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365 jours en Bourgogne

Bourgogne, millésime 2025

21 Août 2013 , Rédigé par Laurent Gotti

L’heure est, paraît-il, à la prospective. Certains planchent sur ce que sera la France en 2025. Et la Bourgogne et ses vins, à quoi ressembleront-ils en 2025 ?

J’ai oublié ma boule de cristal sur mon lieu de vacances. Mais en jetant en œil sur ce qui s’est passé ces trente dernières années dans le vignoble bourguignon, il est peut-être possible d’entrevoir ce qu’il adviendra dans douze ans. Qui a dit que le monde du vin était immuable et conservateur ?
Si l’on se penche sur les évolutions observées, ce qui frappe c’est tout d’abord l’évolution de la superficie de vignes plantées. Au début des années 1980, le vignoble bourguignon ne dépassait pas 20 000 hectares. Il en compte aujourd’hui près de 30 000. Le renouveau chablisien, et dans une moindre mesure celui du Mâconnais, sont passés par là. La progression, spectaculaire entre 1985 et 1995, s’est tassée depuis. Mais il n’est pas absurde d’imaginer une Bourgogne avoisinant les 35 000 hectares… D’autant que la région semble structurellement manquer de vin à commercialiser.
A moins qu’une réforme des droits de plantation, comme celle envisagée par l’Europe, ne viennent brouiller les cartes…
 
Qui dit progression de la surface de vigne dit augmentation de la production. La Bourgogne produirait 50 millions de bouteilles en plus en 2025 (200 millions aujourd’hui). Oui, mais de quelle couleur ? C’est là l’autre évolution profonde de la Bourgogne : la part de plus en plus importante des blancs. Ils atteignent environ 60% de la production, alors que celle-ci était quasi à l'équilibre entre couleurs il y a 30 ans. La tendance en inquiète même certains (lire ce billet). Les blancs peuvent-ils gagner encore du terrain ? Possible, mais sûrement moins rapidement que ces dernières décennies. Il est sans doute plus probable que la Bourgogne ait atteint une forme d’équilibre. Les marchés émergents, en Asie plus particulièrement, sont davantage demandeurs de rouges. L’une des forces de la région est d’offrir une palette diverses de vins. On note même une présence significatives des effervescents. Le succès des crémants de Bourgogne devrait se confirmer.      

Côté vignes toujours, la Bourgogne a vu ses pratiques culturales nettement évoluer. Prise de conscience environnementale oblige… Les herbicides en ont fait les frais les premiers. Le retour au travail du sol a été exemplaire. Spectaculaire aussi la progression des vignes cultivées en agriculture biologique certifiée. Marginal voir méprisé, ce type de culture
 (150 hectares seulement en 1998 !) est devenu un idéal à atteindre pour la une bonne part de la nouvelle génération. Si le mouvement se poursuit, la Bourgogne pourrait doubler sa superficie actuelle en bio et atteindre 5 000 hectares. En espérant que la pression des maladies ne se fasse pas plus forte…
Entre-temps, le changement climatique et de nouvelles générations d'OGM auront sûrement refait parler d’eux.     

Côté commerce, la part des exportations, 50%, restera stable (pourcentage le plus important de tous les vignobles français). Au vu de sa montée en puissance vertigineuse ces 4 dernières années, la Chine entrera certainement dans le top 3 des pays importateurs de
vins de Bourgogne (avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni). Mais sans doute le Brésil, et peut-être même l’Inde, rejoindront le top 10. 

La Bourgogne sera probablement dotée de deux ou trois grands crus supplémentaires : Les Saint-Georges à Nuits, une partie des Epenots à Pommard et pourquoi pas le Clos desPerrière à Meursault. Le Mâconnais et l’AOC marsannay (Côte de Nuits) auront leurs premiers crus. 

Côté caves, le tri des raisins va franchir un nouveau cap avec notamment la généralisation des tables vibrantes, voire du tri optique chez les plus aisés. Bernard Arnault, ou sa fille, aura peut-être mis la main sur un domaine prestigieux de Bourgogne (comme l’a fait François Pinault). A moins qu’un milliardaire russe ou asiatique ne le lui souffle. On peut aussi imaginer qu’une grande maison de négoce bourguignonne tombe sous la coupe d’une société chinoise… Ou qu'un acteur de Bollywood préside la vente des vins des Hospices de Beaune 2025.

Ah j’oubliais... Pour les prix des vins de Bourgogne : il va augmenter. Finalement, je me passe très bien de ma boule de cristal…

 

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vin en ligne 27/08/2013 10:09

très bon article !