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365 jours en Bourgogne

Bourgogne Aujourd'hui : 100e ! (suite)

12 Juin 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation

Coup d'œil dans le rétro, la suite (lire la première partie), pour faire honneur à la sortie du centième numéro de Bourgogne Aujourd'hui

DSC04948Près de onze années passées à la rédaction Bourgogne Aujourd’hui, c’est aussi s’immerger dans le monde vigneron, ses grandeurs et petits secrets…

Il m’en reste l’envie de détourner l'aphorisme de Raymond Devos : "Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter". Le vin est aussi une de ces choses trop futiles pour être prise à la légère. Même ses agréments, si peu nécessaires à nos existences avant de les avoir rencontrés, sont le fruit d’un méticuleux et rigoureux labeur.

C'est finalement la grande leçon de ces 64 numéros passés à rencontrer des vignerons et à comprendre leurs vins. A l'origine d'une grande bouteille, il y a préalablement et nécessairement une volonté humaine. Une volonté tenace, exprimée à une échelle de temps qui n'est plus tout à fait celle de notre époque. Philippe de Rothschild a remarquablement résumé ce propos en deux phrases : "Faire un grand vin c'est facile. Seuls les premiers siècles sont un peu compliqués".

Certains affirment que donner naissance à un vin est une affaire de poète… Non, je ne peux définitivement pas adhérer à cette vision romantique, même si la dimension sensible de l'exercice est loin d'être négligeable. Déguster une grande bouteille n'est jamais le fruit unique d'une grâce divine, un cadeau bien emballé de Dame Nature ou la surprise d'avoir tiré le gros lot à un concours de circonstances. J'aurais de dizaine d'exemples de vignerons qui par leur travail quotidien, leurs peaux burinées, leurs dos douloureux, ou encore leur stress à l'écoute des prévisions météo, incarnent les réalités tourmentées de l'accouchement d'un belle cuvée. Et parfois même d’une mauvaise… Car cette débauche d'énergie ne garantit même pas le succès. Il suffit que l'une ou l'autre des circonstances aient été inflexiblement cruelles pour que l’édifice patiemment construit perde l’équilibre. C'est sans doute pour cela que la plupart des grands vignerons sont d'une grande modestie.

Quelques noms, en toute subjectivité et sans exhaustivité. Je pense à la sobriété de Vincent Dureuil-Janthial (Rully) ou de Jean-Hugues Goisot (Saint-Bris-le-Vineux). Ou encore à l'impressionnant sens de la responsabilité affirmé par Cyprien Arlaud et Virgile Lignier (BA87). Deux jeunes vignerons de Morey-Saint-Denis dotés d'une formidable conscience d'avoir entre leurs mains un patrimoine inestimable, hérité des enseignements d’une longue histoire (les quelques siècles compliqués…).

Et quand certains de ces vignerons sont dotés d'un sens inné pour faire partager leur métier, le bonheur n'est jamais loin. Citons Michel Ecard (Savigny-lès-Beaune) avec lequel j'ai pu vous faire partager quelques moments sur ce blog. Roland Masse, régisseur des Hospices de Beaune, sa disponibilité et ses éclairages techniques lors de fréquents passages à la cuverie pendant les vendanges.

Les grands vignerons sont modestes car leur travail ne s’accomplit pleinement que par l’effacement. Ils le savent : au bout de leur acharnement à offrir à leurs vignes les meilleures conditions pour s’exprimer, une fois les raisins récoltés, il leur faut se déprendre d’un penchant, bien compréhensible, à vouloir marquer le vin de leur empreinte. Seulement, en la matière, l’erreur serait de vouloir prouver une vaine maestria. Combien de vignerons ou de vinificateurs assurent que le secret de leurs années d’expérience est de savoir… ne rien faire. Je me remémore notamment une réflexion de Jacques-Frédéric Mugnier (Chambolle-Musigny) révelant que son millésime le plus réussi (1985) était aussi son premier. Il venait précipitamment de reprendre le domaine familial et n’avait alors aucune formation œnologique…

Rien ne remplace le brio d’un terroir à qui l'on a finalement lâché la bride. Qu’on le veuille on non, c’est lui qui a le dernier mot en Bourgogne. Quand il parle, un langage à nul autre pareil se fait entendre. Quand il est muselé, ou parasité, un silence assourdissant s’installe.

Aphones ou loquaces, 64 numéros de Bourgogne Aujourd'hui, ce sont bien-sûr d'innombrables bouteilles dégustées.

Difficile de ne pas évoquer les inoubliables meursault-Charmes 1846 ou beaune Vignes de l'Enfant Jésus 1865 dégustés à la maison Bouchard Père et Fils en 2006. Fabuleuse jeunesse de vins qui ont connu trois siècles différents. Nous goûtions ce soir de novembre, dans l'orangerie du Château de Beaune, des vins élaborés par des vignerons qui s'éclairaient à la bougie. Leurs connaissances oenologiques se limitaient à bien peu. La science (Louis Pasteur) commençait tout juste, à mettre en évidence le rôle des levures sur la fermentation…

 

Suite et fin la semaine prochaine.

 

    

Photo : Au pied de la roche de Solutré en Automne. Des vignes laborieusement conduites.

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