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365 jours en Bourgogne

Articles avec #aoc tag

La marche en avant de Pouilly-Fuissé

9 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC

Le paysage a bien changé à Pouilly-Fuissé ! Les deux roches jumelles, Solutré et Vergisson, sont toujours là  ! Mais côté caves, une révolution s’est mise en marche. Rien ne semble vouloir l'arrêter...  

La Bourgogne du sud a définitivement changé d'époque. Pouilly-Fuissé, appellation phare du Mâconnais, en tête. « Il y a 20 ans, seulement une dizaine de producteurs mettaient leurs vins en bouteille au domaine à Pouilly-Fuissé. Maintenant, on peut en citer une cinquantaine », constat formulé par Fédréric-Marc Burrier, vigneron et président de l’organisme de gestion de l'AOC (rubrique "Rencontre" du prochain Bourgogne Aujourd’hui). Et alors direz-vous ?
Pour un vigneron, mettre en bouteille ses vins, cela veut dire les signer, les vendre, avoir des clients (et non pas vendre en vrac à un intermédiaire). La pratique induit tout un processus qualitatif.

Tenus de se démarquer, beaucoup de ces producteurs ont compris que la première attention doit être portée sur la culture des vignes. En particulier la maitrise des rendements. L’excès de production, créant des vins dilués, a reculé. Le désherbage chimique devient moins nécessaire. « Tout d’un coup, les vins se mettent à changer », poursuit Fédréric-Marc Burrier. Davantage recherchés par les cavistes, la belle restauration, les vins sont mieux valorisés. Les producteurs peuvent investir dans du matériel, des bâtiments plus fonctionnels. Un nouvel équilibre autant économique que cultural et œnologique se crée. Une émulation s’opère entre producteurs. Ce chemin, Pouilly-Fuissé l’a parcouru ces deux dernières décennies.
Ces vins charnus et fuités ont, par la même occasion, séduit les critiques anglo-saxons. Trop d’ailleurs. Dans les années 1980, jusqu’à 85% des vins de l’appellation étaient vendus aux Etats-Unis.

Nous avons vu émerger nombre de domaines sur Pouilly-Fuissé et mais ses "satellites" (Pouilly-Loché, Pouilly-Vinzelles). Les domaines Cordier, Saumaize-Michelin, Barraud, Vessigaud, Thibert, les Frères Bret, etc. Ils ont rejoint les domaines phares de l’appellation : Féret-Lorton, Château de Fuissé et Château de Beauregard, précurseurs de la mise en bouteille à la propriété dans ce vignoble.
Il reste encore un peu de chemin à accomplir pour cette vaste appellation (presque 800 hectares). Mais sur le fond, que manque-t-il à Pouilly-Fuissé ? Des premiers crus. Le Mâconnais est le seul vignoble bourguignon à ne pas disposer de cette distinction.
La hiérarchisation des terroirs est devenue un point de repère incontournable en Côte de Beaune ou en Côte de Nuits.  « Elle ne s’est pas établie chez nous. Nous sommes restés sur cette notion de commune, importante, mais nous avons du mal à évoluer dans la même cours. Après guerre, le Mâconnais est devenu une source de chardonnay, avec une structure de production qui n’évoluait pas », analyse Fédréric-Marc Burrier.
Depuis 2007, un dossier est en cours d’instruction auprès de l’Institut national des appellations d’origine (INAO). La commission était en visite au début de ce mois sur le terrain. Cette démarche devrait aboutir pour les millésimes 2017 ou 2018. Ce serait une consolidation des acquis. Et une légitime récompense.

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Requiem pour un statu quo

27 Novembre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Pommard, #AOC

Les producteurs de Pommard ont bouclé leur demande de grands crus. Si elle aboutissait, le sommet de la pyramide bourguignonne pourrait s’élargir. Non sans grincements de dents…

Pommard rue-t-il dans les brancards ? La classification des grands crus de Bourgogne, qui fait relativement peu débat, pourrait bien être bousculée. C’est en tout cas l’intention des vignerons de Pommard. Avant les vendanges un dossier a été officiellement transmis à l’Institut nationale des appellations et de la qualité (INAO). Les Rugiens, les Epenots et le Clos des Epeneaux (monopole du Comte Armand) sont pressentis pour atteindre la catégorie ultime de la hiérarchie bourguignonne (lire aussi ici). Le sujet était sur la table depuis quelques années déjà.
Après la demande de Nuits-Saint-Georges (lire ici), la boite de Pandore va-t-elle être 
ouverte ? C’est en tout cas la crainte émise par certains producteurs. L’Union des grands crus, par la voix de son président de Louis-Michel Liger-Belair affirmait en substance  que la notion de grands crus pourrait être galvaudé (lire Bourgogne Aujourd’hui 105), comme l’a été celle d’appellation d’origine contrôlée, à force de vouloir l’élargir à de nouveaux impétrants.

A Pommard, le dossier a été bétonné pour ne pas prêter le flanc à des critiques sur le fond. Les arguments des producteurs se nourrissent d’un éclairage historique, économique et d’une étude géo-pédologique (menée par le Groupement d’études et de suivi des terroirs). « Les recherches ont mis en évidence que ces terroirs ont toujours été identifiés comme les meilleurs du village dans les différents classements établis ces 250 dernière années », note Aubert Lefas, vigneron à la tête de la commission qui mène le projet. L’étude économique, sur les 50 dernières années, a révélé que les prix de ces vins étaient significativement supérieurs aux autres premiers crus de Pommard : 50 à 60% pour les Rugiens et 40% pour les Epenots en moyenne.
Quant à la réponse aux réticences de certains vignerons bourguignons, Aubert Lefas répond habilement et justement : « Nous ne demandons pas l’accès à un club, simplement la reconnaissance de la qualité intrinsèque de ces terroirs ».
La totalité des 48 producteurs de ces premiers crus ont approuvé le projet à l’exception d’un seul qui s’est abstenu. Quelques années seront encore nécessaires pour qu’une commission 
d’enquête de l’INAO rende ses propres conclusions.

 

Photo : Le premier cru Les Epenots à Pommard au soleil couchant.

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Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne (A)

30 Juin 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne, #AOC

Bernard Pivot a écrit un dictionnaire amoureux du vin. Yann Quéffélec vient de faire paraître un dictionnaire amoureux de la Bretagne. Et pourquoi pas un dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne ? Je m'y essaie… 

A comme appellation : Ou plus précisément appellation d'origine contrôlée (AOC). Si l'on considère que la finalité d'une appellation est de produire un vin qui a "la gueule de l'endroit où il est né et les tripes du bonhomme qui l'a fait naître", comme le rappelle souvent l'œnologue Jacques Puisais, il est logique que la Bourgogne ait plébiscité l'AOC. L'attachement à la notion de terroir est en effet particulièrement développé dans l'âme vigneronne de la région.

A l'origne, il s'agissait d'une volonté des viticulteurs de se prémunir contre le préjudice d'une utilisation commerciale abusive du nom de leurs villages et de leurs terroirs les plus fameux.
Peu de chose à voir avec des notions gustatives donc. A l'échelle d'un village les tentatives de définition d'une typicité des vins sont le plus souvent caricaturales ("les pommards sont rustiques et tanniques, les volnays sont féminins…"). Même si d'un point de vue commercial c'est bien pratique.

Existe-il un vignoble de France qui a poussé plus loin la logique de l'AOC ? Incontestablement non. Près d'une appellation française sur quatre est bourguignonne. Pourtant la Bourgogne ne représente que 3,5% de la superficie de vigne hexagonale !
On parle de "mosaïque" bourguignonne.

Pour l'anecdote, la plus petite AOC se situe en Côte de Nuits : le fameux grand cru La Romanée et ses 0,85 hectare (3 000 bouteilles produites en moyenne par an seulement).

Certains visiteurs en goguette sur les nationales qui traversent la Bourgogne, s'étonnent aussi que chaque panneau de village leur rappelle le nom d'un vin bien connu…

Les Bourguignons sont donc attachés à leur AOC. C'est un fait. Pour autant les débats qui agitent régulièrement ce système trouvent un écho aussi dans les chaumières de la côte. Certains y voient un carcan où la majorité ferait régner la médiocrité. La tentation du cavalier seul existe. D'autant que de plus en plus de domaines réputés font aujourd'hui figures de marques. On achète davantage, ou au moins tout autant, du Leroy, du Henry Jayer ou de la Romanée-Conti que du bourgogne, du vosne-romanée ou de l'échézeaux. Des vignerons, même en Bourgogne évoquent ouvertement leurs velléités de sortir, à titre personnel, de leurs appellations. D'autant qu'au fur et à mesure que ces noms sont devenus des références, l'étoile de l'AOC palissait. Après guerre, le succès de l'AOC a suscité des appétits. Au départ réservée à une élite (au milieu des années 1930), les deux tiers du vignoble français sont aujourd'hui couverts par une appellation d'origine. Trop pour faire de l'AOC un signe distinctif de qualité.

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Les Ignorants et les égoïstes...

8 Mars 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC, #Livre, #polémique

...Ou comment je me suis vu, l'espace d'un instant, en personnage de bande-dessinée piquant une colère (avec des éclairs au-dessus de la tête).

Les-ignorants.gifC'est à la page 255 des Ignorants (la bande dessinée d'Etienne Davodeau). C'est Richard Leroy le vigneron des Coteaux du Layon qui parle :

"Je fais du chenin Leroy. Point"

Cela sonne comme un couac dans l'harmonie d'une belle symphonie, une grossière tâche sur une peinture flamande.

Comment Richard Leroy, vigneron exprimant tout au long des pages de cette remarquable bande dessinée son attachement à son terroir, peut-il en venir à cette conclusion ? J'en avais presqu'envie de me glisser dans la planche. De me dessiner une bulle blanche au-dessus de la tête avec comme texte :

"Ah non monsieur Leroy ! Pendant plus de 200 pages vous parlez de votre attachement à vos vignes : Montbenault, Rouliers, etc. Vous les traitez à hauteur d'homme, à l'aube s'il le faut, portant votre pulvérisateur sur le dos, selon les méthodes exigeantes de la biodynamie. Vous piochez, vous décavaillonnez à la sueur de votre front, vous taillez vos ceps à la force du poignet. Et quand vous n'êtes pas chez vous, à chacune de vos visites chez vos confères, vous mettez votre nez dans la terre : Schiste ? Calcaire ? Argile ?

Alors non. Définitivement non, Monsieur Leroy vous ne pouvez pas laisser entendre que vous faites un vin issu d'un cépage, le chenin en l'occurrence, par la magie de votre seul savoir-faire. Ou alors je vous condamne à l'exil, sous n'importe quelle latitude avec vos seuls ceps sous le bras. Nous verrons bien si vous obtenez les mêmes vins que vos Montbenault ou vos Clos des Rouliers !" (fin de la bulle)

Ce petit exercice d'imagination serait joyeusement récréatif, si malheureusement le cas de Richard Leroy était rare. En décembre, nous avons débattu de ce sujet avec notamment Jean-Yves Bizot, vigneron à Vosne-Romanée, à l'occasion d'un débat autour de l'atlas de Laure GasparottoJean-Yves Bizot, lui aussi vigneron engagé et exigeant, évoquait également ses velléités de quitter l'AOC. Le débat m'avait laissé l'arrière goût d'une sourde inquiétude. Ne voit-on pas se fissurer un système qui a pourtant remarquablement fonctionné dans notre pays. La paternité du succès des vins français peut largement leur être attribué.

Oui, l'AOC, autrement dit la volonté de partager un destin commun sur un terroir partagé, n'est pas un chemin facile. Beaucoup nous l'envie. Ceux qui, aujourd'hui, la vilipendent n'en seraient sans doute pas où ils en sont sans elle.

Les propos de certains vignerons "sécessionnistes" ont de quoi faire se retourner dans leurs tombes ceux qui, précurseurs des vins d'origine, ont donné naissance aux appellations, sanctuarisé les terroirs. Ceux-là se sont démenés pour qu'ils soient respectés et valorisés. Ils peuvent légitimement se sentir trahis. Et avec eux l'histoire de la France viticole.   

Certes, la médaille à son revers, le succès a joué des tours au système. Banalisées, les AOC ont perdu une partie de leur substance. Les opportunistes se sont cachés derrière ce sigle pour se laisser aller à la facilité. Tout cela est vrai.  

"Combien encore de combats anti bio ? Combien de prises de principe contre les « sans soufre » ? Combien de refus à l’agrément pour des vins un peu différents ?", déplorait Jean-Yves Bizot. Tout cela est vrai aussi. Au pays de l'AOC, tout n'est pas rose, mais faut-il pour autant le rayer de la carte ?

Vivre ensemble n'est pas simple, mais peut-on tout simplement le considérer comme une option ? Se bunkériser, avoir raison contre tous, est une impasse que trop de vignerons d'avant-garde, ou élitistes, semblent vouloir emprunter aujourd'hui. 

La meilleure réponse à formuler à ceux ont quitté l'AOC, où projettent de le faire, est finalement celle qui est faite à Richard Leroy dans la BD. Régis et Robert, deux viticulteurs en AOC pécharmant (les Chemins de l'orient) lui rétorque :  "C'est pas un peu égoïste comme attitude ?" 

 

Les Ignorants. Etienne Davodeau. Editions Futuropolis.

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La légende du Montrachet : mythe et réalité...

28 Février 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #AOC

Montrachet, chevalier-montrachet, bâtard-montrachet, etc. Voici une légende, et son décryptage, sur ces grands crus mythiques de la Côte de Beaune. Tout un poème…

Montrachet.jpg Tout d'abord, dans la mesure du possible, munissez-vous d'une carte des vignobles de Chassagne et Puligny-Montrachet (grâce à cet ouvrage par exemple), deux villages de la Côte de Beaune. Des noms parfois étranges se bousculent. En premier lieu ceux des grands crus : montrachet, chevalier-montrachet, bâtard-montrachet, bienvenues-bâtard-montrachet, criots-bâtard-montrachet. Mais aussi celui d'un premier cru de Puligny (le Clos de la Pucelle). Cette légende brode une histoire qui percerait le mystère de leur origine à l'instar des épopées d'Homère et de Virgile sur Rome et la Grèce.
 
Voici donc la légende :
Au temps des Croisades, il y avait un Château sur la Colline de Montrachet. Le châtelain, avait envoyé son unique fils en Terre Sainte pour combattre. L'homme avait une jeune maîtresse qu’il retrouvait au «Clos de la Pucelle». Cette dernière eut un enfant. C'est ainsi que le fils parti en Croisade était nommé Chevalier-Montrachet, et l'enfant illégitime, Bâtard Montrachet. A l’annonce du décès en Terre Sainte du Chevalier Montrachet, le seigneur prit son fils illégitime comme successeur et  fût acclamé au son de « Bienvenue au bâtard Montrachet ! ». Pour compléter l’histoire, la rumeur veut que le châtelain, incommodé par les pleurs de son jeune fils, se soit écrié en patois bourguignon « a crio (il crie) l’Bâtard ». Après la destruction du Château, les vignes porteraient donc les noms de ces personnages, en souvenir de cette histoire.

 
Et voici l'éclairage qu'apporte François Dumas, maître de conférences de Linguistique à l’Université de Bourgogne, spécialiste en toponymie et français régional (lu dans "L'Echo des Climats") :
 
"Montrachet, le plus célèbre des « monts chauves », même s’il ne dépasse guère 300 mètres, est en fait un « mont pelé », comme atteint par la râche (ou teigne), métaphore régionale qu’il doit à sa végétation rabougrie. Ce qui n’empêche pas ses versants sublimes de produire le meilleur des vins blancs (cépage chardonnay), avec des grands crus mondialement reconnus partagés entre les villages de Puligny et de Chassagne. Montrachet est perçu comme « l’aîné » fondateur d’une lignée. Chevalier-Montrachet est une appellation qui renvoie à un système de valeurs féodales avant d’être un simple anthroponyme. Bâtard-Montrachet est une allusion probable à un encépagement mélangé en blanc et rouge pratiqué du Moyen-âge au XVIIIe siècle. Son extension Bienvenues-Bâtard-Montrachet rappelle la croissance réussie (« bien venue ») de nouvelles plantations. Cette représentation imagée, souvent exaltée par une pseudo-légende liée aux croisades, traduit avant la lettre le souci revendiqué d’une hiérarchisation des climats."
 
Nos appellations d'origine, moins imaginatives, n'ont donc pas inventé grand chose... 
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Le Top 5 des appellations

27 Décembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC

Quelles sont les appellations, les cépages, les plus connus des français. Une étude CSA, menée pour l'interprofession des vins de Bourgogne, révèle le palmarès.

Saint-Emilion-Grand-cru.JPGEt l'appellation gagnante est… Saint-Emilion. S'il est une AOC synonyme de vin dans l'esprit des Français, c’est bien ce vignoble de la rive droite du Bordelais. A la question "Quelles sont tous les vins ou appellations de vins que vous connaissez, ne serait-ce que de nom, même si vous ne les avez jamais achetées ou consommées ?", 28% des sondés citent Saint-Emilion. Un score qu’aucune autre AOC n’atteint. Le panel était constitué de consommateurs de vin (hommes, femmes, 35 à 65 ans, catégories professionnelles supérieures). Vient ensuite Médoc (ou Haut-Médoc), Chablis, Chinon et Gewurztraminer.
Les tests de notoriété spontanée des régions confirment le net avantage bordelais : "Bordeaux" est cité par 72% des personnes interrogées contre 47% pour "Bourgogne", 42% pour les "Côtes du Rhône". Etrangement "Champagne" n'arrive qu'en cinquième position (34%) coiffé par... "Beaujolais". Le Champagne n’est sans doute pas considéré comme du vin pour nombre de consommateurs…

En matière de cépage les blancs trustent, étrangement, les places sur le podium (61% disent que leur vin préféré est rouge…) : le chardonnay (cépage des vins blancs de Bourgogne) arrive d'une courte tête devant le riesling alsacien et le sauvignon. Suivent le cabernet et le pinot noir (rouges).

Le classement des appellations bourguignonnes donne, dans l'ordre, Chablis, Pommard, Mâcon, Nuits-Saint-Georges, Bourgogne Aligoté et Côte de Beaune.

Des informations primordiales au vu des critères de choix guidant les achats : la région (86%), l’appellation (77%), le prix (70%), la couleur du vin (43%).

Les résultats de cette enquête mettent une nouvelle fois en évidence la nécessité de faire de la pédagogie. Un chiffre suffit à s’en convaincre : 9% des consommateurs ne savent pas qu’existent des vins de Bourgogne blancs. C’est tout de même la grande majorité de la production de la région…

 

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Il est grand mon vin ?

18 Décembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #AOC, #Grand cru

Bientôt les fêtes, l'heure de sortir les belles bouteilles... Mais au fait, un grand vin qu'est-ce que c'est ?

Atlas-Laure-Gasparotto.jpgNégliger trop longtemps les questions simples est une erreur. Elles nous ramènent immanquablement aux choses essentielles. Leur défaut : elles sonnent rarement à la porte au bon moment.  

Il était déjà pas loin de 23 h, ce 11 décembre dernier au Lycée Viticole de Beaune. Nous venions de débattre, des bienfaits et des errements des appellations d'origine contrôlée en Bourgogne. Une conférence proposée à l'occasion de la sortie de l'Atlas des vins de France de Laure Gasparotto (Editions De Monza, Le Monde), journaliste spécialisée. Discussion animée, parfois fastidieuse et laborieuse, qui a réuni Jean-Yves Bizot, Jacques-Frédéric Mugnier, respectivement vignerons à Vosne-Romanée et Chambolle-Musigny, Albéric Bichot, à la tête de la maison Bichot à Beaune. Et donc Laure Gasparotto. Nous profitions du mâchon auquel le Lycée viticole nous avait conviés après les échanges. Entre la poire et le fromage, Laure a lancé une question aux vignerons : "Pour vous, qu'est-ce qu'un grand vin ?"

Quelques phrases convenues pour toute réponse, l'heure tardive n'aidant pas, la question a vite été éludée. Trop vite. Son apparente simplicité comme passeport, elle est pourtant restée dans un coin de mon esprit de retour vers des lieux plus familiers.

Bien sûr, un grand vin, c'est une complexité aromatique exceptionnelle, une matière en bouche digne des plus belles étoffes, de la longueur. Un mélange de persistance d'arômes et de rémanence des saveurs bien après qu'il ait quitté le palais. Comme un entêtant souvenir.  On pourrait aussi disserter sur une indispensable capacité à vieillir harmonieusement. Le temps comme juge aussi impartial qu'intraitable.      

On pourrait aussi y ajouter une pincée d'histoire. A l'heure de l'avènement du vin culture, il est exaltant de pouvoir inscrire nos vies précaires, et nos sens, dans une épopée historique parfois millénaire.

Simples sensations, ou plaisirs de l'esprit, un grand vin ? Sans doute pas seulement. Et l'émotion dans tout ça ? Cette capacité à nous mettre en mouvement. C'est sans doute la lecture du livre de Franck Dubourdieu ("Du terroir à la guerre du goût". Editions Confluences) qui m'a apporté le plus de matière à réflexion sur ce point dernièrement. En défenseur des "vins classiques", Franck Dubourdieu voit dans le vin en résonance avec le naturel (son terroir) le reflet d'une harmonie qui nous rapprocherait d'un "esprit fédérateur dominant la diversité des éléments". Une grande bouteille rendrait palpables des réalités trop rarement perceptibles : l'essence de ce monde. L'esprit qui a présidé, et préside peut-être toujours, à la Création. "Comme une injonction du ciel, comme un ordre de dieu dont on ignorait la teneur", écrivait Marguerite Duras à propos d'une valse de Chopin. Pourquoi pas aussi d'un grand vin ? Le boire serait donc une forme d'expérience spirituelle.

Il est grand mon vin, quand il me donne l'envie de me mettre à sa hauteur… 

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Pouilly-Fuissé : beau et bon !

12 Novembre 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC, #Dégustation

Le Mâconnais, et Pouilly-Fuissé en particulier, disposent de terroirs exceptionnels. Roger Saumaize-Michelin, l'un des vignerons les plus talentueux de l'appellation, nous emmène en visite dans l'un de ses joyaux.

 

Roger Saumaize-Michelin produit chaque année quelques-uns des vins blancs de Bourgogne les plus fascinants. Nous lui avons rendu visite et il nous a conduits vers l'un des terroirs qu'il affectionne particulièrement : Le Clos sur La Roche. Un vignoble situé sur le flanc de la Roche de Vergisson, sœur jumelle de la Roche de Solutré. Un lieu magique pour les yeux. Un vrai bonheur pour le palais.

Avant cette visite, nous avions précédemment goûté quelques vins au domaine. Les millésimes 1990 et 1997 sont des bouteilles d'anthologie.

Dans le film, Roger Saumaize nous donne sa définition d'un grand terroir. Une question particulièrement d'actualité à Pouilly-Fuissé : un dossier de classement en premier cru * d'une vingtaine de "climats" a été déposé auprès de l'Institut des appellations d'origine.

 

Allez hop, à l'arrière du pick-up et en voiture ! 

 

 

* Cette demande d'obtention de premiers crus s'accompagne d'une interdiction de la machine à vendanger. Une initiative qui fait suite à la position prise par quelques vignerons de grands crus de la côte de Nuits d'inscrire cette même interdiction dans leurs décrets d'appellations. Cette volonté, affirmée au printemps dernier, avait suscité le scepticisme voire quelques sarcasmes. Si dans les faits elle ne changeait rien (ces vignerons pratiquent les vendanges manuelles) le caractère exemplaire de la démarche a visiblement porté ses fruits… En tout cas posé un véritable débat sur la table.

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Terroir : concasser n'est pas jouer

20 Octobre 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC, #polémique

Polémique à Gevrey-Chambertin depuis l'intervention de "concasseuses" sur l'un des premiers crus du village. Le terroir est-il en péril ?   

Gevrey-BelAir-tractopelle5COMP.jpgLa scène est impressionnante : la roche mère mise à nue, concassée, la terre rassemblée en monticule, de côté.

Nous sommes à Gevrey-Chambertin sur le premier cru Bel-Air. Impressionnante, choquante aussi.

Il est entendu qu'un terroir nait de la rencontre entre des dispositions naturelles et le dessein de l'homme d'en tirer un produit. Mais ce cas précis pose question : jusqu'où l'homme peut-il intervenir pour modeler un terroir selon sa volonté ?  

Ma consœur Florence Kennel, dont le sérieux ne peut-être pris en défaut, parle d'un "massacre".

Ce n'est pourtant pas la première fois que l'homme intervient en force sur un terroir en Bourgogne. L'un des premiers crus les plus célèbres de Bourgogne, Le Cros Parentoux, parcelle très rocheuse de Vosne-Romanée, a été défriché et planté à l'aide d'explosif par Henry Jayer. Les vins qui en sont issus sont aujourd'hui encensés comme exemplaires d'un rapport clair et concret entre le terroir, l'homme et le vin...

Sur de nombreuses parcelles (et pas des moindres), la vigne est plantée sur des carrières remblayées. Les lieux-dits nommés "Perrières" par exemple. Autre témoignage de l'intervention humaine sur la côte bourguignonne : les meurgers. Ces tas de pierres que l'on rencontre fréquemment dans le vignoble sont le résultat de l'extraction de cailloux gênants pour la culture. 

Dans le cas présent, la lourdeur des moyens mis en œuvre interpelle : la roche est concassée sur 40 cm. Essayons de comprendre, ce qui ne vaut pas approbation, comment on peut en arriver à de telles extrémités. Question d'autant plus pressante que le domaine en question est engagé depuis plus de dix ans en biodynamie… Et la qualité des vins qu'il produit est remarquable.

Le domaine dispose d'une parcelle d'un hectare sur le premier cru Bel-Air et l'intervention a concerné la moitié de la surface. Ce premier cru est situé en haut de coteau, la terre y est très maigre. "Elle se limite à 10 à 20 cm. Dix ans après sa plantation la vigne végète, les racines ne trouvent plus d'oxygène pour descendre", explique Pierre Vincent régisseur du domaine de la Vougeraie. "Les rendements sont limités à 15 hectolitres par hectare." Un problème économique : à ce niveau de production, l'exploitation de la vigne coûte davantage qu'elle ne rapporte. Un problème qualitatif aussi : "Les vins sont maigres, manquent de corps", précise Pierre Vincent. Avec ce procédé, il espère que la vigne va enfin pouvoir s'implanter, s'acclimater. "Il n'y a pas de modification chimique, pas d'apport exogène. Nous apportons davantage de vie", justifie aussi Pierre Vincent. Il assure s'être entouré des conseils de géologues, de pépiniéristes. "Il ne faut pas avoir une vision idéaliste du terroir : quelque chose de pur, sain et intouché", ajoute Nathalie Boisset, en charge de la communication du domaine.

Microbiologiste des sols, Claude Bourguignon ne souscrit pas. Loin de là : "Ils se trompent de cause. Si la vigne n'arrive pas à s'implanter, c'est que le matériel végétal n'est pas bon. Celui que propose les pépiniéristes est de plus en plus lamentable". Sur ce terroir classé en premier cru, il lui semble impensable que la vigne n'arrive pas à s'acclimater. Selon ses propres observations, cette intervention n'avancera à rien. "Après avoir effectué des milliers de coupes de sols, je n'ai jamais vu les racines des vignes pénétrer un horizon défoncé." Si ce constat devait se vérifier, la conclusion serait bien triste. Triste et irréversible…

 

Mise à jour le 16 novembre 2011 :  Le cahier des charges des appellations d'origine en Bourgogne précise : "Toute modification substantielle de la morphologie, du sous-sol, de la couche arable ou des éléments permettant de garantir l'intégrité et la pérennité des sols d'une parcelle destinée à la production de l'appellation d'origine contrôlée est interdite, à l'exclusion des travaux de défonçage classique".

 

 

Communiqué de presse de l'Organisme de Gestion de l'appellation Gevrey-Chambertin (syndicat de producteurs) reçu le 23 novembre : 

 

D’importants travaux de terrassement ont été entrepris au lieu dit Bel Air à Gevrey Chambertin  par le domaine de la Vougeraie.

 

L’ODG de Gevrey-Chambertin conformément à ses statuts, a jugé, que ces travaux étaient de nature à modifier substantiellement la morphologie, du sous-sol, de la couche arable et des éléments permettant de garantir l’intégrité et la pérennité des sols de cette parcelle en appellation d’origine contrôlée.

 

L’ODG interdit formellement le broyage, et a fait stopper ces travaux en urgence le 8 Octobre par courrier recommandé.

 

L’ODG  de Gevrey Chambertin, par la voie son bureau, a exigé à l’unanimité,  la remise en état du terrain, sous peine  de la perte de l’appellation. C'est-à-dire retrait et évacuation de la partie de roche broyée, remise en place  de la  terre d’origine  sur la roche mère, avant la replantation.

 

Le domaine de la Vougeraie a donné son accord  pour la remise en état du site, et a commencé les travaux de réparation.

                                                                

Jean Michel Guillon, président de l’ODG Gevrey-Chambertin.

 

 

Photo : Florence Kennel, avec son amicale autorisation.

 

 

Note : Il arrive de voir des tractopelles dans les vignes à la faveur d'un arrachage pour remonter la terre descendue dans le coteau par les effets de l'érosion (cela s'est constaté récemment dans un grand cru de Vosne-Romanée). Ces travaux ne peuvent être assimilés au cas que nous venons d'exposer. Il s'agit d'une restauration du terroir et non pas d'une modification.

 

 

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Grands crus : la machine à vendanger interdite ?

27 Mai 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #polémique, #AOC

Cinq propriétaires de grands crus souhaitent interdire la machine à vendanger dans leurs vignes. Traditionalisme ou salutaire réflexe de sauvegarde ?

Vendanges-manuelles.jpgUne machine à vendanger dans le Clos de Vougeot ! Impossible ? Non, c'est la scène à laquelle on peut assister tous les ans. Un des propriétaires de ce fameux clos a pris cette option depuis quelques années déjà. Et ce n'est pas l'unique cas de grands crus vendangés à la machine.

Les puristes, attachés à la tradition ou au "folklore" des vendanges, s'offusquent. Il n'y pas qu'eux.

Les grands crus monopoles, La Romanée, La Romanée-Conti, La Tâche, Clos de Tart et La Grande Rue souhaitent que leurs cahiers des charges d'appellation bannissent l'utilisation de ces machines. La proposition a été faite à l'Institut des appellations (INAO). Pourquoi ces cinq là ? Il s'agit de grands crus monopoles dont les propriétaires ont toute latitude pour demander l'amendement des décrets régissant leurs conditions de production, sans rendre de comptes à leurs collègues.

Les tenants de la machine plaideront qu'un engin bien mené et bien réglé fait du bon travail. "Peut-être meilleur encore qu'une équipe de mauvais vendangeurs", entend-on régulièrement. Sans doute vrai. Mais les partisans de l'interdiction ne manquent pas d'objections. Louis-Michel Liger-Belair (propriétaire de La Romanée), président de l'Union des grands crus, fait le tour des arguments plaidant pour l'interdiction. Parmi eux, la configuration des terroirs en grand cru. Installés sur des pentes souvent relativement inclinées, la conduite et le réglage de la machine y sont délicats. Par ailleurs, une vendange mécanique rend le tri des raisins difficiles. Il faut aussi déplorer les éventuels dégâts infligés aux ceps secoués. Ou encore insister sur le fait que le passage d'une machine lourde n'est pas très bon pour les sols… Enfin, et c'est sans doute l'argument qualitatif le plus important : le pinot noir, cépage fragile, déteste être trituré. Plus les raisins sont mis en cuve frais, et parfaitement intacts, plus les chances de produire un grand vin sont importantes. La machine n'offre pas les meilleures garanties dans ce domaine. Beaucoup moins en tous cas que des grappes délicatement posées dans une petite caisse et transportées à la cuverie sans crainte de tassement.

Il est largement admis dans la communauté vigneronne que la machine obère la qualité des vins rouges, mais pas ou très peu celle des blancs (le chardonnay étant moins délicat).

Le seul élément positif de la machine est d'éviter au producteur d'avoir à mobiliser rapidement et à gérer les équipes de vendangeurs. La tâche, c'est vrai, n'est pas toujours simple quand on veut cueillir au juste moment.

Certains producteurs adeptes de la machine en reviennent. Patrick Mallard (Ladoix-Serrigny), propriétaire dans les Cortons a réinvesti dans le sécateur lors des dernières vendanges. Jusqu'alors tenant du 100% machine, il a récolté ses grands crus 2010 à la main. "Ces vins ont plus de fond", constate-t-il. Il prévoit de repasser une plus grande partie du domaine aux vendanges manuelles dès la prochaine récolte.

"Les études ont montré que la qualité d'une vendange mécanique est inférieure à celle d'une vendange manuelle. Les Champenois et les producteurs de crémants de Bourgogne l'ont interdite, nous pouvons nous permettre de l'interdire nous aussi !", conclut Louis-Michel Liger-Belair.

Enfin, on peut aussi évoquer le rôle social des vendanges, une de ces activités ritualisées qui rythmait la vie de nos campagnes il y a encore peu. Elle continue à fournir quelques milliers d'emplois chaque année.

Economiquement, la machine n'a pas grand avantage : une économie de seulement 1 000 euros à l'hectare (selon Louis-Michel Liger Belair). Le prix de quelques fûts neufs… N'oublions pas que l'on parle ici de la crème de la crème de la Bourgogne : les 2% de sa superficie la mieux valorisée… La Bourgogne des grands crus s'honorerait à généraliser cette interdiction.

Photo : Vendanges, manuelles, d'un grand cru de la Côte de Nuits. 

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