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365 jours en Bourgogne

Saint-Vincent sur le chemin des Moines

8 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru

Avec la Saint-Vincent tournante, les 24 et 25 janvier prochains (Vougeot et Gilly-lès-Cîteaux), la Bourgogne se replonge dans sa longue histoire monastique. Mais qui étaient donc ces moines ?

Des hommes durs à la tâche, défrichant la Côte pour y découvrir les meilleurs terroirs. Des agronomes hors pair maitrisant les cépages et la conduite de la vigne. Des experts en vinification découvrant les secrets des grands vins… La Saint-Vincent tournante 2015 mobilise tout cet imaginaire intimment lié à la Bourgogne.

Histoire, mais aussi (re)construction identitaire…
Nous savons en fait assez peu de choses, avec certitude, sur l’apport réel des moines cisterciens. Les chercheurs en pointe sur le sujet reconnaissent quelques lacunes et se prononcent avec peu de certitudes. Même si l'impact monastique sur le vignoble bourguignon est indéniable.

« Ils étaient de très grands producteurs et propriétaires viticoles. De grands architectes aussi. On retrouve tout cela à travers l'image du Clos de Vougeot (…). Pourtant l'idée que les moines cisterciens avaient des pratiques viticoles d'exception, qui se retrouveraient dans les vins d'aujourd'hui, est une construction du 20e siècle », explique Marion Foucher, chercheuse à l’Unité ARTéHis de Dijon.

Quant à la précocité des moines dans le domaine de la hiérarchisation des terroirs, l’idée semble peu étayée là-aussi…

« Les moines n'ont jamais fait de "Clos de Vougeot", ils mélangeaient les raisins de l'ensemble de leur domaine et produisaient le vin de Cîteaux. Le domaine de Vougeot, c'était le clos, mais aussi toutes les vignes autour. Ils exploitaient des vignes un peu partout sur la côte mais n'avaient pas un pressoir dans chaque secteur. Ceux de Vougeot ou de Fixin attiraient donc les raisins des alentours. On ne séparait pas alors les raisins issus, par exemple, du Clos de Vougeot des raisins des Musigny, des Echezeaux, etc. On pressait le vin des Cisterciens. »

De son côté, Benoit Chauvin a passé près de 50 ans à étudier l’ordre de Cîteaux. Sujet d'étude inépuisable car le monastère bourguignon a essaimé dans toute l'Europe. Pas moins de 750 abbayes masculines depuis la Sicile jusqu'aux pays baltes, en passant par le Portugal, l'Irlande, etc.

Finalement que retient-il de l'héritage de ces moines ? "Ils ont été les premiers à donner au commerce du vin de Bourgogne une telle ampleur. En même temps qu'ils multiplient les plantations de vignes, ils vont se doter de comptoirs dans les villes." Dans ces comptoirs, les villageois s'approvisionnent en vin car la règle de Saint-Benoît (base de la vie monastique de nombreux ordres) autorise la vente de surplus. La démarche a d'autant plus de succès qu'à partir de la fin du 12e siècle les villes renaissent et voient l'apparition de la bourgeoisie.

Non seulement nos moines avaient donc certainement quelques capacités agronomiques et œnologiques, mais ils avaient surtout compris que le nerf de la guerre et la meilleure façon de pérenniser leurs activités, c'était de vendre ! Cela valait bien un hommage de Saint-Vincent…

Programme et informations pratiques ici.

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