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365 jours en Bourgogne

La Guerre des Mondes

28 Septembre 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Dégustation

Depuis une vingtaine d'années la planète vin est divisée en deux : le nouveau monde et l'ancien. Un film parodique illustre la fracture entre ces deux conceptions. Mieux vaut en rire...

"La Chute" a fait l'objet de nombreux détournements. La version originale de ce film réalisé par Olivier Hirschbiegel (2004) relate les douze derniers jours d'Hitler acculé dans son bunker de Berlin. Une parodie mise en ligne le 17 septembre dernier, la transforme en crépuscule d'un domaine culte en Californie. "Downfall of a cult winery", c'est son titre.

Le drame se joue ici autour du gourou Robert Parker. Il ne traitera plus les vins de Californie (ce point n'est pas fictionnel : Parker en a fait l'annonce en février dernier) laissant l'un de ses collaborateurs œuvrer. Grosse colère du chef de la winery qui a tout misé pour séduire le critique américain et avoir une bonne note dans le Wine Advocate. Il refuse de faire évoluer ses vins vers un style plus européen. Le trait est bien-sûr caricatural et humoristique. Il a tout de même son intérêt pédagogique : il met en évidence les lignes de partage entre nouveaux pays producteurs et anciens. Un caractère "bodybuildé" est souvent attribué aux vins du nouveau monde : la suavité et la rondeur étant davantage appréciées des néo-consommateurs (et encouragées par Parker). "Mur, riche, alcoolique, boisé", explique en substance le film. Le style européen lui est donné pour être plus en finesse et élégance, le sous-titre parle de minéralité et d'acidité. Le Führer pourfend le "Cab Franc" (pour Cabernet-Franc) cépage qui donne des vins généralement peu riches en tannins et d'une acidité assez élevée (chinon, bourgueil, saumur-champigny, et beaucoup de châteaux bordelais en assemblage avec d'autres cépages, etc.).

 

 

Finalement, le chef s'en remet au bon vouloir de James Suckling (ex-WineSpectactor), autre critique de vin parmi les plus influents du moment (souvenez-vous, il était épinglé dans le film Mondovino pour conflit d'intérêt).

Ces lignes de force sont pertinentes, même si les dégustations à l'aveugle rendent l'attribution d'un vin à l'une ou l'autre des origines pas aussi évidentes que cela. Les goûts des consommateurs évoluent et avec eux les pratiques. "We need to diversify", propose l'un des membres de l'état-major.

Le film satirise surtout sur le phénomène des "cult wines" fabriqués dans les années 1990. Des constructions aussi rapides qu'artificielles de vins mythiques à coup d'investissements massifs en dollars. Le terroir tel qu'on le conçoit en France, et plus particulièrement en Bourgogne, n'y a pas sa place. Depuis sa cause a nettement progressé (lire l'article "Les Climats au cœur de la bataille des terroirs" dans le prochain Bourgogne Aujourd'hui).

C'est aussi la démonstration par l'absurde qu'élaborer un grand vin demande une profonde culture (au sens agronomique mais surtout intellectuel du terme). Il réclame un temps incompressible. Bref, le vin n'est pas un bon compagnon pour les hommes trop pressés…

Les sous-titres sont l'oeuvre du blog Red to Brown Wine Review.

 

 

 

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