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365 jours en Bourgogne

Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne (C)

24 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne

C comme Chardonnay. Si la Bourgogne est une terre bénie pour les amateurs de grands vins blancs, c’est en grande partie à lui qu’elle le doit.
Le Chardonnay est une bonne pâte. Ce cépage se plait aussi bien sur les pentes du vignoble de Chablis, à l’extrémité nord de la Bourgogne, que sur les pittoresques reliefs de Pouilly-Fuissé et autres crus du Mâconnais. C’est d’ailleurs de l’un de ces villages, aux confins du sud de la région, qu’il serait né : Chardonnay (192 habitants).
La plante retranscrit fidèlement le terroir. La minéralité cristalline à Chablis. L’opulence à Chassagne-Montrachet ou Meursault (Côte de Beaune). Il a été le summum avec les grands crus de la famille Montrachet.
Denis Dubourdieu, célèbre œnologue Bordelais lui rend régulièrement hommage : « J'ai découvert, au tout début des années 80, tout ce que le cépage chardonnay peut donner sur de grands terroirs calcaires à la limite nord de culture de ce cépage. Ces vins m'ont fasciné par leur richesse de goût, la profondeur et la complexité des arômes: des notes à la fois citronnées, mentholées, de noisettes fraîches, beurrées, etc. J'ai été marqué également par ce que j'appelle la "sucrosité sans sucre", cette capacité à être à la fois très frais, dense et en même temps suave. 

Pour ne rien gâcher, le Chardonnay est accommodant. Contrairement au pinot noir, pour les rouges, il supporte des rendements assez confortables. Il se marie aussi très bien avec le fût de chêne pour donner des arômes toastés, vanillés ou de fruits secs. Autant de raisons expliquant qu’un blanc de Bourgogne déçoit moins rarement qu’un rouge. Ce dernier réclame plus exigence au viticulteur et se montre plus sensible aux aléas du millésime.
On ne se s’étonnera donc pas que le Chardonnay ait pris une place prépondérante en Bourgogne. Il occupe presque 60% de la superficie du vignoble. On ne sera pas davantage surpris qu’il ait conquis de nombreux vignobles des nouveaux pays producteurs : Australie, Californie, Nouvelle-Zélande, etc. Le Chardonnay est un cépage « mainstream », la star internationale des blancs. 


Photo : Une caisse de Chardonnay en provenance de Pouilly-Fuissé (cuvée Françoise Poisard) aux Hospices de Beaune (vendanges 2013).

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Retour vers le futur !

14 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Grand cru

Les montants astronomiques des transactions dans les grands crus (voir ce billet sur le Clos des Lambrays) font les choux gras de la presse. Mais l'évolution de la Bourgogne "d'en bas" est bien différente. Et pas forcément moins inquiétante.

Le saviez-vous ? Une exploitation sur cinq a disparu en dix ans (-19%) en Bourgogne. Chiffre du dernier recensement agricole,  Michel Baldassini, président du Bureau interprofessionnel l’avait souligné dans l’indifférence quasi générale à l’automne dernier : « Beaucoup de vignerons atteignent l’âge de la retraite et une grande partie d’entre eux sont sans successeurs » a-t-il lancé. « 65% des exploitants de plus de 50 ans n’ont pas de repreneurs désignés en Bourgogne » confirme les statistiques du recensement. Les appellations régionales (l'entrée de gamme) sont évidemment  les principales touchées.

« Soit les exploitants n’ont pas d’héritiers, soit ces derniers ne souhaitent pas reprendre face à la difficulté d’un travail qui procure de faibles revenus », note Guillaume Pellenz, conseiller transmission à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Il est difficile d’installer des salariés viticoles sur ces vignes. « Vu le prix du foncier, l’aspect financier coince pour eux », poursuit Guillaume Pellenz.

Cette restructuration silencieuse a profité aux exploitations les plus grandes. Les domaines de plus de 10 hectares ont enregistré une hausse de 23% de leur surface de vignes entre 2000 et 2010. La taille moyenne des exploitations est passée de 5,4 hectares à 7,6 hectares. Le "small is beautiful" est de moins en moins en vogue en Bourgogne… Le sacro-saint lien entre l’exploitant et son terroir est soumis à rude épreuve et risque de se distendre. Une évolution qui a de quoi susciter l’inquiétude.

L’actualité bourguignonne percutant quelques projets personnels de long de terme, le hasard m’a conduit à me replonger dans un livre remarquable. Une thèse sur les fondements de la qualité des vins de Bourgogne écrite par Rolande Gadille. Je vous en cite l’étonnante conclusion :

"Des abîmes se sont creusés - et tendent plutôt à s'élargir - entre les revenus que l'on peut attendre des grands crus ou des meilleurs appellations communales, et ceux que procurent (...) les plus modestes appellations. Une chaine de réaction résulte : la plus grave se traduit par la désaffection des viticulteurs pour les appellations peu prisées, et du même coup par le recul de la viticulture dans la plupart des secteurs dépourvus d'appellations-villages (...). En fin de compte, cette longue évolution dans le sens d'une exigeante délimitation des crus de toute grandeur aboutit à l'abandon d'une bonne part de l'espace viticole, et à une organisation de type aristocratique, qui pourrait bien n'être pas sans inconvénient pour les meilleurs crus eux-mêmes, actuel gagnants du système.
En effet, l'exiguë Côte bourguignonne, face à l'élargissement de sa clientèle (grâce au progrès des niveaux de vie dans les pays en développement, et à la favorable conjoncture économique actuelle) parvient à peine à faire face à une demande qui se porte de préférence sur les crus et les appellations de plus haut renom, et de production très réduite. Cette situation n'est pas toujours favorables à une stricte application des grandes traditions viti-vinicoles. En outre, l'effacement progressif des appellations régionales (...) risque de réduire la viticulture de la Côte à un squelette de crus et d'appellations communales dont la production en quantité dérisoire, ne suffira plus à alimenter un marché de bonne envergure.
"

Rolande Gadille, Le vignoble de la Côte Bourguignonne. Publication de l'Université de Dijon.

Un texte écrit en... 1967 !

 

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Le patrimoine de l’humanité dans vos verres !

8 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti

Après le succès de la première édition, l’année dernière, A Portée de Vins, remet le couvert. Ou plutôt les verres...
Nous vous proposons de faire escale parmi 5 des vignobles inscrits au patrimoine mondial, verre en main. Cette dégustation se tiendra le 25 mai, à partir de 17h dans le magnifique cadre cistercien du Domaine du Clos de Tart (Morey-Saint-Denis).

Nous serons accompagnés de Myriam Laidet, animatrice du réseau Vitour (qui regroupe ces vignobles).
Au programme : des vins du Lavaux (Suisse), de Brunello di Montalcino (Toscane), du Douro (Portugal), de Pico (Acores), de la Vallée de la Loire… et de Bourgogne.

Les places sont gratuites mais limitées et les inscriptions obligatoires : info@climats-bourgogne.com



 


Tout le programme de la Semaine des Climats est à consulter en cliquant sur le logo ci-contre.

 

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Précoce ou surdoué ?

6 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti

Bourgogne Aujourd’hui 117 est paru. Le précoce millésime 2011 y est à l’honneur. L’occasion de revenir sur ces années qui bousculent le calendrier. A l’heure où, une nouvelle fois, les vignes ont entamé leur cycle tout feu tout flamme…

Un nouveau numéro de Bourgogne Aujourd’hui vient de paraitre. Il fait la part belle aux chablis premiers et grand crus pour les blancs et aux chambolle-musigny et morey-saint-denis pour les rouges (irancy est aussi au programme). L’occasion de poursuivre nos dégustations du millésime 2011 en bouteille.

A la fin août de cette année 2011, les vendangeurs étaient déjà sur le pied de guerre. Pour la troisième fois en moins d’une décennie en Bourgogne, la récolte débutait avant les premiers jours de septembre. Elle s’inscrit donc dans un cycle de millésimes précoces entamée spectaculairement en 2003.

Une promptitude à répétition qui a, bien-sûr, alimentée les spéculations sur les effets du changement climatique. En attendant de constater à plus long terme si cette précocité tend à devenir la norme, les vins hérités de ces années « en avance sur le calendrier » permettent de tirer quelques enseignements. Au vu des dégustations menées ces derniers mois pour établir nos sélections, 2011 constitue certainement l’année la plus aboutie de ce trio.

L’ainé, 2003, a donné des vins d’une puissance rarement atteinte. Des cuvées issues de raisins déshydratés (très petits rendements), d’une concentration exceptionnelle mais parfois d’une certaine lourdeur. On leur a reproché un manque de typicité bourguignonne (les cuvées qui vieillissent bien n’en sont pourtant pas si éloignées). Le cadet, 2007, a livré des vins friands, expressifs sur le plan aromatique, mais sans grande matière en bouche. Ils évoluent assez rapidement.

Le benjamin, 2011, a connu un été peu ensoleillé mais des rendements entamés naturellement lors de la floraison. Le retour de la chaleur la récolte approchant a permis d’atteindre de bons niveaux de maturité, sans excès, tout en préservant la subtilité du pinot noir. Sur ces terroirs de la Côte de Nuits, comme à Chambolle et Morey, ce fameux pinot a fait mouche.       

« Ces millésimes ne donnent pas du tout le même rendu dans les vins. Cela s’explique par des schémas de développement de la vigne très différents. En 2011, le printemps a été doux et précoce mais les fins de maturité n’ont pas été précipitées comme en 2003. Quand il s’agit de vendanger savoir attendre est plus facile que d’être obligé de courir !, souligne Alain Serveau, œnologue de la maison Bichot. Les 2011 ont aussi davantage de concentration que les 2007 ».

Années précoce ou non, l’effet millésime reste donc très marquée dans une région septentrionale comme la Bourgogne. Un charme que même le changement climatique ne semble pouvoir rompre… 

 

Ma notation sur ces millésimes :
 

2003 (le millésime inclassable et indestructible pour les meilleures cuvées) 

Rouges : 16 sur 20 (A boire ou à garder)

Blancs : 14 sur 20 (A boire)
 

2007 (Précoce mais pas surdoué...)

Rouges : 14,5 sur 20 (A boire)

Blancs : 13 sur 20 (A boire)
 

2011 (Le millésime Casanova)

Rouges : 17 sur 20 (A boire après carafage ou à garder)

Blancs : 16 sur 20 (A boire ou à garder)

 

A découvrir aussi dans Bourgogne Aujourd’hui 117, nos focus terroirs (en rapport avec les dégustations de sélection) sur le chablis grand cru Grenouilles, le Clos Saint-Denis et le fameux premier cru de Chambolle-Musigny Les Amoureuses.
A lire également : l’interview de José Vouillamoz, généticien de cépages (lire aussi ces deux articles 1 et 2), un dossier sur la tonnellerie, une enquête sur l’appétit des investisseurs pour le vignoble bourguignon et une échappée sur le Piémont...

 


 

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