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365 jours en Bourgogne

Le Top 5 des appellations

27 Décembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC

Quelles sont les appellations, les cépages, les plus connus des français. Une étude CSA, menée pour l'interprofession des vins de Bourgogne, révèle le palmarès.

Saint-Emilion-Grand-cru.JPGEt l'appellation gagnante est… Saint-Emilion. S'il est une AOC synonyme de vin dans l'esprit des Français, c’est bien ce vignoble de la rive droite du Bordelais. A la question "Quelles sont tous les vins ou appellations de vins que vous connaissez, ne serait-ce que de nom, même si vous ne les avez jamais achetées ou consommées ?", 28% des sondés citent Saint-Emilion. Un score qu’aucune autre AOC n’atteint. Le panel était constitué de consommateurs de vin (hommes, femmes, 35 à 65 ans, catégories professionnelles supérieures). Vient ensuite Médoc (ou Haut-Médoc), Chablis, Chinon et Gewurztraminer.
Les tests de notoriété spontanée des régions confirment le net avantage bordelais : "Bordeaux" est cité par 72% des personnes interrogées contre 47% pour "Bourgogne", 42% pour les "Côtes du Rhône". Etrangement "Champagne" n'arrive qu'en cinquième position (34%) coiffé par... "Beaujolais". Le Champagne n’est sans doute pas considéré comme du vin pour nombre de consommateurs…

En matière de cépage les blancs trustent, étrangement, les places sur le podium (61% disent que leur vin préféré est rouge…) : le chardonnay (cépage des vins blancs de Bourgogne) arrive d'une courte tête devant le riesling alsacien et le sauvignon. Suivent le cabernet et le pinot noir (rouges).

Le classement des appellations bourguignonnes donne, dans l'ordre, Chablis, Pommard, Mâcon, Nuits-Saint-Georges, Bourgogne Aligoté et Côte de Beaune.

Des informations primordiales au vu des critères de choix guidant les achats : la région (86%), l’appellation (77%), le prix (70%), la couleur du vin (43%).

Les résultats de cette enquête mettent une nouvelle fois en évidence la nécessité de faire de la pédagogie. Un chiffre suffit à s’en convaincre : 9% des consommateurs ne savent pas qu’existent des vins de Bourgogne blancs. C’est tout de même la grande majorité de la production de la région…

 

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Il est grand mon vin ?

18 Décembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #AOC, #Grand cru

Bientôt les fêtes, l'heure de sortir les belles bouteilles... Mais au fait, un grand vin qu'est-ce que c'est ?

Atlas-Laure-Gasparotto.jpgNégliger trop longtemps les questions simples est une erreur. Elles nous ramènent immanquablement aux choses essentielles. Leur défaut : elles sonnent rarement à la porte au bon moment.  

Il était déjà pas loin de 23 h, ce 11 décembre dernier au Lycée Viticole de Beaune. Nous venions de débattre, des bienfaits et des errements des appellations d'origine contrôlée en Bourgogne. Une conférence proposée à l'occasion de la sortie de l'Atlas des vins de France de Laure Gasparotto (Editions De Monza, Le Monde), journaliste spécialisée. Discussion animée, parfois fastidieuse et laborieuse, qui a réuni Jean-Yves Bizot, Jacques-Frédéric Mugnier, respectivement vignerons à Vosne-Romanée et Chambolle-Musigny, Albéric Bichot, à la tête de la maison Bichot à Beaune. Et donc Laure Gasparotto. Nous profitions du mâchon auquel le Lycée viticole nous avait conviés après les échanges. Entre la poire et le fromage, Laure a lancé une question aux vignerons : "Pour vous, qu'est-ce qu'un grand vin ?"

Quelques phrases convenues pour toute réponse, l'heure tardive n'aidant pas, la question a vite été éludée. Trop vite. Son apparente simplicité comme passeport, elle est pourtant restée dans un coin de mon esprit de retour vers des lieux plus familiers.

Bien sûr, un grand vin, c'est une complexité aromatique exceptionnelle, une matière en bouche digne des plus belles étoffes, de la longueur. Un mélange de persistance d'arômes et de rémanence des saveurs bien après qu'il ait quitté le palais. Comme un entêtant souvenir.  On pourrait aussi disserter sur une indispensable capacité à vieillir harmonieusement. Le temps comme juge aussi impartial qu'intraitable.      

On pourrait aussi y ajouter une pincée d'histoire. A l'heure de l'avènement du vin culture, il est exaltant de pouvoir inscrire nos vies précaires, et nos sens, dans une épopée historique parfois millénaire.

Simples sensations, ou plaisirs de l'esprit, un grand vin ? Sans doute pas seulement. Et l'émotion dans tout ça ? Cette capacité à nous mettre en mouvement. C'est sans doute la lecture du livre de Franck Dubourdieu ("Du terroir à la guerre du goût". Editions Confluences) qui m'a apporté le plus de matière à réflexion sur ce point dernièrement. En défenseur des "vins classiques", Franck Dubourdieu voit dans le vin en résonance avec le naturel (son terroir) le reflet d'une harmonie qui nous rapprocherait d'un "esprit fédérateur dominant la diversité des éléments". Une grande bouteille rendrait palpables des réalités trop rarement perceptibles : l'essence de ce monde. L'esprit qui a présidé, et préside peut-être toujours, à la Création. "Comme une injonction du ciel, comme un ordre de dieu dont on ignorait la teneur", écrivait Marguerite Duras à propos d'une valse de Chopin. Pourquoi pas aussi d'un grand vin ? Le boire serait donc une forme d'expérience spirituelle.

Il est grand mon vin, quand il me donne l'envie de me mettre à sa hauteur… 

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Terroir, dis-moi ton nom...

1 Décembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #Climats au patrimoine de l'humanité

Le vignoble bourguignon foisonne de noms pour désigner ses terroirs, les fameux "Climats". Leur décryptage est un délicieux jeu de piste.

Carte climats bourgogne"Les Amoureuses" et "Les Beaux Bruns" se sont donnés rendez-vous à Chambolle-Musigny. On rencontre des "Madonnes" et des "Pucelles" à Ladoix-Serrigny ou Puligny-Montrachet. A Auxey-Duresses un sombre "Macabrée" a été vu. Mais attention "La Mort" rôde, elle aussi, à Ladoix. On préférera se rendre chez le pittoresque "Tonton Marcel" de Chassagne-Montrachet ou voir ce qui se cache "Derrière chez Edouard" à Saint-Aubin. Tantôt poétiques, imagés, étranges, les noms des "Climats" de Bourgogne sont évocateurs. Il suffit simplement de promener ses yeux sur une carte du vignoble pour se raconter une histoire. "Une des caractéristiques de la Bourgogne, c'est en effet le foisonnement des noms que l'usage collectif ou privé a données à des parcelles de terre soigneusement délimitées. Ils sont nés plus ou moins spontanément, à toutes les époques, de la nécessité où se sont trouvés les hommes de désigner les lieux", expose Marie-Hélène Landrieu-Lussigny dans l'Atlas des Climats et lieux-dits de Bourgogne paru le mois dernier (lire ici). Le plus étonnant est que certains d'entre eux, renvoyant à des périodes très lointaines, soient parvenus jusqu'à nos caves.

Encore faut-il les décrypter, savoir déjouer les fausses pistes... Prenons, par exemple, Corton. Ce grand cru de la Côte de Beaune devrait son nom à Otton le Grand, rois des Francs au 9e siècle. "Cort" est un mot gallo-romain signifiant "ferme, exploitation agricole". Le "Cort" d'Otton a fini par nous donner ce fameux corton. Il est d'ailleurs à noter que son nom est associé à celui de Charlemagne, un modèle politique d'Otton, pour les grands crus blancs de ce même secteur (Charlemagne y offrit des vignes à des chanoines de la région).

Par la même évolution, en moins aristocratique, le champ de Monsieur Bertin a donné Chambertin, fameux grand cru de Gevrey.

"La plupart des noms de lieux-dits remontent aux XIe, XIIe, XIIIe siècles au temps du grand essor démographique et de la croissance économique. Il fallait nommer les différentes parcelles que l'on allait cultiver pour pouvoir les repérer facilement et fixer les limites. A l'origine de tous ces noms de lieux nous retrouvons des mots celtiques, gaulois, latins ou germaniques…", précise Marie-Hélène Landrieu-Lussigny.

Quantités de références sont a recherché du côté des Eduens, peuple gaulois établis sur un territoire correspondant à la Bourgogne actuelle (Saône et Loire, Nièvre, Allier et une partie de la Côte-d'Or). Plus proche, l'essor du Christianisme et de ses abbayes en Bourgogne a marqué la carte de nombreuses références ecclésiastiques. Le fameux Clos de Vougeot est le plus célèbre.

Mais la base, en Bourgogne, reste la fréquentation assidue du terroir. Beaucoup de ces noms font ainsi référence aux caractéristiques des sols de la côte. En particulier, quand ils étaient caillouteux : Les Cras, Crais, Cailles, Caillerets, Lavières, etc. On les retrouve parfois sous des formes un peu moins évidentes à décrypter : les Dents de Chien (cailloux en forme de canine), Les Blanchots (quand le calcaire est bien pur), Les Casses têtes (il a fallu casser la tête de rochers pour planter), Les Ruchots (rochers), etc.

Et les Perrières, pensez-vous… Oui mais il s'agit plutôt d'anciennes carrières, comme pour le fameux premier cru de Meursault.

Ces noms renvoient aussi aux voies de communication qui traversaient la région. La Romanée (à Chassagne-Montrachet ou bien-sûr à Vosne-Romanée), fait très certainement référence à la proximité de voies romaines.

Les Boutières à Aloxe-Corton, Savigny-lès-Beaune, et plus au sud à Pouilly-Fuissé, évoquent des routes très anciennes empruntées par des muletiers. Les mulets y transportaient des boutes (des outres) destinées au commerce du vin. 

Dans tous les cas, ces noms participent à l'intelligence des lieux et témoignent d'un rapport singulier des hommes avec leur territoire.

 

 

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