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365 jours en Bourgogne

Pierre Poupon (1917-2009)

29 Octobre 2009 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre

"J'ai souhaité faire de ma vie quelque chose qui a du goût"

Pierre Poupon est mort hier à l'âge de 92 ans. La Bourgogne perd l'une de ces plus belles plumes. Tous ceux qui écrivent sur le vin, et la Bourgogne en particulier, ont perdu une référence voire un "maître". Autodidacte, passionné de littérature, Pierre Poupon fit ses débuts d'écrivain en renouant avec la tradition des "encyclopédistes" qui au XIXe siècle avaient entrepris de décrire, de classer, d'expliquer le vignoble et ses crus avant même l'émergence des appellations d'origine contrôlée (Morelot, Lavalle, etc).
C'est en pratiquant son métier de négociant à Beaune que Pierre Poupon avait constaté qu'aucun ouvrage à jour n'existait sur le sujet. Les Vins de Bourgogne (édité aux Presses universitaires de France), co-écrit avec Pierre Forgeot, paru en 1952. Plus d'un demi-siècle et 13 éditions* plus tard, l'ouvrage s'est vendu à plus de 200 000 exemplaires.

Mais la véritable passion de Pierre Poupon était avant tout la littérature, avec un penchant pour les auteurs diaristes. Il écrivit ses propres carnets : "Vignes et jours", "Pensée d'un dégustateur", "La Saveur des jours", "Les Fruits de l'automne", etc. Chroniques d'une vie au cœur du vignoble, de ses livres, de sa femme Claude et de sa famille.

 

Permettez-moi d'ajouter une touche plus personnelle à cette nécrologie. Pierre Poupon était le grand-père de ma femme. J'avais eu le plaisir de le fréquenter régulièrement, plus particulièrement à mon arrivée en Bourgogne en juillet 2000 (j'étais hébergé chez mes beaux-parents dans la maison voisine de la sienne). Il était déjà octogénaire, mais toujours très vif d'esprit. D'un caractère diamétralement opposé à celui d'un patriarche ombrageux, il maniait plus volontiers l'impertinence, les jeux de mot et les facéties que les récriminations. Autour du repas de midi, j'avais droit à mon lot de questions nourries. Il était très avide de comprendre de quoi était fait mon nouveau métier. C'est à cette époque de mes débuts comme "critique vinicole" que j'ai dévoré l'un de ces livres, "Plaisirs de la dégustation", une magistrale initiation au savoir-boire. Sous sa plume, déguster y devient un véritable art de vivre, un exercice philosophique. Je lisais ce livre en parallèle et en complément d'ouvrages plus technique sur la dégustation. Et je me disais : "Quel beau métier s'ouvre à toi".

Un peu plus tard, je découvrais "La Magie du style" (paru en 1988). Une belle leçon d'écriture. Un professeur en école de journalisme pourrait le prendre comme manuel. Pierre Poupon y pourfend les styles "fabriqués" et pédants, n'hésitant pas à moquer certains de nos auteurs les plus fameux. Son impertinence y frise presque l'insolence. Mais l'humour est le meilleur pédagogue !  

J'ai été moi-même "victime" de ses facéties. Il y a quelques années, après un repas dominical en famille, il me mit une feuille entre les mains. Il y avait imité la couverture d'un livre, avec un titre, et à la place de l'auteur… mon nom. Il me dit, en substance : "Il n'y a plus qu'à écrire la suite. Je peux vous recommander à mon éditeur". J'étais flatté, bien sûr, mais gêné surtout. Je lui ai bredouillé une réponse en sachant qu'il ne la comprendrait pas. Il était devenu très dur d'oreille. Un projet d'ouvrage était là dans mon esprit, mais pas encore mûr.
Le sujet du livre qui paraîtra dans quelques jours n'est pas celui qu'il avait imaginé et j'ai pris les devants auprès d'un autre éditeur. J'aurais la satisfaction d'avoir mené ce projet au bout. Mais aussi le regret, tenace, que Pierre Poupon n'ai pas pu le tenir dans ses mains. A quelques jours près….  

 

* Une quatorzième édition est en préparation sous la plume de Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant.  

 

Voir le site de la Collection Pierre Poupon

Pierre Poupon

 

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Un livre peut en cacher un autre...

26 Octobre 2009 , Rédigé par Laurent Gotti

J- 11

Une consœur, ex-collègue et amie attend, elle aussi, un heureux événement.
 "Les Vins de Laure" seront peut-être bientôt les vôtres…


Laure, c'est Laure Gasparotto. Historienne de formation, collaboratrice auprès de nombreuses publications sur le vin et au-delà. Vous l'avez peut-être lue dans Le Point ou Le Figaro ou entendue dans feu l'émission de Jean-Pierre Coffe "Ca se bouffe pas, ça se mange". Nous avons quelques points communs. Un prénom à la même racine latine. Un nom qui évoque des ascendances du côté de l'Italie. Les initiales aussi… Voilà pour l'anecdote. Nous nous sommes rencontrés en 2000, à mon arrivée à la revue Bourgogne Aujourd'hui. Laure y collaborait. Nous avons partagé le même bureau pendant quelques années et elle corrigeait mes fautes d'orthographes… Elle a donc été témoin, aux premières loges, de mes débuts de journaliste bourguignon. Outre ses compétences journalistiques, Laure a beaucoup de qualités. Le sens de l'accueil n'étant pas la moindre.

Il me faut ajouter un point commun à nos parcours : celui de sortir un livre en ce mois de novembre 2009. Le sien s'appelle donc Les Vins de Laure (Grasset). Des portraits de vignerons de France et de Navarre. Des têtes d'affiche aux noms reconnus (Jean-Marc Roulot, Etienne de Montille, Noël Pinguet, Alain Graillot, André Ostertag, etc.) ou d'autres qui font le bonheur des dénicheurs et des initiés (Eric de Suremain, Rupert Birch, Hildegard Horat, etc.). Qu'importe leurs statuts, je suis certain que Laure les a choisis avec toute la clairvoyance de sa sensibilité. Une approche humaniste du vin qui me touche plus que toute autre. Et puis les photos sont de Jean-Marie Périer…
Parution le 3 novembre.

 

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Du bon, du très bon

21 Octobre 2009 , Rédigé par Laurent Gotti

J-16

La dégustation des 44 cuvées des Hospices de Beaune a été pleine d'enseignements. Avec 2009, la Bourgogne tient un beau millésime. Voici un petit palmarès des cuvées qui marqueront la prochaine vente.

nullC'est un signe qui ne trompe pas. Nous sommes ressortis de la cave des Hospices avec les papilles encore fringantes. Et pourtant déguster de vins entonnés depuis quelques semaines est un exercice délicat, voire agressif pour le palais certains millésimes. Grande maturité et belle complexité aromatique, 2009 confirme qu'il est un millésime bien né. Les tannins se montrent mûrs, fondus. Les équilibres moelleux-acidité sont bons. Bref, ces vins se présentent dans l'harmonie.
Pour autant ce tableau généraliste, ne saurait faire oublier "l'effet terroir", si important en Bourgogne. Chaque cuvée exprime son caractère. Pour les rouges, la date de vendanges a également joué un rôle important. Roland Masse expliquait qu'il suffisait de 4 à 5 jours de différence pour passer d'un raisin moyennement mûr et à la surmaturité cette année. La démonstration est éclatante sur des cuvées de Beaune. Récoltée en début de vendanges (vers le 7-8 septembre) elles présentent un profil plus longiligne avec une pointe d'austérité (cuvée "Guigone de Salins" par exemple) à ce stade. A l'opposé des cuvées vendangées en fin de récolte présentent davantage de rondeur et des arômes de fruits compotés (cuvée Rousseau-Deslandes). Les cuvées accomplissant la synthèse entre ces caractères sont bien-sûr les plus réussies. Les blancs, excellents, sont plus homogènes avec de superbes équilibres.


Voici mon palmarès (dans l'ordre de la dégustation). Nous verrons le 15 novembre si ce sont les cuvées les plus recherchées par les acheteurs.


& En rouge

Savigny-lès-Beaune premier cru "Forneret"

 

Auxey-Duresses premier cru "Boillot"

 

Beaune premier cru "Hugues et Louis Bétault"

 

Beaune premier cru "Nicolas Rolin"

 

Beaune premier cru "Dames Hospitalières"

 

Volnay premier cru "Blondeau

 

Volnay premier cru Santenots "Jehan de Massol"

 

Pommard premier cru Epenots "Dom Goblet"

 

Corton Clos du Roi grand cru "Baronne du Baÿ"

 

Clos de la Roche grand cru "Cyrot-Chaudron" et "Georges Kritrer"

 

Mazis-Chambertin grand cru "Madeleine Collignon"

 


&En blanc

Pouilly-Fuissé "Françoise Poisard"

 

Meursault-Porusots premier cru "Jéhan Humblot"

 

Meursault-Genevrières premier cru "Baudot"

 

Meursault-Genevrières premier cru "Philippe Le Bon"

 

Meursault-Charmes premier cru "Albert Grivault"

 

Corton-Charlemagne grand cru "François de Salins"

 

Bâtard-Montrachet grand cru "Dames de Flandres"



Photo : Dans la cave des Hospices où nous avons dégustés ce matin. (Laurent Gotti) 

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Qualité et quantité

16 Octobre 2009 , Rédigé par Laurent Gotti

J -21

Le livre est à l'imprimerie. Je le laisse de côté un moment pour vous parler de la prochaine Vente aux enchères des Hospices de Beaune (le 15 novembre). Soutenue par un millésime de grande qualité, elle s'annonce bien.


2009 est un millésime qui s'inscrit dans la lignée des grands. Il a aussi la particularité d'être généreux en quantité. Les Hospices de Beaune l'ont confirmé. Ils proposeront 799 pièces de vin (une pièce = un fût de 228 litres) aux enchères. Il faut remonter à 1973 pour voir une quantité plus importante à la vente (871 pièces). Pour autant, la quantité proposée n'est pas seulement le fait du millésime. L'institution garde chaque année une partie plus ou moins importante de sa récolte en cave suivant le contexte. Les Hospices anticipent donc un engouement annoncé pour les 2009.
Côté charité, la vente 2009 soutiendra trois œuvres (au lieu de deux habituellement). Parmi elles, la fondation "Motrice" qui vient en aide aux malades atteints de "paralysie cérébrale", et les "Restos du Coeur". Deux personnalités coprésideront la vente : Andréa Casiraghi (fils de Caroline de Monaco) et Patrick Bruel.
Quant à moi, j'ai rendez-vous mercredi 21 avec Roland Masse, régisseur du domaine, pour un tour de cave complet des 44 cuvées. A très bientôt pour un tour d'horizon du millésime 2009 aux Hospices de Beaune…

Photo : Raisins de la cuvée de Beaune premier cru Guigone de Salins (Laurent Gotti).
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Dernière écographie

14 Octobre 2009 , Rédigé par Laurent Gotti

J -23

Je ne peux pas encore le tenir dans mes mains, mais vous montrer quelle tête il aura certainement. Présentations.

Voilà, j'ai découvert la couverture il y a moins d'une heure. Et alors ce livre, il ressemble à son papa ? Question hautement subjective. Je laisse ceux qui connaissent la famille libre de tout commentaire (c'est précisément ce que j'avais fait à la naissance de mes enfants...).
Moi je l'ai adoptée. Je craignais que l'éditeur parte bille en tête sur les sempiternelles tuiles vernissées et polychromes de l'Hôtel-Dieu de Beaune (elles sont en quatrième de couverture). Une telle option aurait occulté la tonalité résolument contemporaine du texte et du sujet.
La photo a été prise lors de la présentation à la presse du nouveau millésime, le samedi précédent la vente aux enchères. Tout l'heureux paradoxe des Hospices s'y résume. Une institution vieille de plus de 5 siècles qui chaque année se place au devant de l'actualité. L'histoire réinventée à chaque nouvelle récolte...

J'aime aussi la lumière sur la manche au premier plan. Elle m'évoque une peinture flamande. Tout cela est parfaitement raccord avec les origines historiques des Hospices. 


Editions Féret - 49 € - Disponible à partir du 15 novembre 2009 - Traduit en anglais. (Photo : Th.Gaudillère.)

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Le titre !

12 Octobre 2009 , Rédigé par Laurent Gotti

J-25

Parlons du livre lui-même maintenant ! Il a dorénavant un titre définitif : "Hospices de Beaune : La Saga d'un hôpital-vigneron". L'occasion d'en dire un peu plus sur ce qu'on pourra y découvrir.

 

 

Le projet s'appelait "Vins et vignerons des Hospices de Beaune", le livre s'appellera :

 "Hospices de Beaune : La Saga d'un hôpital-vigneron"
.


Le titre provisoire avait le mérite de cerner le sujet au plus près (en laissant toutefois de côté la vente aux enchères que je traite pourtant). Le titre définitif se veut plus large, susceptible d'attirer l'attention d'un public plus nombreux. Bref, la dernière option était la plus pertinente aux yeux de l'éditeur.

Voici les grandes questions auxquelles répond ce livre : Quelles sont les origines du domaine des Hospices de Beaune ? Comment travaillent les vignerons de ce producteur de vins pas comme les autres ? Quelles sont les petites et les grandes histoires de la médiatique vente des vins ? Très synthétiquement, il se résume ainsi : De la naissance d'un nouveau millésime, aux rouages connus et méconnus de la commercialisation de ces vins, en passant par une description précise du caractère de chacune des cuvées, ce livre revient sur cette référence emblématique et passionnelle du monde des vins de Bourgogne.

L'ouvrage, 192 pages, est largement illustré par des photos de Thierry Gaudillère avec la participation de Lionel Georgeot.


Photo : Panonceau des Hospices de Beaune dans les vignes du Clos des Avaux (Beaune premier cru). Laurent Gotti. 

 

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Au commencement...

7 Octobre 2009 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre

J-30 Plus qu'un petit mois ! Je pourrai alors tenir entre mes mains le fruit de deux années de travail. 192 pages d'un projet longuement mûri. Pour ouvrir ce blog, je vous raconte les prémices de cette aventure.

C'était un soir de 1998. Un soir de remise de diplômes à l'Institut des techniques avancées de l'Information et des médias (Levallois-Perret). La salle d'honneur de l'Hôtel de Ville était pleine. Les lustres étincelaient. Un à un, les noms des récipiendaires du diplôme de journaliste, délivré par l'Institut, étaient annoncés depuis l'estrade. Suivait l'énoncé du sujet de reportage de fin de cursus sur lequel les étudiants avaient planché. Ce fut mon tour.

J'avais décidé, surtout pour des raisons d'emploi du temps, de travailler sur la fameuse vente aux enchères des Hospices de Beaune. Je terminais un stage et devais enchaîner en décembre sur mon service militaire. Il me restait le mois de novembre pour travailler (le mois de la vente). Enfin, j'avais depuis peu des attaches sentimentales du côté de la capitale des vins de Bourgogne...
Dès lors que les mots "Vins" et "Hospices de Beaune" eurent résonnés dans la salle, un rire franc et spontané traversa l'assistance. Cette réaction me surpris. Mon travail avait été fait avec le plus grand sérieux. Mais il est vrai, le sujet tranchait avec ceux de mes camarades de promotion : signalétique anti-violence du Conseil supérieur de l'audiovisuel, crise de la presse quotidienne française, etc. A ma descente de l'estrade, on me demandait déjà des "bonnes adresses" dans le vignoble. Non, ces rires n'avaient rien de sarcastiques. Par cette expérience, j'ai compris en quelques minutes, de quels pouvoirs magiques le vin était doté. Ceux de répandre la bonne humeur, la convivialité, à sa simple évocation. Des facultés précieuses quand les crispations et la morosité prennent facilement le dessus.

J'ai eu l'occasion de m'étonner de nombreuses fois des aptitudes du vin à répandre la joie de vivre autour de lui, à susciter de plaisants débats, à provoquer d'improbables rencontres.
Improbables oui. Car l'histoire continue. Au cours de mes recherches sur les Hospices, j'avais rencontré Christophe Tupinier, rédacteur en chef et co-fondateur de la revue Bourgogne Aujourd'hui. Deux ans plus tard, il fit appel à mes services pour intégrer la rédaction du magazine.
Improbable, parce qu'en commençant mes études de journalisme je n'avais, en aucun cas, envisagé d'exercer mon futur métier dans une publication spécialisée sur le vin. A l'époque le sujet m'était totalement indifférent. Ma culture œnologique se limitait à bien peu de choses. Je me suis pourtant immergé dans le sujet avec beaucoup de bonheur et de curiosité. Ou quand une opportunité devient une passion... Cette histoire à rebondissements valait bien que je me penche plus longuement sur sa cause : le domaine et les vins des Hospices de Beaune. C'est chose faite aujourd'hui avec ce livre. Le titre définitif sera arrêté dans quelques jours. A suivre….

Photo : Lionel Georgeot. 

 

 

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