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365 jours en Bourgogne

Articles avec #ailleurs tag

Aux confins de la "civilisation du vin"

17 Mars 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Ailleurs

Morceaux choisis d'un voyage au pays du Tokaj. Ou comment la Bourgogne colle aux basquettes...   

Burgondia-ut.JPG« J’ai une surprise à vous montrer ». Nous roulons depuis plus de deux heures et demi sur les routes parsemées de nids de poule de l’est de la Hongrie. Il fait nuit noire. Une pluie battante s’abat sur la camionnette qui nous amène dans le vignoble de Tokaj.  Les frontières slovaque et ukrainienne ne sont plus qu’à quelques dizaines de kilomètres. Autant dire que nous sommes au bout de l’Europe. Nos repères et nos paysages sont loin derrière nous… Un peu auparavant Samuel expliquait que la région de Tokaj se situe historiquement aux limites de l’Empire romain d’Occident, qu’un peu plus loin c’est l’alphabet cyrillique qui prévaut…
Cette fois la camionnette fait un virage à droite, et non pas une une énième embardée pour éviter un trou. Elle s’arrête quelques mètres plus loin. Samuel,  notre « guide » nous invite à regarder le panonceau fixé au mur d’une maison : « Burgundia Utça », autrement dit  « Rue de Bourgogne ». Surprise effectivement… 
Que vient donc faire là une référence à la Bourgogne, ce confetti sur la carte de l’Europe ? Samuel nous raconte une bien vieille péripétie. Au 13e siècle, les hommes de Gengis Khan, le fondateur de l’empire mongol, ont ravagé le vignoble. Pour favoriser sa reconstruction et en vertu de bonnes relations qui existaient entre le duché de Bourgogne et les souverains locaux, des sujets bourguignons (et wallons) furent envoyés ici. Deux villages du secteur, Olaszliszka et Kenézlo, ont leur « Burgundia utça » en souvenir de cette communauté bourguignonne établie ici il y a des siècles.
Un touchant clin d’œil. Quelques heures plus tôt à Budapest, je présentais l’histoire et quelques cuvées du domaine des Hospices de Beaune. Sympathique conséquence de la parution de mon livre sur ce sujet. Le titre de l’introduction de l’ouvrage évoque les Hospices comme un témoin de la « civilisation du vin ».  Des mots écrits à l’époque, en parti, parce qu’ils sonnent bien, « vendent » avantageusement un sujet. Ce soir-là, la réalité a donc rattrapé les mots. Aussi grandiloquents soient-ils. Cette civilisation du vin n’est donc pas un mirage, une simple expression dont on se gargarise. Elle a ses limites géographiques, ses anecdotes. Ses petits mémoriaux aussi. 

  
P3110339.JPGSamuel Tinon, notre guide, en est un fervent artisan du renouveau de ce vignoble d’Europe centrale, largement malmené par le XXe siècle. Français, issu d’une famille vigneronne bordelaise, il a découvert Tokaj comme coopérateur. Après quelques péripéties, il s’y est installé depuis plus de 20 ans et cultive amoureusement 5 hectares. C’est aussi un passionné d’histoire.
Au cours de notre voyage, nous évoquerons largement Tokaj, vignoble aux origines romaines, et ses fameux vins liquoreux. Beaucoup d’amateurs connaissent cette fameuse phrase qu’aurait prononcée Louis XIV à son sujet : "Vin des rois, roi des vins"…

Reste qu’un vin liquoreux, aussi noble et prestigieux soit-il, n’est pas toujours facile à déguster au bon moment. Nous évoquons aussi les fameux accords mets et vins. Avec quel plat servir un tokaj ? Samuel Tinon élargit judicieusement la question. Pour lui, ce n’est pas un vin qui se déguste à table nécessairement. Il s’apprécie pour lui-même, en lisant un livre, dans un moment de calme. Ou pour retrouver ses esprits… Il fait référence au film de Polanski, Le Pianiste. La famille Szpilman, sentant qu’à Varsovie la situation devient de plus en plus dangereuse, est prise d’angoisse. Le père ouvre alors une bouteille de tokaj.
Un vin d’inspiration aussi. « Mozart a écrit Don Giovanni un verre de tokaj à la main, des documents historiques l’ont attesté », ajoute Samuel Tinon.
Conclusion, le must consiste sans doute de boire un tokaj en écoutant Don Giovanni au coin du feu… En se disant : elle n’est pas désagréable la civilisation du vin !

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Ce classement de Saint-Emilion pourrait être le dernier

7 Septembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Ailleurs

AiPour Olivier Decelle, propriétaire du Château Jean Faure, le tout nouveau classement de Saint-Emilion pourrait-être le dernier. Ou disparaître à jamais…

Oliver DecelleCe jeudi 6 septembre restera dans les annales du vignoble bordelais. La révision du classement des Châteaux de Saint-Emilion a enfin été rendue publique. Parmi les nouveaux classés, Jean Faure, propriété depuis 2004 d'Olivier Decelle. L'ex-dirigeant de Picard Surgelés, par ailleurs propriétaire du Mas Amiel (Roussillon), était en Bourgogne la semaine dernière*. L'occasion de recueillir son sentiment sur les dernières péripéties saint-émilionnaises. Et surtout d'évaluer les chances de voir un point final être dorénavant posé sur cette affaire. Elle secoue la rive droite de Bordeaux  depuis des années (la révision de 2006 a été annulée après contestations devant les tribunaux). Rien n'est moins sûr…

Outre le déclassement de certains châteaux, les deux têtes d'affiche de ce vignoble (Cheval Blanc et Ausone) doivent faire de la place à deux nouveaux châteaux admis dans la catégorie ultime.   

"Le classement peut sauter par le haut et par le bas, confie Olivier Decelle. Les premiers grands crus classés A, Cheval Blanc et Ausone, seraient rejoints par Pavie et L'Angélus (au moment de l'interview la nouvelle n'était pas encore officielle). Ce qui leur déplairait fortement. Ils refuseraient alors leur classement et demanderaient à ne plus y paraître. Ce nouveau classement ne serait plus porté par les grands. Le risque est assez sérieux."

Devant les enjeux financiers, les perdants ne battraient pas en retraite si facilement. "Ceux qui ne sont plus classés seront toujours tentés de le remettre en cause, poursuit Olivier Decelle. Les Châteaux Classés sont automatiquement vendus par le négoce. Certains se laissent aller, le classement a un effet d'endormissement sur eux. Lorsqu'ils sont déclassés, c'est la catastrophe. Vous ne vendez plus vos vins et au bout d'un moment, vous n'avez plus qu'à vendre votre propriété. Il y a énormément d'argent en jeu. La demande des propriétaires classés serait maintenant que cette révision soit inscrite dans le marbre, comme elle l'a été dans le Médoc (Ndlr : depuis 1855). Ce classement pourrait être le dernier."

On imagine mal la révision du classement de Saint-Emilion survivre à une énième procédure judiciaire qui la rendrait caduque. Tout comme il paraît difficilement concevable que cette appellation se lance de sitôt dans un autre processus de révision qui a largement plombé l'ambiance dans le village…

* Olivier Decelle a créé avec son ami Pierre-Jean Villa, la maison Decelle-Villa (Nuits-Saint-Georges).

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Et que le meilleur gagne ! (2)

29 Avril 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Ailleurs

Nous aussi on refait le match ! Suite du compte rendu d'une soirée dégustation destinée à vérifier, ou à bousculer, les hiérarchies. Officielles ou non.
 
Match 5
Feytit-Clinet- Château Feytit-Clinet 2005 (Pomerol)
Le nez est d'une belle complexité sur des notes de fruits bien mûrs avec un boisé fumé de qualité. En bouche les tannins sont à la fois serrés et fins. La longueur est celle d'un grand vin. Un vin qui respire l'harmonie et une maturité bien maitrisée. 18,5 sur 20
 
- Château de Braude 2005, cru bourgeois (Haut-Médoc)
Le nez est élégant sur des notes de rose et de cèdre. La bouche est charnue, agréable. Elle s'affermit en finale. Un bel ensemble. 16 sur 20
 
La hiérarchie est ici respectée : Feytit-Clinet par la finesse et la richesse de ses tannins présente un surcroit de caractère et de longueur indéniable. Le Château de Braude reste toutefois un excellent vin dans son niveau d'appellation.
 
 
Match 6
 
- Penner Ash 2009, Pinot noir (Willamette Valley, Oregon)
Le nez évoque la mûre, la groseille, la violette. La bouche est vive, friande, sans grande longueur. Un vin sympathique. Plusieurs de nos dégustateurs ont pensé qu’il s’agissait d’un gamay. 14 sur 20
 
- Vosne-Romanée premier cru Clos des Réas 2009 - Domaine Michel Gros
Le nez est délicatement toasté tout en déployant des notes de fruits noirs et de violette. La bouche est également d’une grande classe, souple et longue. Peut-être pouvait-on s’attendre à davantage d’ampleur vu le millésime. Un beau vin sur la réserve.
15,5 sur 20
 
Un match nouveau monde-vieux monde d’un beau niveau. La complexité, la classe étaiten assez nettement du côté de la bonne vieille Bourgogne.
 
 
Match 7
 
- Chambolle-Musigny 2006 - Christian et Isabelle Clerget
Le nez est discret sur des notes d’épices (clou de girofle). La bouche est dense, profonde, les tannins sont fermes, un peu rugueux. Un vin encore dans sa prime jeunesse, costaud. A garder encore 5 ans sans problème. 15 sur 20
 
- Gevrey-Chambertin Clos Saint-Jacques 2001 – Sylvie Esmonin
Les signes d’une belle évolution sont là (champignon) mais le fruit (cerise) n’a pas disparu pour autant. La bouche est toute en finesse et en souplesse. L’ensemble donne un vin velouté, gourmand mais aussi d’une bonne longueur. A boire. 16 sur 20

 
Un match qui a opposé un vin à son apogée, le gevrey, et un autre qui demande de la patience. Pour autant le chambolle, simple village, a bien tenu la comparaison face à l’un des meilleurs premiers crus de Gevrey.
 
Match 8
G Chamb Les champeaux- Gevrey-Chambertin premier cru Champeaux 1999 – Denis Mortet
Des notes de grain de café dominent au premier nez. Il gagne bien en complexité au fur et à mesure de l’aération. La bouche offre beaucoup de chair, les tannins sont fins. Le vin semble juteux, gourmand. Beaucoup de plaisir. Les vins de Denis Mortet (disparu prématurément en 2006) lui rendent inlassablement hommage… 18 sur 20
 
- Clos des Lambrays grand cru 1999 – Domaine du Clos des Lambrays
Un vin tendu, d’une belle fraîcheur. La bouche reste toutefois assez simple, manquant un peu de grâce et d’ampleur. Une déception. 12 sur 20
 
Le style « moderne », gourmand et souple du gevrey de D. Mortet a très bien évolué. Ce vin illustre à merveille les propos de certains vignerons à l’époque : « 1999 est un millésime qui, dès ses débuts, s’est bien goûté et se goûtera bien encore longtemps ». On peut-difficilement aboutir à la même conclusion avec le Clos des Lambrays que l’on a connu en meilleure forme. Le challenger s’impose largement.
 
Conclusion : Cette deuxième série a apporté moins de surprises que la première, pour autant les challengers ont très souvent titillé les têtes d’affiche.
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Et que le meilleur gagne !

18 Avril 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Ailleurs

L'idée de la soirée était simple : deux vins servis simultanément et à l'aveugle. Un challenger et un outsider. Qui préfère le premier ? Qui ne jure que par le deuxième… C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés à quelques dégustateurs, bouteilles à la main, durant les Grands jours de Bourgogne (fin mars). Pas de doute, le prestige de l'étiquette ne garantit pas toujours le plaisir...

 

Match 1

Viré Clessé-copie-1 -Viré-Clessé 2004 "Cuvée E.J. Thévenet" - Domaine de la Bongran

Nez très expressif de fruits exotiques, de miel d'acacia, de raisin confit. La bouche offre un beau volume (peut-être moins qu'attendu après un tel nez), avec du moelleux mais aussi une belle vivacité. Harmonieux. Un domaine qui compte bien des aficionados autour de la table. Et qui ne déçoit pas… 16 sur 20

 

- Corton-Charlemagne 2004 - Domaine Nudant.

Le vin est bien fatigué (oxydation) mais encore buvable. Seulement par conscience professionnelle… 10 sur 20

 

Vous avez bien lu : un viré-clessé bat à plate couture (unanimité autour de la table) un corton-charlemagne au bout du rouleau, pourtant du même millésime. Un défaut d'oxydation peut-être lié à cette bouteille uniquement. On l'espère.

 

Match 2

 

- Rully premier cru Les Margotés 2006 - Vincent Dureuil-Janthial 

Toujours au top l'ami Vincent Dureuil-Janthial. Il nous propose un vin d'une grande pureté aromatique (petites fleurs blanches). La bouche est délicatement acidulée, pleine de sève, d'une grande longueur. Un vin de plaisir mais devrait-il en exister d'autre sorte ? 18 sur 20.

 

- Pouilly-Fuissé Les Courtelongs 2009 - Domaine Saumaize-Michelin 

Le nez est intense, profond, finement vanillé. Une expression aromatique témoignant d'une maturation bien accompagnée du raisin. La bouche est puissante, ronde, un peu chauffante en finale. 17 sur 20 .

 

Deux grands vins blancs, à égalité ou presque dans les suffrages. J'ai trouvé un peu plus d'harmonie dans le rully (millésime un peu plus âgé il est vrai). Un très beau et savoureux match !

 

Match 3

- Chablis grand cru Les Clos 2002 - François Raveneau 

Le nez est miellé, figué, avec une petite tonalité lactée également. La bouche est très tendue, vive, austère, droite. Un vin qui peine à se détendre... 2002 est pourtant un millésime de belle maturité à Chablis. 12 sur 20.

 

- Chablis grand cru Les Clos - Vincent Dauvissat 2001

Aïe. Le nez présente des arômes de moisi humide (le bouchon…) mais aussi, une touche fumée. La bouche paraît dense mais dominée par ces arômes peu sympathiques. Dommage. Difficilement notable…

 

Deux bouteilles a priori "mythiques" : le summun de Chablis côté terroir comme coté producteurs. Grosse déception au bout du compte... Le match attendu n'a pas vraiment eu lieu. Le grand cru de chez Dauvissat a rendu les armes avant de combattre. Certains de mes voisins de tablée ont été enthousiasmés par le Clos de Raveneau. Son austérité m'a donné peu de plaisir.

 

Match 4

La-Grave-Figeac.jpg - Château La Grave Figeac 2005 - Saint-Emilion grand cru

Le nez est bien expressif sur des notes de cassis bien mûr et un boisé finement dosé. La bouche est profonde, d'une longueur moyenne toutefois. L'ensemble est puissant et harmonieux. Un saint-émilion 2005 (65% merlot) qui a parfaitement évolué. 17 sur 20.

 

- Château La Gaffelière 2005 - Saint-Emilion premier grand cru classé B

Le nez est intense dominé par des notes fumées-torréfiées. La bouche est consistante, chaude, mais les tannins sont fermes et même amers en finale. Un peu raide aujourd'hui. A garder encore quelques années. 15 sur 20.

 

De l'intérêt, une nouvelle fois, de distinguer le plaisir que nous offre une bouteille, à un instant "t" et son classement dans la hiérarchie. J'ai personnellement trouvé plus d'agrément avec le La Grave Figeac. Les avis étaient toutefois assez partagés autour de la table. Tout le monde a reconnu la très bonne tenue d'un simple "grand cru" face à un premier grand cru. Il n'est pas exclu, et ce serait même normal, que le La Gaffelière prenne le dessus dans la durée.

 

Conclusion à mi-parcours : Après ces quatre premiers rounds, il apparaît que boire bon n'est pas une question de budget. C'est plus souvent les vins les moins bien côtés dans la hiérarchie des appellations ou des classements qui nous ont donné le plus de plaisir ! 

Suite la semaine prochaine...

 

Les commentaires n'engagent que moi mais les photos sont de Gilles Trimaille.

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Et si c'était comme en 1956 ?

14 Janvier 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Millésime 2012, #Ailleurs

Après deux mois d'hiver doux, le froid intense de février a dévasté le vignoble. C'était en 1956. Le funeste scénario est-il en train de se répéter ?

Vignes-grand-corbin-despagne.JPG"Les vignes pleurent déjà", s'inquiète François Despagne. Ce mercredi 11 février au matin le ciel est dégagé, l'herbe et les pieds de vignes du Château Grand Corbin Despagne (Saint-Emilion) sont légèrement givrés. Conséquence d'un hiver bien peu rigoureux, la sève remonte dans les ceps. Quelques gouttes tombent des sarments fraîchement taillés. D’où les vignes en pleurs… Elles ont manifestement le sommeil très léger cette année. On pourra se questionner un peu plus tard sur la survenue d'une nouvelle année précoce. Mais une anxiété plus immédiate s'est emparée des vignerons de Bordeaux*, comme des Bourguignons, qui vivent une situation identique. L'ombre menaçante d'une sévère gelée plane maintenant sur les vignes. Si un froid vif devait saisir la France, les vignes gonflées de sève et d'humidité pourraient ne pas y résister. "Les anciens dans le village disent que cela leur rappelle 1956", avance Olivier Berrouet, à la direction technique du Château Pétrus à Pomerol. Février 1956, plus exactement. Cette année là, après deux mois d'un hiver très doux, une vague de froid a saisi toute l'Europe occidentale, provoquant des dégâts énormes dans le vignoble, les plantations d'arbres fruitiers et d'oliviers. L'air froid est arrivé par l'est et le thermomètre est descendu, en quelques heures, en-dessous de -15° degrés. Ce froid s'était finalement installé tout le mois de février 1956 (lire aussi). Les agriculteurs effarés entendaient leurs arbres éclater. Il aura fallu plusieurs décennies pour que la vallée du Rhône s'en remette. En Bourgogne, la vente des vins de Hospices de Beaune 1956 avait été annulée : récolte trop médiocre et en trop faible quantité. Un tel scénario peut-il se reproduire ? Il reste de longues journées hivernales avant de pourvoir l'écarter…

* J'ai fait cette semaine une petite infidélité à la Bourgogne pour rejoindre mes camarades formateurs chez Prodégustation, leader du cours d'œnologie en France, pour lequel je collabore depuis quelques mois.

 

Photo : Les vignes du Château Grand Corbin Despagne à Saint-Emilion.

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Un peu d'air frais

17 Septembre 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Ailleurs

Un vent venu du Québec ne peut-être que rafraîchissant. Le magazine Cellier fête ses 5 ans et se penche sur la Bourgogne. Rencontre avec Marc Chapleau son rédacteur en chef.

Chapleau.jpgQu’un homme me confesse son "grand amour" pour la Bourgogne et me vient une envie spontanée de le prendre en sympathie ! Surtout quand il débarque chez vous, depuis l'autre rive de l'océan, et cite quelques noms de "climats" comme autant de sources d'enchantements…  Réflexe chauvin et narcissique sans doute. Saine curiosité journalistique aussi. De celle qui me porte à m'interesser plus longuement au parcours et au discours de la personne en question.

Cet homme s'appelle Marc Chapleau, il est rédacteur en chef de Cellier, le magazine de la Société des Alcools du Québec (monopole de distribution des vins chez nos cousins du nord de l’Amérique). Vous lirez, avec appétit, son édito dans le numéro qui vient de paraître (entièrement consultable en ligne) pour en savoir davantage. Nous nous sommes rencontrés en avril dernier par une belle soirée de printemps, autour d'un simple repas familial. Et quelques bonnes bouteilles tout de même… Il préparait les articles parus dans ce numéro d'automne. L'air de rien, Marc Chapleau sait soumettre son interlocuteur à la question, le faire passer à table (en l’occurrence la mienne ce soir là). Il vous suit même, à ses risques et périls, dans la cave.

Mais l'essentiel n'est pas là, Marc Chapleau m'avait laissé quelques exemplaires des parutions récentes de Cellier. Et le plaisir de la joyeuse soirée s'est poursuivi les jours suivants. Je dois confesser à mon tour : il y a longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir  à lire des articles sur le vin.

Le ton à la fois réfléchi, sans se prendre trop au sérieux, accessible, très "incarné" par une belle dimension d'humanité, m’a conquis... Mais, mon plaisir était un peu vexé tout de même. Pourquoi ce ton rafraîchissant est-il si souvent absent dans notre presse spécialisée nationale ? 

Cellier-SAQC'est vrai, pour nous Français, s'exprimer sur le vin va vite de paire avec l'affirmation d'un statut social. Il s'accompagne souvent aussi d'une propension à intellectualiser et peut même rapidement tourner à l'exercice d'expert. Ou pire apporter l'occasion à certains égos hypertrophiés de s'en donner à cœur joie. Quand l'égo en question est celui d'un journaliste, sommelier, œnologue, etc., la faute professionnelle n'est jamais loin. Les non-initiés restent en rade. Ces messieurs "je-vais-vous-dire-ce-qui-est-bon" passent finalement à côté de leur rôle essentiel : celui de médiateur et d'éveilleur de passions (avant leur fonction de prescripteurs).

Bien à l'inverse de cet écueil, sous certaines réflexions ou "angles" d'articles de Marc Chapleau affleurent de sains questionnements sur le rôle du journaliste. Je vous livre un propos recueilli par Marc auprès d’Eric Asimov, critique vin du New-York Times (Cellier n°15). Prise de position à laquelle il adhère totalement, j’en suis sûr :

"Je vous dirai d’abord que ces dernières années, on parle du vin dans ce pays beaucoup trop sérieusement (Ndla : dans le cas présent il s’agit des Etats-Unis !), comme si on mettait la pression sur les gens pour qu’ils s’y intéressent à fond, au lieu simplement de les inviter à boire et à apprécier. Le discours entourant les accords mets-vins est ainsi souvent beaucoup trop alambiqué. Or pourquoi vouloir rendre le vin plus intimidant qu’il l’est déjà, par sa complexité. (…) Cela dit, je ne suis pas de ceux qui vous diront qu’on peut facilement démystifier le vin et en faire prestement le tour. Si vous voulez devenir un tant soit peu connaisseur, il faut étudier, prendre le temps, déguster souvent, comparer, etc. C’est comme apprendre à jouer au golf : impossible d’y parvenir simplement en lisant un manuel ou même deux ou trois bouquins."

Pour finir, une autre phrase également rapportée par Marc Chapleau (Cellier n°17). Elle est cette fois de Claude Langlois, chroniqueur au Journal de Montréal :

"Sois-toi même et tu seras universel – ça vaut pour les vignerons, pour les chroniqueurs du vin aussi".
N’est ce pas l’esprit qui préside (ou devrait présider) à l’affirmation de nos « climats » bourguignons ? L’explication de leur succès, par-delà même les océans…

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Bordeaux-Bourgogne : le match tourne court

11 Décembre 2010 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Ailleurs

Quand des Bordelais et des Bourguignons se rencontrent, ils dégainent leurs bouteilles. A ce petit jeu, auquel nous nous sommes essayés, les Bordelais ont joué petits bras. Et sont repartis largement battus.

 

Rarement soirée dégustation aura rendu un verdict aussi limpide. Notre deuxième rencontre Bordeaux-Bourgogne a nettement tourné à l'avantage des Bourguignons. Comme l'année dernière nous avons donc reçu une délégation de Bordelais, amis et connaissances de Franck Dubourdieu, collaborateur de Bourgogne Aujourd'hui à Bordeaux, en novembre.

Les bouteilles montées sur le podium étaient toutes bourguignonnes, pour un total de 16 rouges dégustés ce soir là (à l'aveugle) . Dans la crainte d'être taxé de partialité, j'ai demandé à Gilles Trimaille *, dégustateur régulier de notre magazine (franc-comtois d'origine) de me donner ses notes de dégustation. Voici donc son podium :

 1 : Clos de Tart 2001 (en magnum). 18/20.

2 : Nuits-Saint-Georges 1er cru Clos des Argillières 2005, Vincent Dureuil-Janthial. 17/20.

3 : Morey Saint-Denis 1er cru "vieilles vignes", Hubert Lignier 2001. 15/20.

 Nuits-dureuil.jpgSeule différence avec mon propre podium : le Nuits-Saint-Georges obtient la même notation que le Clos de Tart. Une confirmation de tout le bien que je pense de Vincent Dureuil (Rully). Je le tiens pour l'un des vignerons les plus doués de sa génération.

A la décharge de nos amis bordelais, deux des plus belles bouteilles potentielles de leur arsenal étaient blessées avant de concourir : Château Montrose 2000 et Vieux Château Certan 1988 ont été trahies par leurs bouchons…

Les Bordelais auront pu se consoler en savourant l'excellente cuisine de l'Hôtellerie de Levernois (près de Beaune) et saluer le professionnalisme du sommelier Philippe Méroux.

Quelques-uns de mes autres vins appréciés : Richebourg, domaine Gros Frère et Sœur 2000 - Château La Lagune 2005 - Corton-Bressandes, domaine Tollot-Beaut 1999 - Château Léoville-Barton 2002 - Château Corbin-Michotte 1998.

La soirée s'était ouverte avec la dégustation de quelques blancs bourguignons dont un coup de coeur pour le Puligny 1er cru La Truffière 2001 de Bernard Morey. Ce domaine n'existe plus aujourd'hui, il a été partagé entre les deux fils de Bernard : Vincent et Thomas Morey, deux excellents vignerons également. 

 

 * Gilles Trimaille enseigne l'histoire du droit à l'Université de Bourgogne. Il est aussi expert en mycologie et vient de collaborer au dernier Larousse sur le sujet : Champignons de nos régions

 

Photo : Etiquette du Nuits-Saint-Georges premier cru de Vincent Dureuil-Janthial.

 

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