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365 jours en Bourgogne

Articles avec #grand cru tag

La Romanée : la grande dame à la fête

16 Juin 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Grand cru

La famille Liger-Belair fêtait vendredi dernier le bicentenaire de son installation en Bourgogne. L'occasion de revenir sur les douze derniers millésimes du fleuron du domaine et de la Côte de Nuits : La Romanée…

Louis-Michel Liger-Belair n'a jamais caché qu'il se sentait particulièrement chanceux. Et ce n'est pas ce coup d'œil dans le rétroviseur qui le détournerait de ce sentiment. Voilà 15 ans maintenant qu'il a pris ses marques, avec son épouse Constance, au Château de Vosne-Romanée. Sous les encouragements de son père, Henry Liger-Belair, militaire de carrière, il passait un diplôme national d'œnologue en 2001. Finalement, l'année suivante, la famille reprenait l'exploitation directe de la Romanée.*
Vendredi dernier, ils avaient convié quelques professionnels, journalistes, membres de la famille ou de l'équipe du domaine, etc., à cet anniversaire.
L'occasion rare de déguster, entre autres, la douzaine de millésimes de La Romanée, nouvelle époque, née dans les caves du Château.

* A partir de 1976, La Romanée a été le fruit d'une collaboration entre le Château de Vosne-Romanée, propriétaire du vignoble et la maison beaunoise Bouchard Père et Fils. La maison Bouchard Père et fils a poursuivi la commercialisation de la moitié la production jusqu'en 2005.

2013 : 17 sur 20

Une belle réussite dans un millésime peu évident. Le premier nez campe sur la retenue mais après quelques secondes d'aération, il développe des notes de violette, de mûre. Une palette aromatique s'exprimant avec beaucoup de pureté. Ce mélange de fruit à maturité et de tonalités florales lui assurent profondeur et délicatesse à la fois. En bouche, les tannins montrent une grande classe, un raffinement qui rend cette romanée pleine de charme et d'élégance.

2012 : 15,5 sur 20

Le nez propose une belle palette d'épices et de fruits noirs. Une note un peu plus sauvage se dévoile également. En bouche, les tannins sont denses et légèrement revêches pour l'heure. Un vin assis sur une matière serrée, accrocheuse, qui demandera quelques années de garde pour se détendre. "La Romanée est une grande Dame qui ne se donne jamais tout entière", affirmait le Chanoine Just Liger-Belair, un aïeul de Louis-Michel. Le millésime illustre judicieusement ce propos.

2011 : 16,5 sur 20

Le vin conjugue la pureté, la féminité naturelle de ce grand cru, avec le caractère d'un millésime précoce, qui lui aussi s'exprime en subtilité. Le résultat donne une Romanée particulièrement aérienne, délicate. La matière en bouche est fraîche et surtout d'une très grande longueur. Un grand cru d'une remarquable précision et finesse.

2010 : 18 sur 20

Il a souvent été écrit que l'unique tort d'un millésime comme 1991 a été d'être précédé par 1990. La remarque vaut pour 2010, resté dans l'ombre de son médiatique aîné 2009. Le nez est particulièrement envoûtant sur des arômes de petits fruits noirs et rouges, de rose, de violette... La bouche s'inscrit dans cette lignée, sa texture semble effleurer subtilement le palais, sans pour autant manquer de présence. La finale est très longue.

2009 : 16,5 sur 20

Un mélange de cannelle, de pain d'épice et de fruits noirs montent au nez avec générosité. Un caractère épicé que l'on retrouve en bouche. Cette Romanée montre la présence et l'ampleur que l'on rencontre souvent dans ce millésime (montrant dès sa jeunesse des aptitudes peu communes à donner beaucoup de plaisir). Il affirme cependant des tannins plutôt robustes incitant volontiers à lui laisser quelques années de garde.

2008 : 14,5 sur 20

Un millésime tardif, assez reconnaissable par sa faculté à exacerber des notes épicées : cannelle, clou de girofle, etc. Ce grand cru s'exprime effectivement dans ce registre mais sans se départir d'une certaine finesse. La bouche peut laisser sur sa faim tant en termes d'ampleur et que de longueur.

2007 : 15 sur 20

Tant à la robe qu'au nez, cette Romanée montre les signes d'un vin qui a quitté sa prime jeunesse pour exprimer un caractère un peu plus tertiaire : des notes de sous-bois, de fruits noirs confits se déploient. La bouche offre beaucoup de plaisir, déroulant un joli tapis de tannins veloutés.

2006 : 19 sur 20

C'est certainement la très grande émotion de cette série. Et une surprise aussi de voir ce millésime (qualifié bien souvent d'intermédiaire) livrer un vin avec une telle présence, une telle générosité. Le tout en préservant une grande fraîcheur. Il offre des notes généreuses de cerise, de violette, avec une touche minérale en prime. Il entre avec éclat en bouche et s'allonge comme la traîne d'une mariée. Tout est là, ni plus ni moins.

2005 : 16,5 sur 20

Etonnant à constater mais il semble bien que ce 2005 souffre de la comparaison avec 2006… Ajoutons sans attendre que tout est relatif. Cette Romanée est intrinsèquement une grande bouteille. Elle demeure d'une irréprochable fraîcheur sur le plan aromatique (groseille, framboise, cerise), et d'une grande vigueur en bouche. Les tannins restent toutefois serrés et un peu stricts. Le seul domaine où 2005 égale 2006 se situe sur la longueur en bouche. Elle est ici exceptionnelle.

2004 : 14,5 sur 20

Voilà de quoi étayer l'idée que les grands terroirs sont souvent capables de s'affranchir des millésimes compliqués. Ce vin n'est pas un monument de concentration ni de puissance, il reste cependant à un niveau tout à fait cohérent dans cette série, offrant même une certaine gourmandise en bouche.

2003 : 17 sur 20

Les craintes de voir ce millésime, particulièrement chaud et atypique en Bourgogne, se faner très vite sont démenties, une nouvelle fois… La robe est d'une profondeur supérieure à la moyenne mais surtout d'une grande jeunesse. Une texture dense et suave vient caresser le palais. Un caractère réglissé s'installe durablement en bouche.

2002 : 14,5 sur 20

La robe montre quelques signes d'évolution et des notes de cerise à l'eau de vie montent au nez. Si son expression aromatique est assez intense et développée, en bouche la matière s'affirme avec une certaine austérité. Ce millésime plutôt bien accueilli à sa naissance, pour son harmonie, ne tient pas toutes ses promesses. La nouvelle équipe du domaine, avec à sa tête Louis-Michel Liger-Belair, a depuis pris ses marques. Elle en tirerait certainement autre chose aujourd'hui.

 

Mythique trilogie

"La Romanée est symphonique, tout en harmonie. Tous les éléments constitutifs d'un grand vin s'y trouvent réunis, mais aucun ne domine les autres", écrit Jean-François Bazin dans un ouvrage spécialement édité pour ce bicentenaire. On ne saurait lui donner tort après cette dégustation.
Son élégance naturelle en fait bien une des nuances et des composantes de la mythique trilogie des "Romanée", avec la très fameuse Romanée-Conti et la Romanée-Saint-Vivant.

Son originalité provient aussi de son statut de plus petite appellation d'origine de France : 84 ares et 52 centiares, autant dire un grand jardin. Située plus haut sur le coteau que la Romanée-Conti, la vigne s'épanouit sur une pente assez marquée (entre 10 à 12%). L'argile y est aussi moins présente.
A son arrivée, l'une des priorités de Louis-Michel Liger-Belair a été d'infléchir nettement le mode du culture de la vigne. "Je voulais passer le domaine en bio, mettre en place un travail du sol au cheval. Je suis arrivé pile au bon moment : les conditions autour de moi étaient remplies pour que je le fasse. Je n'aurais pas pu le faire quelques années auparavant…" , m'expliquait-il en 2012 (Bourgogne Aujourd'hui n°105). Le domaine est maintenant certifié en biodynamie. Il faut quelques années à la vigne pour amortir la transition et il y a fort à parier que la même dégustation, menée dans 12 ans, montrera davantage de constance et de plénitude dans les vins. Tout comme l'expérience acquise en vinification. "Je pense, par exemple, que je n'ai pas amené mes 2005 au niveau où ils auraient pu être", confiait également Louis-Michel.
Outre le privilège de s'imprégner sur une douzaine d'années du caractère de ce grand cru rare (3 à 4 000 bouteilles les bonnes années), cette verticale a permis de bousculer quelques idées reçues sur la "grandeur" ou la faiblesse attribuées, souvent précipitamment, à chaque millésime. 2006 s'est joué de 2005 et 2010 a supplanté 2009. Qui l'eut cru au regard du buzz suscité par 2009 et 2005, quasiment dès la récolte ! Comme quoi dans le domaine du vin comme dans beaucoup d'autres la frénésie de l'instant n'est pas bonne conseillère !

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Bonneau du Martray : Corton-Charlemagne version biodynamie

16 Février 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Bio

La culture bio change-t-elle le goût des vins ? L'expérience du domaine Bonneau du Martray, et de son fameux Corton-Charlemagne, apporte un nouvel éclairage sur le sujet.

Ne cherchez pas plus loin le fait majeur de ces 15 ou 20 dernières années en Bourgogne : de nombreux grands domaines ont adopté la viticulture bio ou biodynamique. Le choix de la bio est né d’abord d’une volonté d’évolution culturale mais ses conséquences s'en font ressentir bien au-delà. « Nos vins s’en sont trouvé modifiés », expliquent aujourd'hui les convertis. Beaucoup de vignerons évoquent un surcroît de fraîcheur, de longueur, voire de "minéralité". Sensations souvent rassemblées sous un terme plus générique et technique : acidité.

Corton-Charlemagne Bonneau du Martray« Oui, nous trouvons davantage d’acidité chez mes clients en bio. Mais en terme analytique, c’est de l’ordre du chiffre après la virgule… Cela reste très secondaire », affirme l'œnologue-conseil Thierry Moreau.

Chez les vignerons le constat est plus vigoureusement assuré. « En 1997 (Ndlr : millésime aux acidités particulièrement basses), notre œnologue nous a expliqué que nous avions les acidités les plus élevées de toute la Bourgogne », confie Anne-Claude Leflaive, une des pionnières de la viticulture bio. Vincent Dureuil-Janthial, vigneron bio à Rully, confirme : « Je le vois entre les vins du domaine et les raisins que j’achète en négoce. La différence est énorme ».
Le constat ne se limite pas seulement à l'acidité. Moins surprotégées par les traitements systémiques, moins nourries par des engrais chimiques, les vignes bios sont généralement moins productives. Elles donnent naissance à des raisins plus solidement constitués.

Au domaine Bonneau du Martray (Pernand-Vergelesses), les premiers essais en biodynamie ont été menés sur environ un tiers du vignoble à partir de l'automne 2004. A sa tête, Jean-Charles le Bault de la Morinière s'attachait les conseils de Pierre Masson. Malgré quelques réticences sur l'aspect parfois ésotérique de cette approche, le vigneron (architecte de formation) a été convaincu par ce mode de culture. Depuis 2011, la totalité du domaine est conduite en biodynamie. La récolte 2014 sera certifiée "Demeter".
« Je perçois une différence dans la texture des vins. Un caractère plus tactile, davantage de relief », expose Jean-Charles le Bault de la Morinière.
Après dégustation, le 9 février dernier, de quelques millésimes entre 2013 et 1998, les derniers vins élaborés (2013, 2011, 2009) font indéniablement ressortir un caractère épicé (poivré, réglissé) et salin, particulièrement en fin de bouche. Un trait original qui ressort peu ou pas du tout sur les millésimes antérieurs.
 

La dégustation
 

Corton-Charlemagne 2013 (sur cuve)
Un vin en fin d'élevage. La robe est cristalline. Le nez est discret au premier abord mais déploie une belle intensité au fil de l'aération : un fruit à belle maturité s'exprime sur des notes de pêche, d'orange. La bouche laisse une première impression de souplesse puis une belle vivacité va crescendo pour finir sur une tonalité très salivante et saline.

Corton-Charlemagne 2011
Le nez évoque des notes de fruits secs (amande) mais aussi une belle minéralité. La bouche est élancée, finement ciselée. Une relative "légèreté" qui pourrait laisser sur sa faim si elle n'était pas compensée par une persistance en bouche d'une remarquable intensité (sur le poivre). "Il s'est beaucoup dépouillé ces derniers temps. Jeune c'était un vin particulièrement exubérant, floral". Une bouteille qui ne se goûte pas à son meilleur niveau aujourd'hui mais qui paraît très prometteuse.

Corton-Charlemagne Bonneau du Martray 2009Corton-Charlemagne 2009
"C'est un millésime comme on n'en voit pas souvent dans sa vie, expose Jean-Charles le Bault de la Morinière. Le vin semble nous dire : je suis heureux et j'ai envie de vous rendre heureux". Par le soyeux de sa texture en bouche, sa générosité, ce vin est effectivement une invitation à l'hédonisme. L'équilibre est remarquable. Le nez s'exprime sans le moindre complexe sur des notes de pêches et de minéralité. Un vin taillé pour vieillir quelques décennies.

Corton-Charlemagne 2007
La robe ne montre quasiment aucun signe d'évolution. Le nez présente une palette aromatique assez resserrée mais élégante, sur le miel d'acacia. La bouche est plus en dentelle qu'en puissance. Un vin qui souffre de la comparaison avec 2009, mais qui n'a sans doute pas dit son dernier mot.

Corton-Charlemagne 2006
Un corton-charlemagne qui semble évoluer très lentement, avec une robe là encore sur l'or blanc. Des notes d'amande et de miel montent au nez. La bouche dégage une grande harmonie, un caractère "zen". La gourmandise prend le pas ici sur la minéralité et la longueur.

Corton-Charlemagne 1998
Un petit saut dans le temps. Cette fois la robe est dorée, traduction d'une évolution en adéquation avec les 16 années qui séparent ce vin de sa naissance. Le nez présente une belle association de notes toastées, miellées et légèrement beurrées. La bouche est bien en place, équilibrée. Une longueur respectable conclut la dégustation. Un vin à boire sans plus attendre.

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La Romanée : Henry Liger-Belair n'est plus

3 Février 2015 Publié dans #Grand cru

Le général comte Henry Liger-Belair est décédé le 29 janvier dernier. Il a présidé aux destinées du Château de Vosne-Romanée et à son fameux grand cru La Romanée, fleuron de la Côte de Nuits.

Henry Liger-Belair était le fils de Michel, comte Liger-Belair. Ce dernier avait sauvegardé en 1933, avec son frère Just, quelques parcelles d'un domaine familial qui a compté jusqu'à une soixantaine d'hectares à la fin du 19° siècle (dont La Tâche et de nombreux premiers crus de Vosne).
Parmi ces parcelles : La Romanée (monopole de la famille depuis 1826), voisine de la Romanée-Conti et des Richebourg.
Henry Liger-Belair s'est engagé dans une carrière militaire en 1947. Un parcours brillant qui le conduira jusqu'au grade de général.
Il renouait ainsi avec une tradition familiale : son ancêtre le Vicomte Louis Liger-Belair était un général napoléonien. C'est ce dernier qui avait acquis le Château de Vosne-Romanée et ses vignobles.
Pendant qu'Henry Liger-Belair poursuivait sa vocation d'officier, le domaine du Château de Vosne était confié à des métayers pour le travail de la vigne. Des négociants de la région commercialisaient les vins.
Apprenant au début des années 1980 que son jeune fils, Louis-Michel, souhaitait reprendre le domaine, Henry l'incita à entreprendre des études supérieures dans le vin. Louis-Michel Liger-Belair passait notamment un diplôme national d'œnologue en 2001. Finalement, en 2002, Henry et Louis-Michel reprennaient l'exploitation directe de la Romanée. La maison Bouchard Père et fils poursuivra la commercialisation de la moitié la production jusqu'en 2005.
Depuis la Romanée a retrouvé son lustre et son statut de petite sœur de la Romanée-Conti. Elle est exploitée en biodynamie (certifiée). Ce grand cru a pour particularité d'être la plus petite AOC de France (84 ares et 52 centiares) et produit 4 000 bouteilles, les bonnes années…

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Des grands crus à la Saint-Vincent tournante !

16 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Saint-Vincent

Pour la première fois depuis 1938, date de la création de l'évènement, les participants à la Saint-Vincent tournante pourront déguster un grand cru. Deux cuvées ont été mises en bouteille grâce à la participation de producteurs de ces terroirs uniques.

Voilà un bien joli message envoyé par une quarantaine de producteurs bourguignons. A l'heure où les vins de Bourgogne, grands crus en tête, n'ont jamais été autant convoités et inaccessibles au commun des mortels, ces maisons ou vignerons ont donné une partie de leur récolte pour cette Saint-Vincent 2015. L'opération s'est déroulée sous la houlette de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin et du Comité d'organisation de la Saint-Vincent 2015 (Vougeot et Gilly-lès-Citeaux).
Quelques noms parmi les plus prestigieux de la Côte de Nuits figurent dans la liste  (voir ci-dessous).

Une cuvée unique de Clos de Vougeot et d'Echezeaux ont ainsi été mises en bouteille. Le tout représente un peu moins de 6 pièces (un fût de 228 litres).
Parmi un total de 7 cuvées proposées à la dégustation lors de l'évènement, les participants dûment dotés d'un kit dégustation (15 €) pourront goûter à l'un des deux grands crus. Il ne reste plus qu'à patienter jusqu'au 24 et 25 janvier. Les vins ont été assemblés peu après le décuvage et confiés à l'un des viticulteurs. Ces cuvées sont deux très belles réussites !
Les organisateurs veilleront, sur les conseils du sommelier Michel Smolarek, à ce qu'elles soient servies à bonne température (jamais simple lors d'une manifestation en plein air).

www.st-vincent-tournante.fr


La dégustation

Clos de Vougeot 2013

La robe est profonde à reflets violacés. Un nez expressif laisse percevoir spontanément des notes fumées et épicées. Le fruit, sur le cassis, s'exprime dans un deuxième temps. L'ensemble donne une expression aromatique raffinée et délicate. La bouche se montre davantage sur la souplesse que la concentration. La consistance et la persistance sont bien là.
Un vin élevé dans l'enceinte même du Clos de Vougeot puisque c'est le Château de la Tour (François Labet) qui a finalisé l'élaboration et procédé à la mise en bouteille.

Echezeaux 2013

D'une couleur un peu plus dense que le Clos de Vougeot, cet Echezeaux, annonce un surplus de consistance. Une impression visuelle qui se confirme en bouche. Sa texture affirme des tannins légèrement plus marqués mais aussi une belle enveloppe, suave, en milieu de bouche. La finale est fraîche. Le nez se montre remarquable d'élégance : il exhale de fines notes florales (violette), de fruits noirs bien mûrs. Un vin de caractère. L'élevage a été confié au domaine Méo-Camuzet.
La simple idée de goûter un vin réunissant les Hospices de Beaune, les domaines de la Romanée-Conti, Comte Liger-Belair, Méo-Camuzt et beaucoup d'autres grands noms était déjà un évènement… Le vin est à la hauteur de l'attente !

La liste des généreux donateurs :
Maison Albert Bichot, Bouchard Père et Fils, GFA Bouchy et amis, Domaine Jacques Cacheux, Domaine Capitain-Gagnerot, Domaine Christian Confuron, , Domaine R. Dubois, Dufouleur Frères, Maison Joseph Drouhin, Domaine Faiveley, Domaine Forey, Domaine Alain Maurice Gavignet, Domaine Gerbet Filles, Domaine Jean Grivot, Maison Louis Jadot, Hospices Civils de Beaune, Domaine Chantal Lescure, Domaine du Comte Liger-Belair, Domaine Thibault Liger-Belair, Château de Marsannay,  Domaine Méo-Camuzet, Domaine Alain Michelot, Domaine Mongeard-Mugneret, Domaine Dominique Mugneret, Domaine Georges Mugneret-Gibourg, Domaine André Nudant et Fils, Domaine Georges Noëllat,  Domaine des Perdrix, Château de la Tour, Domaine Gérard Raphet, Domaine Daniel Rion, Domaine de la Romanée-Conti, Domaine Rouget, Domaine Laurent Roumier, Château de Santenay, Domaine Robert Sirugue, Domaine Jean Tardy, Domaine Thénard, Domaine Tortochot, Domaine Cécile Tremblay,Domaine de la Vougeraie, Maison Henri de Villamont.

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Saint-Vincent sur le chemin des Moines

8 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru

Avec la Saint-Vincent tournante, les 24 et 25 janvier prochains (Vougeot et Gilly-lès-Cîteaux), la Bourgogne se replonge dans sa longue histoire monastique. Mais qui étaient donc ces moines ?

Des hommes durs à la tâche, défrichant la Côte pour y découvrir les meilleurs terroirs. Des agronomes hors pair maitrisant les cépages et la conduite de la vigne. Des experts en vinification découvrant les secrets des grands vins… La Saint-Vincent tournante 2015 mobilise tout cet imaginaire intimment lié à la Bourgogne.

Histoire, mais aussi (re)construction identitaire…
Nous savons en fait assez peu de choses, avec certitude, sur l’apport réel des moines cisterciens. Les chercheurs en pointe sur le sujet reconnaissent quelques lacunes et se prononcent avec peu de certitudes. Même si l'impact monastique sur le vignoble bourguignon est indéniable.

« Ils étaient de très grands producteurs et propriétaires viticoles. De grands architectes aussi. On retrouve tout cela à travers l'image du Clos de Vougeot (…). Pourtant l'idée que les moines cisterciens avaient des pratiques viticoles d'exception, qui se retrouveraient dans les vins d'aujourd'hui, est une construction du 20e siècle », explique Marion Foucher, chercheuse à l’Unité ARTéHis de Dijon.

Quant à la précocité des moines dans le domaine de la hiérarchisation des terroirs, l’idée semble peu étayée là-aussi…

« Les moines n'ont jamais fait de "Clos de Vougeot", ils mélangeaient les raisins de l'ensemble de leur domaine et produisaient le vin de Cîteaux. Le domaine de Vougeot, c'était le clos, mais aussi toutes les vignes autour. Ils exploitaient des vignes un peu partout sur la côte mais n'avaient pas un pressoir dans chaque secteur. Ceux de Vougeot ou de Fixin attiraient donc les raisins des alentours. On ne séparait pas alors les raisins issus, par exemple, du Clos de Vougeot des raisins des Musigny, des Echezeaux, etc. On pressait le vin des Cisterciens. »

De son côté, Benoit Chauvin a passé près de 50 ans à étudier l’ordre de Cîteaux. Sujet d'étude inépuisable car le monastère bourguignon a essaimé dans toute l'Europe. Pas moins de 750 abbayes masculines depuis la Sicile jusqu'aux pays baltes, en passant par le Portugal, l'Irlande, etc.

Finalement que retient-il de l'héritage de ces moines ? "Ils ont été les premiers à donner au commerce du vin de Bourgogne une telle ampleur. En même temps qu'ils multiplient les plantations de vignes, ils vont se doter de comptoirs dans les villes." Dans ces comptoirs, les villageois s'approvisionnent en vin car la règle de Saint-Benoît (base de la vie monastique de nombreux ordres) autorise la vente de surplus. La démarche a d'autant plus de succès qu'à partir de la fin du 12e siècle les villes renaissent et voient l'apparition de la bourgeoisie.

Non seulement nos moines avaient donc certainement quelques capacités agronomiques et œnologiques, mais ils avaient surtout compris que le nerf de la guerre et la meilleure façon de pérenniser leurs activités, c'était de vendre ! Cela valait bien un hommage de Saint-Vincent…

Programme et informations pratiques ici.

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Un terroir un peu Bâtard…

21 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #polémique

Ce billet pourrait aussi s’appeler : La Bâtard-Montrachet, Michel Bettane et les "terroiristes"...

« Peu de sujets concernant le vin enflamment ou abrutissent autant les esprits que le couple vin et terroir. Les « terroiristes » me font penser aux talmudistes qui inlassablement essaient de rationaliser ce qui relève du mystère ou de la foi, ce qui est peut être utile sur le plan moral et philosophique mais n’a aucun sens en matière de plaisir et de goût, et encore moins d’agriculture, malgré le mot culture ». Voilà ce qu’écrivait Michel Bettane, il y a quelques semaines, sur le site mybettanedessauve.fr

Je ne sais pas si je suis un « terroiriste », mais il est certain que ma longue expérience de la Bourgogne n’incline à porter une grande considération au terroir. Je reste avant tout journaliste : curiosité et scepticisme sont mes deux moteurs. Un mélange de volonté de comprendre et de sagesse qui enseigne qu'il n'y a pas de vérité. Ou qu'elle est inaccessible. L'étude des terroirs est une excellente école de journalisme...

Voici un cas d’école. Je viens de boucler, pour la revue Bourgogne Aujourd’hui, un long travail sur le terroir du Bâtard-Montrachet, fameux grand cru de la Côte de Beaune.

J’ai notamment fait appel à l’expertise d’une géologue. Elle explique qu’il existe deux entités distinctes dans le Bâtard-Montrachet. Le tiers Ouest repose sur du calcaire du Jurassique. Une roche composée des débris de coquillages qui se délitent en dalle : de minces laves (Pierre de Ladoix). Les deux tiers restant, à l’Est, sont composés de dépôts limoneux fins datant du Pliocène. Les terres y sont épaisses voir très épaisses. La vigne n’a pas besoin de faire descendre ses racines très loin pour trouver ce dont elle a besoin.

Pour faire simple les deux tiers du Bâtard-Montrachet sont constitués d’une terre identique à celle de la plaine de la Bresse, là où sont reléguées les appellations régionales (l’entrée de gamme en Bourgogne)…

Pente peu marquée, pied de coteau, terre riche, etc. A priori, le Bâtard-Montrachet n’a pas le profil idéal d’un grand cru…

Pour autant, la plupart des vignerons interrogés parlent d’un terroir qui ressuie bien, se travaille facilement, produisant un vin qui digère sans problème le 100% fût neuf (comme aux Hospices de Beaune). Sa puissance n’a rien de légendaire. « Comme on dit familièrement, c’est un vin qui envoie », s’amuse Pierre Vincent, le régisseur du domaine de la Vougeraie.
Aucun critique n’oserait prétendre que le Bâtard-Montrachet n’est pas un grand cru. Je n’ai en tout cas jamais rien lu de tel.

Il vieillit aussi très bien. La dégustation verticale menée avec Anne Morey (Domaine Pierre Morey à Meursault) me l'a confirmé : les millésimes 2011, 2009, 2005 et 1977 étaient superbes avec ce caractère presque tannique qui pourrait, à l’aveugle, laisser penser à des vins rouges...

Questionnée par la géologie, mais confortée par l’expérience gustative, ma « foi » dans le terroir demeure donc.

Faut-il en faire une religion ? Peut-être pas. Mais comme le disait Brillat-Savarin à propos de l’opposition Bordeaux-Bourgogne : « C’est un procès dont j’ai tant de plaisir à visiter les pièces que j’ajourne toujours à huitaine la prononciation de l’arrêt ».

 

Photo : Les grands crus de Puligny-Montrachet pris du Chevalier-Montrachet (le Bâtard est au niveau de la maisonnette rose).

* Sur ce thème lire aussi ce billet sur les vins de Volnay et de Gevrey-Chambertin.

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Passage de témoin au Clos de Tart

30 Octobre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Livre

Régisseur du Clos de Tart depuis 1995, Sylvain Pitiot, bientôt âgé de 65 ans, prend sa retraite à la fin de l’année. Jacques Devauges lui succède à la tête de ce fleuron de la Côte de Nuits.
 

Pendant quasiment deux décennies, il a incarné le renouveau du Clos de Tart, Sylvain Pitiot passe le témoin. Avec Didier Mommessin, président de la société propriétaire de ce grand cru de Morey-Saint-Denis, il a désigné Jacques Devauges pour lui succéder.

Actuellement directeur technique du Domaine de l’Arlot à Prémeaux-Prissey, Jacques Devauges, 39 ans, est œnologue (diplôme national d’œnologue de l’Université de Bourgogne) et titulaire d’une licence des Sciences de la Vigne. Ses précédentes expériences l’ont conduit au Château Potelle (Napa Valley), au Domaine de la Vougeraie (Nuits-Saint-Georges) ou encore chez Michel & Frédéric Magnien (Morey-Saint-Denis).
Jacques Devauges prendra ses nouvelles fonctions en janvier prochain aux côtés de Sylvain Pitiot pendant 3 mois. Ce dernier assurera une mission de consulting jusqu’aux vinifications du millésime 2015.

« C’est avec une grande sérénité que je vais passer les rênes à Jacques Devauges, persuadé qu’il va porter encore plus haut la qualité des vins de ce magnifique domaine que j’ai eu l’honneur et le privilège de diriger pendant une vingtaine d’années avec la confiance de la famille Mommessin », expose Sylvain Pitiot.

Il fait un bilan de son travail au Clos de Tart dans la vidéo ci-dessous.

Le Clos de Tart, vignoble ayant appartenu aux sœurs cisterciennes de l’Abbaye de Tart (près de Dijon) pendant sept siècles, est un grand cru monopole de 7,5 hectares (voir une vidéo tournée en 2011 ici).

Sylvain Pitiot boucle donc une longue carrière au cours de laquelle il a notamment été vigneron des Hospices de Beaune pendant 13 ans. Ingénieur-topographe de formation, il s'est reconverti dans la viticulture après des vendanges au domaine Jacques Prieur à Meursault.
On lui doit aussi les fameuses cartes viticoles des Côtes de Beaune et de Nuits, un ouvrage sur les Climats et lieux-dits de Bourgogne (lire ici) et aussi l’actualisation et l’enrichissement du livre Les Vins de Bourgogne (14e édition) né sous la plume de Pierre Poupon en 1952 (lire ici).

Interview de Sylvain Pitiot. Bilan de son action au Clos de Tart.

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Retour vers le futur !

14 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Grand cru

Les montants astronomiques des transactions dans les grands crus (voir ce billet sur le Clos des Lambrays) font les choux gras de la presse. Mais l'évolution de la Bourgogne "d'en bas" est bien différente. Et pas forcément moins inquiétante.

Le saviez-vous ? Une exploitation sur cinq a disparu en dix ans (-19%) en Bourgogne. Chiffre du dernier recensement agricole,  Michel Baldassini, président du Bureau interprofessionnel l’avait souligné dans l’indifférence quasi générale à l’automne dernier : « Beaucoup de vignerons atteignent l’âge de la retraite et une grande partie d’entre eux sont sans successeurs » a-t-il lancé. « 65% des exploitants de plus de 50 ans n’ont pas de repreneurs désignés en Bourgogne » confirme les statistiques du recensement. Les appellations régionales (l'entrée de gamme) sont évidemment  les principales touchées.

« Soit les exploitants n’ont pas d’héritiers, soit ces derniers ne souhaitent pas reprendre face à la difficulté d’un travail qui procure de faibles revenus », note Guillaume Pellenz, conseiller transmission à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Il est difficile d’installer des salariés viticoles sur ces vignes. « Vu le prix du foncier, l’aspect financier coince pour eux », poursuit Guillaume Pellenz.

Cette restructuration silencieuse a profité aux exploitations les plus grandes. Les domaines de plus de 10 hectares ont enregistré une hausse de 23% de leur surface de vignes entre 2000 et 2010. La taille moyenne des exploitations est passée de 5,4 hectares à 7,6 hectares. Le "small is beautiful" est de moins en moins en vogue en Bourgogne… Le sacro-saint lien entre l’exploitant et son terroir est soumis à rude épreuve et risque de se distendre. Une évolution qui a de quoi susciter l’inquiétude.

L’actualité bourguignonne percutant quelques projets personnels de long de terme, le hasard m’a conduit à me replonger dans un livre remarquable. Une thèse sur les fondements de la qualité des vins de Bourgogne écrite par Rolande Gadille. Je vous en cite l’étonnante conclusion :

"Des abîmes se sont creusés - et tendent plutôt à s'élargir - entre les revenus que l'on peut attendre des grands crus ou des meilleurs appellations communales, et ceux que procurent (...) les plus modestes appellations. Une chaine de réaction résulte : la plus grave se traduit par la désaffection des viticulteurs pour les appellations peu prisées, et du même coup par le recul de la viticulture dans la plupart des secteurs dépourvus d'appellations-villages (...). En fin de compte, cette longue évolution dans le sens d'une exigeante délimitation des crus de toute grandeur aboutit à l'abandon d'une bonne part de l'espace viticole, et à une organisation de type aristocratique, qui pourrait bien n'être pas sans inconvénient pour les meilleurs crus eux-mêmes, actuel gagnants du système.
En effet, l'exiguë Côte bourguignonne, face à l'élargissement de sa clientèle (grâce au progrès des niveaux de vie dans les pays en développement, et à la favorable conjoncture économique actuelle) parvient à peine à faire face à une demande qui se porte de préférence sur les crus et les appellations de plus haut renom, et de production très réduite. Cette situation n'est pas toujours favorables à une stricte application des grandes traditions viti-vinicoles. En outre, l'effacement progressif des appellations régionales (...) risque de réduire la viticulture de la Côte à un squelette de crus et d'appellations communales dont la production en quantité dérisoire, ne suffira plus à alimenter un marché de bonne envergure.
"

Rolande Gadille, Le vignoble de la Côte Bourguignonne. Publication de l'Université de Dijon.

Un texte écrit en... 1967 !

 

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Arnault, Pinault... Clos !

21 Avril 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Grand cru

Le rachat du Clos de Lambrays par LVMH signe l’entrée des grands crus de Bourgogne dans l’univers des marques de luxe. Faut-il s’en plaindre ?


L’honneur est sauf. Le  pavillon français flotte au-dessus du Clos de Lambrays (Morey-Saint-Denis). Le chinois propriétaire du Château de Gevrey-Chambertin était prêt, dit la rumeur, à signer à nouveau un gros chèque… La veuve de Günter Freund (propriétaire du Clos depuis 1996) a fait son choix. Il s’est porté sur le « leader mondial des produits de haute qualité », LVMH. Notre esprit patriotique, ou franchouillard, c’est selon, s’en trouve ménagée cette fois. Grâce à une allemande…
Dans la galaxie LVMH, le Clos des Lambrays rejoint ainsi Château Cheval Blanc, Yquem, Dom Perignon. Mais aussi Guerlain ou Dior…  Plus qu’un changement de propriétaire, un changement d’époque. Les grands vins de Bourgogne sont passés du statut de produits de culture à celui d’objets de luxe ces 10 dernières années.

« La Bourgogne semble, depuis quelques temps, être au centre de l’attention des grandes fortunes du monde entier », écrivait Frédéric Durand-Bazin dans un article du Figaro daté du 13 février dernier. Faut-il s’en réjouir ? Le précédent François Pinault, tend à répondre par la négative. Un petit rappel des faits : en 2006, l’homme d’affaires français (propriétaire du Château Latour à Bordeaux) reprenait le domaine Engel. La famille Engel faisait partie de ces « notables » de la Côte de Nuits, actifs notamment dans la Confrérie des Chevaliers du Tastevin. Philippe Engel est décrit (je n’ai malheureusement pas eu la chance de le rencontrer) comme une personnalité enthousiaste et entière, aimant parcourir les océans sur son voilier. L’homme ouvrait volontiers sa cave aux amateurs. Avec quelques arguments de séduction : Clos de Vougeot, Echezeaux, Grands-Echezeaux, etc. Il est brutalement décédé l’année de ses 50 ans.


François Pinault a racheté le domaine pour le rebaptiser Domaine d’Eugénie. La vinification a un temps été confiée au soin de la maison Albert Bichot.
Depuis… Rien. Le domaine d’Eugénie a disparu des écrans radars ou presque. Il ne présente pas de vins à la presse. On le voit pas ou très peu sur les cartes des restaurants de la région. Le domaine a aménagé de nouvelles installations, à Vosne-Romanée, en catimini. Une communication à minima… Pas plus nous n’avons de retour de clients nous expliquant avoir été enthousiasmés, ou déçus, lors d’une visite. Les prix des vins ont fortement augmentés (comme beaucoup d’autres producteurs), on l’aurait parié. Le domaine Engel est définitivement mort et enterré.


Parler de « prédateurs financiers » à propos de Pinault ou d’Arnault (PDG de LVMH), comme l’affirme certains, et un pas que nous ne franchirons pas. On ne peut toutefois se garder de faire le rapprochement avec un phénomène que les urbanistes connaissent bien : celui de la « gentrification » des centres villes. Le processus voit des acquéreurs aisés, étiquetés « bobos » le plus souvent, jeter leur dévolu sur des quartiers jusqu’alors occupés par des habitants moins favorisés. Le prix du mètre carré et les loyers augmentant rapidement les premiers chassent inexorablement les seconds. Le tissu économique et social s’en trouve complètement bousculé. Le quartier perd son âme. Le renchérissement des coûts de transmission à la génération suivante participe également de ce mouvement.
Un terroir est l’expression du tissu humain qu’il l’entoure et l’interprète. Un grand vin résulte d’une intention. Il est aussi une locomotive pour toute une région.  Et c’est bien pour cela que l’appétit de plus en plus aiguisé des fortunes mondiales pour les grands crus de Bourgogne n’est pas anodin. Elle se ressentira à tous niveaux. Le Clos des Lambrays restera-il un grand cru parmi les 33 autres que compte la Bourgogne ? Ou un marque, entre 60, dans le portefeuille de Louis-Vuitton-Moët-Hennessy ? Vu de Paris ou de Morey-Saint-Denis la réponse n’a évidemment pas les mêmes conséquences…
      

 

Photo : Le village de Vosne-Romanée, vu du Grand cru La Tâche.

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Grands crus à la parade

12 Décembre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Dégustation

Besoin de se mettre dans l’ambiance avant les fêtes ? Voici mon bilan de l’atelier Grands crus de Bourgogne  sous l’égide de Prodégustation, et co-animé par votre serviteur, dimanche dernier à Dijon.

Blancs
 

Chablis grand cru Vaudésir 2010 - Jean-Paul et Benoit Droin - 17 sur 20
La robe or vert, brillante, ne trahit aucun signe d’évolution. Le nez est franc, pur et s’ouvre sur des notes d’agrume à bonne maturité. La palette aromatique est citronnée, fraîche, voire florale. Ce vin respire la délicatesse et la complexité. A l’aération, il révèle un caractère davantage minéral.
En bouche, ce chablis impose une texture dense et grasse dès l'attaque. Une profondeur qui se confirme en milieu de bouche. La finale vive, salivante évoque l'amande et les agrumes. Le potentiel de garde est intact (10 ans encore). A déguster avec un beau poisson de mer (bar, turbot) ou des Saint-Jacques.
36 €


Corton-Charlemagne 2008 - Vincent Girardin 2008 - 18 sur 20
La robe, or-dorée à reflets jaunes, met en appétit. Le nez est expressif, sur de notes de fruits mûrs, de pâtisserie, de tilleul, pâte d'amande, une touche miellée et épicée. La bouche séduit d’entrée par sa densité et son harmonie. Elle se livre dans la générosité et la gourmandise. Une belle finale sur l'amande grillée conclut la dégustation. Un vin déjà agréable à boire aujourd’hui et qui se gardera encore 5 ans sans problème. Il passera à table avec une viande blanche (une volaille goûteuse ou du veau).
70 €

Bâtard-Montrachet 2009 -Fontaine-Gagnard 2009 - 16 sur 20
Un petit saut plus au sud, en côte de Beaune, pour se rendre sur les fameuses pentes du Montrachet (le mont chauve). Ce vin présente une robe dorée soutenue. Le nez est puissant, profond sur des notes fumées, grillées mais aussi fruitées (de la pêche bien mûre). Des notes beurrées, lactées se développent au deuxième nez. La bouche présente un bon équilibre, du fond (on pouvait s’attendre à davantage de puissance vu le millésime et le terroir). C’est surtout sa finale très longue sur la crème brulée, le vanillé (avec une touche de noix) qui impressionne davantage que sa largeur.

145 €

 

 

Rouges

 

 


Corton Clos du Roi - La Pousse d'Or 2006 - 15 sur 20
La robe est grenat, d’une intensité moyenne, avec des notes légèrement tuilées (signe d'évolution). Au nez, des arômes assez expressifs s’ouvrent sur le cuir, la griotte, le sous-bois. En bouche, les tannins sont très fondus patinés. Une belle impression de souplesse et de gourmandise se détache. La longueur est bonne sans être exceptionnelle. Un vin à boire avec un gibier fin (faisan, chevreuil).

80 €

 

Clos Vougeot - Domaine de Montille 2009 - 17 sur 20
La robe est plutôt profonde. Le nez s’ouvre spontanément sur des notes de cerise confite, de mûre, une touche épicée. Maturité mais aussi fraicheur et pureté sont au rendez-vous. A l’aération des notes de fruits noirs se font davantage ressentir avec une touche de champignon en plus. La bouche est ronde, puissante, les tannins montrent une pointe de fermeté. Ce clos vougeot nous fait croquer de la cerise à pleines dents. La finale est d’une superbe longueur. Un vin qui se gardera sans problème 5 années de plus. A boire avec une viande rouge.

160 €

 

Echezeaux 2008 - Domaine Lamarche - 15 sur 20

La robe, grenat, ne montre pas de signe d’évolution marqué. Les épices dominent au premier nez, notamment le clou de girofle (vin élevé à 60% en fût neuf), une touche de cuir frais s’affirme au fil de l’aération. La bouche se distingue par son élégance plus que par sa concentration. La texture est fine, aérienne, les tannins sont fondus. Une finale tonique et poivrée ferme la dégustation. Une pièce de boeuf l'accompagnera parfaitement.

155 €

 

Latricières-Chambertin 2007 – Domaine Jean et Jean-Louis Trapet - 13 sur 20
La robe tuilée témoigne d’une évolution avancée. Le nez est expressif, suave, sur des touches de cerise confite, de sous-bois et de champignon. Le deuxième nez confirme cette évolution marquée. Nous sommes clairement sur des notes tertiaires. La bouche est linéaire, sans grand relief. La finale est assez chaleureuse. Devrait être bu.

90 €

 

Clos Saint-Denis – 2004 - Domaine Bertagna - 14 sur 20
La robe est tuilée tout en gardant une bonne intensité colorante. Le nez s'exprime avec intensité sur la gentiane, le fruit noir compoté, avec un caractère déviant (champignon-pourriture) qui nuit à sa pureté. La bouche est chaleureuse. Elle surprend par son ampleur. Une texture qui laisse une belle impression au final. Le plaisir est au rendez-vous. Pour autant le caractère aromatique de ce millésime peu évident pénalise l’impression globale. A boire aujourd’hui avec un pavé de biche.

76 €

 

 

 

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