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365 jours en Bourgogne

Aux racines de la "bourgognitude"

16 Décembre 2010 , Rédigé par Laurent Gotti

Le mot n'est pas très beau. Mais avec ses confréries, son goût pour la bonne chair et ses chefs d'œuvres d'architecture encore debout, la "bourgognitude" est toujours vive.

 

L'année 2010 a été marquée par un marécageux débat sur l'identité nationale*. Un argument pourtant frappé du coin du bon sens, a brillé par son absence au cours des échanges : l'identité française est surtout une mosaïque d'identités provinciales. La France jacobine l'oublie un peu vite…

D’où la question : qu'est ce qu'être Bourguignon ? Qu'est-ce qui fait l'ADN de la Bourgogne ?

Pour faire simple se dégage un triptyque pour évoquer la région : les joyeuses confréries, des hommes qui aiment la bonne chair et les bonnes bouteilles ("The art of good living" disent les anglais) et bien-sûr les toits flamboyants des Hospices de Beaune.

Vœu du faisanLes fameuses "Trois glorieuses" de novembre : Chapitre de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, vente des Hospices de Beaune et Paulée de Meursault témoignent chaque année de la vivacité de ce folklore régional.

Un retour aux racines de chacun de ces piliers de la "bourgognitude" a de quoi surprendre. Il renvoie irrémédiablement à la même, et courte, époque : celle de l'heure de gloire du duché de Bourgogne sous Philippe Le Bon (1396 - 1467).

Sous son règne, "l'enseigne" de la Bourgogne, les Hospices de Beaune ont été édifiés (à partir de 1443) par le chancelier Nicolas Rolin.

Les confréries empruntent largement à l'imagerie médiévale chevaleresque. Celle-là même que Philippe Le Bon avait exaltée en créant l'Ordre de la Toison d'or (1430) pour réunir autour de lui ses meilleurs chevaliers et resserrer ses liens avec la noblesse de la région. Les fondateurs des Chevaliers du Tastevin ont renoué, à leur manière, avec la belle idée du Duc en 1934.  

Enfin, pour ce qui est de l'image du Bourguignon aimant la bonne chair, un nom : le banquet du Vœu du faisan (1454). Un événement, initié par le même Philippe Le Bon, resté dans les annales comme l'un des festins les plus incroyables du Moyen-Age. Trois jours de divertissements, de vin qui coule à flot, avec profusion de mets, agrémentés des épices les plus précieuses. Le banquet était animé d'intermèdes de théâtre, d'acrobaties, de chants, de musique spécialement composée. Ces agapes ont laissé des traces dans l'imaginaire de l'époque, et bien après...

Seulement quatorze petites années séparent ces événements. Ceux là même qui ont jeté les bases de l'identité bourguignonne contemporaine. Ils expliquent pourquoi ce fameux week-end de la vente des vins des Hospices de Beaune et ses "Trois glorieuses" est vécu comme une véritable fête nationale. Et s'il fallait chercher un père de la nation, la figure de Philippe III de Bourgogne s'imposerait d'elle-même. Nous sommes ses joyeux enfants de la Bourgogne !

 

* L'un de mes slogans préféré est : "Il y a trop d'étrangers dans le monde !".

 

Illustration : Peinture Le Voeu du faisan (Anonyme), XVIe siècle. Rijksmuseum Amsterdam. 

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