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365 jours en Bourgogne

La légende du Montrachet : mythe et réalité...

28 Février 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #AOC

Montrachet, chevalier-montrachet, bâtard-montrachet, etc. Voici une légende, et son décryptage, sur ces grands crus mythiques de la Côte de Beaune. Tout un poème…

Montrachet.jpg Tout d'abord, dans la mesure du possible, munissez-vous d'une carte des vignobles de Chassagne et Puligny-Montrachet (grâce à cet ouvrage par exemple), deux villages de la Côte de Beaune. Des noms parfois étranges se bousculent. En premier lieu ceux des grands crus : montrachet, chevalier-montrachet, bâtard-montrachet, bienvenues-bâtard-montrachet, criots-bâtard-montrachet. Mais aussi celui d'un premier cru de Puligny (le Clos de la Pucelle). Cette légende brode une histoire qui percerait le mystère de leur origine à l'instar des épopées d'Homère et de Virgile sur Rome et la Grèce.
 
Voici donc la légende :
Au temps des Croisades, il y avait un Château sur la Colline de Montrachet. Le châtelain, avait envoyé son unique fils en Terre Sainte pour combattre. L'homme avait une jeune maîtresse qu’il retrouvait au «Clos de la Pucelle». Cette dernière eut un enfant. C'est ainsi que le fils parti en Croisade était nommé Chevalier-Montrachet, et l'enfant illégitime, Bâtard Montrachet. A l’annonce du décès en Terre Sainte du Chevalier Montrachet, le seigneur prit son fils illégitime comme successeur et  fût acclamé au son de « Bienvenue au bâtard Montrachet ! ». Pour compléter l’histoire, la rumeur veut que le châtelain, incommodé par les pleurs de son jeune fils, se soit écrié en patois bourguignon « a crio (il crie) l’Bâtard ». Après la destruction du Château, les vignes porteraient donc les noms de ces personnages, en souvenir de cette histoire.

 
Et voici l'éclairage qu'apporte François Dumas, maître de conférences de Linguistique à l’Université de Bourgogne, spécialiste en toponymie et français régional (lu dans "L'Echo des Climats") :
 
"Montrachet, le plus célèbre des « monts chauves », même s’il ne dépasse guère 300 mètres, est en fait un « mont pelé », comme atteint par la râche (ou teigne), métaphore régionale qu’il doit à sa végétation rabougrie. Ce qui n’empêche pas ses versants sublimes de produire le meilleur des vins blancs (cépage chardonnay), avec des grands crus mondialement reconnus partagés entre les villages de Puligny et de Chassagne. Montrachet est perçu comme « l’aîné » fondateur d’une lignée. Chevalier-Montrachet est une appellation qui renvoie à un système de valeurs féodales avant d’être un simple anthroponyme. Bâtard-Montrachet est une allusion probable à un encépagement mélangé en blanc et rouge pratiqué du Moyen-âge au XVIIIe siècle. Son extension Bienvenues-Bâtard-Montrachet rappelle la croissance réussie (« bien venue ») de nouvelles plantations. Cette représentation imagée, souvent exaltée par une pseudo-légende liée aux croisades, traduit avant la lettre le souci revendiqué d’une hiérarchisation des climats."
 
Nos appellations d'origine, moins imaginatives, n'ont donc pas inventé grand chose... 
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Ils ont sauté le pas !

8 Février 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio

Delphine et Sébastien Boisseau sont viticulteurs bio, certifiés depuis 6 ans. Pour continuer à cultiver leurs vignes selon leurs convictions, ils ont fait un choix radical et courageux…
 
La décision n'a pas été simple à prendre. Tourner la page à des années d'adhésion au système coopératif et investir lourdement. Vignerons dans le Mâconnais (Bray), Delphine et Sébastien Boisseau ont pourtant décidé d'aller jusqu'au bras de fer avec la direction de la cave coopérative qui achetait leurs raisins. Pour ce couple de jeunes vignerons, il n'était plus possible de consentir des efforts substantiels pour cultiver leurs vignes en bio et voir finalement leurs raisins vinifiés avec le reste de la production de la Cave. Ils demandaient que leur production (ainsi que celle de deux autres collègues dans le même cas) soit vinifiée à part et valorisée sous le label bio. Je les avais rencontrés au printemps 2011 (voir le film) à ce stade de leur réflexion (lire ici). De tergiversations en hésitations, la direction de la cave leur a finalement signifié qu'une valorisation de leur vin en bio ne serait pas possible avant 2017. "Je ne sais pas dire si cette réaction était davantage politique que financière", analyse Sébastien Boisseau. Quoi qu'il en soit, c'était le délai de trop pour les Boisseau.
 

Cette frilosité les a convaincus de quitter la cave. Un choix plus facile à vouloir qu'à réaliser. Prenant référence sur les statuts de la Cave, la direction leur a réclamé 70 000 € de pénalité. Il est de meilleurs encouragements pour débuter… D'autant que pour les deux jeunes vignerons se profilaient de lourds investissements. Les installations et le matériel pour vinifier eux-mêmes leur premier millésime restaient à faire naitre : cuverie, pressoirs, fûts, etc. Avec l'aide d'un juriste, ils ont réussi à négocier à la baisse leur "bon de sortie". Ils ont finalement vinifié leurs premiers vins en 2012*. Leurs bouteilles seront commercialisées à l'automne prochain.
Pour assurer de la trésorerie plus rapidement, les Boisseau ont vendu une partie de leurs raisins, et des moûts (jus de raisin), à des vignerons bios dont certains sont bien connus (Nicolas Maillet, Franz Chagnoleau, Vincent Dureuil-Janthial…). La qualité de leur travail a abouti à une valorisation de 30 à 50% supérieure à celle qu'ils obtenaient à la Cave !

La morale de l'histoire est à la fois enthousiasmante et navrante. Point positif, la Bourgogne va gagner une nouvelle référence : deux jeunes vignerons passionnés et hyper méticuleux dans leur culture de la vigne. Ils devraient sans tarder se faire un nom parmi les domaines recommandables du Mâconnais. Nous aurons l'occasion de goûter prochainement leurs vins et nous nous en ferons l'écho sur ce blog. Mais le constat est tout même peu reluisant : une structure coopérative de 1 100 hectares, avec les moyens que cela sous-entend, n'a pas saisi l'importance de promouvoir une viticulture labélisée bio. L'exemple de Sébastien et Delphine Boisseau aurait dû servir de levier pour faire évoluer les pratiques d'un plus grand nombre de coopérateurs. Il reste donc encore du chemin à la Bourgogne pour s'imposer comme une référence en matière de viticulture durable.
 
*Le domaine compte 9 hectares sur les appellations mâcon-bray, mâcon-villages, bourgogne rouge, bourgogne aligoté, crémant de Bourgogne.
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