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365 jours en Bourgogne

Et que le meilleur gagne ! (2)

29 Avril 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Ailleurs

Nous aussi on refait le match ! Suite du compte rendu d'une soirée dégustation destinée à vérifier, ou à bousculer, les hiérarchies. Officielles ou non.
 
Match 5
Feytit-Clinet- Château Feytit-Clinet 2005 (Pomerol)
Le nez est d'une belle complexité sur des notes de fruits bien mûrs avec un boisé fumé de qualité. En bouche les tannins sont à la fois serrés et fins. La longueur est celle d'un grand vin. Un vin qui respire l'harmonie et une maturité bien maitrisée. 18,5 sur 20
 
- Château de Braude 2005, cru bourgeois (Haut-Médoc)
Le nez est élégant sur des notes de rose et de cèdre. La bouche est charnue, agréable. Elle s'affermit en finale. Un bel ensemble. 16 sur 20
 
La hiérarchie est ici respectée : Feytit-Clinet par la finesse et la richesse de ses tannins présente un surcroit de caractère et de longueur indéniable. Le Château de Braude reste toutefois un excellent vin dans son niveau d'appellation.
 
 
Match 6
 
- Penner Ash 2009, Pinot noir (Willamette Valley, Oregon)
Le nez évoque la mûre, la groseille, la violette. La bouche est vive, friande, sans grande longueur. Un vin sympathique. Plusieurs de nos dégustateurs ont pensé qu’il s’agissait d’un gamay. 14 sur 20
 
- Vosne-Romanée premier cru Clos des Réas 2009 - Domaine Michel Gros
Le nez est délicatement toasté tout en déployant des notes de fruits noirs et de violette. La bouche est également d’une grande classe, souple et longue. Peut-être pouvait-on s’attendre à davantage d’ampleur vu le millésime. Un beau vin sur la réserve.
15,5 sur 20
 
Un match nouveau monde-vieux monde d’un beau niveau. La complexité, la classe étaiten assez nettement du côté de la bonne vieille Bourgogne.
 
 
Match 7
 
- Chambolle-Musigny 2006 - Christian et Isabelle Clerget
Le nez est discret sur des notes d’épices (clou de girofle). La bouche est dense, profonde, les tannins sont fermes, un peu rugueux. Un vin encore dans sa prime jeunesse, costaud. A garder encore 5 ans sans problème. 15 sur 20
 
- Gevrey-Chambertin Clos Saint-Jacques 2001 – Sylvie Esmonin
Les signes d’une belle évolution sont là (champignon) mais le fruit (cerise) n’a pas disparu pour autant. La bouche est toute en finesse et en souplesse. L’ensemble donne un vin velouté, gourmand mais aussi d’une bonne longueur. A boire. 16 sur 20

 
Un match qui a opposé un vin à son apogée, le gevrey, et un autre qui demande de la patience. Pour autant le chambolle, simple village, a bien tenu la comparaison face à l’un des meilleurs premiers crus de Gevrey.
 
Match 8
G Chamb Les champeaux- Gevrey-Chambertin premier cru Champeaux 1999 – Denis Mortet
Des notes de grain de café dominent au premier nez. Il gagne bien en complexité au fur et à mesure de l’aération. La bouche offre beaucoup de chair, les tannins sont fins. Le vin semble juteux, gourmand. Beaucoup de plaisir. Les vins de Denis Mortet (disparu prématurément en 2006) lui rendent inlassablement hommage… 18 sur 20
 
- Clos des Lambrays grand cru 1999 – Domaine du Clos des Lambrays
Un vin tendu, d’une belle fraîcheur. La bouche reste toutefois assez simple, manquant un peu de grâce et d’ampleur. Une déception. 12 sur 20
 
Le style « moderne », gourmand et souple du gevrey de D. Mortet a très bien évolué. Ce vin illustre à merveille les propos de certains vignerons à l’époque : « 1999 est un millésime qui, dès ses débuts, s’est bien goûté et se goûtera bien encore longtemps ». On peut-difficilement aboutir à la même conclusion avec le Clos des Lambrays que l’on a connu en meilleure forme. Le challenger s’impose largement.
 
Conclusion : Cette deuxième série a apporté moins de surprises que la première, pour autant les challengers ont très souvent titillé les têtes d’affiche.
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Et que le meilleur gagne !

18 Avril 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Ailleurs

L'idée de la soirée était simple : deux vins servis simultanément et à l'aveugle. Un challenger et un outsider. Qui préfère le premier ? Qui ne jure que par le deuxième… C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés à quelques dégustateurs, bouteilles à la main, durant les Grands jours de Bourgogne (fin mars). Pas de doute, le prestige de l'étiquette ne garantit pas toujours le plaisir...

 

Match 1

Viré Clessé-copie-1 -Viré-Clessé 2004 "Cuvée E.J. Thévenet" - Domaine de la Bongran

Nez très expressif de fruits exotiques, de miel d'acacia, de raisin confit. La bouche offre un beau volume (peut-être moins qu'attendu après un tel nez), avec du moelleux mais aussi une belle vivacité. Harmonieux. Un domaine qui compte bien des aficionados autour de la table. Et qui ne déçoit pas… 16 sur 20

 

- Corton-Charlemagne 2004 - Domaine Nudant.

Le vin est bien fatigué (oxydation) mais encore buvable. Seulement par conscience professionnelle… 10 sur 20

 

Vous avez bien lu : un viré-clessé bat à plate couture (unanimité autour de la table) un corton-charlemagne au bout du rouleau, pourtant du même millésime. Un défaut d'oxydation peut-être lié à cette bouteille uniquement. On l'espère.

 

Match 2

 

- Rully premier cru Les Margotés 2006 - Vincent Dureuil-Janthial 

Toujours au top l'ami Vincent Dureuil-Janthial. Il nous propose un vin d'une grande pureté aromatique (petites fleurs blanches). La bouche est délicatement acidulée, pleine de sève, d'une grande longueur. Un vin de plaisir mais devrait-il en exister d'autre sorte ? 18 sur 20.

 

- Pouilly-Fuissé Les Courtelongs 2009 - Domaine Saumaize-Michelin 

Le nez est intense, profond, finement vanillé. Une expression aromatique témoignant d'une maturation bien accompagnée du raisin. La bouche est puissante, ronde, un peu chauffante en finale. 17 sur 20 .

 

Deux grands vins blancs, à égalité ou presque dans les suffrages. J'ai trouvé un peu plus d'harmonie dans le rully (millésime un peu plus âgé il est vrai). Un très beau et savoureux match !

 

Match 3

- Chablis grand cru Les Clos 2002 - François Raveneau 

Le nez est miellé, figué, avec une petite tonalité lactée également. La bouche est très tendue, vive, austère, droite. Un vin qui peine à se détendre... 2002 est pourtant un millésime de belle maturité à Chablis. 12 sur 20.

 

- Chablis grand cru Les Clos - Vincent Dauvissat 2001

Aïe. Le nez présente des arômes de moisi humide (le bouchon…) mais aussi, une touche fumée. La bouche paraît dense mais dominée par ces arômes peu sympathiques. Dommage. Difficilement notable…

 

Deux bouteilles a priori "mythiques" : le summun de Chablis côté terroir comme coté producteurs. Grosse déception au bout du compte... Le match attendu n'a pas vraiment eu lieu. Le grand cru de chez Dauvissat a rendu les armes avant de combattre. Certains de mes voisins de tablée ont été enthousiasmés par le Clos de Raveneau. Son austérité m'a donné peu de plaisir.

 

Match 4

La-Grave-Figeac.jpg - Château La Grave Figeac 2005 - Saint-Emilion grand cru

Le nez est bien expressif sur des notes de cassis bien mûr et un boisé finement dosé. La bouche est profonde, d'une longueur moyenne toutefois. L'ensemble est puissant et harmonieux. Un saint-émilion 2005 (65% merlot) qui a parfaitement évolué. 17 sur 20.

 

- Château La Gaffelière 2005 - Saint-Emilion premier grand cru classé B

Le nez est intense dominé par des notes fumées-torréfiées. La bouche est consistante, chaude, mais les tannins sont fermes et même amers en finale. Un peu raide aujourd'hui. A garder encore quelques années. 15 sur 20.

 

De l'intérêt, une nouvelle fois, de distinguer le plaisir que nous offre une bouteille, à un instant "t" et son classement dans la hiérarchie. J'ai personnellement trouvé plus d'agrément avec le La Grave Figeac. Les avis étaient toutefois assez partagés autour de la table. Tout le monde a reconnu la très bonne tenue d'un simple "grand cru" face à un premier grand cru. Il n'est pas exclu, et ce serait même normal, que le La Gaffelière prenne le dessus dans la durée.

 

Conclusion à mi-parcours : Après ces quatre premiers rounds, il apparaît que boire bon n'est pas une question de budget. C'est plus souvent les vins les moins bien côtés dans la hiérarchie des appellations ou des classements qui nous ont donné le plus de plaisir ! 

Suite la semaine prochaine...

 

Les commentaires n'engagent que moi mais les photos sont de Gilles Trimaille.

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De l'art délicat de la nuance par Michel Rolland

6 Avril 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #polémique

La vengeance est-elle un vin qui se bonifie avec les années ? Dans un livre, Michel Rolland, oenologue bordelais épinglé dans Mondovino, a décidé de rendre les coups. Pas toujours en finesse.

Vous vous souvenez de Michel Rolland ? L'œnologue barbu au rire sonore et au regard madré du film Mondovino. Celui qui répétait à ses clients "micro-oxygénez !" assis à l'arrière de sa berline, téléphone à la main et cigarillo entre les doigts. Il vient de sortir ses mémoires. Evidement, il règle ses comptes avec le réalisateur de Mondovino (2004), Jonathan Nossiter, accusé de l'avoir rendu maléfique par péché de manichéisme. Non, il n'est pas le grand manitou du goût, arrogant et mégalo, que le film semble dépeindre.

On l'aura compris, davantage que de nous faire profiter de ses mémoires, le dessein de Michel Rolland est de rendre les coups. Il consacre de longues pages à dézinguer Nossiter ce "justicier", "intellocrate", "pondeur de clichés"… pour finalement nous affirmer qu'il n'y a plus aujourd'hui âmes bien pensantes pour s'intéresser à lui ou à ses films. "D'ailleurs dans le milieu du vin plus personne ne parle de lui" (p.133). Si Rolland voulait nous démontrer par là sa clairvoyance et son absence de présomption, c'est raté ! Le très récent article sur Mondovino dans Decanter (influente publication anglaise) vient le contredire sèchement.
 

 

L'œnologue volant, comme on l'a souvent caractérisé, assume en tout cas l'une de ces "infirmités" (je reprends un terme du livre). L'ouvrage est titré "Le Gourou du vin". Il lui sera difficile de renier un penchant certain pour la provoc, pour ne pas dire le cynisme. Mais le comble du paradoxe dans cette histoire, c'est que notre homme justifie ses mises au point par un devoir de mettre de la nuance là où tout ne serait qu'amalgames et simplifications. Rolland veut prendre le large, "oxygéner le débat"…

Le lecteur appréciera la leçon de subtilité et de refus des stéréotypes en quelques phrases. Sur Mondovino comme sur le reste. Son génie est brimé par trop de réglementations "terroiristes" ? "Intelligence et administration, une cohabitation difficile. Et c'est chose regrettable, car il y aurait tant à accomplir dans notre beau pays de France." (p.94) Tout un programme !

La finesse de son analyse est aussi peu évidente lorsqu'il parle des évolutions culturales dans les vignes. "S'il est vrai que des excès ont été commis, aujourd'hui nous n'en déplorons plus. Une large majorité d'agriculteurs pratiquent une lutte raisonnée qui, sans être bio, protège l'environnement et les hommes" (p.141). Si seulement Rolland pouvait dire vrai ! Ce n'est pourtant pas ce que les récentes controverses sur les pesticides dans l'eau, dans un quotidien qu'il connaît bien, semblent indiquer… (lire ici)

L'art de la nuance selon Michel Rolland révèle toute sa grandeur lorsqu'il évoque les journalistes. Selon lui, interroger un producteur du Médoc sur ce qu'il pense des critiques viticoles revient à "demander aux réverbères ce qu'ils pensent des chiens..." Notre œnologue dresse même une liste des bons critiques viticoles (p.143), après avoir largement distribué les mauvais points (Jacques Dupont et Périco Légasse sont envoyés au coin). Il suggère même d'organiser une "dégustation" de tous les chroniqueurs viticoles !

Bonne idée ! C'est ce que font, je l'espère, tous les lecteurs ouvrant leurs journaux préférés. Un journaliste n'a de compte à rendre qu'à eux. C'est là d'ailleurs la garantie de son indépendance. Michel Rolland ne précise malheureusement pas quels seraient ses critères de notations pour "son horizontale des plus fins experts". J'ai ma petite idée sur le sujet. Mais je préfère la garder pour moi, je risquerais de manquer de subtilité… 

Donc pour prendre une leçon de réflexion nuancée et oxygénée, c'est 19,99 € aux éditions Glénat (Michel Rolland - Le Gourou du vin).

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