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365 jours en Bourgogne

Pommard : bientôt en version grand cru ?

14 Juillet 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Pommard, #Grand cru

Pommard a officiellement lancé un dossier pour faire classer deux de ces plus fameux premiers crus, Les Rugiens et Les Epenots, dans le gotha des vins de Bourgogne. 

 

Epenots"Ce village s'est acquis une réputation mondiale grâce à la propagande faite sur son nom sonore et facile à retenir. Mais comme toute médaille à son revers, Pommard n'échappe pas à cette loi. Il n'est pas de vin plus sujet à la fraude et l'on estime qu'il se consomme plus de Pommard en une semaine à travers le monde, qu'il ne s'en récolte en dix ans à Pommard même". Camille Rodier, en 1920, n'y allait pas avec le dos de la cuillère. Nous sommes alors une quinzaine d'années avant l'avènement des appellations d'origine. La situation qu'il décrit explique certainement pourquoi aujourd'hui encore Pommard est "privé" de grands crus. Les vignerons locaux se sont démenés prioritairement pour défendre le nom de leur village plutôt que de vouloir établir une hiérarchie au sein des terroirs du village. "Nos ancêtres avaient autre chose en tête", abonde Aubert Lefas, à la tête de l'organisme de gestion et de défense de l'appellation. A moins que ce ne soit le marquis d'Angerville, principal artisan de l'avènement des appellations d'origine en Côte de Beaune, qui ait refusé de pousser ce classement. "On lui aurait reproché de favoriser ses intérêts", suggère Daniel Rebourgeon, viticulteur.

Pourtant, il se dit depuis des décennies que deux fameux climats du village auraient le potentiel pour prétendre figurer au sommet de la pyramide des appellations bourguignonnes : Les Rugiens et Les Epenots. "Chiche", disent aujourd'hui les vignerons du cru. La démarche a été officiellement lancée. Blanche Menesson, géographe et titulaire d'un master Vigne et Terroir à l'Université de Dijon s'attèle à constituer un dossier qui sera déposé à l'INAO avant la fin de l'année.

Ces climats sont emblématiques des deux visages de Pommard. Au nord du village (côté Beaune), Les Epenots a la réputation de produire des vins en finesse. Sur le coteau sud (côté Volnay), les Rugiens donnent des vins corsés, aux tannins robustes.

La principale difficulté du dossier tient à l'étendue assez vaste de ces deux entités. Elles représentent un total de 41 hectares divisés en plusieurs lieux-dits. Les Rugiens Haut et les Rugiens Bas ou encore les Grands Epenots et les Petits Epenots (avec entre les deux le fameux Clos des Epeneaux). Les futures études de terroirs devront déterminer si ces deux ensembles peuvent être promus dans leur intégralité ou non.

Commercialement, la notoriété de ces climats s'est concrétisée depuis de nombreuses années. Vendus 40 à 50% plus chers que leurs voisins de la même catégorie, ils sont d'ores et déjà être considérés comme des "supers premiers crus".

Cette consécration serait avant tout pour les producteurs une locomotive pour l'ensemble du village. Ils espèrent voir aboutir le dossier d'ici 4 à 5 ans. Nuits-Saint-Georges a également débuté des démarches dans ce sens avec son fameux premier cru Les Saint-Georges (lire ici).

A lire également dans le prochain Bourgogne Aujourd’hui, à paraître début août.

  

Photo : Les Epenots au soleil couchant.

  

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A la croisée des chemins

1 Juillet 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio

Delphine et Sébastien Boisseau sont des vignerons à fortes convictions. C'est un euphémisme ! Contre vent et marée, ils ont fait le choix de la bio.

Il n'est parfois pas illégitime de soupçonner certains viticulteurs d'évoquer le bio par opportunisme. Pas une seconde cela ne viendrait à l'esprit au sujet de Delphine et Sébastien Boisseau. Pour ce couple de vignerons installés à Bray dans le Mâconnais, vivre leur choix de faire de la viticulture bio est même carrément un sacerdoce.

Ils n'en subissent à vrai dire que les inconvénients : adhérents à la Cave coopérative de Buxy, leurs raisins bios sont mêlés au reste de la production. Ils se battent, avec deux autres de leurs collègues dans le même cas, pour que leur travail soit mieux valorisé. Mais la direction ne semble pas pressée de faire aboutir leur demande. "Il n'y aurait pas de marché pour ce type de vin", leur répond-t-on… Quant à leurs collègues, c'est silence complet dans les rangs. Un viticulteur bio pose visiblement des questions qui dérangent. Que représentent-ils finalement ? Des paysans en rupture de banc avec les dérives du modernisme agricole triomphant. Lourd héritage d'un après-guerre où tout était à reconstruire : désherbants, engrais et traitements systématiques et préventifs.

Bref, les arguments des Boisseau ne pèsent pas lourds. Leur vignoble, 8,5 hectares, n'est qu'un confetti sur les plus de 1 100 hectares de la Cave.

En attendant, nos deux jeunes vignerons continuent à bichonner leurs ceps. Cela leur coûte cher. Les coûts de productions sont environ 30% plus élevés en bio qu'en viticulture conventionnelle. Voilà pourquoi la bio peine à percer dans ce vignoble marqué par la présence de nombreuses coopératives. Elles pourraient tout aussi bien être un levier vers autre chose.

Un peu lassé d'être mené en bateau, Sébastien n'exclut pas de prendre son indépendance. Il le regretterait car il est attaché au système coopératif (il fait même parti du conseil d'administration de la Cave). Nos deux jeunes vignerons en sauront, ils l'espèrent, davantage le 7 juillet. Ils ont un nouveau rendez-vous avec la direction. On vous tiendra au courant (Mise à jour le 14/07  : Malheureusement leur cause n'a pas avancée. Ils étudient sérieusement une sortie de la cave).

Entre temps si vous passez par le caveau de vente de la cave de Buxy, demandez donc s'ils n'ont pas une cuvée bio. En toute innocence…

 

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