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365 jours en Bourgogne

Articles avec #bio tag

Domaine Clerget : des 2012 de plaisir

15 Avril 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Bio

2012 est un excellent millésime en Côte de Nuits. Confirmation au domaine Clerget (Vougeot). Christian et Isabelle Clerget, vignerons exigeants et sans "chichi" en ont tiré de très belles cuvées. 

Pas de discours métaphysique, de théories fumeuses ou  d'inaccessibilité savamment entretenue... C'est sans doute pourquoi une visite chez Isabelle et Christian Clerget reste avant tout un plaisir. Aussi parcequ'ils font d'excellents vins (à des tarifs raisonnables) !

Les vins ont gagné en finesse ces derniers millésimes. Et obtenir de la finesse était peut-être le challenge numéro 1 en 2012. Pour la concentration et la maturité, la nature a fait le reste (voir la conclusion).

L'autre actualité du domaine, c'est l'arrivée de Justine auprès de ses parents. Après un an passé en Nouvelle-Zélande, au sein d'un domaine pratiquant la viticulture bio, elle retrouve donc son vignoble natal. "Justine nous donne déjà un appréciable coup de main et nous ouvre de nouvelles perspectives", explique Christian et Isabelle.  Des évolutions de mode de culture sont en cours... A suivre !

Morey-Saint-Denis Les Crais (blanc) - 14 sur 20
Le nez est expressif, sur la fraîcheur, développant des notes d'agrumes (pamplemousse), de poire. Une petite touche vanillée lui apporte de la suavité. Le deuxième nez propose un caractère plus minéral. La bouche s'exprime dans un registre gourmand et intense. Un vin digeste.

Bourgogne Pinot noir - 15 sur 20
 Le nez s'ouvre sur un registre de petits fruits rouges, framboise, fraise des bois. Très "pinot noir". La bouche est friande, flatteuse sans être artificielle. La bouche s'inscrit dans la continuité. Sa texture est soyeuse, raffinée aussi. Un vin affable et convivial qui donne envie de se resservir.

Morey-Saint-Denis village - 14 sur 20
 Issue d'une vigne de 40 ans, cette cuvée s'affirme avec une belle densité tout au long de la dégustation. Le nez se montre expressif sur la cerise kirschée, les épices (le poivre en particulier). Une structure solide emplit le palais et la finale et fraîche. Un vin bien représentatif de Morey-Saint-Denis. A attendre 2 ans et à déguster avec une belle côte de Bœuf.

Chambolle-Musigny - 17,5 sur 20
 Des arômes délicats se dévoilent sans précipitation au nez : une palette aromatique aux accents floraux (rose, sureau), de framboise. Le deuxième gagne nez gagne en intensité. En bouche, il se met en place sur la pointe des pieds, puis développe une matière tout en finesse. Une finale longue, florale et délicate conclut la dégustation. Tellement Chambolle…

Vosne-Romanée Les Violettes - 19 sur 20
Un magnifique concentré de vosne-romanée. Un vin très intense, expressif, avec beaucoup de charme aussi. Un mélange de fruits rouges, de rose, d'épice lui assure une grande complexité. Sa texture en bouche est soyeuse, tout en affirmant une grande présence. Majestueux et particulièrement harmonieux.
Cette cuvée issue de vieilles vignes (plantées en 1946) a été marquée par de très faibles rendements (raisins millerandés).

Vougeot 1er cru Les Petits Vougeots - 14 sur 20
Des notes de fruits mûrs montent au nez avec générosité. Elles évoquent le coulis de fruits noirs, la gelée de cassis avec une touche fumée. En bouche les tannins sont fins. Un vin qui se dévoile dans l'harmonie et l'élégance plus que dans la puissance. Une finale minérale lui assure un surplus de caractère

Chambolle-Musigny 1er cru Charmes - 16,5 sur 20
Le premier nez se montre retenue, discret, sur des notes de framboise et violette. Signe de son potentiel c'est seulement avec un peu d'aération qui dévoile toute sa complexité et sa classe. Une texture consistante se met en place au palais : les tannins présents, mais sans rugosité. Il allie à la fois volume, longueur et subtilité dans un même élan. Un vin de fête à marier avec une oie rôtie ou un gibier.

Echezeaux grand cru - 15,5 sur 20
Des notes épicés (poivrés) et grillés s'annoncent au premier nez. Des tonalités aromatiques complexes et variées se développent par la suite : la griotte, le clou de girofle, une touche  cacaoté. La bouche s'avance avec une très grande densité. Un caractère massif, d'une grande profondeur, qui ne lui ôte pas une certaine subtilité. Un grand cru de la Côte de Nuits dans toutes ses dimensions.

 

Les terroirs en toute précision
Par sa concentration et sa précision, 2012 s'inscrit dans la lignée des grandes années. Le printemps a naturellement limité la production de raisins et les grappes se sont montrées bien aérées. Une situation dont s'accommode très bien le pinot noir.
Durant l'été, la météo a été parfois chaotique mais la Côte de Nuits a été épargnée par la grêle. La vigne a poursuivi son cycle végétatif sans encombre. Avec le beau temps du mois de septembre, les raisins se sont concentrés en sucres et en arômes progressivement. Le domaine Clerget a vendangé sous un ciel clément à partir du 21 septembre et pendant 5 jours. Un léger tri a permis de mettre en cuve des raisins bien mûrs (très peu de chaptalisation) et équilibrés.
Les vins sont peut-être un peu moins généreux qu'en 2009, mais sans doute plus frais, plus précis. Au final l'expression des terroirs de la Côte de Nuits est particulièrement transparente.

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Vin de viticulteur ou vin de négociant : les cartes se brouillent

2 Avril 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio, #polémique, #Histoire

Négociant ou viticulteur, cette répartition a longtemps structuré la production des vins de Bourgogne. Mais les "genres" se mélangent de plus en plus…  

"Un négociant, c'est un vigneron qui a réussi" a-t-on longtemps dit en Bourgogne. Dira-t-on un jour qu'un vigneron est un négociant qui a réussi ? Les évolutions de la Bourgogne en ce début de siècle peuvent le laisser penser. Dernier exemple en date : le cas Alex Gambal. Nettement moins "maison de négoce" et beaucoup plus "domaine", Alex Gambal vient de reprendre les sept hectares du domaine Christophe Buisson (Saint-Romain) *. "Alex Gambal a exprimé sa volonté de changer de modèle" précise Alexandre Brault, co-gérant de la maison.
Le modèle précédent, c'était celui hérité du 19e siècle. Le négoce achetait du vin en vrac auprès d'une foule de petits vignerons qui ne s'occupaient absolument pas de commerce (la mise en bouteille à la propriété n'a gagné du terrain qu'après la deuxième guerre mondiale).
Quand le négociant parcourait le monde, prospectait de nouveaux marchés, le viticulteur restait un homme de la terre.
Le modèle d'aujourd'hui, c'est l'importance stratégique, vitale même pour un négociant, d'avoir un pied, au moins, dans les vignes.
La raréfaction des sources d'approvisionnement et les prix atteints par les vins ne sont pas étrangers à cette situation. En effet, la course aux approvisionnements est de plus en plus exigeante pour les négociants. D'autant que ces 10 dernières années ont vu se multiplier les créations d'activités de négoce par des vignerons. Des micro-négoces face aux grandes maisons traditionnelles. Cette multiplication concourt toutefois, tout comme les faibles récoltes des derniers millésimes, à assécher le marché du vrac.

Dans la Bourgogne du marché mondialisé d'aujourd'hui, le point crucial n'est finalement pas d'avoir des clients mais de disposer, avec régularité, de bons vins pour les servir…

* Des vignes situées entre Puligny-Montrachet et Nuits-Saint-Georges en passant par Saint-Romain, Auxey-Duresses, Beaune et Savigny-lès-Beaune. Par ailleurs, la maison a acquis environ un hectare de vignes cet hiver. Des parcelles situées en appellation volnay, pommard et bourgogne. L'ensemble de ces vignes étaient certifiées en viticulture biologique, le domaine demeurera intégralement en bio.
Christophe Buisson poursuivera une activité de négoce...

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Des vins bios trop chers ?

26 Mars 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio

Les ventes de vins bios se portent bien en grande distribution. Et pourtant, leur prix est supérieur de 45% au tarif moyen des vins.

Dans la rubrique le bio "poule aux œufs d'or" de la grande distribution, le chiffre doit être versé au dossier : les vins certifiés en bio sont 45% plus chers que le prix moyen du vin en général dans ce circuit de commercialisation…
Pourtant, les viticulteurs ou techniciens bios
parlent
d'un surcoût d'environ 30% engendré par une conversion à l'agrobiologie. Qui empoche la différence de valeur ajoutée ? Le sujet mériterait une enquête appronfondie. Bien dommage, en tous cas, que le consommateur ne soit pas davantage incité à se tourner vers un mode de culture plus respecteux de l'environnement...

Trop tentant sans doute : alors que les ventes de vin dans les hyper et supermarchés ont globalement diminué en 2014 (- 0,6 % / 2013), le segment des vins biologiques a, dans le même temps, sensiblement progressé (+ 13,6 %). Même s’il ne représente que 1 % du volume commercialisé, il a tout de même atteint l'équivalent de 15 millions de bouteilles en 2014 (pour 68 millions d’euros de chiffre d'affaires).
Les vins de Bourgogne n'échappent pas  à cette tendance. Mais le différentiel paraît plus "honnête". Il faut débourser 10 € en moyenne par acheter un bourgogne bio, contre 7,50 € au global. Soit une différence de 33 %. Notons que le prix déjà élevé des vins de Bourgogne est très certainement un frein à une "revalorisation" trop généreuse…
La Bourgogne est du reste en nettte progression sur ce segment (+ 34 % en volume), mais reste peu vendue (0,6 % de ses ventes en grande distribution), avec 161 500 bouteilles achetées en rayon. 20 % des magasins seulement commercialisent du vin de Bourgogne bio, avec en moyenne 1,3 référence en rayon.

Trois appellations représentent près des deux tiers des ventes de vin bio de Bourgogne. Saint-Véran est la plus vendue (45 000 bouteilles), devant le Bourgogne Hautes Cotes de Nuits rouge (33 000 bouteilles) et Chablis (22 000 bouteilles).

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Bonneau du Martray : Corton-Charlemagne version biodynamie

16 Février 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Bio

La culture bio change-t-elle le goût des vins ? L'expérience du domaine Bonneau du Martray, et de son fameux Corton-Charlemagne, apporte un nouvel éclairage sur le sujet.

Ne cherchez pas plus loin le fait majeur de ces 15 ou 20 dernières années en Bourgogne : de nombreux grands domaines ont adopté la viticulture bio ou biodynamique. Le choix de la bio est né d’abord d’une volonté d’évolution culturale mais ses conséquences s'en font ressentir bien au-delà. « Nos vins s’en sont trouvé modifiés », expliquent aujourd'hui les convertis. Beaucoup de vignerons évoquent un surcroît de fraîcheur, de longueur, voire de "minéralité". Sensations souvent rassemblées sous un terme plus générique et technique : acidité.

Corton-Charlemagne Bonneau du Martray« Oui, nous trouvons davantage d’acidité chez mes clients en bio. Mais en terme analytique, c’est de l’ordre du chiffre après la virgule… Cela reste très secondaire », affirme l'œnologue-conseil Thierry Moreau.

Chez les vignerons le constat est plus vigoureusement assuré. « En 1997 (Ndlr : millésime aux acidités particulièrement basses), notre œnologue nous a expliqué que nous avions les acidités les plus élevées de toute la Bourgogne », confie Anne-Claude Leflaive, une des pionnières de la viticulture bio. Vincent Dureuil-Janthial, vigneron bio à Rully, confirme : « Je le vois entre les vins du domaine et les raisins que j’achète en négoce. La différence est énorme ».
Le constat ne se limite pas seulement à l'acidité. Moins surprotégées par les traitements systémiques, moins nourries par des engrais chimiques, les vignes bios sont généralement moins productives. Elles donnent naissance à des raisins plus solidement constitués.

Au domaine Bonneau du Martray (Pernand-Vergelesses), les premiers essais en biodynamie ont été menés sur environ un tiers du vignoble à partir de l'automne 2004. A sa tête, Jean-Charles le Bault de la Morinière s'attachait les conseils de Pierre Masson. Malgré quelques réticences sur l'aspect parfois ésotérique de cette approche, le vigneron (architecte de formation) a été convaincu par ce mode de culture. Depuis 2011, la totalité du domaine est conduite en biodynamie. La récolte 2014 sera certifiée "Demeter".
« Je perçois une différence dans la texture des vins. Un caractère plus tactile, davantage de relief », expose Jean-Charles le Bault de la Morinière.
Après dégustation, le 9 février dernier, de quelques millésimes entre 2013 et 1998, les derniers vins élaborés (2013, 2011, 2009) font indéniablement ressortir un caractère épicé (poivré, réglissé) et salin, particulièrement en fin de bouche. Un trait original qui ressort peu ou pas du tout sur les millésimes antérieurs.
 

La dégustation
 

Corton-Charlemagne 2013 (sur cuve)
Un vin en fin d'élevage. La robe est cristalline. Le nez est discret au premier abord mais déploie une belle intensité au fil de l'aération : un fruit à belle maturité s'exprime sur des notes de pêche, d'orange. La bouche laisse une première impression de souplesse puis une belle vivacité va crescendo pour finir sur une tonalité très salivante et saline.

Corton-Charlemagne 2011
Le nez évoque des notes de fruits secs (amande) mais aussi une belle minéralité. La bouche est élancée, finement ciselée. Une relative "légèreté" qui pourrait laisser sur sa faim si elle n'était pas compensée par une persistance en bouche d'une remarquable intensité (sur le poivre). "Il s'est beaucoup dépouillé ces derniers temps. Jeune c'était un vin particulièrement exubérant, floral". Une bouteille qui ne se goûte pas à son meilleur niveau aujourd'hui mais qui paraît très prometteuse.

Corton-Charlemagne Bonneau du Martray 2009Corton-Charlemagne 2009
"C'est un millésime comme on n'en voit pas souvent dans sa vie, expose Jean-Charles le Bault de la Morinière. Le vin semble nous dire : je suis heureux et j'ai envie de vous rendre heureux". Par le soyeux de sa texture en bouche, sa générosité, ce vin est effectivement une invitation à l'hédonisme. L'équilibre est remarquable. Le nez s'exprime sans le moindre complexe sur des notes de pêches et de minéralité. Un vin taillé pour vieillir quelques décennies.

Corton-Charlemagne 2007
La robe ne montre quasiment aucun signe d'évolution. Le nez présente une palette aromatique assez resserrée mais élégante, sur le miel d'acacia. La bouche est plus en dentelle qu'en puissance. Un vin qui souffre de la comparaison avec 2009, mais qui n'a sans doute pas dit son dernier mot.

Corton-Charlemagne 2006
Un corton-charlemagne qui semble évoluer très lentement, avec une robe là encore sur l'or blanc. Des notes d'amande et de miel montent au nez. La bouche dégage une grande harmonie, un caractère "zen". La gourmandise prend le pas ici sur la minéralité et la longueur.

Corton-Charlemagne 1998
Un petit saut dans le temps. Cette fois la robe est dorée, traduction d'une évolution en adéquation avec les 16 années qui séparent ce vin de sa naissance. Le nez présente une belle association de notes toastées, miellées et légèrement beurrées. La bouche est bien en place, équilibrée. Une longueur respectable conclut la dégustation. Un vin à boire sans plus attendre.

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Sébastien et Delphine Boisseau : « Espoirs de l’année » !

21 Décembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Bio

Ce couple de vignerons est notre révélation 2014. Une récompense bien méritée. Ils montrent que la viticulture bio n’est pas (qu’)une affaire d’opportunisme mercantile…

Il n’y avait pas encore de cuve, et encore moins de fût, au domaine Boisseau lors de ma première visite (2011). J’avais fait deux ou trois passages devant le hameau de Bray (Mâconnais), avant de m’apercevoir que oui, c’était bien là…
Ce couple de jeunes vignerons était, en 2011, à la croisée des chemins (lire ce billet). Certifié en bio depuis 3 ans, ils subissaient la « double peine » : des coûts de production plus élevés que leurs collègues et une non-reconnaissance de leur travail par la cave coopérative à laquelle ils adhéraient à l’époque. Faire du bio dans ces conditions était un véritable sacerdoce…

Ils ont donc sauté le pas en 2012. Les Boisseau quittent, à regret, la cave coopérative dans laquelle leurs parents et grands-parents s’étaient investis par conviction. Autres temps autre conviction… Ils feront eux-mêmes leurs vins.

L’été dernier, le domaine présentaient ses vins à nos dégustations pour la première fois. Et bingo ! A l’aveugle, trois vins sélectionnés sur trois vins présentés.

En blancs, la cuvée de Mâcon-Bray, « Clos Rebetiot 112 » s’octroie un joli 16,5 sur 20. Le numéro 112 fait référence à l’âge de la vigne, plantée en 1900… . Une prime aussi à la cuvée « Mouton Blanc » issue de belles parcelles de la commune. Goûté et approuvé également, le « Mouton noir », un très beau gamay planté sur des sols argilo-calcaires. C’est l’une des particularités de ce secteur du nord du Mâconnais, le cépage s’y plait particulièrement. Les rouges représentent (40 % de la production).

Depuis ma première visite, les Boisseaux ont aménagé une cuverie, investi dans des fûts, mis en bouteille leur premier millésime et même organisé des portes ouvertes. Ils sont aussi devenus « Espoirs de l’année » dans Bourgogne Aujourd’hui. Un beau bout de chemin…

 

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Dans les vignes avec Bruno Lorenzon (Mercurey)

13 Septembre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Millésime 2013, #Bio

Un tour dans les vignes avec Bruno Lorenzon, viticulteur (en bio certifié) parmi les plus méticuleux de Bourgogne. Ses mercurey sont bluffants de précision, de pureté et de profondeur.

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Les caves coop sont-elles bio-compatibles ?

1 Septembre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio

Les caves coopératives bourguignonnes se tiennent, pour l’heure, à l’écart du mouvement de progression du bio en Bourgogne. Un constat qui s’impose en consultant notre liste des producteurs bio.
L’appel a été lancé aux producteurs bio. L’idée étant de dresser une liste des domaines et maisons, certifiés ou en cours de certification, à l’appui de l’article sur la viticulture bio paru dans le dernier Bourgogne Aujourd’hui. Un travail de clarification nécessaire tant ce mot, bio, est parfois utilisé à tort et à travers. Ce régime étant légalement encadré par des dispositions européennes et soumis à contrôle par des organismes certificateurs indépendants, vérifier les allégations des uns et des autres n’a rien de sorcier. Nous avons reçu un grand nombre de réponses avec les attestations officielles adéquates.

On y trouve de nombreux domaines de petites tailles mais aussi de superficie importante. Des producteurs familiaux bien connus (Comtes Lafon, Leflaive, Goisot, Trapet, Lafarge, D’Angerville, etc.), quelques maisons de négoce (Magnien, Decelle-Villa,etc.), mais une seule et unique cave coopérative : La Cave de Genouilly en Côte chalonnaise.

Le poids des caves coopératives est pourtant loin d’être négligeable en Bourgogne : elles produisent environ le quart des vins de Bourgogne. Elles sont notamment très implantées dans le Mâconnais.

La Cave de Genouilly (Côte chalonnaise), petite cave de 95 hectares, a vinifié séparément les 85 ares de Bourgogne Chardonnay qu’un de leurs adhérents cultive officiellement en bio depuis le millésime 2011 (voir ici).

Le vin a été sélectionné (après dégustation à l’aveugle) pour figurer dans la gamme de la Maison de la Côte chalonnaise (Chalon-sur-Saône) ou à la boutique de la cave. Preuve pour les derniers réfractaires que la qualité est souvent au rendez-vous chez les "bios".

Louis Patissier, à la direction, reconnait qu’il n’a pas été évident de faire naître cette cuvée. Pour des raisons techniques (peu de raisins à presser) mais aussi sans doute "culturelles". Le conseil d’administration a toutefois donné son accord et décidé de positionner ce vin dans le haut de la gamme de la cave.

La production de cette cuvée, 2 800 bouteilles, est à peine une goutte d’eau dans le volume produit par les caves coop. On se prend à rêver de l’impact qu’aurait une politique volontariste des caves de se lancer massivement dans l’élaboration de gammes bios… La Chablisienne (Chablis) a tenté l’expérience il y a quelques années, mais n’a pas persévéré.


Dans ce blog, je vous ai déjà fait part de l’expérience, un peu douloureuse, de Sébastien et Delphine Boisseau, jeunes vignerons du Mâconnais. Faute d’avoir vu leur travail en bio valorisé, ils ont décidé de quitter la coopérative où avant eux leurs parents et grands-parents étaient actifs.

Nouvelle étape dans la vie de l'exploitation : la mise en bouteille de leur premier millésime (2012) a été effectuée la semaine dernière. Goûtés sur fût au printemps dernier, les vins étaient particulièrement prometteurs. Mes coups de cœur ont porté surtout sur les cuvées de rouges, en particulier le gamay ("Mouton noir").

Je vous les recommande vivement
. En espérant que leur expérience fasse bouger quelques lignes parmi les coopérateurs…


* Le domaine s’appelle "La Vigne Mouton" à Bray (71250) - Tél. 03 85 50 06 02.

Delphine et Sébastien proposent deux cuvées de blancs en appellation mâcon-Bray : "Vigne Mouton", une sélection parcellaire issue d'un terroir du même nom, et la cuvée "112" (comme l'âge des vignes avec lesquelles elle est produite).  Deux cuvées également en rouge : le "Mouton noir" (gamay donc) et la cuvée de bourgogne-pinot noir "Terre de Chazeux". La gamme devrait se positionner entre 9 et 12 euros.
 

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Vins naturels : il est grand temps que la bulle éclate !

23 Avril 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #vin bio, #polémique, #Bio

De circonlocutions en justifications, la mode des vins naturels démontre chaque jour que ce concept n'est qu'un rideau de fumée.

P4080016.JPG"Ce ne sont pas des bouteilles qui poussent sur les pieds de vignes !", m'a lancé le mois dernier Allison Bonnett, consultante en matière de viticulture durable. Un petit rappel de bon sens ne fait jamais de mal. Un vin n'est pas l'œuvre immaculée de la nature. Du raisin à la bouteille, l'homme joue un rôle majeur. Et pourtant en dépit de ces évidences, la mode des "vins naturels" continue de prospérer.   

Il y a quelques jours encore un professionnel émérite m'envoyait une liste de huit domaines bourguignons proposés par l'un des ses fournisseurs. Aucun n'avait une grande antériorité qualitative. La plupart d'entre eux cultivaient une certaine marginalité et se réclamaient plus ou moins de la mouvance des "vins naturels". Cela suffit visiblement à certains agents, soucieux certainement de se différencier, pour les référencer.

Ce message m'a mis en rogne pour le reste de la journée. Loin de moi l'idée de contester le droit à ces domaines d'exister, de faire leur chemin et d'avoir des clients. Mais comment peut-on, quand on est professionnel du vin, regarder la Bourgogne sous ce seul prisme déformant. L'utilisation ou non du soufre (de toutes façons en petite quantité) est-il vraiment l'élément discriminant qui doit dicter nos choix parmi la vaste gamme des vins de Bourgogne ? Evidemment non. Car le concept de vin naturel est en soi vide de sens, on l'a déjà écrit ici, au prix de quelques insultes (lire ce post). 

L'idée est à ce point fumeuse qu'elle nous conduit aujourd'hui à lire d'interminables circonlocutions et justifications. En témoigne la récente lettre ouverte aux journalistes (rien que ça !) de Jean-Louis Denoix, vigneron du Languedoc. Ou comment un viticulteur noircit trois pages pour nous expliquer l'invention du fil à couper le beurre. "Je veux faire des vins nature guidés par l’homme !", conclut-il. C'est l'ambition de tout vigneron qui travaille sérieusement…

En attendant, les effets collatéraux se font tout de même sentir. "Les doses de soufre ont baissé régulièrement ces dernières années. Nous constatons une recrudescence de problèmes microbiens dans les vins lors des prélèvements du suivi aval de la qualité", affirme Hervé Alexandre, chercheur et enseignant à l’Institut de la vigne et du vin (Dijon). Laissons donc les œnologues et les vignerons sérieux travailler calmement à trouver des alternatives au soufre. En attendant, perçons les ballons de baudruche !

 

Mise à jour le 26/04

"Avez-vous pensé aux dégâts collatéraux ?"

 

Jacques Berthomeau (sur)réagit à cet article

http://minu.me/8v2q

 

Ma réponse :

 

Bonjour M. Berthomeau,

Je vous remercie de vous faire l'écho de mes prises de positions. 

Je ne reviens pas sur le fond du débat, je crois que nous devons être à peu près d'accord si vous prenez la peine de me relire attentivement (quelques surinterprétation de mes propos). Je crois effectivement que le vocable de "vins nus ou "naturistes" est plus honnête. Mais peut-être moins vendeur…

Oui, la baudruche éclatera d'elle-même. Mais avez-vous pensé aux dégâts collatéraux ? Car si le sujet vous fait "gondoler grave", il n'amuse pas vraiment les producteurs qui se donnent du mal à travailler en bio et à se faire certifier. Car dans l'esprit des consommateurs le raccourci "vins naturels" = vin bio est une pente évidemment … naturelle. Et quand dans la tête de ces mêmes consommateurs "vins naturels" sera définitivement égal à vins déviants, oxydés, etc., le préjudice touchera également (surtout ?) les vins bio. Cela serait évidemment fort regrettable tant la démarche bio est pour le coup sérieuse et nécessaire.

A l'occasion parlez-en à Alain Hasard, par exemple, puisque c'est un vigneron dont vous appréciez la perspicacité.

Enfin quelques précisions pour vous éviter de pousser le "bouchon un peu loin dans l'ironie", je suis journaliste en Bourgogne. Ce qui ne veut pas dire que je suis bourguignon. Et encore moins producteur ou possesseur d'un quelconque cépage en Bourgogne. Dois-je ajouter que je ne suis pas, non plus, marchand de soufre ou d'un quelconque produit œnologique ?

J'ai par ailleurs eu l'occasion de parler du domaine de l'Aigle dans les colonnes de Bourgogne Aujourd'hui.  Nos lecteurs savent qu'il ne m'est guère difficile d'admettre que de bons chardonnays puissent être produits ailleurs qu'en Bourgogne.

M. Berthomeau vous prenez la parole fréquemment, souvent avec brio sur des sujets variés. Aussi je m'étonne que vous soyez chatouillé et gratouillé (ou mieux gondolé) que d'autres la prenne sur ce qui fait leur quotidien.

Enfin, les poussages de bouchon n'apportent pas grand-chose à l'expression de vos idées. Ils ne suscitent que commentaires et calembours douteux (que le confortable anonymat d'internet encourage) et n'éclairent pas le débat.

Je précise aussi à françoismb concernant les "donneurs de leçons" que l'on m'a simplement demandé mon avis. Et comme dirait l'autre, c'est mon opinion et je la partage !

Bien à vous et à vos lecteurs,

Laurent Gotti

 

 

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Ils ont sauté le pas !

8 Février 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio

Delphine et Sébastien Boisseau sont viticulteurs bio, certifiés depuis 6 ans. Pour continuer à cultiver leurs vignes selon leurs convictions, ils ont fait un choix radical et courageux…
 
La décision n'a pas été simple à prendre. Tourner la page à des années d'adhésion au système coopératif et investir lourdement. Vignerons dans le Mâconnais (Bray), Delphine et Sébastien Boisseau ont pourtant décidé d'aller jusqu'au bras de fer avec la direction de la cave coopérative qui achetait leurs raisins. Pour ce couple de jeunes vignerons, il n'était plus possible de consentir des efforts substantiels pour cultiver leurs vignes en bio et voir finalement leurs raisins vinifiés avec le reste de la production de la Cave. Ils demandaient que leur production (ainsi que celle de deux autres collègues dans le même cas) soit vinifiée à part et valorisée sous le label bio. Je les avais rencontrés au printemps 2011 (voir le film) à ce stade de leur réflexion (lire ici). De tergiversations en hésitations, la direction de la cave leur a finalement signifié qu'une valorisation de leur vin en bio ne serait pas possible avant 2017. "Je ne sais pas dire si cette réaction était davantage politique que financière", analyse Sébastien Boisseau. Quoi qu'il en soit, c'était le délai de trop pour les Boisseau.
 

Cette frilosité les a convaincus de quitter la cave. Un choix plus facile à vouloir qu'à réaliser. Prenant référence sur les statuts de la Cave, la direction leur a réclamé 70 000 € de pénalité. Il est de meilleurs encouragements pour débuter… D'autant que pour les deux jeunes vignerons se profilaient de lourds investissements. Les installations et le matériel pour vinifier eux-mêmes leur premier millésime restaient à faire naitre : cuverie, pressoirs, fûts, etc. Avec l'aide d'un juriste, ils ont réussi à négocier à la baisse leur "bon de sortie". Ils ont finalement vinifié leurs premiers vins en 2012*. Leurs bouteilles seront commercialisées à l'automne prochain.
Pour assurer de la trésorerie plus rapidement, les Boisseau ont vendu une partie de leurs raisins, et des moûts (jus de raisin), à des vignerons bios dont certains sont bien connus (Nicolas Maillet, Franz Chagnoleau, Vincent Dureuil-Janthial…). La qualité de leur travail a abouti à une valorisation de 30 à 50% supérieure à celle qu'ils obtenaient à la Cave !

La morale de l'histoire est à la fois enthousiasmante et navrante. Point positif, la Bourgogne va gagner une nouvelle référence : deux jeunes vignerons passionnés et hyper méticuleux dans leur culture de la vigne. Ils devraient sans tarder se faire un nom parmi les domaines recommandables du Mâconnais. Nous aurons l'occasion de goûter prochainement leurs vins et nous nous en ferons l'écho sur ce blog. Mais le constat est tout même peu reluisant : une structure coopérative de 1 100 hectares, avec les moyens que cela sous-entend, n'a pas saisi l'importance de promouvoir une viticulture labélisée bio. L'exemple de Sébastien et Delphine Boisseau aurait dû servir de levier pour faire évoluer les pratiques d'un plus grand nombre de coopérateurs. Il reste donc encore du chemin à la Bourgogne pour s'imposer comme une référence en matière de viticulture durable.
 
*Le domaine compte 9 hectares sur les appellations mâcon-bray, mâcon-villages, bourgogne rouge, bourgogne aligoté, crémant de Bourgogne.
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Tous des profiteurs ?

27 Octobre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Bio, #Biodynamie

La boite à insultes et anathèmes est grande ouverte depuis la divulgation des pitoyables pratiques du DG de Marie-Claire. Voici une autre petite histoire de journaliste. En passant... 

Vignes Bret BrothersC'est l'aventure de trois frères. Jean-Philippe, Jean-Guillaume et Marc-Antoine Bret. Ils ont grandi dans une ville nouvelle de la région parisienne (Elancourt). Bien loin de la roche de Solutré qui les voit aujourd'hui s'épanouir. "Nous passions toutes nos vacances à Vinzelles dans le Mâconnais. Notre grand-père maternel nous emmenait chez ses amis vignerons". La famille est également propriétaire de quelques parcelles de vignes confiées à la cave coopérative locale. Très tôt, les jeunes garçons ont projeté de reprendre l'exploitation de ce vignoble. De devenir vignerons. En 2000, Jean-Philippe et Jean-Guillaume donnaient donc un nouveau souffle au Domaine de la Soufrandière.
Ils passent énormément de temps à soigner leurs vignes et optent dès le départ pour la viticulture bio (ils sont depuis certifiés en biodynamie). Ceux qui ont vu le film de Guillaume Bodin (
La Clef des terroirs) auront un bon aperçu de leur approche. En 2002, ils présentent leurs premiers millésimes, alors mis en bouteille, à nos dégustations. Ils ont alors 28 et 27 ans. La qualité de leurs Pouilly-Vinzelles fait mouche dans nos sélections à l'aveugle. Ils sont mis en avant (BA 47), textes et photo, parmi les domaines à ne pas manquer. Ils connaissent alors pour la première fois les honneurs de la presse. Le domaine de la Soufrandière et l'activité de négoce qu'ils ont développés dans un deuxième temps (Bret Brothers) ont depuis régulièrement été mentionnés dans nos pages. La qualité de leurs vins a même encore franchi un palier ces derniers millésimes. Nous les avons d'ailleurs titrés "Vignerons de l'année" dans notre magazine à paraître début décembre. Je les ai rencontrés à nouveau ce lundi pour la rédaction de l'article qui accompagnera notre palmarès.

Dois-je le préciser, rédacteur en chef adjoint de ce magazine, je n'ai jamais reçu aucune gratification de leur part (pas de coffre rempli de bouteilles pour ces articles), les frères Bret n'achètent pas d'espaces publicitaires dans nos pages. Ils ne sont pas de ces "gros opérateurs" disposant d'un budget conséquent pour s'offrir des campagnes de presse ou de relations publiques. 

Vous l'aurez compris, l'envie m'est venue d'écrire ce post en lisant les réactions à la pitoyable histoire du DG de Marie-Claire. L'homme qui s'invitait accompagné dans les restaurants de son choix pour de prétendues raisons rédactionnelles...  (lire ici). A la lecture des réactions du type  "les journalistes se croient tout permis c’est bien connu !", "tous des profiteurs", "rois de l’avantage en nature", j'aimerais signaler par cet exemple que tous les journalistes ne se reconnaissent pas dans le type de comportement de cadre d'un groupe de presse. J'en connais de nombreux parmi mes collègues. Et pour prendre un peu de hauteur, j'invite ceux qui ont l'insulte et l'amalgame faciles, devant leurs écrans d'ordinateurs, à lire un rapport de Reporters sans frontières. Histoire de rappeler que, parmi les titulaires de la carte de presse, un certain nombre d'entre eux n'ont plus, ou n'auront plus la chance, de payer leurs additions en sortant du restaurant.
Journalisquement vôtre !

Photo : Les vignes des frères Bret dans l'objectif de Guillaume Bodin. 

 

Ps : Une anecdote montrant que le goût de l'avantage en nature n'est pas le monopole d'une profession en particulier. Un négociant retraité de Beaune m'a raconté qu'un jour son banquier organisait une fête pour une occasion quelconque. Ce dernier lui a demandé : "Vous n'auriez pas des bouteilles à nous donner puisque vous en avez beaucoup à disposition". Le négociant lui a répondu : "Avec plaisir, en échange vous n'auriez pas de l'argent à me donner puisque vous en avez beaucoup à disposition !"

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