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365 jours en Bourgogne

Articles avec #chablis tag

Une cuvée de Chablis aux Hospices de Beaune !

19 Février 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Hospices de Beaune, #Chablis

La 47e cuvée des Hospices de Beaune est un Chablis premier cru ! Le vigneron chablisien Jean-Marc Brocard fait un don d'une vingtaine d'ares de Côte de Léchet à l'institution beaunoise.

"Je suis très enthousiaste, honorée. C'est un beau challenge pour les Hospices de Beaune", réagit Ludivine Griveau, toute nouvelle régisseur des Hospices de Beaune. Une vingtaine d'ares de Chablis Côte de Léchet viennent d'entrer dans le giron des Hospices. La célèbre institution bourguignonne met donc pour la première fois les pieds à Chablis.
La vigne sera conduite par les équipes du domaine Brocard, en bonne entente avec Ludivine Griveau.
Côte de Léchet est un très beau terroir chablisien. Installé sur un calcaire kimméridigien, identifiable par ces fameuses petites huîtres fossilisées, ce terroir a pour particularité d'être exposé au sud et donc de favoriser de bonnes maturités. On y retrouve généralement la fameuse minéralité chablisienne enveloppée dans une matière puissante et généreuse. "La pente est modérée et le sol très pierreux, pauvre", analyse Ludivine Griveau qui a déjà visité la parcelle.

La précédente donation aux Hospices de Beaune date de 2011, avec une parcelle de grand cru Echezeaux (Côte de Nuits). Le nom de la future cuvée n'a pas encore été déterminé.
Le domaine des Hospices de Beaune compte une soixantaine d'hectares principalement en Côte de Beaune et en Côte de Nuits. Un domaine essentiellement constitué par des dons depuis sa création en 1457.

Jean-Marc Brocard fait parti des personnalités qui incarnent le spectaculaire succès chablisien de ces 40 dernières années. Il est pourtant originaire de Côte-d'Or. Son beau-père, vigneron à Saint-Bris-le-Vineux (Yonne) l'a initié au vin. Il a loué ses premières terres en 1974. Jean-Marc Brocard exploite aujourd'hui 150 hectares de vignes et commercialise l'équivalent de 400 hectares.

Rendez-vous à l'automne prochain pour le premier millésime de ce Chablis version Hospices de Beaune !

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Le mystère de La Moutonne élucidé

3 Novembre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Chablis, #Grand cru, #Histoire

La longue histoire liant moines et vins de Bourgogne a donné naissance à des mythes. Le Chablis grand cru La Moutonne offre un parfait exemple d’une légende savamment entretenue. 

C’est un cas d’école. Celui de la Moutonne, grand cru de Chablis. Voici ce qu’il s’écrit à son sujet depuis des décennies : cette vigne est une ancienne possession des moines cisterciens de l’Abbaye de Pontigny (puissante abbaye de la région au Moyen Age) reprise, après la révolution, par l’un des moines « passé dans le privé ». Quant à son nom, il rendrait hommage aux propriétés euphorisantes du vin produit.  « Il faisait sautiller les moines comme des petits moutons ». D'autres ont cru y voir la déformation du mot anglais « mountain ».

Où est le vrai du faux dans cette histoire ? En préparant, notre hors-série Les Moines et le vin, paru la semaine dernière, j’ai posé la question à Jean-Paul Droin, historien chablisien. Chance ! Ce dernier venait tout juste d’étudier la question et de rédiger une synthèse (1). Il a eu accès à des archives inédites. 

Premier constat, décapant : La Moutonne n’a pas appartenu à l’Abbaye de Pontigny ! L’erreur sur son origine vient certainement du fait qu’elle a été adjugéee lors d’une vente comptant aussi des biens de l’abbaye cistercienne. L’histoire était belle et vendeuse, il était sans doute difficile d’y ajouter, plus tard, quelques ratures… L’origine de cette vigne est toutefois bien religieuse : elle appartenait au Chapitre Saint-Martin de Chablis. 

En revanche, il est exact qu’elle a été acquise pas un ancien moine de Pontigny. Et pas n’importe lequel : Simon Depaquit était moine-procureur. Son rôle était de veiller sur les propriétés de l’abbaye (et autres intérêts temporels). On notera au passage que faire vœux de pauvreté et être avisé en affaires n’est pas incompatible.

Mais mieux vaut rester discret semble avoir
prudemment  pensé notre homme : lors de la vente aux enchères des biens de l’Eglise, un certain Mignard s’est officiellement vu adjuger le lot. Un prête-nom : Mignard rétrocéda La Moutonne (une parcelle d’un peu plus d’un hectare à l’époque) à l’ex-moine le mois suivant.

Plus généralement Simon Depaquit mettra à profit les bouleversements de la Révolution pour se constituer un confortable patrimoine… Il deviendra un notable de la ville, accédant même au fauteuil de maire de Chablis. Sur un plan plus personnel, Jean-Paul Droin nous apprend que Depaquit se mariera à 46 ans et aura quatre enfants.

« Non satisfait d’avoir fait l’acquisition des meilleurs vignes de l’abbaye (il les connaissait bien en tant que dernier procureur), il acheta encore à la Nation les bâtiments que l’abbaye possédait à Chablis ainsi que l’église paroissiale et une chapelle attenante qu’il fit démolir afin de construire avec les matériaux, le mur d’enceinte de son parc. », écrit Jean-Paul Droin. On peut donc parler d’un moine définitivement défroqué…

Restait à éclaircir le mystère du nom, singulier, de cette vigne. Les explications ayant cours paraissent pour le moins fantaisiste. Pour Jean-Paul Droin, il s’agit d’une référence à Antoine Mouton. Ce vigneron a exploité le vignoble au début du 18e siècle. Surnommer les vignes du nom féminisé de l’exploitant était assez fréquent à l’époque.

Ces mises au point faites, précisons que la Moutonne originelle s’est depuis élargie et compte aujourd'hui 2,35 hectares. Ce grand cru constitue toujours la pépite du domaine Long-Depaquit (acquis en 1971 par la maison beaunoise Albert Bichot). Il est remarquablement bien exposé au cœur d’un amphithéâtre et donne un des vins de Chablis les plus puissants. Anciennes vignes de Pontigny ou pas…

 

1 - Notre magazine étant alors pratiquement bouclé, il n’a été possible de mentionner qu’une partie de précisions apportées par le travail de Jean-Paul Droin.

 

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Chablis : les vins du milieu

22 Mars 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Chablis, #Jean-Paul Droin

Entre la Bourgogne et la Champagne les viticulteurs chablisiens se sentent parfois assis entre deux chaises. Une caractéristique qui n’a rien de nouveau. Même certaines étiquettes en témoigne…

Chablis-mont-de-milieu.JPGChablis est un vignoble qui a de longue date cultivé une certaine singularité en Bourgogne. Il s’est même affirmé comme le rebelle de la famille. L’année dernière encore les producteurs chablisiens ont menacé de quitter l’interprofession bourguignonne. Ils ne s’y sentaient pas suffisamment représentés. Des négociations en haut-lieu ont mis fin à la discorde. Mais le sujet est récurrent dans l’histoire des organismes professionnels en Bourgogne.
Ce questionnement d’identité chablisien est ancien. Le Comté de Champagne et le Duché de Bourgogne se sont autrefois disputés ces terres. J’ai demandé à Jean-Paul Droin de nous faire la primeur de quelques-unes de ses trouvailles sur la toponymie des climats de Chablis. Vigneron et passionné d’histoire,  il va prochainement faire paraitre un ouvrage (édité par le BIVB) sur le sujet. Ainsi, l’un des célèbres climats du vignoble est l’héritage direct de cette ambivalence ancestrale. Voici ce qu’écrit Jean-Paul Droin au sujet du premier cru Mont de Milieu :
Prononcé « Mont de Miyeux », orthographié « Montmelliant » en 1218, « Mont de Milleux » en 1398, ce nom évoque la particularité de cette colline qui, autrefois, trouvait en son milieu une frontière : d’un côté le finage* de Chablis, alors situé dans le Comté de Champagne et de l’autre celui de Fleys qui se trouvait dans le Duché de Bourgogne.
*Finage : circonscription sur laquelle un seigneur ou une ville avait droit de juridiction.

Sur un autre sujet, je ne résiste pas à vous livrer également son explication sur Fourchaume :
Ce nom vient probablement de la contraction des mots  « fourches à hommes », le sinistre gibet nommé aussi « fourches patibulaires » composé de deux poutres appelées fourches fichées en terre. Le Seigneur de Maligny exerçant son droit de haute justice sur ce village et sur les territoires de Villy et de La Chapelle Vaupelteigne, il est fort probable que le gibet ait été installé au carrefour de ces trois communes, loin des habitations, mais en un lieu visible depuis les voies de communication, au pied de la côte de « Fourchaume ».

Ou encore celui du grand cru Grenouille :
Ecrit « gernoille »  au Moyen Age, prononcé « Guernouille » par les anciens chablisiens, ce mot en vieux français signifie « grenouille ». Les premiers ceps de vigne du bas de ce coteau se trouvant proche de la rivière, des batraciens venaient sans doute tenir compagnie aux vignerons. Jean-Paul Droin a retrouvé trace de ce « gernoille » dans un livre de compte de 1484 de l’Obédiencerie des moines bénédictins de l’abbaye de Saint-Martin de Tours.

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Chablis revendique le plus ancien "climat" de Bourgogne.

19 Mars 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Chablis, #Climats au patrimoine de l'humanité

Vigneron et archiviste à Chablis, Jean-Paul Droin, a retrouvé mention du mot "climat", synonyme bourguignon de terroir, dans un document daté de 1572.  

Beugnons.JPGJusqu'à présent nous faisions remonter la plus ancienne mention du mot "climat" à 1584 (lire sur son origine). Ce concept est, rappelons-le, au cœur de la démarche d'inscription d'une partie du vignoble bourguignon au patrimoine mondial de l'humanité. Voici ce que nous écrivions :

"Jean-Pierre Garcia et Thomas Labbé, du laboratoire ARTeHIS (Université de Dijon), l'ont identifié dans des documents de compte des Chanoines de Saint Mamet de Langres (conservés aux archives départementales de Côte d'Or). Il y est question de vignes "au dit climat de Champt Berthin" (aujourd'hui Chambertin). Jusqu'alors la plus lointaine trace identifiée de ce mot datait d'un ouvrage paru en 1728 sous la plume de l'Abbé Arnoux."

Jean-Paul Droin, vigneron et passionné d'histoire, nous a fait part d'une de ses trouvailles. Elle repousse de quelques années encore l'ancienneté du mot dans son utilisation viticole. C'est dans un document d'arpentage des vignes appartenant à l'Abbaye de Pontigny qu'il a découvert ce fameux terme. Il y est question d'un terroir aujourd'hui classé en premier cru (Beugnon) : "…dont il y en a au climat du Beugnon fynaige de Chablies demy arpent et 10 cordes…". Ce texte est daté du 5 septembre 1572.

Chablis était pour parti sous la coupe champenoise (sans jeu de mot !) à l'époque, mais cette précision montre que ce célèbre vignoble, bien que n'étant pas inclus dans le site soumis à l'inscription Unesco, entend ne pas rester à l'écart de ce foisonnant débat sur les climats.

 

* Les vins du domaine Droin, aujourd'hui sous la conduite de Benoit Droin, figurent parmi les meilleures références chablisiennes. A mettre impérativement dans vos bonnes adresses, si ce n'est déjà fait !

Photo : Les vignes du premier cru Les Beugons du Château Long-Depaquit (Crédit : Long-Depaquit)

 

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