Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
365 jours en Bourgogne

Millésime 2015 : des conditions atypiques

2 Septembre 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Millésime 2015

Avec des vendanges dans des conditions estivales, marquées par de hautes maturités et de faibles acidités des raisins, le millésime 2015 s’annonce atypique en Bourgogne. La qualité et la concentration seront certainement au rendez-vous. La quantité s’annonce en revanche encore plus faible que prévue…

Vendanges 2015 Beaune Bouchard Père et FilsMais où sont-ils donc ? Une équipe de vendangeurs de 74 personnes, ça ne peut pas se manquer ! Ils devaient pourtant être dans les vignes du premier cru Beaune Les Grèves à 7h45 ce matin. Fausse piste…
Les vendangeurs de la maison Bouchard Père et Fils sont là. Etienne de Montille venu rejoindre l’équipe du Château de Puligny aussi. Il semble détendu et serein : « La seule qui va manquer, c’est la quantité. Il y a peu de jus dans les raisins. Mais là c’est mon esprit paysan qui parle », lâche-t-il.
En fait l’équipe du domaine Tollot-Beaut qui m’avait donné rendez-vous hier a changé de programme tôt ce matin.
Un peu plus tard, Jean-Paul  et Nathalie Tollot m’expliqueronnt qu’ils ont finalement décidé d’entamer leur  première journée de vendanges ailleurs. Ils sont allés cueillir des parcelles de Chorey-lès-Beaune. Le soleil est radieux et après la pluie d’hier, ils préfèrent attendre que les parcelles de leurs premiers crus Beaune sèchent.
Même les années  « faciles », la naissance d’un millésime n'est pas un chemin pavé de roses.
Les producteurs de Chablis, Irancy et Saint-Bris, durement touchés par la grêle dans la nuit d’hier, à quelques jours de la récolte, ont pu méditer sur la question…
A l’image du domaine Tollot-Beaut, la Bourgogne vit au jour le jour depuis que les vendanges se profilent. Le week-end passé a vu le processus de concentration en sucre des raisins s’accélérer à une vitesse inédite.

Riche en sucre, faible en acidité

Les raisins ont gagné plus d’un degré d’alcool potentiel entre les prélèvements effectués en fin de semaine dernière et ceux constatés ce début de semaine. Habituellement, il faut une semaine pour gagner une telle valeur. Le vent du sud et la chaleur ont déshydraté les grappes. Le risque de voir les raisins se flétrir est donc réel. Et pour compliquer encore la tâche, les terroirs ont réagi très variablement au stress hydrique de l’été.
Deux points majeurs sont toutefois à généraliser. Le premier : la récolte s’annonce riche en sucre mais déficitaire en acidité. Si un parallèle avec le millésime 2003 peut être tentant, il est hors sujet. 2003 était une année marquée par un gros coup de chaud de 10 jours en août, mais sans réelle sécheresse. La marque de 2015 : un manque d'eau criant au mois de juillet.
Hier, plus au sud, Bruno Lorenzon (Mercurey) se réjouissait d’avoir déjà récolté la moitié de ses parcelles. « Des températures de plus de 30 degrés en fin de maturation, ce sont des conditions de l’hémisphère sud. Mon expérience  là-bas m’a servi. Les cuvées font toutes plus de 13°.

Nous faisons la chasse à l’acidité et à la fraicheur », explique-t-il.
Le retour à des températures automnales engagé aujourd’hui est un bon point. Il y a débat entre les tenants de récolter sans trainer et ceux qui préfèrent attendre que cycle normal de la vigne, c’est-à-dire une centaine de jours après la floraison environ, aille à son terme.
Une autre donne du millésime se dégage : la faiblesse des rendements. Les raisins rendent peu de jus. Les 2015 seront sans doute rares. C’est évidemment le résultat de la sécheresse. Il faudra y ajouter  les effets de la grêle dans les vignobles de l’Yonne dont l’ampleur reste à évaluer.
Sur les six millésimes de la décennie, ce serait donc la quatrième récolte à être nettement ou très nettement déficitaire en volume. Les tensions sur les prix - qui s’étaient légèrement atténuées avec le millésime 2014 - devraient repartir de plus belle.
En attendant, c’est le grand boom ce milieu de semaine en Côte de Beaune (les Hospices de Beaune ont démarré également), la Côte de Nuits est dans les starting blocks.
Le Domaine Comte Liger-Belair et le Clos de Tart se lancent samedi 5. Les équipes du Domaine de la Romanée-Conti seront au complet et sur le pont le 7. Le Château de la Tour à Vougeot semble prendre une option plus tardive. François Labet a prévu de vendanger vers le 12 « en fonction des prélèvements ».

A suivre...

Photo : Les équipes de la maison Bouchard Père et Fils en action sur le coteau de Beaune ce matin (une caisse de leur domaine chablisien s'est égarée par là).

 

 

Partager cet article

Commenter cet article