Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
365 jours en Bourgogne

Chardonnay : Mais jusqu'où ira-t-il ?

27 Février 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Cépage

La production de blanc a atteint un record historique en Bourgogne avec le millésime 2011. Mais l'hégémonie du cépage chardonnay pourrait être un handicap à l'avenir pour la région... 

Caisse-chardonnay-copie-1.JPGLe millésime 2011 a enfoncé le clou. La production de blanc a battu un nouveau record en Bourgogne. Elle s'est établie tout près de la barre du million d’hectolitre (970 000 hl, +6% par rapport à la moyenne sur 5 ans).

Alors blanche ou rouge, la Bourgogne ? Posée à des amateurs de vins français, la question se solde par une grande majorité de réponses "rouge" (pour 70% des consommateurs français de vin). La réalité est pourtant toute autre : la Bourgogne produit deux fois plus de blancs que de rouges ! Plus de 62% de la production bourguignonne est blanche contre 29% (le reste en crémant).

Nuits-Saint-Georges, Vosne-Romanée, Pommard, etc., toutes ces appellations parmi les plus célèbres du vignoble sont bel et bien plantées en pinot noir. Mais les valeurs montantes, en termes de volume, sont toutes blanches. Au sud, les crus du Mâconnais - Pouilly-Fuissé, Saint-Véran, etc. Au nord Chablis, bien évidemment.

Mais la Côte de Beaune n'a pas échappé à la tendance. Symbole de cette évolution : Chassagne-Montrachet. Le revirement de couleur y a été spectaculaire : au début des années 1980, cette appellation du sud de la Côte de Beaune était rouge à près de 70%. La proportion s'est quasiment inversée en 30 ans. Aujourd'hui, 62% du vignoble de Chassagne est planté en chardonnay.

Verre-blanc.JPGDeux facteurs ont été particulièrement favorables au chardonnay : des coûts de production plus faible (plus de rendements, moins de tri, etc.) mais aussi une demande croissante. Ces dernières décennies, la progression des exportations bourguignonnes a été portée par un trio bien établi : Royaume-Uni, Etats-Unis, Japon. Autant de pays qui consomment en majorité des bourgognes blancs.

Le chardonnay doit-il crier victoire pour autant ? Pas certain. Depuis quelques mois, l'Asie et la Chine en particulier s'entiche de la Bourgogne. Des régions du monde où les rouges se taillent la part du lion.

Si la Bourgogne veut pouvoir répondre durablement à cette nouvelle demande, elle devra y réfléchir à deux fois avant de se jeter un peu plus dans les bras du chardonnay.

Lire la suite

Touchez pas au grisbi !

19 Février 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #polémique

Verra-t-on un jour de nouveaux grands crus en Bourgogne ? Les enjeux sont importants… Et les résistances sont fortes. Comme en témoigne une réaction suite à la parution d’un article sur le sujet.

Grand-cru.jpgAinsi je ferai « un procès injustifié aux producteurs de grands crus ». C’est en tout cas ce que me reproche dans un courrier l’un de ces producteurs. Un rapide résumé des faits. En fin d'année dernière, en prenant des nouvelles de la démarche de classement en grand cru de deux terroirs emblématiques de Pommard (lire ici), j'apprends que des producteurs de grands crus ont manifesté leur opposition à ce classement. J’en suis surpris et même quelque peu indigné. Aucun dossier n'a, à ce jour, été déposé auprès de l'Institut des appellations d’origine et de la qualité (INAO). Il ne peut donc s’agir que d’une opposition de principe.

On aurait pu croire - naïvement ? - que la Bourgogne, à l'unamité, serait fière que des terroirs supplémentaires soient jugés dignes d'être classés en grand cru dans la région.  

 « Le fil reliant les grands crus à une communauté de destin bourguignonne semble s’effilocher », écrivais-je dans l’article « La locomotive est-elle encore arrimée ? ».

L’hypothèse dérange visiblement. Il est communément admis qu’en Bourgogne les grands crus tirent l’ensemble de la région vers le haut. C’est ce que me rappelle ce producteur.

Cela est vrai, mais malheureusement de moins en moins. L'évolution des prix des appellations génériques n'a pas suivi la même trajectoire que celle des grands crus. Loin s'en faut. Sur une période de 10 ans, les prix en euros constants des vins de Bourgogne se dégradent progressivement, à la fois à l’exportation et dans la grande distribution française. C’est ce que nous apprend l’interprofession. Il est d'ailleurs prévu de « réaliser un travail au niveau de la régulation de la gestion des coûts et de la performance de chacune des appellations ». Que la Bourgogne se questionne sur ses coûts de production a de quoi inquiéter. Comment ne pas craindre l'apparition d’un « phénomène à la bordelaise » ? Pendant que quelques châteaux voyaient leurs prix en primeur augmenter de 2 000 % en 20 ans, le plus important vignoble français d'AOC tombait tout entier dans un profond marasme.  Car, dans le même temps, le prix des grands crus de Bourgogne flambe dans les ventes aux enchères, en particulier à Hong-Kong. Les Chinois les plus riches semblent s’enticher de la Bourgogne. Pour le bien de la région toute entière ?

Comment peut-on se prononcer contre un dossier avant même d'en avoir examiné le contenu. Sinon pour défendre des prérogatives catégorielles. Et puis, il y a une violence certaine à dire en substance à des vignerons qui se donnent du mal pour faire progresser leurs appellations : « N'y pensez même pas. De toutes façons, nous serons contre ». Ou encore : « Vos aïeuls ont manqué de perspicacité, ils auraient pu légitiment y prétendre, mais l'histoire est passée. Tant pis pour vous… » Je n'arrive pas à me résoudre à de tels discours au sein d'une même famille professionnelle et dans la même région.

Ce débat  pose aussi question sur la manière dont certains conçoivent le système des appellations. Ce système est né de la volonté de l'Etat français de légiférer, en collaboration avec les professionnels, au nom du peuple français. En conséquence, les AOC ne sont pas des propriétés privées. Elles appartiennent à la communauté nationale au titre d'un des ses patrimoines les plus précieux. Trop de producteurs l'ignorent ou l'oublient. L'opposition de principe de certains producteurs aux démarches menées à Pommard et Nuits-Saint-Georges peut-être vue comme une tentative de confiscation d'un bien national à des fins privées. Je m'en indigne tout autant comme journaliste, observateur attentif de la Bourgogne, que comme citoyen de ce pays.

Lire la suite

Vins bios : année 0

9 Février 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio

Le vin est le seul produit autorisant les producteurs à afficher le logo AB sans être certifiés totalement. Cette exception tombe enfin cette année.

 Coccinelle sur grappe2012 sera l'année de naissance des vins bios ! Une charte de vinification vient de voir le jour et sera applicable dès le prochain millésime. Est-ce à dire que les vins bios n'existaient pas avant ? La réponse, surprenante, est oui. Officiellement du moins. Aujourd'hui seule la culture de la vigne est contrôlée et certifiée. Pas la vinification. Depuis 2005, la filière des vins bios bénéficiait d'une dérogation pour pouvoir mettre le fameux logo AB sur les étiquettes de quelques-unes de nos bouteilles préférées. En effet, tous les autres produits bios transformés, à l'exception du vin, le sont d'un bout à l'autre de la chaîne. Pour être tout à fait exact, il faudrait donc parler de  "vins issus de la viticulture biologique". Nuance direz-vous. Evidemment, on imagine mal un vigneron se donnant du mal à faire du bio dans sa vigne s'amusant ensuite à tripatouiller ses cuves avec des produits éloignés de l'esprit bio. Sauf que le bio, ça n'aura échappé à personne, attire de plus en plus de consommateurs. Et avec eux des producteurs plus ou moins proches de la "philosophie" initiale de l'agrobiologie. Il devenait urgent de mettre un peu de cohérence dans tout cela. D'autant que l'Europe est passée par là… Le logo communautaire (la feuille avec de petites étoiles) prend le pas sur le logo AB. Et la fameuse dérogation  concernant les vins prend fin cette année…

 logoeuropeenAB La filière bio se devait d'accorder ses violons pour mettre en place une charte commune. Elle y a échoué ces dernières années, achoppant notamment sur le dosage du soufre, un conservateur et un antioxydant utilisé de très longue date dans les chais. Les producteurs allemands défendaient une baisse légère des dosages (leurs vins moins alcoolisés et souvent sucrés sont plus fragiles). Les pays plus au sud prônaient des dosages  encore plus faibles. Le compte à rebours étant dans sa phase finale, les dernières discussions ont enfin débouché sur un compromis. La baisse du dosage maximal en soufre se situe entre 30 et 25% selon le type de vin. Pour le reste, et en résumant l'esprit du cahier des charges, l'idée est que les vinificateurs privilégient les actions mécaniques plutôt que l'usage d'intrants. Et si des intrants sont utilisés (des levures pour la fermentation par exemple), les vinificateurs doivent employer des produits bios (pas de produits de synthèse), sauf si aucune solution technique équivalente n'est disponible en bio.       

Lire la suite