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365 jours en Bourgogne

De l'art délicat de la nuance par Michel Rolland

6 Avril 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #polémique

La vengeance est-elle un vin qui se bonifie avec les années ? Dans un livre, Michel Rolland, oenologue bordelais épinglé dans Mondovino, a décidé de rendre les coups. Pas toujours en finesse.

Vous vous souvenez de Michel Rolland ? L'œnologue barbu au rire sonore et au regard madré du film Mondovino. Celui qui répétait à ses clients "micro-oxygénez !" assis à l'arrière de sa berline, téléphone à la main et cigarillo entre les doigts. Il vient de sortir ses mémoires. Evidement, il règle ses comptes avec le réalisateur de Mondovino (2004), Jonathan Nossiter, accusé de l'avoir rendu maléfique par péché de manichéisme. Non, il n'est pas le grand manitou du goût, arrogant et mégalo, que le film semble dépeindre.

On l'aura compris, davantage que de nous faire profiter de ses mémoires, le dessein de Michel Rolland est de rendre les coups. Il consacre de longues pages à dézinguer Nossiter ce "justicier", "intellocrate", "pondeur de clichés"… pour finalement nous affirmer qu'il n'y a plus aujourd'hui âmes bien pensantes pour s'intéresser à lui ou à ses films. "D'ailleurs dans le milieu du vin plus personne ne parle de lui" (p.133). Si Rolland voulait nous démontrer par là sa clairvoyance et son absence de présomption, c'est raté ! Le très récent article sur Mondovino dans Decanter (influente publication anglaise) vient le contredire sèchement.
 

 

L'œnologue volant, comme on l'a souvent caractérisé, assume en tout cas l'une de ces "infirmités" (je reprends un terme du livre). L'ouvrage est titré "Le Gourou du vin". Il lui sera difficile de renier un penchant certain pour la provoc, pour ne pas dire le cynisme. Mais le comble du paradoxe dans cette histoire, c'est que notre homme justifie ses mises au point par un devoir de mettre de la nuance là où tout ne serait qu'amalgames et simplifications. Rolland veut prendre le large, "oxygéner le débat"…

Le lecteur appréciera la leçon de subtilité et de refus des stéréotypes en quelques phrases. Sur Mondovino comme sur le reste. Son génie est brimé par trop de réglementations "terroiristes" ? "Intelligence et administration, une cohabitation difficile. Et c'est chose regrettable, car il y aurait tant à accomplir dans notre beau pays de France." (p.94) Tout un programme !

La finesse de son analyse est aussi peu évidente lorsqu'il parle des évolutions culturales dans les vignes. "S'il est vrai que des excès ont été commis, aujourd'hui nous n'en déplorons plus. Une large majorité d'agriculteurs pratiquent une lutte raisonnée qui, sans être bio, protège l'environnement et les hommes" (p.141). Si seulement Rolland pouvait dire vrai ! Ce n'est pourtant pas ce que les récentes controverses sur les pesticides dans l'eau, dans un quotidien qu'il connaît bien, semblent indiquer… (lire ici)

L'art de la nuance selon Michel Rolland révèle toute sa grandeur lorsqu'il évoque les journalistes. Selon lui, interroger un producteur du Médoc sur ce qu'il pense des critiques viticoles revient à "demander aux réverbères ce qu'ils pensent des chiens..." Notre œnologue dresse même une liste des bons critiques viticoles (p.143), après avoir largement distribué les mauvais points (Jacques Dupont et Périco Légasse sont envoyés au coin). Il suggère même d'organiser une "dégustation" de tous les chroniqueurs viticoles !

Bonne idée ! C'est ce que font, je l'espère, tous les lecteurs ouvrant leurs journaux préférés. Un journaliste n'a de compte à rendre qu'à eux. C'est là d'ailleurs la garantie de son indépendance. Michel Rolland ne précise malheureusement pas quels seraient ses critères de notations pour "son horizontale des plus fins experts". J'ai ma petite idée sur le sujet. Mais je préfère la garder pour moi, je risquerais de manquer de subtilité… 

Donc pour prendre une leçon de réflexion nuancée et oxygénée, c'est 19,99 € aux éditions Glénat (Michel Rolland - Le Gourou du vin).

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