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365 jours en Bourgogne

Articles avec #livre tag

Passage de témoin au Clos de Tart

30 Octobre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Livre

Régisseur du Clos de Tart depuis 1995, Sylvain Pitiot, bientôt âgé de 65 ans, prend sa retraite à la fin de l’année. Jacques Devauges lui succède à la tête de ce fleuron de la Côte de Nuits.
 

Pendant quasiment deux décennies, il a incarné le renouveau du Clos de Tart, Sylvain Pitiot passe le témoin. Avec Didier Mommessin, président de la société propriétaire de ce grand cru de Morey-Saint-Denis, il a désigné Jacques Devauges pour lui succéder.

Actuellement directeur technique du Domaine de l’Arlot à Prémeaux-Prissey, Jacques Devauges, 39 ans, est œnologue (diplôme national d’œnologue de l’Université de Bourgogne) et titulaire d’une licence des Sciences de la Vigne. Ses précédentes expériences l’ont conduit au Château Potelle (Napa Valley), au Domaine de la Vougeraie (Nuits-Saint-Georges) ou encore chez Michel & Frédéric Magnien (Morey-Saint-Denis).
Jacques Devauges prendra ses nouvelles fonctions en janvier prochain aux côtés de Sylvain Pitiot pendant 3 mois. Ce dernier assurera une mission de consulting jusqu’aux vinifications du millésime 2015.

« C’est avec une grande sérénité que je vais passer les rênes à Jacques Devauges, persuadé qu’il va porter encore plus haut la qualité des vins de ce magnifique domaine que j’ai eu l’honneur et le privilège de diriger pendant une vingtaine d’années avec la confiance de la famille Mommessin », expose Sylvain Pitiot.

Il fait un bilan de son travail au Clos de Tart dans la vidéo ci-dessous.

Le Clos de Tart, vignoble ayant appartenu aux sœurs cisterciennes de l’Abbaye de Tart (près de Dijon) pendant sept siècles, est un grand cru monopole de 7,5 hectares (voir une vidéo tournée en 2011 ici).

Sylvain Pitiot boucle donc une longue carrière au cours de laquelle il a notamment été vigneron des Hospices de Beaune pendant 13 ans. Ingénieur-topographe de formation, il s'est reconverti dans la viticulture après des vendanges au domaine Jacques Prieur à Meursault.
On lui doit aussi les fameuses cartes viticoles des Côtes de Beaune et de Nuits, un ouvrage sur les Climats et lieux-dits de Bourgogne (lire ici) et aussi l’actualisation et l’enrichissement du livre Les Vins de Bourgogne (14e édition) né sous la plume de Pierre Poupon en 1952 (lire ici).

Interview de Sylvain Pitiot. Bilan de son action au Clos de Tart.

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BD : Un grand Bourgogne oublié

2 Septembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre

Une BD part sur les traces d’un bourgogne du millésime 1959, oublié et sans étiquette au fond d’une cave. Une fiction qui croise bien souvent la réalité…

Manu, vigneron bourguignon, rend visite à un ami dans le pavillon de chasse qu'il vient d'acquérir. La cave est pleine de veilles bouteilles prestigieuses. Lorsqu’il déguste l’une d’elle, à l’improviste, c’est la révélation. Manu est subjugué par ce vin du millésime 1959. Malheureusement, le vieux flacon n’a plus d’étiquette lisible. C’est le début d’une quête obsédante pour le vigneron : retrouver l’appellation, le terroir et le producteur de ce vin mystère. Il ne s’agit pas d’une simple curiosité : Emmanuel est sur le point d’acheter une parcelle de vignes sur laquelle il aimerait planter des pieds de pinots noirs issus de ce vignoble inconnu.

Le jeu de piste nous emmène à la rencontre de quelques personnalités du monde du vin : le caviste Bruno Queniou, son homologue Georges dos Santos, les vignerons bourguignons Jean-Louis Trapet, Bernard Michelot, Cécile Tremblay, l’œnologue David Croix, etc. Autant de personnalités que les lecteurs de Bourgogne Aujourd’hui ont croisé dans les colonnes de leur magazine.  Sans oublier le fameux Manu alias Emmanuel Guillot du domaine Guillot-Broux (Mâconnais).

Le lecteur se prend, sans aucun mal, au jeu de cette enquête menée par le vibrionnant Manu. Les dialogues sont parfois cocasses. Le rythme soutenu du scénario, mêlant fiction et personnages bien réels,  parvient à faire oublier les quelques raccourcis et grosses ficelles de l’histoire. Nul besoin d’être un fin connaisseur en œnologie pour en saisir les ressorts. Les lecteurs avertis pourront regretter des aspects didactiques un peu pesants. La BD n’évite pas non plus l’écueil d’une certaine « folklorisation » et caricature du monde du vin. Quelques erreurs factuelles sont aussi à signaler (comme cet improbable « cône de déjection volcanique » à Gevrey-Chambertin).
Cet album figure parmi les bonnes références dans le rayon, de plus en plus fourni, des bandes dessinées sur le vin. A ouvrir et à déguster rapidement, comme un vin fruité et gouleyant, en appellation village. La catégorie grand cru restant pour l’heure occupée par Les Ignorants
d’Etienne Davodeau

Par Manu Guillot, Hervé Richez, Boris Guilloteau.
Editions Bamboo. 18,90 €

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Plainte en diffamation contre "Vinobusiness"

12 Mars 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #polémique

Hubert de Boüard, Château Angélus (Saint-Emilion), porte plainte pour diffamation contre Isabelle Saporta, auteure de Vino Business. Il fallait s'y attendre ! (lire l'article en lien ci-dessus)

Voici le communiqué :

"Au regard des informations erronées contenues dans le livre Vino Business, le propriétaire du Château Angélus a déposé plainte du chef de diffamation publique contre son auteure Isabelle Saporta et son éditeur. Dans le cadre du renouvellement du classement 2012 des crus de l’AOC Saint-Emilion grand cru, toutes les garanties ont été apportées pour assurer son impartialité : Le classement a été mené par des organismes certificateurs indépendants. La Commission du classement Saint-Emilion était constituée de personnalités expertes étrangères à ce terroir dont l’impartialité était garantie par une déclaration d’indépendance. Les critères d’évaluation et le système de notation figuraient dans le règlement. Ils étaient donc connus de tous, y compris des candidats.Le règlement de classement a été homologué par les ministères de l'Agriculture et de l'Economie, puis publié au Journal officiel. Autant d'éléments qui démontrent qu'Isabelle Saporta accuse dans son ouvrage, de manière totalement infondée, le propriétaire du Château Angélus."

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Vino Business : la face sombre des grands crus

2 Mars 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #polémique

"Document explosif", "Dallas hexagonal", "coup bas" en pagaille, un livre explore l'arrière boutique des grands crus : Vino Business. Son auteur, Isabelle Saporta, met à mal quelques mythes. Un ouvrage qui laisse un arrière-goût rance...

Le monde des grands vins aurait-il réinventé la féodalité, l'abus de pouvoir et la spoliation en toute impunité. C'est ce qu'on serait tenté de conclure en renfermant Vino Business, le dernier livre d'Isabelle Saporta (auteur du Livre noir de l'agriculture en 2011). Une enquête passionnante dans les abîmes d'appellations phares du vignoble français et plus particulièrement bordelais.

Certaines figures du monde des vins de prestige sont copieusement écornées. De "grand fauves", c'est ainsi qu'Isabelle Saporta qualifie ces hommes qui ont mis la rive droite de Bordeaux (Saint-Emilion et Pomerol) en coupe réglée. Des châtelains qui s'arragent, entre amis, pour définir les règles à leur convenance : celles qui leur permettront de progresser dans la hiérachie (et de voir ainsi la valorisation de leurs propriétés doubler). Des intrigants aux bras longs, grenouillant dans les syndicats d'appellation et les instances de l'INAO pour faire main basse sur la terre, ou encore des conseillers, soi-disant en oenologie, qui monnaient à prix d'or leur influence auprès de la presse.

Le "scandale" du classement de 2012 à Saint-Emilion est un morceau de choix dans cette enquête. Le grand manitou de Saint-Emilion, Hubert de Boüard, traverse l'ouvrage comme un figure machiavélique, dévorée par l'ambition et le besoin de reconnaissance (sa propriété, Château Angélus a bénéficié d'un classement en premier grand cru classé A en 2012). Un châtelain aux moeurs bien moins raffinées que ses vins quand le gâteau se montre appétissant. Il s'est distribué "entre 300 et 500 millions d'euros en valorisation foncière" lors de la révision de ce classement, note Franck Dubourdieu. De quoi donner naissance à une région "survoltée par l'argent et les haines recuites".

L'ouvrage revient aussi sur l'omerta qui touche à l'utilisation de pesticides, à la difficulté de changer les mauvaises habitudes : les traitements par hélicoptère (en théorie interdits depuis 2010).

Vino Business dégonfle aussi la grande illusion chinoise, une bulle qui pourrait exploser à la figure des grandes marques dans les prochaines années, ou les prochains mois...

Certains chapitres sont un peu plus faibles. Celui sur les subventions européennes, versées à certaines luxueuses propriétés ou instances collectives. Le lecteur n'en sait guère plus du système et reste sur sa soif. Les pages consacrées aux produits utilisés en matière oenologie laissent perplexe également. La nuance entre l'excès et l'abstinence ne semble pas exister pour Isabelle Saporta. L'auteur prend peu de recul avec la mode des vins dits "natures".

Au final, ce pamphlet reconfortera les amateurs de grands bouteilles qui se sont détournés de ces châteaux prestigieux pour cause d'envolée des prix et de spéculation. Les autres seront confortés dans leur choix de se tourner vers quelques-uns de ces milliers d'artisans vignerons. Ceux-là dont la saine ambition est de vivre de leur travail et de contenter leurs clients...  

Editions Albin Michel, 19 €

 

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Pages et cépages

30 Septembre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #Cépage

 A l’heure où la Bourgogne s’apprête à se pencher sur les fruits de ses vignes pour les récolter, un livre donne les clés de compréhension des cépages.

Saviez-vous que la grenache, cépage emblématique de Châteauneuf-du-Pape, est originaire d’Espagne ? Que le chardonnay est un des enfants du pinot noir ? Que le « Portugais bleu » est un cépage… autrichien.
Autant d’informations que l’on retrouve dans l’ouvrage de Charles Frankel  « Guide des cépages et terroirs ». Charles Frankel est géologue, spécialiste du système solaire. Ce franco-américain délaisse de temps à autres les planètes lointaines - Mars en particulier - pour se passionner pour le vin. En 2011, il publiait "Terres de vigne" (Editions du Seuil). Un ouvrage de vulgarisation, au sens noble du terme, sur la géologie viticole (lire ici). Le revoilà avec ce livre qui trouvera sa place dans bon nombre de bibliothèques d’amateurs de vins. Un remarquable travail de synthèse qui bénéficie notamment des récentes avancées de la recherche génétique pour déterminer les parentés entre les différentes vignes.
Je constate régulièrement que la notion de cépage nécessite un peu de pédagogie, y compris auprès des amateurs de vins. Pour l’expliquer, je fais souvent la comparaison avec les variétés de pommes : certains pommiers donnent des fruits jaunes (golden), d’autres rouges (gala), d’autres verts (granny smith). Chacune de ces variétés a ses caractéristiques de culture, donne des fruits aux goûts différents. Une diversité que l’on retrouve aussi dans le monde de la vigne.   
L’ouvrage de Charles Frankel en fait une excellente synthèse.
Une centaine de cépages sont ainsi passés en revue : leur origine, leur aspect, les zones d’implantation, la vinification mais aussi les arômes qui les caractérisent et les terroirs sur lesquels ils donnent les meilleurs résultats. Le tout est largement illustré (photos, schémas, mais aussi coupes géologiques). La première partie du livre revient aux origines de la vigne, les familles de cépages, les travaux de la plante et les maladies qui la guettent. « Je serai moi-même un fréquent utilisateur de ce guide », écrit Hugh Johnson dans la préface. Je compterai aussi parmi ceux-là.

Edition Delachaux et Niestlé, 30 €

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Les Ignorants et les égoïstes...

8 Mars 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC, #Livre, #polémique

...Ou comment je me suis vu, l'espace d'un instant, en personnage de bande-dessinée piquant une colère (avec des éclairs au-dessus de la tête).

Les-ignorants.gifC'est à la page 255 des Ignorants (la bande dessinée d'Etienne Davodeau). C'est Richard Leroy le vigneron des Coteaux du Layon qui parle :

"Je fais du chenin Leroy. Point"

Cela sonne comme un couac dans l'harmonie d'une belle symphonie, une grossière tâche sur une peinture flamande.

Comment Richard Leroy, vigneron exprimant tout au long des pages de cette remarquable bande dessinée son attachement à son terroir, peut-il en venir à cette conclusion ? J'en avais presqu'envie de me glisser dans la planche. De me dessiner une bulle blanche au-dessus de la tête avec comme texte :

"Ah non monsieur Leroy ! Pendant plus de 200 pages vous parlez de votre attachement à vos vignes : Montbenault, Rouliers, etc. Vous les traitez à hauteur d'homme, à l'aube s'il le faut, portant votre pulvérisateur sur le dos, selon les méthodes exigeantes de la biodynamie. Vous piochez, vous décavaillonnez à la sueur de votre front, vous taillez vos ceps à la force du poignet. Et quand vous n'êtes pas chez vous, à chacune de vos visites chez vos confères, vous mettez votre nez dans la terre : Schiste ? Calcaire ? Argile ?

Alors non. Définitivement non, Monsieur Leroy vous ne pouvez pas laisser entendre que vous faites un vin issu d'un cépage, le chenin en l'occurrence, par la magie de votre seul savoir-faire. Ou alors je vous condamne à l'exil, sous n'importe quelle latitude avec vos seuls ceps sous le bras. Nous verrons bien si vous obtenez les mêmes vins que vos Montbenault ou vos Clos des Rouliers !" (fin de la bulle)

Ce petit exercice d'imagination serait joyeusement récréatif, si malheureusement le cas de Richard Leroy était rare. En décembre, nous avons débattu de ce sujet avec notamment Jean-Yves Bizot, vigneron à Vosne-Romanée, à l'occasion d'un débat autour de l'atlas de Laure GasparottoJean-Yves Bizot, lui aussi vigneron engagé et exigeant, évoquait également ses velléités de quitter l'AOC. Le débat m'avait laissé l'arrière goût d'une sourde inquiétude. Ne voit-on pas se fissurer un système qui a pourtant remarquablement fonctionné dans notre pays. La paternité du succès des vins français peut largement leur être attribué.

Oui, l'AOC, autrement dit la volonté de partager un destin commun sur un terroir partagé, n'est pas un chemin facile. Beaucoup nous l'envie. Ceux qui, aujourd'hui, la vilipendent n'en seraient sans doute pas où ils en sont sans elle.

Les propos de certains vignerons "sécessionnistes" ont de quoi faire se retourner dans leurs tombes ceux qui, précurseurs des vins d'origine, ont donné naissance aux appellations, sanctuarisé les terroirs. Ceux-là se sont démenés pour qu'ils soient respectés et valorisés. Ils peuvent légitimement se sentir trahis. Et avec eux l'histoire de la France viticole.   

Certes, la médaille à son revers, le succès a joué des tours au système. Banalisées, les AOC ont perdu une partie de leur substance. Les opportunistes se sont cachés derrière ce sigle pour se laisser aller à la facilité. Tout cela est vrai.  

"Combien encore de combats anti bio ? Combien de prises de principe contre les « sans soufre » ? Combien de refus à l’agrément pour des vins un peu différents ?", déplorait Jean-Yves Bizot. Tout cela est vrai aussi. Au pays de l'AOC, tout n'est pas rose, mais faut-il pour autant le rayer de la carte ?

Vivre ensemble n'est pas simple, mais peut-on tout simplement le considérer comme une option ? Se bunkériser, avoir raison contre tous, est une impasse que trop de vignerons d'avant-garde, ou élitistes, semblent vouloir emprunter aujourd'hui. 

La meilleure réponse à formuler à ceux ont quitté l'AOC, où projettent de le faire, est finalement celle qui est faite à Richard Leroy dans la BD. Régis et Robert, deux viticulteurs en AOC pécharmant (les Chemins de l'orient) lui rétorque :  "C'est pas un peu égoïste comme attitude ?" 

 

Les Ignorants. Etienne Davodeau. Editions Futuropolis.

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Il est grand mon vin ?

18 Décembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #AOC, #Grand cru

Bientôt les fêtes, l'heure de sortir les belles bouteilles... Mais au fait, un grand vin qu'est-ce que c'est ?

Atlas-Laure-Gasparotto.jpgNégliger trop longtemps les questions simples est une erreur. Elles nous ramènent immanquablement aux choses essentielles. Leur défaut : elles sonnent rarement à la porte au bon moment.  

Il était déjà pas loin de 23 h, ce 11 décembre dernier au Lycée Viticole de Beaune. Nous venions de débattre, des bienfaits et des errements des appellations d'origine contrôlée en Bourgogne. Une conférence proposée à l'occasion de la sortie de l'Atlas des vins de France de Laure Gasparotto (Editions De Monza, Le Monde), journaliste spécialisée. Discussion animée, parfois fastidieuse et laborieuse, qui a réuni Jean-Yves Bizot, Jacques-Frédéric Mugnier, respectivement vignerons à Vosne-Romanée et Chambolle-Musigny, Albéric Bichot, à la tête de la maison Bichot à Beaune. Et donc Laure Gasparotto. Nous profitions du mâchon auquel le Lycée viticole nous avait conviés après les échanges. Entre la poire et le fromage, Laure a lancé une question aux vignerons : "Pour vous, qu'est-ce qu'un grand vin ?"

Quelques phrases convenues pour toute réponse, l'heure tardive n'aidant pas, la question a vite été éludée. Trop vite. Son apparente simplicité comme passeport, elle est pourtant restée dans un coin de mon esprit de retour vers des lieux plus familiers.

Bien sûr, un grand vin, c'est une complexité aromatique exceptionnelle, une matière en bouche digne des plus belles étoffes, de la longueur. Un mélange de persistance d'arômes et de rémanence des saveurs bien après qu'il ait quitté le palais. Comme un entêtant souvenir.  On pourrait aussi disserter sur une indispensable capacité à vieillir harmonieusement. Le temps comme juge aussi impartial qu'intraitable.      

On pourrait aussi y ajouter une pincée d'histoire. A l'heure de l'avènement du vin culture, il est exaltant de pouvoir inscrire nos vies précaires, et nos sens, dans une épopée historique parfois millénaire.

Simples sensations, ou plaisirs de l'esprit, un grand vin ? Sans doute pas seulement. Et l'émotion dans tout ça ? Cette capacité à nous mettre en mouvement. C'est sans doute la lecture du livre de Franck Dubourdieu ("Du terroir à la guerre du goût". Editions Confluences) qui m'a apporté le plus de matière à réflexion sur ce point dernièrement. En défenseur des "vins classiques", Franck Dubourdieu voit dans le vin en résonance avec le naturel (son terroir) le reflet d'une harmonie qui nous rapprocherait d'un "esprit fédérateur dominant la diversité des éléments". Une grande bouteille rendrait palpables des réalités trop rarement perceptibles : l'essence de ce monde. L'esprit qui a présidé, et préside peut-être toujours, à la Création. "Comme une injonction du ciel, comme un ordre de dieu dont on ignorait la teneur", écrivait Marguerite Duras à propos d'une valse de Chopin. Pourquoi pas aussi d'un grand vin ? Le boire serait donc une forme d'expérience spirituelle.

Il est grand mon vin, quand il me donne l'envie de me mettre à sa hauteur… 

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Terroir, dis-moi ton nom...

1 Décembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #Climats au patrimoine de l'humanité

Le vignoble bourguignon foisonne de noms pour désigner ses terroirs, les fameux "Climats". Leur décryptage est un délicieux jeu de piste.

Carte climats bourgogne"Les Amoureuses" et "Les Beaux Bruns" se sont donnés rendez-vous à Chambolle-Musigny. On rencontre des "Madonnes" et des "Pucelles" à Ladoix-Serrigny ou Puligny-Montrachet. A Auxey-Duresses un sombre "Macabrée" a été vu. Mais attention "La Mort" rôde, elle aussi, à Ladoix. On préférera se rendre chez le pittoresque "Tonton Marcel" de Chassagne-Montrachet ou voir ce qui se cache "Derrière chez Edouard" à Saint-Aubin. Tantôt poétiques, imagés, étranges, les noms des "Climats" de Bourgogne sont évocateurs. Il suffit simplement de promener ses yeux sur une carte du vignoble pour se raconter une histoire. "Une des caractéristiques de la Bourgogne, c'est en effet le foisonnement des noms que l'usage collectif ou privé a données à des parcelles de terre soigneusement délimitées. Ils sont nés plus ou moins spontanément, à toutes les époques, de la nécessité où se sont trouvés les hommes de désigner les lieux", expose Marie-Hélène Landrieu-Lussigny dans l'Atlas des Climats et lieux-dits de Bourgogne paru le mois dernier (lire ici). Le plus étonnant est que certains d'entre eux, renvoyant à des périodes très lointaines, soient parvenus jusqu'à nos caves.

Encore faut-il les décrypter, savoir déjouer les fausses pistes... Prenons, par exemple, Corton. Ce grand cru de la Côte de Beaune devrait son nom à Otton le Grand, rois des Francs au 9e siècle. "Cort" est un mot gallo-romain signifiant "ferme, exploitation agricole". Le "Cort" d'Otton a fini par nous donner ce fameux corton. Il est d'ailleurs à noter que son nom est associé à celui de Charlemagne, un modèle politique d'Otton, pour les grands crus blancs de ce même secteur (Charlemagne y offrit des vignes à des chanoines de la région).

Par la même évolution, en moins aristocratique, le champ de Monsieur Bertin a donné Chambertin, fameux grand cru de Gevrey.

"La plupart des noms de lieux-dits remontent aux XIe, XIIe, XIIIe siècles au temps du grand essor démographique et de la croissance économique. Il fallait nommer les différentes parcelles que l'on allait cultiver pour pouvoir les repérer facilement et fixer les limites. A l'origine de tous ces noms de lieux nous retrouvons des mots celtiques, gaulois, latins ou germaniques…", précise Marie-Hélène Landrieu-Lussigny.

Quantités de références sont a recherché du côté des Eduens, peuple gaulois établis sur un territoire correspondant à la Bourgogne actuelle (Saône et Loire, Nièvre, Allier et une partie de la Côte-d'Or). Plus proche, l'essor du Christianisme et de ses abbayes en Bourgogne a marqué la carte de nombreuses références ecclésiastiques. Le fameux Clos de Vougeot est le plus célèbre.

Mais la base, en Bourgogne, reste la fréquentation assidue du terroir. Beaucoup de ces noms font ainsi référence aux caractéristiques des sols de la côte. En particulier, quand ils étaient caillouteux : Les Cras, Crais, Cailles, Caillerets, Lavières, etc. On les retrouve parfois sous des formes un peu moins évidentes à décrypter : les Dents de Chien (cailloux en forme de canine), Les Blanchots (quand le calcaire est bien pur), Les Casses têtes (il a fallu casser la tête de rochers pour planter), Les Ruchots (rochers), etc.

Et les Perrières, pensez-vous… Oui mais il s'agit plutôt d'anciennes carrières, comme pour le fameux premier cru de Meursault.

Ces noms renvoient aussi aux voies de communication qui traversaient la région. La Romanée (à Chassagne-Montrachet ou bien-sûr à Vosne-Romanée), fait très certainement référence à la proximité de voies romaines.

Les Boutières à Aloxe-Corton, Savigny-lès-Beaune, et plus au sud à Pouilly-Fuissé, évoquent des routes très anciennes empruntées par des muletiers. Les mulets y transportaient des boutes (des outres) destinées au commerce du vin. 

Dans tous les cas, ces noms participent à l'intelligence des lieux et témoignent d'un rapport singulier des hommes avec leur territoire.

 

 

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Un atlas pour les Climats de Bourgogne

5 Octobre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #Climats au patrimoine de l'humanité

Raconter les climats de Bourgogne par les cartes, mais aussi par leurs noms. C'est l'ambition de cet ouvrage qui va faire date.

AtlasLes amoureux des subtilités des terroirs bourguignons peuvent se réjouir : "L'Atlas des Climats et lieux-dits des grands vignobles de Bourgogne" vient de paraitre. Cet ouvrage, doté d'une cartographie détaillée de la Côte de Nuits et de la Côte de Beaune met en lumière les près de 1 500 Climats de ces vignobles.

Marie-Hélène Landrieu-Lussigny, professeur agrégée de lettres classiques, livre un éclairage étymologique sur ces fameux climats. Savez-vous par exemple que "Les Charmes", ceux de Meursault par exemple, désignent un terrain en friche ou doté d'une pauvre végétation (comme les Chaumes) ? Ou encore que "Les Evocelles", climat de Gevrey-Chambertin, désigne un vallon, un petit enfoncement.

Ce livre est donc un témoignage unique de la culture du terroir en Bourgogne. Sylvain Pitiot ingénieur topographe reconverti dans la vigne (il est régisseur du Clos de Tart), a notamment assuré la cartographie. Depuis plus de 20 ans, son atlas et ses cartes font référence pour les vignobles de Côte-d'Or.

Les 35 communes viticoles y figurent bien-sûr, avec la liste des climats, leurs niveaux d'appellations (village, premiers crus, grands crus). Pour les grands crus, le lecteur trouvera même les noms des producteurs exploitant les vignes. Préface de Bernard Pivot.

Editions du Meurger - Editions de Monza - 69 €

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Les critiques de vins français ont-ils démissionné ?

3 Juin 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Livre, #Dégustation

 Dans un livre, tout juste paru, Franck Dubourdieu estime que la presse française s'est pliée au "gustativement correct". Les journalistes tricolores sont-ils les suppôts de Parker ? Analyse et explication.

dubourdieu-guerre-du-gout.jpg"La critique française s'est rangée plus ou moins dans le "gustativement correct" se réclamant de tous les styles sauf, il faut le reconnaitre de l'insuffisance, de la pauvreté", écrit Franck Dubourdieu dans son tout nouvel ouvrage ("Du terroir à la guerre du goût". Editions Confluences). Le paragraphe est sous-titré "La démission de la critique française." Difficile, décidément, d'ouvrir un essai sur le vin qui n'égratigne pas les journalistes de la presse spécialisée par les temps qui courent. Il y a quelques semaines, c'est l'œnologue Michel Rolland qui s'en prenait, avec beaucoup de moins d'élégance, à la critique vinicole.

Le "gustativement correct" pour Franck Dubourdieu c'est, on l'aura deviné, le goût "parkerisé". Un goût dont il a assisté à l'avènement, après quarante années passées dans le vignoble bordelais comme négociant, critique indépendant et consultant. Il en revendique un autre, un goût classique, quitte à se faire taxer d'appartenir à la "vieille école".

La notion de classicisme étant vue dans son sens historique et philosophique : le vin doit être en résonance avec le naturel, son terroir, lui-même reflet d'une harmonie qui nous rapprocherait d'un "esprit fédérateur dominant la diversité des éléments". Vision du vin qui, au passage, nous éloigne de celle hédoniste proclamée par Michel Onfray.

A l'opposé des vins classiques se tiennent les "vins excessifs". "Trop de tout et tout en trop", s'indigne Franck Dubourdieu. Surmaturité des grappes pendant les vendanges, surextraction des raisins en vinification et surboisage pendant l'élevage. Style international et standardisé qui s'est imposé dans bon nombre de châteaux bordelais.

L'enjeu de ce clivage n'est pas qu'une question de forme ou la répétition des sempiternelles querelles entre les anciens et les modernes. Pour Franck Dubourdieu, il est la clé de compréhension de la crise qui touche le vignoble français. En s'écartant de ce classicisme, de trop nombreux producteurs hexagonaux ont prêté le flanc à leurs concurrents. Répondant aux sirènes impatientes du marché ou assoupie par les bénéfices d'une hégémonie révolue, l'identité des vins français s'est noyée dans la mondialisation. Le terroir est passé par perte et profit.

Alors capitulation ou pas de la presse française ? Si Franck Dubourdieu parle de démission, c'est qu'il voit les critiques du vin, idéalement, en gardiens du "grand goût classique". Mission qu'il leur attribue un peu rapidement à mon sens. Son constat n'en demeure pas moins exact : la critique française a, dans l'ensemble, réservé un accueil favorable aux vins modernes, même les plus "excessifs".

Dans les années 1990, la Revue des Vins de France a largement mis en avant le travail de Kyriakos Kinigopoulos, œnologue conseil "moderniste" en Bourgogne. Au début des années 2000, Michel Bettane, dans cette même revue, voyait en Philippe Charlopin, vigneron de Gevrey-Chambertin en pointe de la "modernité", le meilleur producteur de pinot noir au monde. Bourgogne Aujourd'hui a également participé à faire connaitre des vignerons comme Denis Mortet, Vincent Girardin, David Duband, etc., au nom d'une certaine pluralité dans l'expression des goûts des dégustateurs.

Une faute ? Pas si l'on en croit la définition du rôle de la critique selon Saint-Beuve : "Renouveler les choses connues, vulgariser les choses neuves". Un journaliste est à l'affût de la nouveauté, c'est même l'essence de son métier. Il trouve d'ailleurs une certaine gratification professionnelle à aller dénicher le vigneron qui fait bouger le Landerneau, remet en cause le ronronnement d'un monde viticole peu enclin à s'ouvrir à l'innovation. Les modernes partaient donc d'entrée de jeu avec un capital d'intérêt certain auprès de la presse.

Leurs vins aussi. Les sélections menées par la critique vinicole s'opèrent par dégustations en série - des marathons déplorent certains - sur des millésimes jeunes, en cours de commercialisation. Un exercice qui favorise les vins "excessifs": plus démonstratifs, plus souples, ils développent spontanément plus de puissance, de gourmandise et une certaine spontanéité aromatique. Bref, ils sortent plus facilement du lot qu'une cuvée qui s'exprime dans le registre de la finesse, de l'élégance. Le phénomène des primeurs, devenu une institution à Bordeaux, n'a fait qu'aggraver ce penchant.

Les vins "modernes" ont percé avec d'autant plus de facilité que la viticulture française sortait d'une période bien triste de son histoire. Elle a cédé, à l'image de l'ensemble du monde agricole, aux sirènes du productivisme et de l'agrochimie. Les rendements d'abord ! Résultat : une très grande majorité de la production se distinguait, si l'on peut dire, par sa dilution. Dévoiement qui a rendu bon nombre de vins, même parmi les plus prestigieux, indignes de leurs rangs.

"On a fini par oublier de réfléchir, de raisonner. Avec les engrais et la mécanisation, on s'est laissé aller à la facilité pendant vingt ans. Nous produisions des raisins, point. (…) Dans les années 1970/80, la Bourgogne a produit beaucoup de vins dilués, déséquilibrés. Je me suis fait remarquer par des vins très denses, avec beaucoup de couleur. Je sortais un peu du lot. Cela a eu le mérite d'attirer l'œil, de poser des questions même si on est peut-être tombé dans l'excès inverse, avec des vins un peu trop extraits, concentrés", confiait en 2003, Denis Mortet, vigneron moderniste de Gevrey-Chambertin.

La presse s'est d'abord appliqué à faire le tri entre les vins insuffisants et les autres. Les débats "stylistiques" passaient alors au second plan et pouvaient être considérés comme une question d'inclinaison personnelle. D'autant que la distinction entre vins classiques et vins modernes est plus délicate à opérer en pratique qu'en théorie. Toute une gamme de nuances existe entre ces deux extrêmes. Où placer la frontière sans confondre critique et chasse aux sorcières ?    

Il faut pourtant en faire le constat : la presse vinicole a porté aux nues, starifié certains vignerons un peu vite. Elle n'a pas échappé à l'écueil de la médiatisation immodérée de notre époque : la mise sous les projecteurs, sans beaucoup de recul, de la dernière cuvée à sensation. Mais le tort principal de la critique est sans doute ailleurs : n'avoir que rarement donné droit de suite. Elle aurait, à mon sens, gagné à reconnaitre être allée un peu vite en besogne dans certains cas. Que valent aujourd'hui les vins encensés il y a 10, 15, 20 ans ? Peu s'en soucient. La question occupe beaucoup moins les rédactions que la qualité du millésime récolté il y a moins de 6 mois. Dommage, car dans l'univers des grands vins, garder un œil, et plus, sur leur évolution est éminemment instructif. Temps long contre temps court, problématique récurrente de notre époque…

Dès avril 2002, Bourgogne Aujourd'hui (n°45) avait posé le débat et effectué une dégustation comparative sur des vins de 3 à 9 ans. Les vins classiques se montraient alors plus à leur avantage.

Depuis, le débat s'est éteint de lui-même en Bourgogne. Les vins "excessifs" ont disparu. La culture du terroir, si profondément ancrée dans l'ADN bourguignon, a fait office de garde-fou.  Il en est autrement à Bordeaux selon Franck Dubourdieu. L'influence de Robert Parker étant toujours prégnante.*

L'ouvrage écrit dans un style dense, précis, et solidement étayé est donc un appel pressant et salutaire à un retour au classicisme sans concession, seul reflet d'une viticulture de terroir. "Les terroirs français, plus ou moins à l'épreuve de la globalisation du goût n'ont d'autre choix que de radicaliser leur expression différenciée en s'ouvrant toujours plus au monde", conclut-il. Une critique vinicole, non soumise à la prééminence du spectaculaire et de l'immédiateté, ne saurait qu'abonder dans ce sens.

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