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365 jours en Bourgogne

Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne (B)

24 Décembre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne

B comme Bouche.
La bouche est l’organe principal de la dégustation. Pardonnez-moi cette vérité de Lapalisse. Il me semble pourtant que l'évidence ne saute pas aux yeux de tous.

RétrolfactionCombien de photos de dégustation montrent un goûteur, profondément concentré, avec le nez dans son verre ? Ou perçant, d’un regard pénétré, le cristal tenu à bout de bras ? A l’inverse, bien peu d’images illustrent un dégustateur portant le vin en bouche.

Ces caricatures ne sont pas sans conséquences : pour beaucoup d’aspirants amateurs de vins, la dégustation est perçue essentiellement comme un (difficile) exercice de reconnaissance d’arômes. C’est une profonde méprise.
La perception en bouche est à la fois la conclusion et la finalité de la dégustation. Elle passe trop souvent par pertes et profits dans le discours œnophile d’un amateur. Imagine-t-on pourtant organiser une belle fête de mariage, convoquer les témoins, se dire oui devant le maire pour
finalement, le soir venu, faire chambre à part?

Un vin est aussi matière, texture, caresse ou morsure. Il se mâche, se croque, fait saliver et laisse une emprunte tactile. Bref, un vin se touche. En Bourgogne, on dit aussi qu’il se « taste » (se tâte). D’où le « Tastevin »…

Ce n’est pas une lubie personnelle (je ne suis pas fétichiste !). Dans beaucoup de concours de dégustation, de sélections de vin, les caractéristiques gustatives constituent l’essentielle de la note. A Bourgogne Aujourd’hui, le barème de notation attribue 11 points sur 20, pas moins, à la bouche (contre 6 à l’olfactif, le reste pour l’impression visuelle).

Le premier conseil à donner à un débutant en vin est donc de voir plus loin que le bout de son nez ! Avant de se lancer dans l’invisible jungle des arômes, il devra commencer par savoir ressentir, parler des saveurs et de leur équilibre. Car si le sens olfactif est très complexe, le goût est lui limité à quelques saveurs bien connues : sucré, salé, acide, amère (les japonais en ajoutent un cinquième : l’umami). C’est à la fois l’essentiel et la base.

Les vins de Bourgogne ont-ils un profil typique, distinctif, en bouche ? Question passionnante car c’est sans doute gustativement, plus qu’olfactivement à mon sens, que la notion de terroir, si chère à la Bourgogne, trouve sa pleine mesure. Sur un même terroir, d’un millésime à l’autre, on rencontre une trame, un profil, un équilibre répètitif. Ces caractères distincts d’une cuvée à l’autre ne peuvent être liés qu’aux vignobles d’origine. Entre la finesse et la fraicheur d’un Perrières à Meursault et le caractère enveloppant, riche et gourmand d’un Charmes, il y a un monde de nuance et pourtant ces deux premiers crus ne sont distants de quelques mètres.

On pourrait multiplier les exemples comme celui-ci. Le point de convergences gustatif en Bourgogne, pourrait s’appeler « élégance ». La qualité commune des grands bourgognes est d’être à la fois concentrés, puissants mais aussi de se montrer frais et précis en bouche.
Les blancs ont pour aptitude rares de se conclure bien souvent par une pointe rafraichissante de vivacité (acidité) et de minéralité.

Les rouges bourguignons sont rarement les plus riches en tannins (un grand bordeaux le sera davantage), mais là aussi le cépage pinot noir, planté dans un sol argilo-calcaire et sous le climat septentrional de la Bourgogne, donne naissance à des vins dont la subtilité suscite l’émotion.

Al Hotckin fondateur d’une importante entreprise de distribution de vins de Bourgogne aux Etats-Unis affirmait ceci : « Il est facile de faire un vin élégant ou un vin puissant, mais très difficile de trouver l’équilibre entre les deux. Les grands vins de Bourgogne possèdent cet équilibre. »* Et il n’y a qu’un palais un peu exercé pour en juger…

 

* Une expression populaire bourguignonne l'évoque poétiquement : "C'est le petit Jésus en culotte de velours qui vous coule dans la gorge".

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Grands crus à la parade

12 Décembre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Dégustation

Besoin de se mettre dans l’ambiance avant les fêtes ? Voici mon bilan de l’atelier Grands crus de Bourgogne  sous l’égide de Prodégustation, et co-animé par votre serviteur, dimanche dernier à Dijon.

Blancs
 

Chablis grand cru Vaudésir 2010 - Jean-Paul et Benoit Droin - 17 sur 20
La robe or vert, brillante, ne trahit aucun signe d’évolution. Le nez est franc, pur et s’ouvre sur des notes d’agrume à bonne maturité. La palette aromatique est citronnée, fraîche, voire florale. Ce vin respire la délicatesse et la complexité. A l’aération, il révèle un caractère davantage minéral.
En bouche, ce chablis impose une texture dense et grasse dès l'attaque. Une profondeur qui se confirme en milieu de bouche. La finale vive, salivante évoque l'amande et les agrumes. Le potentiel de garde est intact (10 ans encore). A déguster avec un beau poisson de mer (bar, turbot) ou des Saint-Jacques.
36 €


Corton-Charlemagne 2008 - Vincent Girardin 2008 - 18 sur 20
La robe, or-dorée à reflets jaunes, met en appétit. Le nez est expressif, sur de notes de fruits mûrs, de pâtisserie, de tilleul, pâte d'amande, une touche miellée et épicée. La bouche séduit d’entrée par sa densité et son harmonie. Elle se livre dans la générosité et la gourmandise. Une belle finale sur l'amande grillée conclut la dégustation. Un vin déjà agréable à boire aujourd’hui et qui se gardera encore 5 ans sans problème. Il passera à table avec une viande blanche (une volaille goûteuse ou du veau).
70 €

Bâtard-Montrachet 2009 -Fontaine-Gagnard 2009 - 16 sur 20
Un petit saut plus au sud, en côte de Beaune, pour se rendre sur les fameuses pentes du Montrachet (le mont chauve). Ce vin présente une robe dorée soutenue. Le nez est puissant, profond sur des notes fumées, grillées mais aussi fruitées (de la pêche bien mûre). Des notes beurrées, lactées se développent au deuxième nez. La bouche présente un bon équilibre, du fond (on pouvait s’attendre à davantage de puissance vu le millésime et le terroir). C’est surtout sa finale très longue sur la crème brulée, le vanillé (avec une touche de noix) qui impressionne davantage que sa largeur.

145 €

 

 

Rouges

 

 


Corton Clos du Roi - La Pousse d'Or 2006 - 15 sur 20
La robe est grenat, d’une intensité moyenne, avec des notes légèrement tuilées (signe d'évolution). Au nez, des arômes assez expressifs s’ouvrent sur le cuir, la griotte, le sous-bois. En bouche, les tannins sont très fondus patinés. Une belle impression de souplesse et de gourmandise se détache. La longueur est bonne sans être exceptionnelle. Un vin à boire avec un gibier fin (faisan, chevreuil).

80 €

 

Clos Vougeot - Domaine de Montille 2009 - 17 sur 20
La robe est plutôt profonde. Le nez s’ouvre spontanément sur des notes de cerise confite, de mûre, une touche épicée. Maturité mais aussi fraicheur et pureté sont au rendez-vous. A l’aération des notes de fruits noirs se font davantage ressentir avec une touche de champignon en plus. La bouche est ronde, puissante, les tannins montrent une pointe de fermeté. Ce clos vougeot nous fait croquer de la cerise à pleines dents. La finale est d’une superbe longueur. Un vin qui se gardera sans problème 5 années de plus. A boire avec une viande rouge.

160 €

 

Echezeaux 2008 - Domaine Lamarche - 15 sur 20

La robe, grenat, ne montre pas de signe d’évolution marqué. Les épices dominent au premier nez, notamment le clou de girofle (vin élevé à 60% en fût neuf), une touche de cuir frais s’affirme au fil de l’aération. La bouche se distingue par son élégance plus que par sa concentration. La texture est fine, aérienne, les tannins sont fondus. Une finale tonique et poivrée ferme la dégustation. Une pièce de boeuf l'accompagnera parfaitement.

155 €

 

Latricières-Chambertin 2007 – Domaine Jean et Jean-Louis Trapet - 13 sur 20
La robe tuilée témoigne d’une évolution avancée. Le nez est expressif, suave, sur des touches de cerise confite, de sous-bois et de champignon. Le deuxième nez confirme cette évolution marquée. Nous sommes clairement sur des notes tertiaires. La bouche est linéaire, sans grand relief. La finale est assez chaleureuse. Devrait être bu.

90 €

 

Clos Saint-Denis – 2004 - Domaine Bertagna - 14 sur 20
La robe est tuilée tout en gardant une bonne intensité colorante. Le nez s'exprime avec intensité sur la gentiane, le fruit noir compoté, avec un caractère déviant (champignon-pourriture) qui nuit à sa pureté. La bouche est chaleureuse. Elle surprend par son ampleur. Une texture qui laisse une belle impression au final. Le plaisir est au rendez-vous. Pour autant le caractère aromatique de ce millésime peu évident pénalise l’impression globale. A boire aujourd’hui avec un pavé de biche.

76 €

 

 

 

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Le palmarès des vignerons de l'année

5 Décembre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti

Bourgogne Aujourd’hui révèle son palmarès des Bourguignons de l’année 2013. Il couronne deux vignerons exceptionnels.

L’un n’est pas avare de mots. L’autre ne sort de sa discrétion que par phrases précises et concises. L’un excelle plutôt dans les rouges, l’autre produit des blancs superbes. L’un a parcouru le monde avant de revenir au berceau familial. L’autre a tissé de solides liens dans son village. Bruno Lorenzon (Mercurey) et Vincent Dureuil-Janthial (Rully), pourtant issus d’appellations voisines, sont deux vignerons aux personnalités et aux trajectoires bien distinctes. Elles se sont rejointes, pour notre plus grand plaisir, dans le nouveau Bourgogne Aujourd’hui.

Ils nous ont offert de bonnes tranches d’humour piquant : « Les Anglos-saxons m’ont appris qu’on pouvait vendre du vin avant même d’avoir planté des vignes… », s’est souvenu Bruno Lorenzon. « Nous ne sommes pas dans des appellations tiroir-caisse », a-t-il également souligné.

Des instants d’émotions aussi quand Vincent Dureuil-Janthial a évoqué le décès d’un de ses meilleurs amis viticulteur, trentenaire, des suites d’un cancer en 2004. « Un véritable choc » qui va le conduire à passer en viticulture bio l’année suivante.

Ils nous ont réservé un bon moment de dégustation à travers quelques millésimes, de 2004 à 2010, représentatifs de l’indéfectible exigence. Leurs vins figurent indéniablement parmi ce que la Bourgogne sait faire de mieux.

A découvrir également dans ce dossier : les nominés, nos vignerons espoirs et notre Top 10 des meilleures bouteilles de l’année.

Ce numéro est aussi consacré aux deux appellations stars de la Côte de Beaune en rouge : Volnay et Pommard. Ainsi qu’aux crus du Mâconnais : Pouilly-Fuissé, Saint-Véran, Viré-Clessé, etc. Nos sélections comptent un total de 300 bouteilles de 8 à 45 euros.

Un sommaire enrichi d’une dégustation verticale du chablis grand cru La Moutonne (Lire aussi ici). Et beaucoup d’autres articles sur les vins et l’art de vivre en Bourgogne…

 

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