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365 jours en Bourgogne

"Je suis un ambassadeur des vins français à Macao et Hong-Kong"

30 Août 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

L'acheteur chinois du Château de Gevrey-Chambertin réagit. Monsieur Ng se défend d'être un prédateur. Et il avance de solides arguments.

Chateau-de-Gevrey.JPGDès la fin juillet, nous avons été les premiers, via la revue Bourgogne Aujourd'hui et ce blog (lire ici), à vous informer de la reprise du Château de Gevrey-Chambertin. Nous avions soulevé les questions que cet événement pouvait susciter. L'Agence France Presse a répercuté la nouvelle il y a quelques jours. Cette dernière a défrayé la chronique dans les médias nationaux.
Le débat a d'ailleurs pris des raccourcis - politiques surtout -, allant même jusqu'à faire sentir des relents nauséabonds et outranciers. Des "sur-réactions" étonnantes à la lumière du fond du dossier… C'est ce qui conduit aujourd'hui Monsieur Ng, repreneur chinois du Château et de ses 2,3 hectares de vignes à réagir. Il nous a fait part de ses intentions pour le bâtiment et les vignes.

"En tant que passionné de vin depuis 30 ans, je saisis avec plaisir l’occasion de redonner à ce monument et à ces parcelles toute leur splendeur, leur prestige. Notre architecte nous aidera à redonner à ce château monumental sa beauté initiale et à préserver, et c’est là notre principal but, la signification historique de ce bâtiment remarquable. Je suis aussi extrêmement heureux de pouvoir compter sur les immenses compétences et la grande expérience des terroirs de Gevrey-Chambertin d'Eric Rousseau, afin que les vins issus de la propriété comptent de nouveau parmi les meilleurs vins de Bourgogne.

"Le château sera rénové par l’architecte français Christian Laporte, architecte du patrimoine, spécialisé dans la restauration des bâtiments historiques, après approbation par la Direction régionale des Affaires Culturelles, permettant au château - inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques de Bourgogne– de redevenir l’un des plus beaux bâtiments de Côte-d'Or", précise l'un de ses représentants en France, Sylvère Patriat, avocat dijonnais. Ce dernier dresse le portrait d'un véritable passionné de vin, ambassadeur des vignobles français à Macao et Hong-Kong, partageant sa passion avec d’innombrables amis, collègues et autres grands amateurs. Il explique que le Château a été racheté en collaboration avec d’autres passionnés de vins, des Européens et des Asiatiques.

"Au cours des années, la passion de Ng pour le vin lui a permis de développer des relations fortes et durables avec des viticulteurs de grande renommée à Bordeaux, en Bourgogne ou encore dans la Vallée du Rhône, mais également avec de grands négociants en vins et des maisons de vente aux enchères dans le monde entier", poursuit Silvère Patriat.

Dans son communiqué Monsieur Ng conclut ainsi son propos : "Mi-septembre le Château de Gevrey Chambertin participera au programme des Journées européennes du patrimoine. Les citoyens de plus de 50 états de l'Union européenne et du Conseil Européen pourront visiter ce site historique avec notre architecte Christian Laporte. Notre but est de redonner à cette propriété enchanteresse tout son lustre, afin que la population européenne, mais aussi mondiale, puisse profiter pleinement de la richesse de l’héritage culturel de cette région. J’espère que mes nouveaux voisins Bourguignons assisteront également à cette manifestation afin de mesurer et de partager ma réelle passion pour ces grands vins, et qu’ils sauront apprécier les améliorations que je souhaite apporter au Château de Gevrey-Chambertin. Mon intention est d'utiliser toutes les ressources à ma disposition pour m'assurer que ces parcelles continuent à produire des vins de classe internationale pour les amateurs de vin du monde entier, et ceci pour les générations à venir."

Voilà autant de précisions qui permettront de replacer le débat dans un cadre serein et dépassionné. Mais la caravane médiatique est, semble-t-il, déjà passée…

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Du temps au temps

24 Août 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation

Avec quelques mois de tranquillité en plus, au fond de leur cave, certains vins peuvent faire des miracles.

En remilly hubert Lamy"Il faut laisser le temps au temps", était paraît-il un aphorisme de l'un de nos anciens présidents de la république. Ce serait, certainement, le message subliminal de nombre de nos cuvées préférées… J'en ai fait l'éloquente expérience grâce à Olivier Lamy (Domaine Hubert Lamy à Saint-Aubin) mardi dernier. Après avoir longuement discuté des récentes évolutions de ce domaine de référence de la Côte de Beaune, nous terminons notre visite de cave par une dégustation de deux bouteilles "mystères". Dans ces circonstances, le jeu est bien évidemment de retrouver le millésime et l'appellation… Non pas qu'Olivier Lamy ait décidé de me mettre à l'épreuve - ce n'est du moins pas les intentions que je lui prête -, son objectif est plutôt d'illustrer ses propos précédents. Un premier coup de tire-bouchon au coin d'un tonneau…  Le vin présente un nez d'agrumes confits, moyennement complexe. La bouche est ample, parachevée par une finale vive, citronnée. Un vin entré dans son deuxième âge. Il a perdu les arômes primesautiers de sa jeunesse pour évoluer gentiment vers l'âge mûr. Ce gras généreux en bouche laisse à penser qu'il s'agit d'un vin du millésime 2006. La petite pointe de fraîcheur étant là pour rappeler que nous sommes bien à Saint-Aubin (village situé un peu en altitude et donc plus frais). Perdu ! Olivier Lamy ne me fait pas languir plus longtemps. C'est bien un Saint-Aubin (premier cru En Remilly), mais du millésime 2008. "Nous avons beaucoup attendu pour vendanger, explique Olivier Lamy. C'est sans doute pour cela que nous avons des vins avec de la rondeur dans ce millésime tardif".

Deuxième coup de tire-bouchon. Aromatiquement, nous sommes dans un univers très différent de la bouteille précédente : celui des petites fleurs blanches (acacia, aubépine) relevé par une touche minérale. Un nez très subtil, délicat, témoignant d'une grande jeunesse. La bouche est très harmonieuse : on retrouve le gras de la cuvée précédente mais sa trame acide se révèle beaucoup plus fondue. Elle donne à la texture du vin un touché satiné d'une grande classe. Je n'ai pas le temps d'annoncer un millésime ou une appellation au vigneron. Olivier Lamy crache le morceau quasiment en même temps que le vin : En Remilly 2008. En résumé : le même ! A ceci près : le premier a été mis en bouteille en novembre 2009, après 14 mois d'élevage; le deuxième a été mis en bouteille en avril 2010, après 19 mois d'élevage. Cinq mois, ni plus ni moins, qui font la stupéfiante différence entre un bon vin et un très grand vin. Et il n'est pas question ici d'apport du fût de chêne : en fin d'élevage Olivier place ses vins en cuve inox, totalement neutre, et sans aucune intervention. Pendant ces mois supplémentaires, le vin a eu le temps de s'affiner davantage, d'harmoniser encore un peu plus toutes ses composantes gustatives, mais aussi de s'armer de jeunesse avant son passage en bouteille. Pas surpris, Olivier Lamy prévient tout de même : "il n'est pas prouvé que cet essai aurait donné les mêmes résultats avec d'autres raisins. C'est aussi le résultat de notre travail à la vigne et pendant la vinification qui fait que nos vins demandent plus de temps." Autre bémol : la cuvée élevée plus longtemps se dégustait plus difficilement jeune quand l'autre était plus "ouverte". C'est seulement le lendemain de l'ouverture qu'elle donnait et donne toujours le meilleur", poursuit-il.

Un choix qui n'a donc rien d'évident dans un monde où les choses doivent tourner vite. Beaucoup de producteurs sont, au contraire, tentés de raccourcir les "process". Pour beaucoup, l'impératif est de séduire le client et la presse avec les tous derniers millésimes. Le vin suit son propre rythme, à respecter pour qu'il donne le meilleur. Dans le vignoble les sages rappellent qu'il faut deux hivers en cave pour qu'un blanc soit en place. Il suffit juste d'attendre, ne rien faire… Cela n'a rien de bien compliqué. Et pourtant…        

 

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