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365 jours en Bourgogne

2012 : millésime ingrat

29 Juillet 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Millésime 2012

Le millésime 2012 est certainement l'une des années les plus éprouvantes depuis des lustres pour les vignerons bourguignons : gel de printemps, forte pression des maladies, grêle, etc. Et pour couronner le tout,  très peu de raisins. Rien n'augure que la qualité ne sera pas là mais il est déjà certain que les producteurs auront dépensé beaucoup de moyens et d'énergie pour produire peu de vin… Le point avec Michel Ecard, notre vigneron témoin de Savigny-lès-Beaune. 


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Bourgogne, tes vignes foutent le camp !

24 Juillet 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

La multiplication des achats de vignes par des investisseurs étrangers suscite de fortes inquiétudes chez les vignerons bourguignons. Certains tirent le signal d'alarme.

Vigne à vendreLes jeux sont faits. Rien ne va plus... C'est un ressortissant de Macao qui rafle la mise : deux hectares de vignes sur Gevrey-Chambertin et un monument historique bourguignon, ouvrage inestimable du XIIe siècle. L'homme a fait fortune dans les jeux, on s'en serait douté... La nouvelle n'a pas manqué d'en froisser plus d'un.

"Notre vignoble est en train de foutre le camp. Il est temps de pousser un cri d'alarme", Jean-Michel Guillon, vigneron à Gevrey-Chambertin et président de l'organisme de gestion de l'AOC, est de ceux-là. En six mois, deux domaines emblématiques de cette appellation de la Côte de Nuits sont passés dans les mains d'investisseurs étrangers. Le domaine Maume (cinq hectares) a été repris par un homme d'affaires canadien au printemps dernier. Et donc dernièrement, le Château de Gevrey et son vignoble.

Pendant ce temps en Côte de Beaune, une autre partie du  joyau du patrimoine bourguignon changeait de main. François Pinault, homme d'affaires français prenait notamment possession d'une ouvrée de Montrachet. Le montant déboursé avoisinerait le million d'euros, soit un prix à l'hectare de 24 millions. Tout simplement inimaginable il y a encore peu, cette somme constitue un nouveau record.

Les réactions épidermiques des producteurs se sont logiquement multipliées ces dernières semaines. L'époque où la Bourgogne était un vignoble exploité par des familles vigneronnes enracinées dans un terroir cultivé, et transmis, comme un précieux patrimoine s'achève-t-elle ? Sur les terroirs les plus prestigieux la question est bel et bien posée (lire aussi ce billet).

"Bordeaux est souvent critiqué parce que les châteaux appartiennent à des investisseurs qui réalisent un placement. En Bourgogne on va tout droit vers cette même situation. Le vigneron devient le grouillot de service", poursuit Jean-Michel Guillon. Ce dernier et quelques-uns de ces collègues du village ne sont pas restés les bras croisés. Avant le dénouement, ils se sont groupés pour faire une offre aux vendeurs. Ils ont proposé 5 millions. "Une somme déjà déraisonnable". Peine perdue. L'acheteur a surenchéri avec quelques millions d'euros de plus… "Pour ces personnes, sortir cette somme, c'est pour vous et moi tirer un billet de 100 euros de sa poche", s'indigne Jean-Michel Guillon.

Car ce phénomène d'inflation du foncier risque de nourrir les tentations de vente ou même les rendre inévitables. A ce niveau de valorisation des vignes, les transmissions aux générations suivantes, dans un cadre familial, deviennent de plus en plus délicates. Les organisations professionnelles se sont saisies du sujet et planchent sur les moyens d'écarter le péril.

A un moment où les recherches sur les spécificités des vins de Bourgogne soulignent, plus que jamais, l'importance du savoir-faire humain et le phénomène culturel localisé qui a concouru à l'émergence d'une viticulture de terroirs unique en son genre, il est difficile de ne pas imaginer que la multiplication de ces changements de mains n'influera pas en profondeur sur le futur de la Bourgogne. Il faudra sans doute une bonne dose d'imagination et de courage aux responsables de la région pour y faire face. 

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Du rififi chez les bios

12 Juillet 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio

Dans quelques semaines les premiers vins bios seront officiellement nés. Une "avancée" qui met en évidence des dissensions dans la famille des agrobiologistes.

 

Pampre vigne à Corton"Ce cahier des charges, je m'en fous", réagit sans détour un producteur bio bourguignon souhaitant rester anonyme. Ce dernier évoque la nouvelle réglementation concernant la vinification des vins bios, applicable pour la première fois avec ce millésime 2012. On aurait pu s'attendre à une réaction un peu plus enthousiaste et unanime : voilà 20 ans que les producteurs réclament cette législation. La production de vin bio est enfin réglementée depuis la vigne jusqu'à la mise en bouteille (lire aussi ici). Jusqu'alors, seule la culture du vignoble l'était. Les consommateurs apprécieront cette clarification.

Une nouveauté qui n'est pourtant pas accueillie sous les vivas. On l'aura compris. Cette législation est jugée peu restrictive et trop laxiste par nombre de producteurs bios. Elle est le reflet d'un compromis entre différentes régions productrices dont les contraintes œnologiques sont loin d'être identiques. Ce cahier des charges met  surtout en évidence de sérieuses querelles de famille chez les adeptes du bio.

Entre les tenants de la "bio pour tous", industrialisée diront les mauvaises langues, et les orthodoxes d'un bio campé sur une ligne dure, la faille s'agrandit.  

Certains bios de la première génération, pionniers souvent mal compris ou même dénigrés, ont vu grossir avec plus ou moins de bonheur les rangs des tenants de la "mise au vert". Car dans le même temps, la mode du bio a vu fleurir  les allégations de bon comportement environnemental sur les linéaires des supermarchés : logo AB à tous les rayons. Quand Michel-Edouard Leclerc affirme que le bio n'a pas vocation à être fossilisé, certains crient à la trahison et au dévoiement… Ayatollahs contre opportunistes. Le dialogue n'a rien de facile. Le vin n'échappe donc pas à ces débats.

"On peut imaginer qu’un négociant peu scrupuleux, qui a flairé le bon marché, achète des raisins certifiés et les vinifie dans un esprit éloigné de la bio…", s'inquiète Guy Chaumont vigneron bio près de Givry. "Si la bio est vouée à se cantonner à 1% de la production pour plaire à 3 ou 4 sommeliers parisiens, cela ne m'intéresse pas", persifle de son côté Dimitri Bazas, œnologue de la maison Champy (Beaune).

Cette législation a toutefois le mérite de poser des jalons, de définir un cadre. Elle met aussi fin à des années d'ambigüité et de circonvolutions sémantiques autour de ces vins "pas bios mais issus de raisins bios". En souhaitant que ce premier effort en appelle d'autres…

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