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365 jours en Bourgogne

Articles avec #polemique tag

Millésime 2015 : lettre ouverte à mes lecteurs

26 Août 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #millésime 2015, #polémique

Chère lectrice, Cher lecteur,

 Les articles enthousiastes sur le millésime 2015 fleurissent depuis une bonne semaine déjà. Tu les as sûrement lus avec bonheur. Mieux la miss météo d’I-Télé annonçait une "grande année pour le vin" il y a quinze jours.
Elle devait avoir de meilleures sources que les miennes...

Tu t’en doutes, tout cela n’est que présuppositions, conjectures, supputations.  Il manque une bonne dizaine de jours avant que les vendanges ne battent véritablement leur plein par ici et dans beaucoup d'autres régions. Certains vignerons rentrent tout juste de vacances.
Vendanges au Clos de Tart (grand cru de la Côte-de-Nuits) en Bourgogne.Oui, les espoirs sont grands. Peut-être tient-on le "millésime de la décennie", du siècle, qui sait.
Le profil météo de l’été paraît tout ce qu’il y a plus favorable. Soleil, chaleur, peu d’eau. De l’oïdium tout de même jusqu’en juillet. Quelques inquiétudes aussi au moment de la véraison, certaines vignes se bloquaient du fait de la sécheresse. Des péripéties.
Seulement les dernières semaines de maturation comptent, au moins, doubles.
Plus d’une fois, j’ai entendu des vignerons se souvenir douloureusement être passés dans leur vignes un vendredi. Les raisins étaient splendides. « On les coupera lundi ». Et revenir le jour j pour s’apercevoir que les grappes avaient tournées. Les fruits prometteurs étaient devenus marrons…
Il suffit d’un orage. D’un coup de trop chaud ou pire, de chutes de grêle.
Moi aussi j’aimerais y aller de mon couplet louangeur sur les futurs 2015. Moi aussi, je voudrais me donner du cœur à l’ouvrage alors que l’été s’achève, que les vacances sont déjà loin. Mais je cherche objectivement des raisons d'être catégoriquement enthousiaste. Je n’en trouve pas pour l’heure.
J'ai tout juste grapillé quelques baies ici et là ces derniers jours. Elles manquaient encore un peu de sucre et c'est bien normal à ce jour.

Alors mes excuses chère lectrice, cher lecteur, si de passage sur ce blog tu cherches un article te prédisant de grands moments de dégustations à venir. J'insiste si souvent lors de mes ateliers d’œnologie : « On n'a pas d’avis tant qu’on n’a pas goûté ! ». Comment pourrais-je t’aviser aujourd'hui que le millésime 2015 est grand, très grand ? Il n’existe pas encore… 
J’espère bien prochainement t’annoncer avoir vu de très beaux raisins chez un tel. Que Tartempion est ravi de sa récolte. Que toute une région comblée récolte le fruit de son année de travail dans l’allégresse. Mais avant que les hommes n'entrent en piste, la vigne a encore un peu de travail.
Je suis optimiste, c'est ma nature, dans quelques mois je t’annoncerai peut-être que le millésime 2015 tient toutes ses promesses. On croise les doigts ! C'est tout ce que nous pouvons faire.


Merci donc de ta patience. A très bientôt (j’ai plein de nouveautés à t’annoncer) et bonne rentrée !

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Sans rancune Bob (Parker) !

30 Juin 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

Robert Parker fait ses excuses à la Bourgogne. Certainement le point final d'une relation tumultueuse entre le gourou américain et le vignoble. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis... Mais ses justifications laissent pantois.

Donc Robert Parker a été "belliqueux" et "agressif" avec les Bourguignons. Il s'en excuse (lire ici).  Sa plus grande erreur dit-il. Ce mea culpa est évidemment à mettre à son crédit.
C'est vrai, le dégustateur de Monkton (Maryland) n'a que rarement épargné la Bourgogne. Il l'a souvent dépeinte comme un vignoble musée, dépassé, ringardisé par la modernité de bien d'autres régions. On pense bien-sûr à Bordeaux, sur lequel le Wine Advocate a assis sa notoriété à partir du millésime 1982. On se réfère aussi à la montée en puissance des nouveaux pays producteurs. Car c'est bien ce qui aura marqué les trente années du règne de Parker (des années 1980 jusqu'à 2013) : la mondialisation du vin, tant dans sa production que sa consommation.

L'histoire de Parker et de la Bourgogne s'est finalement achevée prématurément en 1993. Mettant en doute la sincérité des vins du domaine Faiveley (il voyait une différence entre ceux goûtés en cave et les bouteilles disponibles sur le marché américain), il sous-estima certainement la réaction de François Faiveley. L'affaire se régla par avocats interposés, finissant par le retrait des guides en circulation. Parker abandonna ensuite la Bourgogne à l'un de ses collaborateurs.
Ce qui n'empécha pas le critique de juger, en 2003, que la Bourgogne est un « terrain miné par des déceptions, chérie par des snobs pseudo-intellectuels qui se complaisent à débattre ad nauseam des vignerons et des terroirs, à défaut de qualité ».
Le manque de diplomatie qu'il confesse aujourd'hui - "erreur de jeunesse" dit-il - fait-il référence à l'affaire Faiveley ? On ne le saura pas : Parker n'est jamais revenu publiquement sur le fond.
Mais quand il évoque le fond, justement, Parker n'est pas plus convaincant dans sa plaidoirie d'aujourd'hui, qu'il ne l'était dans ses mises en cause d'hier.

Ses justifications sont surprenantes : il n'essayait pas de faire changer les méthodes de vinification des Bourguignons, mais de pointer des filtrations trop excessives, des transports dans des conteneurs inadaptés… "Un peu court jeune homme, on pouvait dire bien des choses en somme", aurait déclamé Cyrano de Bergerac s'il avait été bourguignon.
Car oui dans les années 1980, 1990, la Bourgogne était parfaitement critiquable sur bien des points.
D'abord sur ses fondamentaux : la vigne. Peut-on évoquer ce vignoble chantre du terroir, sans revenir à l'essentiel. La Bourgogne, comme beaucoup, a cédé aux sirènes de l'agriculture productiviste : engrais, désherbages et traitements chimiques etc. Il a fallu des phrases chocs, comme celle de l'agronome Claude Bourguignon : "Vos sols sont aussi morts que les sables du Sahara", pour réveiller les consciences. Bien du chemin a été parcouru depuis. L'aggiornamento a suivi naturellement en cave (lire ici).
Ces problématiques de filtration et de transport paraissent bien secondaires. Pouvant même se règler d'elles-mêmes en repartant de la vigne. Erreur peu surprenante de la part d'un critique estimant que la seule chose dont les Français puissent être fiers c'est de leurs barriques de chêne…
Finalement, loin d'être ringardisée par la mondialisation du goût et l'essaimage des cépages, la Bourgogne n'a jamais été autant portée aux nues qu'aujourd'hui. Redevenue inimitable, elle est perçue comme un modèle par de nombreux vignobles cherchant leur voie dans le concert, souvent monocorde, de la production mondiale de vin. Car de jolis chais dessinés par un architecte à la mode, des caveaux de réception tape-à-l'œil, des cépages tendances et les conseils d'un flying-winemaker célèbre (et le fût de chêne français!), ne font leur effet qu'un temps…

La principale erreur de Parker est là : n'avoir pas eu suffisamment de flair pour prévoir le rôle essentiel, à défaut d'être central, que prendrait la Bourgogne dans le monde globalisé du vin. C'est celle que l'on aurait aimé l'entendre confesser aujourd'hui.


Photo : Robert Parker dans le film Mondovino de Jonathan Nossiter (2004).

 

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Vin de viticulteur ou vin de négociant : les cartes se brouillent

2 Avril 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Bio, #polémique, #Histoire

Négociant ou viticulteur, cette répartition a longtemps structuré la production des vins de Bourgogne. Mais les "genres" se mélangent de plus en plus…  

"Un négociant, c'est un vigneron qui a réussi" a-t-on longtemps dit en Bourgogne. Dira-t-on un jour qu'un vigneron est un négociant qui a réussi ? Les évolutions de la Bourgogne en ce début de siècle peuvent le laisser penser. Dernier exemple en date : le cas Alex Gambal. Nettement moins "maison de négoce" et beaucoup plus "domaine", Alex Gambal vient de reprendre les sept hectares du domaine Christophe Buisson (Saint-Romain) *. "Alex Gambal a exprimé sa volonté de changer de modèle" précise Alexandre Brault, co-gérant de la maison.
Le modèle précédent, c'était celui hérité du 19e siècle. Le négoce achetait du vin en vrac auprès d'une foule de petits vignerons qui ne s'occupaient absolument pas de commerce (la mise en bouteille à la propriété n'a gagné du terrain qu'après la deuxième guerre mondiale).
Quand le négociant parcourait le monde, prospectait de nouveaux marchés, le viticulteur restait un homme de la terre.
Le modèle d'aujourd'hui, c'est l'importance stratégique, vitale même pour un négociant, d'avoir un pied, au moins, dans les vignes.
La raréfaction des sources d'approvisionnement et les prix atteints par les vins ne sont pas étrangers à cette situation. En effet, la course aux approvisionnements est de plus en plus exigeante pour les négociants. D'autant que ces 10 dernières années ont vu se multiplier les créations d'activités de négoce par des vignerons. Des micro-négoces face aux grandes maisons traditionnelles. Cette multiplication concourt toutefois, tout comme les faibles récoltes des derniers millésimes, à assécher le marché du vrac.

Dans la Bourgogne du marché mondialisé d'aujourd'hui, le point crucial n'est finalement pas d'avoir des clients mais de disposer, avec régularité, de bons vins pour les servir…

* Des vignes situées entre Puligny-Montrachet et Nuits-Saint-Georges en passant par Saint-Romain, Auxey-Duresses, Beaune et Savigny-lès-Beaune. Par ailleurs, la maison a acquis environ un hectare de vignes cet hiver. Des parcelles situées en appellation volnay, pommard et bourgogne. L'ensemble de ces vignes étaient certifiées en viticulture biologique, le domaine demeurera intégralement en bio.
Christophe Buisson poursuivera une activité de négoce...

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Le Beaujolais se déchire : la Bourgogne en recours

4 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

C'est un peu plus qu'une histoire de Clochemerle qui se joue dans le Beaujolais. Mais une opposition entre des visions du vin différentes. un face à face dans lequel la Bourgogne aura immanquablement son mot à dire...

"Nos vins se vendent bien, ils sont appréciés... Tant qu'on évite de préciser que nous sommes dans le Beaujolais !", Discours tenu par beaucoup de vignerons des crus du Beaujolais ces dernières années. L'histoire était donc écrite d'avance. Les crus du Beaujolais font sécession : ils ne souhaitent plus apporter leur contribution à l'Union des vignerons du Beaujolais*. L'annonce a été faite le 18 décembre dernier.
A mesure que les appellations Beaujolais et Beaujolais-villages s'enfonçaient dans la crise, les crus ne pouvaient que se désolidariser de leurs voisines du sud. Trop dépendantes de l'effet beaujolais nouveau, devenu délétère. Trop suspendues à un négoce chargé de redorer un blason largement terni. Trop longtemps coupées des amateurs de vin et donc incapables de sentir le vent tourner.
Quelle communauté d'intérêts peut subsister entre un producteur de moulin-à-vent qui vend une bonne partie de ses vins aux particuliers et un producteur de primeurs se "débarrassant" de la totalité de ses cuvées dès le mois d'octobre venu ?
Le Beaujolais est le théâtre d'une véritable catastrophe industrielle silencieuse, sournoise. Elle laisse des traces. Un chiffre, sec et froid, pour la quantifier : plus de 6 000 hectares de vignes (sur 23 000) disparus en une décennie.

Tout cela aux portes d'une Bourgogne plus que jamais triomphante. Insolente presque. Les crus du Beaujolais regardent irrésistiblement vers le nord et voudraient se délester du sud. Ne plus entendre parler de beaujolais nouveau, mais se placer en orbite autour des prestigieuses appellations bourguignonnes.*
De son côté la Bourgogne, en manque de vin, fait les yeux de Chimène aux crus du Beaujolais. Ces dernières années ont été marquées par les annonces de maisons historiques venues investir dans le Beaujolais. En novembre dernier, Joseph Drouhin officialisait son partenariat avec les Hospices de Belleville.

Lors de sa prise de fonction à la présidence de l'Interprofession des vins de Bourgogne, Louis-Fabrice Latour, affichait clairement sa volonté de voir les deux interprofessions fusionner à moyen terme. De là à écrire que la Bourgogne a encouragé ce divorce à la Beaujolaise...

On imagine pourtant mal une fusion Bourgogne-Beaujolais s'opérer en laissant sur le bord de la route tout le sud du Beaujolais. Si les crus devaient rejoindre l'Interprofession bourguignonne, se sera avec leurs voisins du sud. Mais en sortant, au passage, d'un tête à tête devenu houleux.

 

* Les crus du Beaujolais n'ont pas remis en cause leurs participations à l'interprofession contrairement à ce que de premières informations laissaient entendre (Communication Inter beaujolais). 

* Des passerelles existent entre Beaujolais et Bourgogne depuis la création des AOC en 1935. Les crus peuvent se replier en appellation bourgogne (plus précisément en AOC bourgogne-gamay depuis 2011).

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Un terroir un peu Bâtard…

21 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #polémique

Ce billet pourrait aussi s’appeler : La Bâtard-Montrachet, Michel Bettane et les "terroiristes"...

« Peu de sujets concernant le vin enflamment ou abrutissent autant les esprits que le couple vin et terroir. Les « terroiristes » me font penser aux talmudistes qui inlassablement essaient de rationaliser ce qui relève du mystère ou de la foi, ce qui est peut être utile sur le plan moral et philosophique mais n’a aucun sens en matière de plaisir et de goût, et encore moins d’agriculture, malgré le mot culture ». Voilà ce qu’écrivait Michel Bettane, il y a quelques semaines, sur le site mybettanedessauve.fr

Je ne sais pas si je suis un « terroiriste », mais il est certain que ma longue expérience de la Bourgogne n’incline à porter une grande considération au terroir. Je reste avant tout journaliste : curiosité et scepticisme sont mes deux moteurs. Un mélange de volonté de comprendre et de sagesse qui enseigne qu'il n'y a pas de vérité. Ou qu'elle est inaccessible. L'étude des terroirs est une excellente école de journalisme...

Voici un cas d’école. Je viens de boucler, pour la revue Bourgogne Aujourd’hui, un long travail sur le terroir du Bâtard-Montrachet, fameux grand cru de la Côte de Beaune.

J’ai notamment fait appel à l’expertise d’une géologue. Elle explique qu’il existe deux entités distinctes dans le Bâtard-Montrachet. Le tiers Ouest repose sur du calcaire du Jurassique. Une roche composée des débris de coquillages qui se délitent en dalle : de minces laves (Pierre de Ladoix). Les deux tiers restant, à l’Est, sont composés de dépôts limoneux fins datant du Pliocène. Les terres y sont épaisses voir très épaisses. La vigne n’a pas besoin de faire descendre ses racines très loin pour trouver ce dont elle a besoin.

Pour faire simple les deux tiers du Bâtard-Montrachet sont constitués d’une terre identique à celle de la plaine de la Bresse, là où sont reléguées les appellations régionales (l’entrée de gamme en Bourgogne)…

Pente peu marquée, pied de coteau, terre riche, etc. A priori, le Bâtard-Montrachet n’a pas le profil idéal d’un grand cru…

Pour autant, la plupart des vignerons interrogés parlent d’un terroir qui ressuie bien, se travaille facilement, produisant un vin qui digère sans problème le 100% fût neuf (comme aux Hospices de Beaune). Sa puissance n’a rien de légendaire. « Comme on dit familièrement, c’est un vin qui envoie », s’amuse Pierre Vincent, le régisseur du domaine de la Vougeraie.
Aucun critique n’oserait prétendre que le Bâtard-Montrachet n’est pas un grand cru. Je n’ai en tout cas jamais rien lu de tel.

Il vieillit aussi très bien. La dégustation verticale menée avec Anne Morey (Domaine Pierre Morey à Meursault) me l'a confirmé : les millésimes 2011, 2009, 2005 et 1977 étaient superbes avec ce caractère presque tannique qui pourrait, à l’aveugle, laisser penser à des vins rouges...

Questionnée par la géologie, mais confortée par l’expérience gustative, ma « foi » dans le terroir demeure donc.

Faut-il en faire une religion ? Peut-être pas. Mais comme le disait Brillat-Savarin à propos de l’opposition Bordeaux-Bourgogne : « C’est un procès dont j’ai tant de plaisir à visiter les pièces que j’ajourne toujours à huitaine la prononciation de l’arrêt ».

 

Photo : Les grands crus de Puligny-Montrachet pris du Chevalier-Montrachet (le Bâtard est au niveau de la maisonnette rose).

* Sur ce thème lire aussi ce billet sur les vins de Volnay et de Gevrey-Chambertin.

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Hubert de Montille : L'esprit en liberté

2 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

A l'occasion d'une interview pour Bourgogne Aujourd’hui*, Hubert de Montille, décédé ce 1er novembre, me confiait quelques souvenirs. Premières vinifications (1947 !) et autres anecdotes dont il avait le secret…

Orphelin de père à 5 ans, Hubert de Montille a vinifié ses premiers vins à 17 ans, par la force des circonstances. Millésime : 1947 (resté dans toutes les mémoires). C’est son oncle qui s’occupait alors du domaine de Volnay.

« J'ai fait mes premières vendanges en 1947. Ma tante venait de mettre au monde un enfant. Mon oncle allait voir sa femme à la maternité. J'ai dû vinifier. C'est comme cela que j'ai fait mon premier vin. Ce n'était pas trop mal réussi. J'ai partagé ma dernière bouteille avec Jacques Lameloise pour ses 40 ans. Ma tante s'est quand même fait engueuler par ma grand-mère maternelle : « On n'a pas idée de faire un gosse pendant les vendanges !».

Pourtant, Hubert de Montille est attiré par la carrière d’avocat. Carrière marquée par quelques affaires fameuses. Il défendra François Faiveley (producteur de Nuits-Saint-Georges) contre Robert Parker, après des écrits diffamants à l'encontre du Bourguignon. Il plaidera dans la sombre histoire du petit Grégory (comme défenseur de Bernard Laroche). Episode qui lui vaudra un infarctus. Il sera également impliqué dans la scission de la Romanée-Conti.

« Cela m'aurait manqué de ne pas avoir parallèlement mené une carrière d'avocat. Un centre d'intérêt unique, c'est un peu réducteur. La semaine je plaidais, les clients du domaine savaient qu'on pouvait voir de Montille à partir du samedi matin ».

Ils portent un regard bien à lui sur les évolutions du métier de vigneron. Quel a été le fait marquant dans ce domaine pendant sa carrière ?

« L'avènement du tracteur. Un bonhomme, vous lui mettez un moteur dans les pattes, ça pétarade, il est content. Les ceps faut les comprendre, les cultiver, les tailler, évasiver, etc. Le moteur et le fait d'être assis dans le tracteur, vous ne voyez plus de la même manière. Plus généralement, on s'est trop axé sur les moyens mécaniques, le scientisme. Nous avons commis des erreurs que l'on continue à payer. J'ai une culture littéraire et de juriste. Une culture du doute. Celui qui a une formation scientifique, on le gonfle déjà au départ en lui disant : "Tu es le plus beau, le plus fort". Il ne s'interroge plus. Quand un scientifique fait une découverte, il croit toujours que personne n'a découvert cela avant lui. Et il se trompe souvent ».

Dernière pirouette d’une carrière décidément hors norme, Hubert de Montille monte les marches du Festival de Cannes 2004 pour la présentation de Mondovino (de Jonathan Nossiter). Dans le film, il est le représentant de la culture européenne contre le vin mainstream façon Parker.

« L'idée de base est honnête et sérieuse. [Parker] dit : "Vos histoires de châteaux, de tableaux dans votre salon, je n'en ai rien à foutre ! Je suis le fils d'un fermier du Middle West, ce qui compte pour moi, c'est ce que je bois. Ce n'est pas de savoir d'où cela sort. Ca me plait ou ça ne me plait pas."
Seulement Parker n'a pas voulu voir que ce qu'il aimait était subjectif. C'est un Américain, il aime le sucré, la vanille, etc. Tout ce que moi je déteste. Moi je dis : je veux bien vous vendre du vin, si vous l'aimez. Vous avez le droit de ne pas l'aimer. J'ai le droit de faire le vin que j'aime. Faire le vin que vous aimez, j'en ai rien à foutre. Comme Parker se fout de l'origine, des châteaux...
»

 

* Interview parue dans BA 63 avril-mai 2005 : Lire en intégralité ici.

 

Ci-dessous la bande annonce de Mondovino.

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Le vin naturel et les francs tireurs de l’amalgame

24 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

Au pays des vins "plus verts que verts", il n’est jamais inutile de se mettre d’accord sur les termes utilisés. Car les débats s’enveniment vite dans le microcosme du vin et l’anathème est facilement décrété.

Verre de vin rougeJe suis « anti vin sans soufre » m’apprend un producteur de Côte de Nuits. Au détour d’un échange de vues musclé sur l’évolution des AOC (suite à cet article), il me fait ce procès en haute-ringardise.

Le terrain du « sans-soufre » est miné, j’avais déjà eu l’occasion de le constater…

Sans doute ce viticulteur confond-t-il mes prises de position contre la terminologie vins « natures », ou « naturels », et la louable recherche d’alternatives au soufre (ou à tout autres intrants œnologiques).

En 2011, une dégustation chez Pablo et Vincent Chevrot (Cheilly-lès-Maranges), mettant en parallèle la même cuvée soufrée et non soufrée, m’avait conduit à désigner - à l’aveugle- la cuvée non soufrée comme plus expressive et la plus croquante en bouche (lire ici).

Dès 2009, pour le troisième numéro de notre supplément Beaujolais Aujourd’hui, je suis parti à la rencontre de Mathieu Lapierre, Jean Foillard et Guy Breton, disciples méritants de Jules Chauvet. De passage en Alsace au printemps dernier, j’ai eu l’occasion de rendre visite à Patrick Meyer (Nothalten).

Comme attitude « anti sans soufre », on peut faire mieux…

Je loue volontiers la démarche de vignerons qui n’hésitent pas à se remettre en cause et à repousser les limites de leur art. Faire un grand vin implique une prise de risque… Se passer de soufre c'est, quand tout va bien, donner naissance à des vins au fruit préservé et particulièrement digestes. C'est aussi s'exposer à l'oxydation prématurée et à de multiples déviations microbiennes.
Le devoir d’explication, de décodage, et finalement de clarté d’un journaliste à ses lecteurs, exige que les points soient mis sur les « i » quand il le faut.
Le qualificatif de naturel (que l'on donne souvent aux vins sans soufre) est, au minimum, un fâcheux contre-sens, plus sûrement une tromperie (lire aussi ici). Le simple fait de planter de la vigne à haute densité et de la tailler tous les ans n’a rien de naturel. Le vin est profondément une construction humaine, un produit culturel.

Pourquoi donc cette mouvance fait elle tant parler, quand elle ne déchaine pas carrément les passions ? Le phénomène des vins dits naturels doit être mis en parallèle avec la montée en puissance du bio. Très longtemps resté marginal, le nombre de producteurs certifiés bio est devenu, depuis quelques années, conséquent. Cette approche se trouve maintenant « démocratisée », dévoyée diront certains, par la grande distribution. Il fallait donc qu’un nouveau segment apparaisse dans l’offre vin. Cavistes et bars à vins branchés y avaient tout intérêt pour proposer des vins aptes à séduire une clientèle en quête de cuvées exclusives, plus pointues et élitistes.
Comme le nouvel Omo « lave plus blanc que blanc », le vin plus vert que vert était né ! Morale de l'histoire : pensant fuir le marketing certains s'y sont vautrés dans les grandes largeurs...

« Oui, le vin n'est pas un produit naturel, mais on continuera à l'appeler comme ça, parce que tout le monde sait ce que c'est », écrivait le mois dernier le blogueur Olif. C’est surestimer les connaissances viticoles et œnologiques de nos compatriotes. Pour ma part, je ne me résouds pas à entendre parler de « vins naturels ». Quitte à ce que des francs-tireurs de l’amalgame m’en tiennent rigueur…

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Cheval dans les vignes : une vraie fausse tradition

6 Juin 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Histoire

Au garage le tracteur bruyant polluant ! Ces dernières années le cheval a fait un retour spectaculaire dans les vignes. Un retour à la tradition, vraiment ?

La plus belle conquête de l’homme est-elle aussi le meilleur allié du vigneron ? En matière de communication, le cheval est certainement un bon investissement. Il a de l’allure entre deux rangs de vignes au moment des labours. Il renvoie immanquablement à l’image d’Epinal du terroir éternel mené par des vignerons aux pratiques immuables et respectueuses de la nature. Il fait aussi du bon travail, tassant moins les sols que les roues du tracteur et améliorant au passage le bilan carbone de l’exploitation. Raisons pour certains domaines, aux finances confortables, de faire régulièrement appellent aux équidés. Les prestataires de ce type de service ont prospéré en Bourgogne ces dernières années.

On en viendrait à croire que le cheval a toujours travaillé dans les vignes. Grossière erreur...
Il faut attendre l’après phylloxéra (apparu en Bourgogne en 1875) pour le voir prendre sa part au labeur dans les vignes. Avant que l’insecte n’attaque, les vignes étaient plantées "en foule" et à hautes densités. Ces plantations aléatoires (par marcottage) rendaient le passage d’un cheval impossible. De même, le coût économique d’un tel animal et le temps nécessaire pour le soigner en faisait un auxiliaire relativement rare pour les vignerons.
C’est la replantation post-phylloxérique des vignes en ligne, avec piquets et fils de fer, qui a rendu le recours à l’animal possible au sein des vignobles. L’historien Olivier Jacquet, l’a constaté dans les statistiques de la fin du XIXe siècle : le nombre de chevaux et de mulets dans les villages viticoles n’explose qu’une fois la catastrophe du phylloxéra passée. Ces quadrupèdes sont en fait le signe d’un vignoble qui se modernise…

Le tracteur s’étant généralisé assez rapidement après la seconde guerre mondiale, le cheval n’aura connu ses heures de gloire seulement quelques décennies. En aucun cas le recours au cheval ne s’inscrit donc dans une quelconque tradition séculaire.
On en reste pas moins satisfait de le prendre en photo à la faveur d'une rencontre fortuite dans les vignes (ici en Côte de Beaune)...

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Retour vers le futur !

14 Mai 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Grand cru

Les montants astronomiques des transactions dans les grands crus (voir ce billet sur le Clos des Lambrays) font les choux gras de la presse. Mais l'évolution de la Bourgogne "d'en bas" est bien différente. Et pas forcément moins inquiétante.

Le saviez-vous ? Une exploitation sur cinq a disparu en dix ans (-19%) en Bourgogne. Chiffre du dernier recensement agricole,  Michel Baldassini, président du Bureau interprofessionnel l’avait souligné dans l’indifférence quasi générale à l’automne dernier : « Beaucoup de vignerons atteignent l’âge de la retraite et une grande partie d’entre eux sont sans successeurs » a-t-il lancé. « 65% des exploitants de plus de 50 ans n’ont pas de repreneurs désignés en Bourgogne » confirme les statistiques du recensement. Les appellations régionales (l'entrée de gamme) sont évidemment  les principales touchées.

« Soit les exploitants n’ont pas d’héritiers, soit ces derniers ne souhaitent pas reprendre face à la difficulté d’un travail qui procure de faibles revenus », note Guillaume Pellenz, conseiller transmission à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Il est difficile d’installer des salariés viticoles sur ces vignes. « Vu le prix du foncier, l’aspect financier coince pour eux », poursuit Guillaume Pellenz.

Cette restructuration silencieuse a profité aux exploitations les plus grandes. Les domaines de plus de 10 hectares ont enregistré une hausse de 23% de leur surface de vignes entre 2000 et 2010. La taille moyenne des exploitations est passée de 5,4 hectares à 7,6 hectares. Le "small is beautiful" est de moins en moins en vogue en Bourgogne… Le sacro-saint lien entre l’exploitant et son terroir est soumis à rude épreuve et risque de se distendre. Une évolution qui a de quoi susciter l’inquiétude.

L’actualité bourguignonne percutant quelques projets personnels de long de terme, le hasard m’a conduit à me replonger dans un livre remarquable. Une thèse sur les fondements de la qualité des vins de Bourgogne écrite par Rolande Gadille. Je vous en cite l’étonnante conclusion :

"Des abîmes se sont creusés - et tendent plutôt à s'élargir - entre les revenus que l'on peut attendre des grands crus ou des meilleurs appellations communales, et ceux que procurent (...) les plus modestes appellations. Une chaine de réaction résulte : la plus grave se traduit par la désaffection des viticulteurs pour les appellations peu prisées, et du même coup par le recul de la viticulture dans la plupart des secteurs dépourvus d'appellations-villages (...). En fin de compte, cette longue évolution dans le sens d'une exigeante délimitation des crus de toute grandeur aboutit à l'abandon d'une bonne part de l'espace viticole, et à une organisation de type aristocratique, qui pourrait bien n'être pas sans inconvénient pour les meilleurs crus eux-mêmes, actuel gagnants du système.
En effet, l'exiguë Côte bourguignonne, face à l'élargissement de sa clientèle (grâce au progrès des niveaux de vie dans les pays en développement, et à la favorable conjoncture économique actuelle) parvient à peine à faire face à une demande qui se porte de préférence sur les crus et les appellations de plus haut renom, et de production très réduite. Cette situation n'est pas toujours favorables à une stricte application des grandes traditions viti-vinicoles. En outre, l'effacement progressif des appellations régionales (...) risque de réduire la viticulture de la Côte à un squelette de crus et d'appellations communales dont la production en quantité dérisoire, ne suffira plus à alimenter un marché de bonne envergure.
"

Rolande Gadille, Le vignoble de la Côte Bourguignonne. Publication de l'Université de Dijon.

Un texte écrit en... 1967 !

 

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Arnault, Pinault... Clos !

21 Avril 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Grand cru

Le rachat du Clos de Lambrays par LVMH signe l’entrée des grands crus de Bourgogne dans l’univers des marques de luxe. Faut-il s’en plaindre ?


L’honneur est sauf. Le  pavillon français flotte au-dessus du Clos de Lambrays (Morey-Saint-Denis). Le chinois propriétaire du Château de Gevrey-Chambertin était prêt, dit la rumeur, à signer à nouveau un gros chèque… La veuve de Günter Freund (propriétaire du Clos depuis 1996) a fait son choix. Il s’est porté sur le « leader mondial des produits de haute qualité », LVMH. Notre esprit patriotique, ou franchouillard, c’est selon, s’en trouve ménagée cette fois. Grâce à une allemande…
Dans la galaxie LVMH, le Clos des Lambrays rejoint ainsi Château Cheval Blanc, Yquem, Dom Perignon. Mais aussi Guerlain ou Dior…  Plus qu’un changement de propriétaire, un changement d’époque. Les grands vins de Bourgogne sont passés du statut de produits de culture à celui d’objets de luxe ces 10 dernières années.

« La Bourgogne semble, depuis quelques temps, être au centre de l’attention des grandes fortunes du monde entier », écrivait Frédéric Durand-Bazin dans un article du Figaro daté du 13 février dernier. Faut-il s’en réjouir ? Le précédent François Pinault, tend à répondre par la négative. Un petit rappel des faits : en 2006, l’homme d’affaires français (propriétaire du Château Latour à Bordeaux) reprenait le domaine Engel. La famille Engel faisait partie de ces « notables » de la Côte de Nuits, actifs notamment dans la Confrérie des Chevaliers du Tastevin. Philippe Engel est décrit (je n’ai malheureusement pas eu la chance de le rencontrer) comme une personnalité enthousiaste et entière, aimant parcourir les océans sur son voilier. L’homme ouvrait volontiers sa cave aux amateurs. Avec quelques arguments de séduction : Clos de Vougeot, Echezeaux, Grands-Echezeaux, etc. Il est brutalement décédé l’année de ses 50 ans.


François Pinault a racheté le domaine pour le rebaptiser Domaine d’Eugénie. La vinification a un temps été confiée au soin de la maison Albert Bichot.
Depuis… Rien. Le domaine d’Eugénie a disparu des écrans radars ou presque. Il ne présente pas de vins à la presse. On le voit pas ou très peu sur les cartes des restaurants de la région. Le domaine a aménagé de nouvelles installations, à Vosne-Romanée, en catimini. Une communication à minima… Pas plus nous n’avons de retour de clients nous expliquant avoir été enthousiasmés, ou déçus, lors d’une visite. Les prix des vins ont fortement augmentés (comme beaucoup d’autres producteurs), on l’aurait parié. Le domaine Engel est définitivement mort et enterré.


Parler de « prédateurs financiers » à propos de Pinault ou d’Arnault (PDG de LVMH), comme l’affirme certains, et un pas que nous ne franchirons pas. On ne peut toutefois se garder de faire le rapprochement avec un phénomène que les urbanistes connaissent bien : celui de la « gentrification » des centres villes. Le processus voit des acquéreurs aisés, étiquetés « bobos » le plus souvent, jeter leur dévolu sur des quartiers jusqu’alors occupés par des habitants moins favorisés. Le prix du mètre carré et les loyers augmentant rapidement les premiers chassent inexorablement les seconds. Le tissu économique et social s’en trouve complètement bousculé. Le quartier perd son âme. Le renchérissement des coûts de transmission à la génération suivante participe également de ce mouvement.
Un terroir est l’expression du tissu humain qu’il l’entoure et l’interprète. Un grand vin résulte d’une intention. Il est aussi une locomotive pour toute une région.  Et c’est bien pour cela que l’appétit de plus en plus aiguisé des fortunes mondiales pour les grands crus de Bourgogne n’est pas anodin. Elle se ressentira à tous niveaux. Le Clos des Lambrays restera-il un grand cru parmi les 33 autres que compte la Bourgogne ? Ou un marque, entre 60, dans le portefeuille de Louis-Vuitton-Moët-Hennessy ? Vu de Paris ou de Morey-Saint-Denis la réponse n’a évidemment pas les mêmes conséquences…
      

 

Photo : Le village de Vosne-Romanée, vu du Grand cru La Tâche.

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