux sirènes de l'agriculture productiviste : engrais, désherbages et traitements chimiques etc. Il a fallu des phrases chocs, comme celle de l'agronome Claude Bourguignon : "Vos sols sont aussi morts que les sables du Sahara", pour réveiller les consciences. Bien du chemin a été parcouru depuis. L'aggiornamento a suivi naturellement en cave (lire ici).
Ces problématiques de filtration et de transport paraissent bien secondaires. Pouvant même se règler d'elles-mêmes en repartant de la vigne. Erreur peu surprenante de la part d'un critique estimant que la seule chose dont les Français puissent être fiers c'est de leurs barriques de chêne…
Finalement, loin d'être ringardisée par la mondialisation du goût et l'essaimage des cépages, la Bourgogne n'a jamais été autant portée aux nues qu'aujourd'hui. Redevenue inimitable, elle est perçue comme un modèle par de nombreux vignobles cherchant leur voie dans le concert, souvent monocorde, de la production mondiale de vin. Car de jolis chais dessinés par un architecte à la mode, des caveaux de réception tape-à-l'œil, des cépages tendances et les conseils d'un flying-winemaker célèbre (et le fût de chêne français!), ne font leur effet qu'un temps…

La principale erreur de Parker est là : n'avoir pas eu suffisamment de flair pour prévoir le rôle essentiel, à défaut d'être central, que prendrait la Bourgogne dans le monde globalisé du vin. C'est celle que l'on aurait aimé l'entendre confesser aujourd'hui.


Photo : Robert Parker dans le film Mondovino de Jonathan Nossiter (2004).

 

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Goddet 01/07/2015 15:31

Cher monsieur,
Je partage assez bien votre point de vue. Si l'on regarde les tous premiers guides de Robert Parker, la Bourgogne prend une part assez considérable, car c'est notamment par cette première région qu'il a découvert en profondeur le vignoble français. Il ne faut pas oublier qu'à la base, il tombe amoureux de la France et de ses vins : il sillonne notamment la Bourgogne et s'intéresse particulièrement à elle. Il n'est pas exclu qu'il se soit senti blessé lors de l'affaire Faiveley et qu'il décida alors de bouder cette région. Quand on ne veut plus de son chien, on dit qu'il a la rage.....Je serais curieux cependant d'avoir l'inventaire de sa propre cave à Baltimore et de compter le nombre de grands Bourgogne qu'elle contient. A l'aube de son retrait de la scène international, ses regrets sont tout à son honneur. ne marqueraient-ils pas une certaine frustration; celle de constater qu'il n'a pu ou voulu continuer à sillonner les domaines et les villages qui produisent l'excellence en Pinot Noir et en Chardonnay. Et pendant toutes ces années, la Bourgogne a elle aussi progressé qualitativement : passif, il n'y est est pour rien, tel pourrait-être son aveu ?

Laurent Gotti 01/07/2015 17:00

Merci de votre commentaire. Frustration sûrement. Il a souvent été dit que Bordeaux lui devait commercialement beaucoup. C'est sans doute vrai. Mais l'exemple Bourguignon montre que la vie sans Parker, ou si peu, était possible. C'est une ombre à son tableau. Elle incite à imaginer que les grands châteaux de Bordeaux aurait certainement pû se développer sans se livrer pieds et poings liés à un critique omnipotent, aussi passionné fut-il...