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365 jours en Bourgogne

Bourgogne, tes vignes foutent le camp !

24 Juillet 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

La multiplication des achats de vignes par des investisseurs étrangers suscite de fortes inquiétudes chez les vignerons bourguignons. Certains tirent le signal d'alarme.

Vigne à vendreLes jeux sont faits. Rien ne va plus... C'est un ressortissant de Macao qui rafle la mise : deux hectares de vignes sur Gevrey-Chambertin et un monument historique bourguignon, ouvrage inestimable du XIIe siècle. L'homme a fait fortune dans les jeux, on s'en serait douté... La nouvelle n'a pas manqué d'en froisser plus d'un.

"Notre vignoble est en train de foutre le camp. Il est temps de pousser un cri d'alarme", Jean-Michel Guillon, vigneron à Gevrey-Chambertin et président de l'organisme de gestion de l'AOC, est de ceux-là. En six mois, deux domaines emblématiques de cette appellation de la Côte de Nuits sont passés dans les mains d'investisseurs étrangers. Le domaine Maume (cinq hectares) a été repris par un homme d'affaires canadien au printemps dernier. Et donc dernièrement, le Château de Gevrey et son vignoble.

Pendant ce temps en Côte de Beaune, une autre partie du  joyau du patrimoine bourguignon changeait de main. François Pinault, homme d'affaires français prenait notamment possession d'une ouvrée de Montrachet. Le montant déboursé avoisinerait le million d'euros, soit un prix à l'hectare de 24 millions. Tout simplement inimaginable il y a encore peu, cette somme constitue un nouveau record.

Les réactions épidermiques des producteurs se sont logiquement multipliées ces dernières semaines. L'époque où la Bourgogne était un vignoble exploité par des familles vigneronnes enracinées dans un terroir cultivé, et transmis, comme un précieux patrimoine s'achève-t-elle ? Sur les terroirs les plus prestigieux la question est bel et bien posée (lire aussi ce billet).

"Bordeaux est souvent critiqué parce que les châteaux appartiennent à des investisseurs qui réalisent un placement. En Bourgogne on va tout droit vers cette même situation. Le vigneron devient le grouillot de service", poursuit Jean-Michel Guillon. Ce dernier et quelques-uns de ces collègues du village ne sont pas restés les bras croisés. Avant le dénouement, ils se sont groupés pour faire une offre aux vendeurs. Ils ont proposé 5 millions. "Une somme déjà déraisonnable". Peine perdue. L'acheteur a surenchéri avec quelques millions d'euros de plus… "Pour ces personnes, sortir cette somme, c'est pour vous et moi tirer un billet de 100 euros de sa poche", s'indigne Jean-Michel Guillon.

Car ce phénomène d'inflation du foncier risque de nourrir les tentations de vente ou même les rendre inévitables. A ce niveau de valorisation des vignes, les transmissions aux générations suivantes, dans un cadre familial, deviennent de plus en plus délicates. Les organisations professionnelles se sont saisies du sujet et planchent sur les moyens d'écarter le péril.

A un moment où les recherches sur les spécificités des vins de Bourgogne soulignent, plus que jamais, l'importance du savoir-faire humain et le phénomène culturel localisé qui a concouru à l'émergence d'une viticulture de terroirs unique en son genre, il est difficile de ne pas imaginer que la multiplication de ces changements de mains n'influera pas en profondeur sur le futur de la Bourgogne. Il faudra sans doute une bonne dose d'imagination et de courage aux responsables de la région pour y faire face. 

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