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365 jours en Bourgogne

Bordeaux - Bourgogne : décryptage d'une (fausse) géguerre

19 Avril 2010 , Rédigé par Laurent Gotti

"Bordeaux - Bourgogne. La grande guerre du vin français". Un article sur Slate.com remet sur la table la fameuse rivalité Bourguigno-Bordelaise. Un débat éculé qui ne mène pas bien loin. A moins qu'on ne débouche les bouteilles…

Capture Bordeaux - BourgogneDiable ! Le monde du vin serait en guerre. "A great wine world fight", si l'on en croit l'article de Mike Steinberger sur Slate.com (lire ici en anglais ou en français). Ce journaliste américain a le mérite de choisir son camp dès le titre : "I'm a Burgundy man". C'est flatteur pour le vignoble dans lequel je vis et dont je suis passionné. Une nouvelle preuve que la Bourgogne jouit d'une aura incomparable dans le monde du vin. Il est bien le vignoble qui a le vent dans les voiles depuis déjà quelques années. Je ne suis pas toujours persuadé que les Bourguignons aient toujours conscience de cette chance. Et des responsabilités qui vont avec. Les réflexions entendues ici ou là sur le projet de classement de leur vignoble au patrimoine mondial de l'humanité (lire ici) me laisse parfois pantois.

Qu'apprend-t-on dans l'article de Mike Steinberger ? A vrai dire rien de bien nouveau. Il oppose l'esprit commercial des Bordelais (leur obsession pour les prix, les notes des critiques) et à l'approche paysanne des Bourguignons. Pour ces derniers une bouteille de vin est avant tout un breuvage et non pas un objet de spéculation. "Les Bordelais ont décidé de classer leurs vins par ordre de prix; les Bourguignons, eux, l'ont fait en fonction du terroir", précise l'article.

Oui, tout ceci n'est n'évidemment pas dénué de fondements. En temps de crises financières aigues, ces arguments portent davantage encore. Les réalités décrites par Mike Steinberger sont parfaitement perceptibles pour qui a participé à la folle semaine de dégustation des primeurs à Bordeaux (ah ! la fameuse note R. Parker). Avec un bémol toutefois. Et il est de taille. Cette réflexion n'est valable que pour une partie assez congrue, la plus haut de gamme bien-sûr, du vignoble bordelais (cinq fois plus vaste que la Bourgogne, rappelons-le…).

L'article est surtitré : "Why I'll always prefer Burgundy to Bordeaux ". Ce n'est évidemment pas la première fois que quelqu'un proclame sa préférence pour tel ou tel vignoble. Mais ce type de prise de position définitive me surprend toujours. Particulièrement venant de personnes qui suivent de près le monde du vin. Je n'ai jamais rencontré d'amateur qui m'ait dit : "De tout façon je ne bois jamais de Bordeaux". Et inversement. Même si le cœur de ces personnes penche vers l'un ou l'autre des vignobles pour des questions affectives, financières ou même idéologiques. Le plaisir du dégustateur n'est il pas dans la découverte, l'ouverture à d'autres saveurs ? En bref, dans le dépassement de ses frontières ?  

Pour ma part, cela me renvoie aux règles d'or que m'a enseignées la pratique régulière de la dégustation : 

- Goûter sans a priori.

- Conclure sans généraliser.

Et puis cette sentence enferme de nombreux viticulteurs bordelais dans des réalités bien éloignées de leur quotidien. L'article a suscité de nombreux commentaires. Dont celui-ci : "Lorsque vous visitez Bordeaux, ne vous cantonnez pas aux châteaux les plus célèbres et goutez des vins dans les Côtes de Bordeaux ou dans l'Entre-deux mers et je vous promets que trouverez de grands vins abordables et de vraies personnes avec qui discuter". Cent fois d'accord.

Je laisserai le mot de la fin au fameux gastronome Brillat-Savarin (1755-1826). A son époque déjà le sujet faisait le "buzz"… Voici sa réponse lorsque lui demandait de trancher : "C'est un procès dont j'ai tant de plaisir à consulter les pièces que j'ajourne toujours à huitaine l'énonciation de l'arrêt". Je propose donc que l'audience soit ajournée.

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