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365 jours en Bourgogne

Dans la magie des Perrières

26 Mai 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Climats au patrimoine de l'humanité

Puissance sans exubérance, minéralité, longueur et capacité de vieillissement… Les Perrières est le fleuron des terroirs de Meursault. La semaine des Climats a été l'occasion d'en faire le constat, dégustation de 9 cuvées à l'appui.

La Côte viticole bourguignonne est certes le pays de la vigne. C'est aussi celui de la pierre. Les Perrières, à Meursault, en constituent une superbe illustration. Tant visuellement que gustativement. Le caillou y est partout. Sous nos yeux quand on s'y rend, dans nos verres quand on le déguste. Plus précis encore qu'une évocation minérale, le nom de ce climat renvoie à son exploitation : les carrières. Les nombreux fronts de taille encore visibles en rendent compte. Les pierres de la flèche de l'église de Meursault, par exemple, sont issues des Perrières.

Le musée du vin de Beaune a accueilli une quarantaine de dégustateurs, samedi dernier, pour une séance exceptionnelle d'A Portée de vins. En présence de deux viticulteurs du cru Jean-Marc Roulot (Domaine Roulot à Meursault) et François Bitouzet (Domaine Bitouzet-Prieur à Volnay). Et bien aidés dans nos tribulations par une carte parcellaire présentée à cette occasion*. Voici par le menu le compte rendu d'une matinée placée sous le signe du calcaire.

Château de Meursault 2012 - Perrières dessus (1 ha)
Longtemps le Château a assemblé ses Perrières avec ses Charmes (le premier cru situé de l'autre côté de la route plus bas). Depuis 2009, la cuvée est isolée. Le vin présente une robe soutenue, assez brillante. Le premier nez est expressif, sur des notes d'élevage plutôt marquées mais le boisé est fin. L'aération lui assure un surcroît de classe et de précision. La palette aromatique s'affirme sur un registre de fraîcheur, avec une tonalité d'agrumes. Les notes boisées s'estompent au fil du temps et des touches citronnées et minérales finissent par s'imposer. Un vin encore dans sa prime jeunesse. Mais qui laisse déjà percevoir de bonnes dispositions pour le vieillissement. Son ampleur en bouche est assez notable pour un Perrières-Dessus, secteur réputé plus longiligne que puissant.
 

Domaine Jean-Marc Roulot 2012 – Perrières Dessous (0,26 ha)

"La parcelle a été achetée par mes parents en 1976 et partagée avec le domaine Matrot. Pour un prix dérisoire à l'époque…, précise en introduction Jean-Marc Roulot. Le terroir des Perrières est toujours au rendez-vous. Il tourne comme une horloge tous les ans. C'est un terroir précoce. L'élevage est de 18 mois dont 12 mois de fûts et six mois en cuve inox".
La robe est d'une couleur moyennement soutenue. Le nez se tient sur la réserve (un peu de réduction fait remarquer Jean-Marc Roulot) avec des notes légèrement florales (chèvrefeuille). La minéralité semble très évidente sur ce vin. Le deuxième nez laisse percevoir une gamme aromatique d'une grande netteté, très précise, très droite. L'élevage sous bois est quasi imperceptible. Les notes minérales et florales vont crescendo.

La bouche très nette, fine, avec un rien d'austérité. Elle s'avère surtout infiniment longue sur un caractère de pierre à fusil rémanent. Un Perrières de caractère et d'élégance. De grande garde aussi.

Domaine Jacques Prieur 2011 – Perrières Dessous (0,27 ha)

Le vin se présente dans une robe assez soutenue. Le premier nez est plutôt expressif sur des notes de torréfaction, de fruits secs (amandes grillées, noisettes), avec un caractère légèrement beurré. sur ce millésime plus précoce que 2012,  la maturité du raisin est certainement plus poussée. A l'aération, le fruit adopte une petite pointe exotique, figuée et légèrement miellée. En bouche, le contraste est assez saisissant avec le Perrières précédent. Cette bouteille joue davantage sur la suavité, la rondeur, avec un bel élevage qui devrait se fondre avec le vieillissement.



 


Domaine Michel Bouzereau 2011 - Perrières-Dessous et Perrières-Dessus (0,41 ha)

La robe affirme une nuance dorée soutenue. Le premier nez est assez réservé. Une certaine délicatesse s'exprime, bien que la maturité du fruit, et une note légèrement vanillée, se fassent néanmoins sentir. A l'aération, un deuxième nez se met en place assez doucement (nuances de pomme, de pêche). Les arômes restenht relativement difficiles à cerner pour l'instant. En bouche, la matière est très consistante et tapisse le palais avec beaucoup de concentration et de rondeur. Une légère pointe d'acidité en finale lui assure de la fraîcheur. Ce vin apparaît encore un peu dissocié à ce stade avec le gras d'un côté et l'acidité de l'autre. Il montre une belle assise pour autant.





Domaine Comtes Lafon 2011 - Aux Perrières et deux parcelles de Perrières Dessous (0,91 ha)

La robe est parfaitement limpide d'une couleur peu soutenue. On retrouve des reflets verts. Premier nez bien ouvert, fin et délicat avec un caractère floral. Sa richesse est évidente dès la première approche. Le fruit sec se mélange à la minéralité. On retrouve la complexité du terroir des Perrières dans toute sa gamme. Le fruit (pêche fraîche) prend davantage d'espace à l'aération. Un nez d'une grande délicatesse et netteté.
En bouche, le qualificatif "harmonieux" est ici tout sauf galvaudé. Le vin se dévoile avec une grande cohérence dès l'attaque en bouche. Sa texture, très subtile, monte en puissance au fil de la dégustation. Une petite pointe de fraîcheur en finale lui assure de la longueur. La rétro-olfaction est persistante. D'une capacité de vieillissement indiscutable, cette cuvée déjà parfaitement en place offre beaucoup de plaisir dès maintenant.

Domaine Bitouzet-Prieur 2011 - Perrières-Dessous (0,27 ha)

"La parcelle a été replantée en 1983. Plus les années passent, mieux la vigne se porte. Nous n'avons jamais de mauvaise surprise en Perrières même si parfois l'austérité naturelle du vin implique davantage de temps pour atteindre le meilleur. L'élevage s'étale sur 11 à 12 mois en fûts, avec peu de bâtonnages, et quelques mois en cuve inox, 4 à 6  selon les millésimes", expose François Bitouzet.

La robe est limpide, bien brillante, d'une couleur assez soutenue. Au premier nez, les notes aromatique font leur chemin doucement, sur une dominante de fruits secs, de pâte d'amande. Une tonalité de raisin à bonne maturité mais sans exubérance. Le deuxième nez est un peu plus ouvert avec une montée en puissance régulière et gagne en fraîcheur.

En bouche, la matière se livre sur la pointe des pieds mais avec une certaine consistance ; la trame est minérale. Une structure qui demande à s'affirmer au vieillissement.

Domaine Bitouzet-Prieur Millésime 2007 (en magnum) – Même parcelle

François Bitouzet introduit cette cuvée en précisant que 2011 et 2007 étaient les millésimes les plus précoces qu'il ait connus jusqu'ici (il est revenu au domaine en 2005). "En 2007, les vendanges ont commencé tout début septembre. Les deux millésimes sont intéressants à comparer. Je prête une grande attention à la date des vendanges".

La robe est étonnamment jeune et ne présente aucun signe d'évolution notable. La couleur se montre aussi peu soutenue. Le premier nez dénote une belle profondeur, de l'intensité sur un caractère de pierre à fusil, un peu fumé. Une première approche assez monolithique. A l'aération, il s'ouvre sur un caractère iodé, marin, puis viennent des notes de fleurs blanches. En bouche, la texture commence nettement à se patiner. La minéralité s'est fondue dans la matière du vin. Un caractère miellé s'exprime. Le millésime n'était pas propice à la production de vin d'une ampleur notable, pour autant ce Perrières se montre très équilibré, harmonieux et net. Il semble parti pour une longue carrière, si on lui en laisse le temps…

Domaine Albert Grivault 2002 - Perrières Dessous (1,5 ha)

Potentiellement 2002 est un joli millésime tout en concentration et en équilibre. Malheureusement certaines cuvées sont victimes du phénomène d'oxydation prématuré. Rien de tel sur ce Perrières à la robe or-dorée brillante et d'une très belle profondeur. L'évolution a fait son œuvre mais rien d'alarmant. Le nez relativement expressif est puissant. Il livre des notes complexes, de fruits secs, d'agrumes confits. Une touche miellée délicate (acacia) s'ajoute à cette palette. A l'aération, des notes plus évoluées (coing, pomme au four) s'expriment. En bouche, la texture se montre ample, gourmande. Elle dégage une sensation de plénitude et de parfait équilibre. Un vin à boire maintenant avec un poisson de ligne, un poulet de Bresse, un fromage à pâte molle…

Domaine Albert Grivault – Clos des Perrières 2008 – (0,94 ha)

Pour avoir goûté quelques millésimes, parfois de plusieurs décennies d'âge, du Clos de Perrières, il m'a semblé d'expérience qu'il fallait réserver le Clos pour la fin (bien que d'un millésime plus récent que la cuvée précédente). Ce climat à part entière nous livre effectivement le vin le plus puissant, le plus profond aussi de cette série. Sa robe est encore très jeune, à peine dorée. Le premier nez est assez réservé. Il dévoile sa minéralité avec sobriété. Des notes légèrement grillées et une pointe végétale noble (feuilles de menthe froissées) lui assurent un caractère bien à lui. Le deuxième nez monte nettement en vigueur, sans que sa palette aromatique ne se fatigue. En bouche, c'est le vin le plus opulent dégusté lors de cette matinée. Densité, matière, grande longueur et minéralité sont au rendez-vous.

Conclusion : de l'interprétation des terroirs

Qui douterait que les Perrières n'est pas l'un des plus grands terroirs de blanc en Bourgogne ? Cette très belle série confortera ceux qui voient dans ce climat un grand cru potentiel. Le débat n'est pas nouveau et ne sera pas tranché avant quelques années… En revanche la dégustation n'a pas clairement mis en évidence de typicité propre aux différents lieux-dits de ce Climat. Bien que les Perrières-Dessus soient réputés pour donner les vins les plus stricts, tandis que les Perrières-Dessous produiraient les cuvées les plus puissantes. L'interprétation du terroir réalisée par le vinificateur reste une donnée importante en Bourgogne aussi. Le Perrières de Jean-Marc Roulot et celui du domaine Prieur, issus pourtant de parcelles proches (certes pas du même millésime) sont de profils bien distincts. Mais rien ne dit que ces deux vins ne se rejoindront pas avec le vieillissement... (Photo : le sol d'argile brun recouvert d'un cailloutis calcaire du Clos des Perrières)

La carte murale est disponible au prix de 19,90 € (format 80 cm x 60 cm).  Possibilité d'expédition par voie postale. Livraison sur Beaune. Sur demande : l.gotti@aportee-de-vins.com

Carte Meursault premier cru Perrières

Carte Meursault premier cru Perrières

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"6 semaines pour convaincre"

16 Mai 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Climats au patrimoine de l'humanité

Suite à l'avis de renvoi des experts de l'Unesco (lire ici) voici la réaction d'Aubert de Villaine et Guillaume d'Angerville, présidents de l'association pour le classement de Climats de Bourgogne au patrimoine mondial de l'humanité.

Il s concluent ainsi leur analyse de la situation : "Nous disposons de 6 semaines pour convaincre et expliquer. Tous nos efforts désormais vont porter, en collaboration avec l'ambassadeur de France, vers les réponses à fournir aux recommandations d'Icomos (ndlr : le cabinet d'expertise)".
Ils évoquent également "un rapport d’expertise très positif, validant la Valeur Universelle Exceptionnelle des Climats du vignoble de Bourgogne ainsi que le périmètre, les conditions d’intégrité et d’authenticité et la qualité du plan de gestion." (...)
"L’avis de renvoi est un avis consultatif et non une décision, laquelle appartient aux 21 Etats membres du Comité du Patrimoine mondial qui voteront en juillet 2015. Ces remarques contenues dans l’avis de renvoi ne sont pas de nature à remettre en cause l’inscription finale, que ce soit cette année ou à moyen terme. (...)

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Les Climats de Bourgogne renvoyés !

15 Mai 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Climats au patrimoine de l'humanité

Toute la semaine, la Bourgogne a vécu dans l'attente fébrile de l'avis des experts mandatés par l'Unesco. C'est un renvoi ! Une mauvaise nouvelle ? Oui, mais les espoirs d'un classement au patrimoine mondial de l'humanité, fin juin, ne sont pas anéantis pour autant.

Les oiseaux de mauvais augures avaient malheureusement raison. Les quelques échos, pas tout à fait optimistes, de personnalités proches du dossier, entendus cette semaine étaient donc fondés... Les Climats de Bourgogne n'ont pas obtenu l'adhésion pleine et entière des experts chargés de rendre un avis. C'est un renvoi. Selon ces derniers, le projet doit être revu ou complété,  et représenté dans les 3 ans.
L'un de ces experts s'est rendu en septembre dernier sur le terrain. D'autres ont examiné de près les dossiers scientifique et de gestion du site préparés de longue date. Une série de question du cabinet adressé à l'association durant l'hiver a donné lieu à des réponses copieusement argumentées : une centaine de pages !
A travers ces questions se dessinaient les handicaps de la candidature bourguignonne. "Les experts font remarquer que le périmètre est grand. Il faut expliquer la cohérence, ce rapport entre l'espace urbain et rural, entre des terroirs et toute l'histoire qu'il y a derrière. Le patrimoine naturel et le bâti. C'est le cas de beaucoup de dossiers, leur faiblesse est inhérente à leur complexité. Pourquoi ce site-là et pas un autre ?", exposait Philippe Lalliot, ambassadeur de France à l'Unesco, dans une interview qu'il nous accordait il y a quelques semaines. Lire la totalité de l'entretien.

Après huit ans de travail acharné, les initiateurs du projet attendaient mieux. Le ciel ne leur est pas tombé sur la tête pour autant. Un différé (projet à revoir en grande partie), ou pire, un refus, auraient été un véritable coup d'arrêt. La course à l'inscription dès cette année n'est pas perdue. L'avis du cabinet est consultatif seulement.
Il revient aux ambassadeurs des 21 pays membres du comité de l'Unesco de prononcer le verdict final, entre le 28 juin et le 8 juillet à Bonn (Allemagne). Et Philippe Lalliot s'est bien démené pour promouvoir le dossier auprès de ses collègues. Ces derniers sont peut-être déjà conquis !
En attendant, cette semaine le Chambertin Clos de Bèze (photo), considéré comme le doyen des clos de Bourgogne, paraissait serein et exhalait des senteurs d'iris. Du haut de ses presque 1 400 printemps, il en a vu bien d'autres...

 

La réaction d'Aubert de Villaine et Guillaume d'Angerville, présidents de l'association. C'est ici.

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Meursault Perrières : dans la magie d’un grand terroir

5 Mai 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation

Dans le cadre de la semaine des Climats, A Portée de vins et le Musée du vin de Beaune, vous proposent une promenade gustative, le 23 mai, dans la magie des meursault Perrières.

Il y a l’infiniment grand et l’infiniment précis. Lors des deux premières premières éditions de la Semaine des Climats, A Portée de Vins a transporté une soixantaine d'amateurs à la découverte de vignobles inscrits au patrimoine mondial de l'humanité : Toscane, Douro, Açores, Lavaux, Loire. Cette année, nous nous pencherons sur la diversité des terroirs bourguignons. Avec un cas d’école en fil conducteur : le premier cru de Meursault Les Perrières. Une promenade gustative à la découverte de la savoureuse complexité d'un terroir exceptionnel. Sur un peu plus de 13 hectares, ce climat considéré comme la perle de la capitale des vins blancs de Bourgogne, compte 4 lieux dits différents et une trentaine d'exploitants.

Une analyse comparative permettra de découvrir toutes les nuances des vins de producteurs différents. Avec un éclairage sur la géologie de ces terroirs.

Nous serons aidés dans nos déplacements par une carte spécialement réalisée et présentée pour la première fois. Basée sur le cadastre, elle répertorie les parcelles exploitées par les différents producteurs.

Cet événement se tient également dans le cadre de l’exposition "Vignes et vins en Bourgogne, La diversité de la Bourgogne vitivinicole : quelle histoire, quel avenir ?" du 22 mai au 11 octobre 2015.

La dégustation est gratuite, sur inscription obligatoire au 03.80.24.56.92 ou 03.80.22.08.19. Limitée à 35 personnes.




Date : 23 mai, 10h30
Lieu : Musée du Vin de Bourgogne
Hôtel des Ducs
Rue Paradis / Rue d’Enfer
Beaune

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