Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
365 jours en Bourgogne

"Le berceau de la viticulture de terroir" entre au patrimoine de l'humanité

4 Juillet 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Climats au patrimoine de l'humanité

La réaction (audio) d'Aubert de Villaine devant le Comité du patrimoine mondial de l'humanité après l'inscription des Climats du vignoble de Bourgogne. Le cogérant du domaine de la Romanée-Conti et président de l'association qui a porté le dossier parle de la Bourgogne comme du berceau de la viticulture de terroir.

"Du fond du cœur je vous remercie. Les Climats de Bourgogne que vous venez d'inscrire sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité sont l'héritage d'une très longue histoire qui uni des hommes, une culture, une terre, une plante noble : la vigne. Cette incomparable mosaïque de terroirs, les Climats, sont un vignoble regardé par tous les vignerons du monde, que je salue aujourd'hui, comme le berceau de la viticulture de terroir ; celle qui identifie le vin le plus finement possible avec le lieu où est implanté la vigne qui le produit. Outil de travail des hommes, mais aussi paysage et creuset d'une culture unique, les Climats forment un bien complexe à appréhender.

Nous remercions Icomos (Ndlr : le cabinet d'expertise de l'Unesco) d'en avoir compris toute la richesse. Je pense aujourd'hui à ces générations de vignerons, qui depuis 2 000 ans, ont travaillé sur les Climats, ces hommes et ces femmes qui ont façonné cette terre noble, mais dure, par un labeur millénaire pour y produire des vins qui sont parmi les plus recherchés de la planète.
Ce qui a été remarquable, c'est combien la candidature au patrimoine mondial a créé chez tous les acteurs du territoire une importante, et j'espère durable, prise de conscience de la responsabilité que nous avons tous de conserver l'intégrité et l'authenticité d'un tel territoire qui depuis des siècles a permis à des communautés humaines de vivre et de se développer harmonieusement.

La reconnaissance par l'Unesco du modèle de terroir bourguignon est révélatrice de l'importance pour l'humanité des productions agriculturelles fondées sur une extrême diversité et la recherche d'excellence à travers des structures productives familiales de petites tailles. Il est essentiel de les préserver et de les promouvoir. Cela aussi vous l'avez compris.

Je remercie du fond du cœur tout ceux qui se sont mobilisés pour bâtir notre dossier de candidature, je suis fier pour eux et pour tous ceux qui nous ont accompagné dans la longue aventure qui nous amené jusqu'à cet hémicycle pour voir légitimer par vous la candidature d'un grand patrimoine viticole français, qui devient aujourd'hui patrimoine du monde.

C'est un grand jour pour nous, un jour de joie et de fierté mais surtout un jour qui s'ouvre sur l'avenir. Le site des Climats, je le répète, est un site vivant. Il nous appartient aujourd'hui de le conserver ainsi : vivant, ouvert sur le futur et fort des valeurs que vous lui avez reconnues et que nous nous engageons aujourd'hui à sauvegarder." 

lgotti sur
Lire la suite

Michel Ecard : ce Serpentières n'en démord pas

29 Janvier 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation

Retour sur une décennie de Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières au domaine Joanna et Michel Ecard. Dix millésimes entre le très bon et l'excellent…

Il est de petits coups d'œil dans le rétro qui rassurent, voire qui confortent. Il y a tout juste 10 ans, Joanna et Michel Ecard décidaient de partir à l'aventure. Reprenant une partie des vignes du domaine familial (domaine Maurice Ecard), ils donnaient naissance à leur propre exploitation. Dans leur bagage, quelques-uns des plus beaux terroirs de Savigny-lès-Beaune : Narbantons, Gravains, Peuillets etc. Sans oublier Les Serpentières, la cuvée phare du domaine.
Dès ces premières années les lecteurs de ce blog ont pu suivre le travail de ce vigneron à la passion communicative.

A l'occasion de cet anniversaire, Michel nous propose de revenir sur la décennie écoulée. Elle a vu se succéder des millésimes très différents, de sérieux pépins de santé , des orages de grêle dévastateurs , etc. Et pourtant, la dégustation de ces 10 millésimes laisse éclater, avec une grande constance, le caractère élégant et suave de ce climat de la Côte de Beaune. La démonstration qu'un grand terroir, conduit par un vigneron talentueux, s'y sont donnés rendez-vous. Pour le plaisir des amateurs de vins de Bourgogne à la recherche de grandes cuvées à prix raisonnables… Les 2011 et les 2012 sont actuellement en cours de commercialisation (21 €) au domaine.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2014 (tiré sur fût) – 16,5  sur 20
Les contours de ce millésime 2014 se dessinent dans un registre flatteur. Le nez propose un joli fruit, subtil (fraise, framboise). La bouche est délicate, mais aussi gourmande et longue. Un millésime qui n'a peut-être pas le fond des plus grandes années mais qui apporte du plaisir.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2013 – 14,5 sur 20
C'est le millésime qui a présenté le plus de fil à retordre à Joanna et Michel Ecard. Le printemps particulièrement humide et sans lumière a donné le ton. Le temps n'a pas été particulièrement clément pendant les vendanges non plus. Et entre-temps la grêle est passée par là… "Nous avons récolté à genoux et sous la flotte. C'était de la cueillette grume par grume. Tout cela pour obtenir seulement deux pièces de vin (600 bouteilles)", se souvient Michel. Le nez demande un peu de temps pour s'ouvrir. Il évoque des notes de fruits noirs (cassis) accompagnées d'une petite touche végétale La bouche est riche, d'une belle densité. Mis en bouteille en octobre dernier, ce Serpentières fait mieux que de la figuration.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2012 – 17 sur 20
Le nez illustre parfaitement le caractère de très belle maturité du millésime. Une année surgie de nulle part qui, dégustation après dégustation, dévoile un potentiel insoupçonné à sa naissance.
Les notes de cerise juteuse, de coulis de cassis s'expriment avec intensité. La bouche est très profonde, d'une puissance inhabituelle pour ce terroir. Il en résulte une personnalité voluptueuse, charnelle. Les rendements se sont établis à seulement 12 hectolitres par hectare avec au final un degré potentiel de plus de 13,5.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2011 – 16 sur 20
Grand contraste après 2012 ! Les notes florales, de framboise, sont de retour. La bouche se dévoile davantage en finesse qu'en puissance elle aussi. Elle ne manque pas pour autant de présence. Cinq années de garde supplémentaires ne devraient pas lui nuire, au contraire. D'une grande élégance et complexité, voilà un très beau pinot noir bourguignon.
Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2010 – 18,5 sur 20
"Après 5 millésimes, j'ai vraiment pris mes marques cette année là". Le résultat est tout simplement magnifique. Tout y est : concentration, fraîcheur, longueur. Le nez se montre d'une remarquable précision exhalant d'envoûtantes notes de violette, de petits fruits noirs, de réglisse. La finale est suave, ciselée. Un vin d'une éclatante harmonie. Il ne dépareillerait pas dans une série de grands Chambolle-Musigny !


Voir la visite de pré-vendanges réalisée une semaine avant la récolte (vidéo ci-desssous).

 

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2009 – 17 sur 20
Millésime porté aux nues dès sa naissance, 2009 déçoit assez rarement. Sa générosité est bien au rendez-vous sur ce Serpentières. Un nez intense révèle des notes de fruits noirs bien mûrs. La bouche est profonde, gourmande. Bon à sa naissance, bon avant la mise en bouteille, bon aujourd'hui. Bon… encore longtemps sûrement !

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2008 – 13 sur 20

C'est le millésime que Michel Ecard renierait presque. Année tardive, marquée par de fortes acidités. Le vin est en effet un peu mordant et étriqué en bouche. L'aération ne lui fait pas de mal cependant.

Savigny-lès-Beaune premier cru Gravains 2007 – 16,5 sur 20
Plus de Serpentières en cave… Michel Ecard propose un Gravains pour suppléer cette lacune. Terroir plus masculin que les Serpentières, apte à donner des vins campés sur des tannins plus marqués, ce Gravains se joue parfaitement de la légèreté du millésime. La bouche s'en trouve généreusement remplie. Le nez associe les fruits noirs confits et une touche d'évolution (champignon). Une réussite.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2006 – 17 sur 20
Le nez très ouvert, évoque de notes de fraises fraîches accompagnées d'un peu de crème chantilly…. La bouche se montre dans sa plénitude, harmonieuse et parfaitement équilibrée. Un millésime de bonne maturité, à boire aujourd'hui et encore quelques années.

Savigny-lès-Beaune premier cru Serpentières 2005 – 18,5 sur 20
Premier millésime pour Joanna et Michel Ecard et pas n'importe lequel ! 2005 est l'année de garde par excellence. Démonstration éloquente avec cette cuvée (goûtée régulièrement depuis sa naissance), elle évolue lentement tout en gardant une grande profondeur. Le nez de cassis frais refait son apparition à l'aération. Pour Michel Ecard, ce vin sera à son apogée dans 15 ans. Cela peut paraître audacieux mais il a très certainement raison. Si vous ne pouvez attendre jusque là, ouvrez la bouteille une journée avant de la servir en ayant pris soin de verser un tiers du flacon dans un verre.

 

  • Terroir : Un sol pauvre et calcaire

Comparaison n'est pas toujours raison, certes. Mais au vu de cette série, Les Serpentières n'ont pas de complexe à nourrir devant certains terroirs, bien plus réputés, de la Côte de Nuits. Nous pensons spontanément à Chambolle-Musigny par analogie avec le caractère souvent floral, raffiné au nez comme en bouche qu'offrent les vins de ce climat.
Les Serpentières se situent sur un coteau exposé au sud. Les maturités sont atteintes sans difficulté.
Le nom de ce climat fait référence à des sources qui serpentent régulièrement sur ses flancs.
Le domaine Joanna et Michel Ecard dispose d'un hectare tout rond, planté de vignes âgées de 55, 65 et 80 ans. Un matériel végétal de qualité donnant très souvent des raisins millerandés. La parcelle s'étire de bas en haut et couvre une bonne partie du secteur central du coteau (au-dessus du cimetière de Savigny). Le sol y est très caillouteux, calcaire. Sur cette terre peu épaisse la vigne souffre et reste naturellement peu productive.

Lire la suite

Passage de témoin au Clos de Tart

30 Octobre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #Livre

Régisseur du Clos de Tart depuis 1995, Sylvain Pitiot, bientôt âgé de 65 ans, prend sa retraite à la fin de l’année. Jacques Devauges lui succède à la tête de ce fleuron de la Côte de Nuits.
 

Pendant quasiment deux décennies, il a incarné le renouveau du Clos de Tart, Sylvain Pitiot passe le témoin. Avec Didier Mommessin, président de la société propriétaire de ce grand cru de Morey-Saint-Denis, il a désigné Jacques Devauges pour lui succéder.

Actuellement directeur technique du Domaine de l’Arlot à Prémeaux-Prissey, Jacques Devauges, 39 ans, est œnologue (diplôme national d’œnologue de l’Université de Bourgogne) et titulaire d’une licence des Sciences de la Vigne. Ses précédentes expériences l’ont conduit au Château Potelle (Napa Valley), au Domaine de la Vougeraie (Nuits-Saint-Georges) ou encore chez Michel & Frédéric Magnien (Morey-Saint-Denis).
Jacques Devauges prendra ses nouvelles fonctions en janvier prochain aux côtés de Sylvain Pitiot pendant 3 mois. Ce dernier assurera une mission de consulting jusqu’aux vinifications du millésime 2015.

« C’est avec une grande sérénité que je vais passer les rênes à Jacques Devauges, persuadé qu’il va porter encore plus haut la qualité des vins de ce magnifique domaine que j’ai eu l’honneur et le privilège de diriger pendant une vingtaine d’années avec la confiance de la famille Mommessin », expose Sylvain Pitiot.

Il fait un bilan de son travail au Clos de Tart dans la vidéo ci-dessous.

Le Clos de Tart, vignoble ayant appartenu aux sœurs cisterciennes de l’Abbaye de Tart (près de Dijon) pendant sept siècles, est un grand cru monopole de 7,5 hectares (voir une vidéo tournée en 2011 ici).

Sylvain Pitiot boucle donc une longue carrière au cours de laquelle il a notamment été vigneron des Hospices de Beaune pendant 13 ans. Ingénieur-topographe de formation, il s'est reconverti dans la viticulture après des vendanges au domaine Jacques Prieur à Meursault.
On lui doit aussi les fameuses cartes viticoles des Côtes de Beaune et de Nuits, un ouvrage sur les Climats et lieux-dits de Bourgogne (lire ici) et aussi l’actualisation et l’enrichissement du livre Les Vins de Bourgogne (14e édition) né sous la plume de Pierre Poupon en 1952 (lire ici).

Interview de Sylvain Pitiot. Bilan de son action au Clos de Tart.

Lire la suite

Dans la magie des Perrières

26 Mai 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dégustation, #Climats au patrimoine de l'humanité

Puissance sans exubérance, minéralité, longueur et capacité de vieillissement… Les Perrières est le fleuron des terroirs de Meursault. La semaine des Climats a été l'occasion d'en faire le constat, dégustation de 9 cuvées à l'appui.

La Côte viticole bourguignonne est certes le pays de la vigne. C'est aussi celui de la pierre. Les Perrières, à Meursault, en constituent une superbe illustration. Tant visuellement que gustativement. Le caillou y est partout. Sous nos yeux quand on s'y rend, dans nos verres quand on le déguste. Plus précis encore qu'une évocation minérale, le nom de ce climat renvoie à son exploitation : les carrières. Les nombreux fronts de taille encore visibles en rendent compte. Les pierres de la flèche de l'église de Meursault, par exemple, sont issues des Perrières.

Le musée du vin de Beaune a accueilli une quarantaine de dégustateurs, samedi dernier, pour une séance exceptionnelle d'A Portée de vins. En présence de deux viticulteurs du cru Jean-Marc Roulot (Domaine Roulot à Meursault) et François Bitouzet (Domaine Bitouzet-Prieur à Volnay). Et bien aidés dans nos tribulations par une carte parcellaire présentée à cette occasion*. Voici par le menu le compte rendu d'une matinée placée sous le signe du calcaire.

Château de Meursault 2012 - Perrières dessus (1 ha)
Longtemps le Château a assemblé ses Perrières avec ses Charmes (le premier cru situé de l'autre côté de la route plus bas). Depuis 2009, la cuvée est isolée. Le vin présente une robe soutenue, assez brillante. Le premier nez est expressif, sur des notes d'élevage plutôt marquées mais le boisé est fin. L'aération lui assure un surcroît de classe et de précision. La palette aromatique s'affirme sur un registre de fraîcheur, avec une tonalité d'agrumes. Les notes boisées s'estompent au fil du temps et des touches citronnées et minérales finissent par s'imposer. Un vin encore dans sa prime jeunesse. Mais qui laisse déjà percevoir de bonnes dispositions pour le vieillissement. Son ampleur en bouche est assez notable pour un Perrières-Dessus, secteur réputé plus longiligne que puissant.
 

Domaine Jean-Marc Roulot 2012 – Perrières Dessous (0,26 ha)

"La parcelle a été achetée par mes parents en 1976 et partagée avec le domaine Matrot. Pour un prix dérisoire à l'époque…, précise en introduction Jean-Marc Roulot. Le terroir des Perrières est toujours au rendez-vous. Il tourne comme une horloge tous les ans. C'est un terroir précoce. L'élevage est de 18 mois dont 12 mois de fûts et six mois en cuve inox".
La robe est d'une couleur moyennement soutenue. Le nez se tient sur la réserve (un peu de réduction fait remarquer Jean-Marc Roulot) avec des notes légèrement florales (chèvrefeuille). La minéralité semble très évidente sur ce vin. Le deuxième nez laisse percevoir une gamme aromatique d'une grande netteté, très précise, très droite. L'élevage sous bois est quasi imperceptible. Les notes minérales et florales vont crescendo.

La bouche très nette, fine, avec un rien d'austérité. Elle s'avère surtout infiniment longue sur un caractère de pierre à fusil rémanent. Un Perrières de caractère et d'élégance. De grande garde aussi.

Domaine Jacques Prieur 2011 – Perrières Dessous (0,27 ha)

Le vin se présente dans une robe assez soutenue. Le premier nez est plutôt expressif sur des notes de torréfaction, de fruits secs (amandes grillées, noisettes), avec un caractère légèrement beurré. sur ce millésime plus précoce que 2012,  la maturité du raisin est certainement plus poussée. A l'aération, le fruit adopte une petite pointe exotique, figuée et légèrement miellée. En bouche, le contraste est assez saisissant avec le Perrières précédent. Cette bouteille joue davantage sur la suavité, la rondeur, avec un bel élevage qui devrait se fondre avec le vieillissement.



 


Domaine Michel Bouzereau 2011 - Perrières-Dessous et Perrières-Dessus (0,41 ha)

La robe affirme une nuance dorée soutenue. Le premier nez est assez réservé. Une certaine délicatesse s'exprime, bien que la maturité du fruit, et une note légèrement vanillée, se fassent néanmoins sentir. A l'aération, un deuxième nez se met en place assez doucement (nuances de pomme, de pêche). Les arômes restenht relativement difficiles à cerner pour l'instant. En bouche, la matière est très consistante et tapisse le palais avec beaucoup de concentration et de rondeur. Une légère pointe d'acidité en finale lui assure de la fraîcheur. Ce vin apparaît encore un peu dissocié à ce stade avec le gras d'un côté et l'acidité de l'autre. Il montre une belle assise pour autant.





Domaine Comtes Lafon 2011 - Aux Perrières et deux parcelles de Perrières Dessous (0,91 ha)

La robe est parfaitement limpide d'une couleur peu soutenue. On retrouve des reflets verts. Premier nez bien ouvert, fin et délicat avec un caractère floral. Sa richesse est évidente dès la première approche. Le fruit sec se mélange à la minéralité. On retrouve la complexité du terroir des Perrières dans toute sa gamme. Le fruit (pêche fraîche) prend davantage d'espace à l'aération. Un nez d'une grande délicatesse et netteté.
En bouche, le qualificatif "harmonieux" est ici tout sauf galvaudé. Le vin se dévoile avec une grande cohérence dès l'attaque en bouche. Sa texture, très subtile, monte en puissance au fil de la dégustation. Une petite pointe de fraîcheur en finale lui assure de la longueur. La rétro-olfaction est persistante. D'une capacité de vieillissement indiscutable, cette cuvée déjà parfaitement en place offre beaucoup de plaisir dès maintenant.

Domaine Bitouzet-Prieur 2011 - Perrières-Dessous (0,27 ha)

"La parcelle a été replantée en 1983. Plus les années passent, mieux la vigne se porte. Nous n'avons jamais de mauvaise surprise en Perrières même si parfois l'austérité naturelle du vin implique davantage de temps pour atteindre le meilleur. L'élevage s'étale sur 11 à 12 mois en fûts, avec peu de bâtonnages, et quelques mois en cuve inox, 4 à 6  selon les millésimes", expose François Bitouzet.

La robe est limpide, bien brillante, d'une couleur assez soutenue. Au premier nez, les notes aromatique font leur chemin doucement, sur une dominante de fruits secs, de pâte d'amande. Une tonalité de raisin à bonne maturité mais sans exubérance. Le deuxième nez est un peu plus ouvert avec une montée en puissance régulière et gagne en fraîcheur.

En bouche, la matière se livre sur la pointe des pieds mais avec une certaine consistance ; la trame est minérale. Une structure qui demande à s'affirmer au vieillissement.

Domaine Bitouzet-Prieur Millésime 2007 (en magnum) – Même parcelle

François Bitouzet introduit cette cuvée en précisant que 2011 et 2007 étaient les millésimes les plus précoces qu'il ait connus jusqu'ici (il est revenu au domaine en 2005). "En 2007, les vendanges ont commencé tout début septembre. Les deux millésimes sont intéressants à comparer. Je prête une grande attention à la date des vendanges".

La robe est étonnamment jeune et ne présente aucun signe d'évolution notable. La couleur se montre aussi peu soutenue. Le premier nez dénote une belle profondeur, de l'intensité sur un caractère de pierre à fusil, un peu fumé. Une première approche assez monolithique. A l'aération, il s'ouvre sur un caractère iodé, marin, puis viennent des notes de fleurs blanches. En bouche, la texture commence nettement à se patiner. La minéralité s'est fondue dans la matière du vin. Un caractère miellé s'exprime. Le millésime n'était pas propice à la production de vin d'une ampleur notable, pour autant ce Perrières se montre très équilibré, harmonieux et net. Il semble parti pour une longue carrière, si on lui en laisse le temps…

Domaine Albert Grivault 2002 - Perrières Dessous (1,5 ha)

Potentiellement 2002 est un joli millésime tout en concentration et en équilibre. Malheureusement certaines cuvées sont victimes du phénomène d'oxydation prématuré. Rien de tel sur ce Perrières à la robe or-dorée brillante et d'une très belle profondeur. L'évolution a fait son œuvre mais rien d'alarmant. Le nez relativement expressif est puissant. Il livre des notes complexes, de fruits secs, d'agrumes confits. Une touche miellée délicate (acacia) s'ajoute à cette palette. A l'aération, des notes plus évoluées (coing, pomme au four) s'expriment. En bouche, la texture se montre ample, gourmande. Elle dégage une sensation de plénitude et de parfait équilibre. Un vin à boire maintenant avec un poisson de ligne, un poulet de Bresse, un fromage à pâte molle…

Domaine Albert Grivault – Clos des Perrières 2008 – (0,94 ha)

Pour avoir goûté quelques millésimes, parfois de plusieurs décennies d'âge, du Clos de Perrières, il m'a semblé d'expérience qu'il fallait réserver le Clos pour la fin (bien que d'un millésime plus récent que la cuvée précédente). Ce climat à part entière nous livre effectivement le vin le plus puissant, le plus profond aussi de cette série. Sa robe est encore très jeune, à peine dorée. Le premier nez est assez réservé. Il dévoile sa minéralité avec sobriété. Des notes légèrement grillées et une pointe végétale noble (feuilles de menthe froissées) lui assurent un caractère bien à lui. Le deuxième nez monte nettement en vigueur, sans que sa palette aromatique ne se fatigue. En bouche, c'est le vin le plus opulent dégusté lors de cette matinée. Densité, matière, grande longueur et minéralité sont au rendez-vous.

Conclusion : de l'interprétation des terroirs

Qui douterait que les Perrières n'est pas l'un des plus grands terroirs de blanc en Bourgogne ? Cette très belle série confortera ceux qui voient dans ce climat un grand cru potentiel. Le débat n'est pas nouveau et ne sera pas tranché avant quelques années… En revanche la dégustation n'a pas clairement mis en évidence de typicité propre aux différents lieux-dits de ce Climat. Bien que les Perrières-Dessus soient réputés pour donner les vins les plus stricts, tandis que les Perrières-Dessous produiraient les cuvées les plus puissantes. L'interprétation du terroir réalisée par le vinificateur reste une donnée importante en Bourgogne aussi. Le Perrières de Jean-Marc Roulot et celui du domaine Prieur, issus pourtant de parcelles proches (certes pas du même millésime) sont de profils bien distincts. Mais rien ne dit que ces deux vins ne se rejoindront pas avec le vieillissement... (Photo : le sol d'argile brun recouvert d'un cailloutis calcaire du Clos des Perrières)

La carte murale est disponible au prix de 19,90 € (format 80 cm x 60 cm).  Possibilité d'expédition par voie postale. Livraison sur Beaune. Sur demande : l.gotti@aportee-de-vins.com

Carte Meursault premier cru Perrières

Carte Meursault premier cru Perrières

Lire la suite

Dictionnaire amoureux des vins de bourgogne (F)

4 Août 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Dictionnaire amoureux des vins de Bourgogne

Cave du domaine Heresztyn-Mazzini à Gevrey-Chambertin (Côte de Nuits)F comme fût.

Il est toujours bon d’avoir le mot juste en cave. Si vous descendez dans une cave bourguignonne, vous devrez parler de « fût » pour désigner les contenants en bois de chêne qui ne manqueront pas de s’aligner sous vos yeux. Abstenez-vous surtout d’employer le nom « barrique » qui renvoie à la terminologie bordelaise… Quant à l’usage du terme « tonneau », il est trop généraliste, voire à connotation maritime*, pour être sérieusement employé par un expert en vin.
Le must en Bourgogne est d’utiliser le terme local : la pièce. Il s’agit d’un fût de chêne de 228 litres (la barrique bordelaise contient 225 litres). L’équivalent de 300 bouteilles en théorie. En pratique, il faut soustraire une vingtaine de bouteilles du total, résultat de la présence de lies (levures mortes) au fond du récipient.
Si les Egyptiens, les Grecs, les Romains ont une antériorité certaine dans la production du vin, son vieillissement sous-bois est l’un des apports majeurs de nos prédécesseurs les Gaulois. Grâce à la porosité du bois, le vin consomme tout son sucre au cours de son élaboration : le fût lui apporte l'oxygène nécessaire à la fermentation et le breuvage devient alors stable. Bien plus qu’un simple contenant, le fût constitue donc une invention œnologique fondamentale. Il a beaucoup simplifié les méthodes d’élaboration, les rendant moins aléatoires et moins coûteuses, tout en ouvrant la voie à l’émergence des vins de garde.
D’ailleurs, la mention « élevé en fût de chêne » est parfois utilisée encore aujourd’hui sur des étiquettes de vin bas de gamme pour faire illusion. Quant aux tonnelleries françaises, elles demeurent les références incontournables de ce secteur. Leurs productions sont présentes dans les bonnes caves du monde entier.
Récipient de vinification certes mais aussi renfort aromatique, l’emploi du fût de chêne est l’objet de mode et de "contre-mode". Les décennies 1990 et 2000 ont été marquées par un retour en force du fût neuf. Reconnaissable à leurs arômes de vanille, d’épices, de fumée, de pain grillé, de fruits secs, etc., les vins qui ont largement connu le fût neuf ont le mérite de séduire et de rassurer des nouveaux consommateurs. Certains critiques, on pense bien-sûr à un célèbre Américain, l’ont bien compris et ont encouragé cette tendance.
Le fût de chêne est alors devenu le symbole de la standardisation mondialisée, le fossoyeur de la diversité des terroirs. Certains « experts » de la dégustation y sont quasiment intolérants…
En Bourgogne, l’époque des excès en matière de fût neuf est révolue. Et c’est tant mieux pour une région qui se veut le chantre du terroir. Pour autant, percevoir quelques notes boisées en dégustant un vin jeune est chose fréquente et en aucun cas un outrage.
Beaucoup de vignerons bourguignons expliquent que la première qualité d’un élevage en fût de chêne consiste à se faire oublier. D’autres emploient une métaphore gastronomique comparant le fût neuf à la pincée de sel qui relève les plats, même les meilleurs. Une question de dosage et de mesure, une fois de plus…

* Ce terme est encore employé par les négociants bordelais pour parler d’un volume de 900 litres de vin (quatre barriques) bien que l’usage de ce récipient ait disparu.

Photo : Cave du domaine Heresztyn-Mazzini à Gevrey-Chambertin (Côte de Nuits).

Fabrication d'un fût de chêne (à la tonnellerie François Frères).

Lire la suite

Vente des Hospices de Beaune : Une décennie dorée

17 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Hospices de Beaune, #millésime 2014

Les Hospices de Beaune ont battu un nouveau record hier. Au cours des dix dernières éditions, la fameuse vente a connu des hausses à huit reprises et repoussé ses frontières.
C’est un nouveau record. Et à vrai dire, cela ne surprend quasiment plus personne. La 154e vente aux enchères des Hospices de Beaune s’est soldée sur un chiffre d’affaires de 7,3 millions d’euros (contre 5,8 l’année dernière). Le prix moyen des vins est en hausse de 5,52 %. Les blancs ont surtout tirés les enchères à la hausse (+14%).
Le choix de confier le marteau à Christie’s est, s’il le fallait, validé (lire ici). On a vu, cette année encore, les enchères portées par une demande étrangère vigoureuse.
La pièce de Charité a été acquise par un groupe d’amis québécois et la maison Albert Bichot (Beaune) pour 220 000 euros sous les yeux d’Adriana Karembeu, Teddy Riner et Michel Drucker.
Ces dix dernières éditions, le record de la pièce de charité aura donc été pulvérisé en 2010 (400 000 € sous la présidence mémorable de Fabrice Luchini), le chiffre d’affaires battu, ou approché de peu, à trois reprises. Reste à dépasser le nombre de hausses consécutives atteint dans les années 1980 : 5 résultats positifs de 1981 à 1985 (cette dernière se soldant sur un +80% !). C’était l’époque où André Boisseaux, le charismatique PDG de la Maison Patriarche avait pris les commandes de la vente…

Toute la difficulté pour la région va être maintenant de communiquer intelligemment auprès de clients déjà malmenés par des hausses de prix répétitives, et très conséquentes, depuis 2010. Il faudra aux metteurs en marché bourguignons faire passer ce message : la vente des vins des Hospices n’est plus significative des tendances globales de la région. « Le thermomètre est cassé », déclarait Anthony Hanson, responsable vins chez Christie’s avant la vente. Mieux vaut prévenir !
Certes, les Hospices de Beaune n'ont pas pour vocation de déterminer les cours de l'ensemble des vins de Bourgogne, mais il est assez rare que la tendance de la vente soit démentie sur la suite des transactions entre la viticulture et le négoce...

Lire la suite

Pourquoi les vins de Bourgogne sont biens meilleurs qu'avant ?

18 Mars 2015 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Histoire, #Dégustation

Les vraies révolutions sont peut-être silencieuses. Les vins de Bourgogne d'aujourd'hui sont différents de ceux d'il y a 20 ans. Et c'est tant mieux ! Ils naissent dans des conditions profondément différentes. Explications.

Pinot noir aux Hospices de Beaune

N'en déplaise aux déclinistes et aux ronchons professionnels, les vins de notre époque sont bien meilleurs qu'il y a 20 ans. Les bourgognes en particulier. La précision et la pureté atteintes par certaines cuvées ne souffrent aucun hasard : les producteurs ont aujourd’hui à leur disposition un matériel d’une qualité inédite.

Sans aller jusqu'à faire l'apologie des tables de tri optiques, à 100  000 euros pièce, qui éliminent la moindre baie douteuse, la technologie mise en œuvre aujourd'hui pour produire des grands vins offre des gages de qualité quel que soit le millésime. C'est la phase de réception des raisins qui a sans doute la plus profondément évoluée.

« Faire du vin, c'est facile, tu mets les raisins dans la cuve, tu pars en vacances 15 jours et quand tu reviens , le vin est fait ! », aimait à professer feu Henri Jayer, célèbre vigneron de Vosne-Romanée. Simple ! Les grands millésimes oui. Neuf années sur dix la musique n'est pas la même. Il faudra prendre soin de mettre en cuve les bons raisins et surtout les manipuler avec délicatesse.

En la matière, la montée des prix des bouteilles les plus prestigieuses s’est accompagnée d’un bouillonnement de créativité et d’invention de la part des fabricants de matériel œnologique. Le vignoble partait de loin, il faut aussi le souligner…

Il y a 25 ans, la présence d’une simple table de tri sur laquelle les raisins étaient poussés à la main constituait un « luxe » que seuls quelques domaines prestigieux se permettaient. Il ést un temps pas si lointain où les bennes de raisins pourris arrivaient dans les cuveries et finissaient dans les cuves sans autre forme de procès. Le tout accompagné d’un nuage grisâtre caractéristique… Depuis, les tables de tri à tapis roulant, puis avec un plateau vibrant, ont fait successivement leur apparition au pied des cuves.   

La chasse aux débris végétaux a été ouverte, celle aux raisins pourris ou manquants de maturité aussi. Mais le but est surtout de vinifier des fruits les moins triturés, les moins chahutés, possible. Le gage d’une préservation de leurs potentiels aromatiques et gustatifs obtenus par une viticulture de plus en plus pointue elle aussi.

Aujourd’hui, certaines cuveries sont dotées de machines capables d’égrapper les raisins par un égrenage en douceur et à « haute fréquence ». Les baies, acheminées vers une table de tri à rouleaux de tailles variables, sont débarrassés des éléments indésirables. Au sortir, des véritable petites billes prêtent à être transformées délicatement en vin, finissent leur parcours dans des bacs (comme sur la photo ci-dessus). Révolu le temps où les raisins étaient foulés, pour ne pas dire écrasés, malaxés, pour arriver informes à destination.

 La mise en cuve est primordiale pour les rouges. Aujourd’hui des systèmes de godets permettent de verser directement les raisins sans pompage. C’est vrai aussi lors du décuvage au moment de mener le marc (ndlr : les pellicules de raisins, encore gorgées de jus restants au fond de la cuve) au pressoir.

Sélection drastique des raisins et respect de leur intégrité, les vins de Bourgogne ont largement gagné en pureté d’expression du fruit mais aussi en amabilité en bouche. A une époque où les consommateurs se détournent des vins présentant de la dureté tannique, ce matériel a été particulièrement bénéfique aux pinots noirs bourguignons. Le cépage que l’on dit fragile, facilement oxydable, ne tolère pas d’être maltraité. Par ailleurs, dans cette région septentrionale qu’est la Bourgogne, les peaux des raisins (celles-là même qui donnent les tannins des rouges) ne sont pas à maturité optimale tous les millésimes. Une extraction en douceur est un gage de constance qualitative.

Il faut ajouter à cela la généralisation des cuves thermorégulées et l'arrivée des pressoirs pneumatiques pour compléter le tableau.
Tout commence à  la vigne certes. Le préalable aux progrès qualitatifs des vins de Bourgogne repose pour une grande part sur une culture de la vigne plus fidèle à une culture de terroir. Les caves bourguignonnes n’ont pas été en reste pour l’accompagner et lui donner une caisse de résonance nouvelle. « La résistance d’une chaîne se mesure à celle de son maillon le plus faible », dit l’adage. A n’en pas douter, la chaîne d’élaboration des vins de Bourgogne s’est magnifiquement solidifiée ces deux dernières décennies.

 

Voir également cette vidéo de réception des raisins de meursault premier cru Charmes et de Beaune premier cru Les Avaux à la cuverie des Hospices de Beaune lors des dernières vendanges.

 
 

 

Lire la suite

Hubert de Montille : L'esprit en liberté

2 Novembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique

A l'occasion d'une interview pour Bourgogne Aujourd’hui*, Hubert de Montille, décédé ce 1er novembre, me confiait quelques souvenirs. Premières vinifications (1947 !) et autres anecdotes dont il avait le secret…

Orphelin de père à 5 ans, Hubert de Montille a vinifié ses premiers vins à 17 ans, par la force des circonstances. Millésime : 1947 (resté dans toutes les mémoires). C’est son oncle qui s’occupait alors du domaine de Volnay.

« J'ai fait mes premières vendanges en 1947. Ma tante venait de mettre au monde un enfant. Mon oncle allait voir sa femme à la maternité. J'ai dû vinifier. C'est comme cela que j'ai fait mon premier vin. Ce n'était pas trop mal réussi. J'ai partagé ma dernière bouteille avec Jacques Lameloise pour ses 40 ans. Ma tante s'est quand même fait engueuler par ma grand-mère maternelle : « On n'a pas idée de faire un gosse pendant les vendanges !».

Pourtant, Hubert de Montille est attiré par la carrière d’avocat. Carrière marquée par quelques affaires fameuses. Il défendra François Faiveley (producteur de Nuits-Saint-Georges) contre Robert Parker, après des écrits diffamants à l'encontre du Bourguignon. Il plaidera dans la sombre histoire du petit Grégory (comme défenseur de Bernard Laroche). Episode qui lui vaudra un infarctus. Il sera également impliqué dans la scission de la Romanée-Conti.

« Cela m'aurait manqué de ne pas avoir parallèlement mené une carrière d'avocat. Un centre d'intérêt unique, c'est un peu réducteur. La semaine je plaidais, les clients du domaine savaient qu'on pouvait voir de Montille à partir du samedi matin ».

Ils portent un regard bien à lui sur les évolutions du métier de vigneron. Quel a été le fait marquant dans ce domaine pendant sa carrière ?

« L'avènement du tracteur. Un bonhomme, vous lui mettez un moteur dans les pattes, ça pétarade, il est content. Les ceps faut les comprendre, les cultiver, les tailler, évasiver, etc. Le moteur et le fait d'être assis dans le tracteur, vous ne voyez plus de la même manière. Plus généralement, on s'est trop axé sur les moyens mécaniques, le scientisme. Nous avons commis des erreurs que l'on continue à payer. J'ai une culture littéraire et de juriste. Une culture du doute. Celui qui a une formation scientifique, on le gonfle déjà au départ en lui disant : "Tu es le plus beau, le plus fort". Il ne s'interroge plus. Quand un scientifique fait une découverte, il croit toujours que personne n'a découvert cela avant lui. Et il se trompe souvent ».

Dernière pirouette d’une carrière décidément hors norme, Hubert de Montille monte les marches du Festival de Cannes 2004 pour la présentation de Mondovino (de Jonathan Nossiter). Dans le film, il est le représentant de la culture européenne contre le vin mainstream façon Parker.

« L'idée de base est honnête et sérieuse. [Parker] dit : "Vos histoires de châteaux, de tableaux dans votre salon, je n'en ai rien à foutre ! Je suis le fils d'un fermier du Middle West, ce qui compte pour moi, c'est ce que je bois. Ce n'est pas de savoir d'où cela sort. Ca me plait ou ça ne me plait pas."
Seulement Parker n'a pas voulu voir que ce qu'il aimait était subjectif. C'est un Américain, il aime le sucré, la vanille, etc. Tout ce que moi je déteste. Moi je dis : je veux bien vous vendre du vin, si vous l'aimez. Vous avez le droit de ne pas l'aimer. J'ai le droit de faire le vin que j'aime. Faire le vin que vous aimez, j'en ai rien à foutre. Comme Parker se fout de l'origine, des châteaux...
»

 

* Interview parue dans BA 63 avril-mai 2005 : Lire en intégralité ici.

 

Ci-dessous la bande annonce de Mondovino.

Lire la suite

La Romanée-Conti en vendanges

8 Octobre 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Millésime 2013, #Romanée-Conti, #Grand cru

Visite au domaine de la Romanée-Conti avec Aubert de Villaine, co-gérant, lors des vendanges d'un de ses fleurons : La Tâche. Pour All About Burgundy.

Vendanges au domaine de la Romanée-Conti

www.allaboutburgundy.fr

www.allaboutburgundy.fr

Lire la suite

"12 de coeur" : le vin c'est aussi le partage et la solidarité

22 Juin 2015 , Rédigé par Laurent Gotti

Le monde du vin lance une opération caritative inédite et de grande ampleur au profit des Restos du coeur.

"La viticulture est au cœur de la société française. Et notre objectif est de rassembler toute la filière sous la bannière "12 de cœur" pour venir en aide aux plus démunis", expose Pierre-Henry Gagey (photo). Le PDG de la maison Louis Jadot (Beaune) est à l'origine d'une action caritative d'ampleur lancée officiellement le 12 juin dernier.
L'objectif est de convaincre les vignerons de la France entière de faire un don équivalent au prix de vente de leurs douze meilleures bouteilles via le site internet
www.12decoeur.com.

Portée par des personnalités fortes du vignoble : Aubert de Villaine, Jean-Claude Rouzeaud, Jean-François Moueix, Jean-Pierre Perrin, Michel Boss, cette association se veut d'envergure nationale, avec pour objectif de mobiliser les domaines, châteaux ou maisons les plus célèbres comme les plus modestes. La totalité de la somme collectée sera reversée aux Restos du cœur. "Il ne s'agit pas forcément de prendre les bouteilles les plus chères de chaque producteur en référence, mais de la cuvée pour lequel le producteur a le plus d'affection. Ce qui me toucherait, c'est que beaucoup de "petits" vignerons participent et que la filière dans toute sa diversité se mobilise", insiste Pierre-Henry Gagey. La collecte des dons est ouverte jusqu'en octobre.
Point d'orgue de cette initiative : une vente sera organisée à Paris le samedi 24 octobre (lieu à définir). Les producteurs pourront en effet effectuer un don de 12 bouteilles supplémentaires pour que celles-ci soient vendues aux particuliers.
L'opération se prolongera dans les vignobles puisque des caveaux accueillant le public pourront s'engager à reverser 12% du chiffre d'affaires des ventes de la journée.
L'opération a vocation à être reconduite ces prochaines années.
Le but est double : venir en aide aux plus démunis (plus de 100 000 € ont déjà été collectés à l'heure où nous écrivons ces lignes) mais aussi montrer, à une époque où le vin est parfois diabolisé, que le monde viticole français porte des valeurs de partage et de solidarité.
"Le vin est dans le patrimoine et le cœur des français, il est naturel que la solidarité s'exerce au-delà de la filière, pour l'ensemble de la société.", explique Audrey Bourolleau, déléguée générale de l'association "12 de cœur".

Une vidéo explique tous les tenants et aboutissants de l'opération. A faire suivre à vos vignerons préférés !

Lire la suite

Le vin en chansons

24 Janvier 2014 , Rédigé par Laurent Gotti

Dans une série d'émission, Philippe Meyer, nous fais partager deux de ses passions : la chanson et le vin. L'écrivain et homme de radio a déniché quelques perles : comme La Romanée-Conti chantée par Anne Sylvestre ou encore une savoureuse Java sans modération de Gilbert Laffaille. Ces émissions, diffusées sur France Inter le samedi de 12 à 13h, sont disponibles en "balado-diffusion" sur la page dédiée :

http://www.franceinter.fr/emission-la-prochaine-fois-je-vous-le-chanterai

A voir aussi, sur le même thème, la conférence de Philippe Meyer, lors des débats de "Vino Bravo", le mois dernier à Bordeaux (vidéo ci-dessous).

Lire la suite

Plainte en diffamation contre "Vinobusiness"

12 Mars 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #polémique

Hubert de Boüard, Château Angélus (Saint-Emilion), porte plainte pour diffamation contre Isabelle Saporta, auteure de Vino Business. Il fallait s'y attendre ! (lire l'article en lien ci-dessus)

Voici le communiqué :

"Au regard des informations erronées contenues dans le livre Vino Business, le propriétaire du Château Angélus a déposé plainte du chef de diffamation publique contre son auteure Isabelle Saporta et son éditeur. Dans le cadre du renouvellement du classement 2012 des crus de l’AOC Saint-Emilion grand cru, toutes les garanties ont été apportées pour assurer son impartialité : Le classement a été mené par des organismes certificateurs indépendants. La Commission du classement Saint-Emilion était constituée de personnalités expertes étrangères à ce terroir dont l’impartialité était garantie par une déclaration d’indépendance. Les critères d’évaluation et le système de notation figuraient dans le règlement. Ils étaient donc connus de tous, y compris des candidats.Le règlement de classement a été homologué par les ministères de l'Agriculture et de l'Economie, puis publié au Journal officiel. Autant d'éléments qui démontrent qu'Isabelle Saporta accuse dans son ouvrage, de manière totalement infondée, le propriétaire du Château Angélus."

Lire la suite

Le jour d'après

9 Juillet 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Flavescence dorée, #polémique

Les traitements obligatoires contre la flavescence dorée ont eu lieu ces derniers jours. Non sans remous. Ces réactions traduisent un véritable changement d'époque.

"Les viticulteurs passent pour des empoisonneurs auprès de nos concitoyens. Nous ne faisons pas d'épandage de gaz sarin !", s'offusque Jean-Michel Aubinel, président de Confédération qui regroupe l'ensemble des viticulteurs de Bourgogne.

Nouvelle époque, nouvelle ère, accélération de l'histoire… Appelons cela comme on l'entend. Mais le cas posé par la maladie de la flavescence dorée (lire ce billet) amène un constat limpide : il y aura un avant et un après. L'image bucolique du vigneron soignant ses vignes, selon des traditions séculaires, est derrière nous. Il n'est qu'à constater la tonalité du reportage de France 3 Bourgogne sur les remous suscités par ces traitements (voir ci-dessous).

"Nous avons une vraie problématique de communication sur ce sujet", entendait-on aussi lors de l'assemblée générale de l'interprofession des vins de Bourgogne." La tentation du "circulez, il n'y a rien à voir", n'était pas loin. Pas vu, pas pris. La vie serait tellement plus simple…

La flavescence dorée pose un vrai problème pour la culture de la vigne. Mais les instances en charge de le traiter ont oublié qu'il concernait tout une population. Des habitants, des touristes de plus en plus sensibles à l'environnement dans lequel ils vivent.

Une évolution sociétale est en cours. Elle défie les règles de la simple propriété privée et du chacun fait ce qu'il veut chez lui. Des vignerons l'ont parfaitement compris, mieux pris en compte. En témoigne la démarche "Paysage de Corton" menée depuis 2009 (voir ce site). L'un des principes qui sous-tend cette démarche de développement durable est de considérer non pas seulement le terroir, mais le territoire dans son ensemble. Ce dernier appartient aussi à celui qui le traverse, qui y randonne, qui y respire l'air et boit l'eau de ces nappes. A qui appartient le paysage si ce n'est à celui qui le regarde ?
Ceux qui refusent de voir ce mouvement de fond le feront à leurs dépends.

La vidéo est un exemple de dialogue impossible. D'un côté, des autorités qui se réfugient derrière des autorisations qui ne rassurent plus personnes depuis longtemps. De l'autre, un représentant d'une association qui visiblement maîtrise mal le sujet (il n'est pas question d'épandage aérien).

Lire la suite

Fin de partie pour le "Docteur Conti"

19 Mars 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Romanée-Conti, #Grand cru, #polémique, #Enchères

Rudy Kurniawan de son vrai nom, a été arrêté le 8 mars à Los Angles. Retour sur le parcours d'un des faussaires les plus célèbres du monde du vin. Un cas qui soulève bien des questions.

 Romanee-contiVous connaissez sans doute la macabre histoire du Docteur Romand*, mystificateur hors-norme. Celle du "Docteur Conti" est moins sanglante. Mais elle témoigne qu'en matière d'imposture, le raffinement peut atteindre des sommets insoupçonnés. Le Docteur Conti, Rudy Kurniawan de son vrai nom, a été arrêté le 8 mars dernier par le FBI.

Les agents fédéraux ont trouvé, à son domicile de Los Angeles, des tiroirs remplis d'étiquettes de vins prestigieux (Petrus, Lafite, Romanée-Conti), des bouchons, des capsules, de la colle, etc., le parfait attirail du faussaire en grands vins. "Les jours de dégustation et de richesse de M. Kurniawan sont finis si les allégations de ce dossier sont prouvées ", a déclaré le procureur américain.
Les affaires du Docteur Conti ont commencé à sentir le bouchon en 2008. Lors d'une vente à New York, 84 bouteilles sont identifiées comme étant des contrefaçons. Des Clos-Saint-Denis (grand crus de Morey-Saint-Denis) des millésimes 1945, 1949, 1959 et 1966 du domaine Ponsot. Problème, le domaine Ponsot a commencé à produire des Clos-Saint-Denis en 1982 seulement… Ces bouteilles auraient certainement trouvé acquéreurs si Laurent Ponsot, à la tête du domaine, n'avait donné l'alerte.
Le nom de Rudy Kurniawan était alors apparu rapidement. "Nous voulons aller au fond des choses", avait-il alors bravement déclaré. D'autres l'ont fait pour lui…
Le soupçon entachait la réputation du jeune homme, indonésien tout juste trentenaire, pourtant reluisante jusqu’ici. Rudy est bien connu des salles de vente, collectionneur et véritable passionné de vin au dire des personnes qui l'ont approché. Doté -paraît-il- d'excellentes prédispositions à la dégustation, il a pendant de longues années enfumé son monde. Il achète de grandes bouteilles. Il côtoie le monde des grands collectionneurs. Un cercle restreint de millionnaires capables de mettre des sommes faramineuses dans des bouteilles exceptionnelles. Comme ces 12 flacons de Vosne-Romanée Cros Parantoux 1985 achetés près de 200 000 euros en février dernier à Hong-Kong. Il menait un train de vie dispendieux. "Les cavistes et restaurants gastronomiques de New-York et de Los Angeles voyaient son arrivée comme une aubaine. Lui et ses invités achetant les bouteilles les plus chères sur les cartes", écrivait le New-York Times le 9 mars dernier.
Et comme tous les collectionneurs, les bouteilles du très prisé domaine de la Romanée-Conti font partie de ses cibles favorites. D'où son surnom dans le "milieu", témoignage d'une aura enviée.
Les maisons de vente aux enchères ont, elles aussi, certainement vu la montée en puissance de Rudy comme une bénédiction. L'homme achète et revend aussi beaucoup. Rien qu'en 2006, "Dr Conti" a vendu pour 36 millions de dollars de vins. Peu avant son arrestation, une nouvelle affaire de contrefaçon venait d'éclater en février à Londres. Portant sur 78 bouteilles (valeur estimée à 736 500 dollars), elle pourrait avoir un lien avec les activités de notre faussaire.
Peut-on s'étonner dès lors qu'une sorte de cécité collective se soit emparée du petit monde des salles des ventes les plus prestigieuses ? Les signaux qui pouvaient ramener tout ce monde à un juste discernement ont été opportunément  ignorés. Suffisamment en tous cas pour soumettre aux feux des enchères des bouteilles qui ne pouvaient exister…

Du côté des acheteurs, personne n’avait levé le lièvre avant que Laurent Ponsot ne s’en mêle. Trop contents de trouver les "perles rares", aveuglés par leurs désirs d’ajouter des nouveaux trophées à leurs tableaux de chasse, happés par leurs batailles à coup de gros billets pour des lots de bouteilles rares et prestigieuses. Tout aussi contents de savoir que ces bouteilles trôneront dans leur cave que d’imaginer qu’elles ne sont pas dans celle d’un de leurs rivaux. Un tout petit monde où la "flambe" n’est pas de bon conseil… Paradoxe qu’à vouloir de l’unique, ces collectionneurs en viennent à lorgner sur les mêmes icones du moment. C’était Château Lafite il y encore quelques mois, ce sont aujourd’hui les grands crus de Bourgogne…

 
Pascal Kuzniewski La cécité a touché aussi ceux dont les noms ont été usurpés. Par fatalisme. Peut-être un peu : "J’ai alerté un producteur sur une bouteille manifestement contrefaite. Il m’a répondu : que voulez qu’on y fasse… ", se souvient
Pascal Kuzniewski (photo ci-contre), l'un des 3 experts en vins français agrée auprès des commissaires-priseurs. Mais la fatalité n’explique pas tout. "Quand on se rend compte que l’on est la cible des faussaires, la première idée est de se dire  que nos produits ont atteint une notoriété importante et cela flatte l’ego", analyse Laurent Ponsot.

Et puis ces fameux collectionneurs aiment la compagnie des vignerons. Ils voyagent, invitent à déguster quelques-uns de ces grands vins tirés de l’oubli grâce à leur argent. "Il arrive même que l’on serve une contrefaçon de son propre vin à un producteur. Sans qu’il n’y trouve rien à dire… ", poursuit Pascal Kuzniewski. Qui aime jouer les troubles fête ?
Au bout du compte Laurent Ponsot regrette d’être un peu isolé dans son combat. "Si beaucoup de domaines viticoles connus ont été copiés, je suis le seul qui ait pris les choses au sérieux et me suis lancé tel Don Quichotte dans une croisade bien utopique au début. "
Cet aveuglement à tous les niveaux a-t-il conduit à une dérive à plus grande échelle ? En questionnant nos experts, le vilain doute est malheureusement assez vite levé.
"Je suis surpris de voir les catalogues de ces grandes maisons, de véritables pavés, dans lesquel les bouteilles sont en parfait état, les étiquettes impeccables ", lâche Pascal Kuzniewski. Laurie Matheson, experte chez Artcurial à Paris, confirme à son tour : "J’ai toujours pensé qu’il était étrange que les maisons de vente aux enchères, ou des marchands de certains pays trouvent autant de vins prestigieux, dans un état de conservation impeccable, étiquettes, niveaux et bouchons. Je fais ce métier depuis 1989, je vois beaucoup de caves et je vous garantis que cela me parait louche depuis des années."
Avant le cas Kurniawan, il y eu celui de Hardy Rodenstock et ses fausses bouteilles ayant prétendument appartenues à Thomas Jefferson.
Les moyens de pratiquer une expertise poussée existent pourtant. Comme le travail de collaboration  étroit que mène Pascal Kuzniewski, n’hésitant pas à questionner les archives des producteurs. Par ailleurs, à la différence de ce qui se pratique dans chez les grandes maisons anglo-saxonnes, nos deux experts précisent qu’ils travaillent essentiellement avec des particuliers. Une habitude qui limite les risques. "En France nous vendons surtout les vins de caves de particuliers (80%). Les plus belles caves sont humides nous le savons tous, les étiquettes souffrent, les niveaux sont irréguliers, les niveaux de remplissages des bouteilles sont plus bas dans les années pré 1990 et 2000….Les caves ont un profil cohérent avec les goûts d’une personne et non pas d’un marché….bref, les caves sont à dimension humaine", insiste Laurie Matheson.
On serait tenté de rappeler à ces collectionneurs la phrase qu’un de nos hommes politiques à un jour prononcé : "Les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien les croire".
Vivre, et boire, les yeux ouverts est toujours plus prudent…

* Jean-Claude Romand s'est fait passé pour un médecin de l'OMS pendant des années avant d'assassiner sa famille en 1993. Son histoire à inspiré le livre "L'Adversaire" d'Emmanuel Carrère, puis un film sous le même titre.

 

 

Photo 1 : Un lot de bouteilles du domaine de la Romanée-Conti mis aux enchères.

 

 

Lire la suite

Scènes de vendanges aux Hospices de Beaune

15 Septembre 2014 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #millésime 2014, #Hospices de Beaune

Arrivée des raisins de meursault premier cru Charmes et de Beaune premier cru Les Avaux à la cuverie des Hospices de Beaune lors des vendanges 2014.

Les vendanges 2014 se poursuivent par un temps idéal en Bourgogne. Sur cette vidéo, on voit la mise dans le pressoir des raisins de meursault premier cru Charmes (cuvée A.Grivault). Après les pressurage, le moût est placé en cuve pour le débourbage (évacuation des matières les plus lourdes avant le départ en fermentation). Les stagiaires s'essaient à la lecture du mustimètre. Résultat : un joli 13° potentiel. Les raisins se sont bien concentrés en sucre grâce au soleil de ces dernières semaines. Pendant ce temps, sur un autre quai, des pinots noirs de beaune premier cru Les Avaux (cuvée M.Drouhin) font leur entrée à la cuverie, après passage sur table de tri et égrappage. Les raisins sont mis en cuve inox grace à un conquet qui évite le pompage.

Après les corton, coupés ce week-end, les Hospices de Beaune vont terminer leur récolte 2014 en milieu de semaine par les grands crus de la Côte de Nuits (clos de la Roche et mazis-chambertin).

Lire la suite

Semaine des Climats : Dégustons le patrimoine de l'humanité !

24 Mai 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #A Portée de Vins, #Dégustation, #Climats au patrimoine de l'humanité

Avis aux amateurs : le 1er juin prochain, dans le cadre de la Semaine des Climats, j'anime une dégustation de vins issus de vignobles inscrits au patrimoine de l'humanité. Présentation :  

Lavaux.jpgDéguster un vin est un plaisir des sens.  C'est aussi goûter au lien intime qui relie un lieu, des hommes, une histoire. Certains vignobles constituent ainsi de véritables trésors pour l'humanité. L'Unesco a inscrit une dizaine d'entre eux sur la liste du patrimoine mondial : au Portugal, en Hongrie, en Italie mais aussi en France, etc. Nous vous proposons d'en découvrir quelques-uns verre en main.

Pendant 2 heures, Myriam Laidet chargée de mission au réseau Vitour (réseau unissant les vignobles européens classés par l'Unesco) et Laurent Gotti, formateur en dégustation (A Portée de vins) et journaliste (Bourgogne Aujourd'hui) vous proposent de faire escale parmi 5 de ces vignobles (Val de Loire, Lavaux, Val d'Orcia, Douro, Açores). Nous nous pencherons aussi sur le modèle bourguignon… En anticipant une future inscription de la Bourgogne sur cette liste !
   

Samedi 1er juin - 11h précise - Caveau de l'office de tourisme de Nuits-Saint-Georges (3 rue Sonoys). Entrée libre, sur réservation (places limitées) : info@climats-bourgogne.com

Photo : Sur les bords du lac Léman, il n'y a pas que des banques et des accélérateurs de particules, il y a aussi un très beau vignoble : Le Lavaux.

   

 

 

Lire la suite

Vins naturels : il est grand temps que la bulle éclate !

23 Avril 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #vin bio, #polémique, #Bio

De circonlocutions en justifications, la mode des vins naturels démontre chaque jour que ce concept n'est qu'un rideau de fumée.

P4080016.JPG"Ce ne sont pas des bouteilles qui poussent sur les pieds de vignes !", m'a lancé le mois dernier Allison Bonnett, consultante en matière de viticulture durable. Un petit rappel de bon sens ne fait jamais de mal. Un vin n'est pas l'œuvre immaculée de la nature. Du raisin à la bouteille, l'homme joue un rôle majeur. Et pourtant en dépit de ces évidences, la mode des "vins naturels" continue de prospérer.   

Il y a quelques jours encore un professionnel émérite m'envoyait une liste de huit domaines bourguignons proposés par l'un des ses fournisseurs. Aucun n'avait une grande antériorité qualitative. La plupart d'entre eux cultivaient une certaine marginalité et se réclamaient plus ou moins de la mouvance des "vins naturels". Cela suffit visiblement à certains agents, soucieux certainement de se différencier, pour les référencer.

Ce message m'a mis en rogne pour le reste de la journée. Loin de moi l'idée de contester le droit à ces domaines d'exister, de faire leur chemin et d'avoir des clients. Mais comment peut-on, quand on est professionnel du vin, regarder la Bourgogne sous ce seul prisme déformant. L'utilisation ou non du soufre (de toutes façons en petite quantité) est-il vraiment l'élément discriminant qui doit dicter nos choix parmi la vaste gamme des vins de Bourgogne ? Evidemment non. Car le concept de vin naturel est en soi vide de sens, on l'a déjà écrit ici, au prix de quelques insultes (lire ce post). 

L'idée est à ce point fumeuse qu'elle nous conduit aujourd'hui à lire d'interminables circonlocutions et justifications. En témoigne la récente lettre ouverte aux journalistes (rien que ça !) de Jean-Louis Denoix, vigneron du Languedoc. Ou comment un viticulteur noircit trois pages pour nous expliquer l'invention du fil à couper le beurre. "Je veux faire des vins nature guidés par l’homme !", conclut-il. C'est l'ambition de tout vigneron qui travaille sérieusement…

En attendant, les effets collatéraux se font tout de même sentir. "Les doses de soufre ont baissé régulièrement ces dernières années. Nous constatons une recrudescence de problèmes microbiens dans les vins lors des prélèvements du suivi aval de la qualité", affirme Hervé Alexandre, chercheur et enseignant à l’Institut de la vigne et du vin (Dijon). Laissons donc les œnologues et les vignerons sérieux travailler calmement à trouver des alternatives au soufre. En attendant, perçons les ballons de baudruche !

 

Mise à jour le 26/04

"Avez-vous pensé aux dégâts collatéraux ?"

 

Jacques Berthomeau (sur)réagit à cet article

http://minu.me/8v2q

 

Ma réponse :

 

Bonjour M. Berthomeau,

Je vous remercie de vous faire l'écho de mes prises de positions. 

Je ne reviens pas sur le fond du débat, je crois que nous devons être à peu près d'accord si vous prenez la peine de me relire attentivement (quelques surinterprétation de mes propos). Je crois effectivement que le vocable de "vins nus ou "naturistes" est plus honnête. Mais peut-être moins vendeur…

Oui, la baudruche éclatera d'elle-même. Mais avez-vous pensé aux dégâts collatéraux ? Car si le sujet vous fait "gondoler grave", il n'amuse pas vraiment les producteurs qui se donnent du mal à travailler en bio et à se faire certifier. Car dans l'esprit des consommateurs le raccourci "vins naturels" = vin bio est une pente évidemment … naturelle. Et quand dans la tête de ces mêmes consommateurs "vins naturels" sera définitivement égal à vins déviants, oxydés, etc., le préjudice touchera également (surtout ?) les vins bio. Cela serait évidemment fort regrettable tant la démarche bio est pour le coup sérieuse et nécessaire.

A l'occasion parlez-en à Alain Hasard, par exemple, puisque c'est un vigneron dont vous appréciez la perspicacité.

Enfin quelques précisions pour vous éviter de pousser le "bouchon un peu loin dans l'ironie", je suis journaliste en Bourgogne. Ce qui ne veut pas dire que je suis bourguignon. Et encore moins producteur ou possesseur d'un quelconque cépage en Bourgogne. Dois-je ajouter que je ne suis pas, non plus, marchand de soufre ou d'un quelconque produit œnologique ?

J'ai par ailleurs eu l'occasion de parler du domaine de l'Aigle dans les colonnes de Bourgogne Aujourd'hui.  Nos lecteurs savent qu'il ne m'est guère difficile d'admettre que de bons chardonnays puissent être produits ailleurs qu'en Bourgogne.

M. Berthomeau vous prenez la parole fréquemment, souvent avec brio sur des sujets variés. Aussi je m'étonne que vous soyez chatouillé et gratouillé (ou mieux gondolé) que d'autres la prenne sur ce qui fait leur quotidien.

Enfin, les poussages de bouchon n'apportent pas grand-chose à l'expression de vos idées. Ils ne suscitent que commentaires et calembours douteux (que le confortable anonymat d'internet encourage) et n'éclairent pas le débat.

Je précise aussi à françoismb concernant les "donneurs de leçons" que l'on m'a simplement demandé mon avis. Et comme dirait l'autre, c'est mon opinion et je la partage !

Bien à vous et à vos lecteurs,

Laurent Gotti

 

 

Lire la suite

Les Ignorants et les égoïstes...

8 Mars 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #AOC, #Livre, #polémique

...Ou comment je me suis vu, l'espace d'un instant, en personnage de bande-dessinée piquant une colère (avec des éclairs au-dessus de la tête).

Les-ignorants.gifC'est à la page 255 des Ignorants (la bande dessinée d'Etienne Davodeau). C'est Richard Leroy le vigneron des Coteaux du Layon qui parle :

"Je fais du chenin Leroy. Point"

Cela sonne comme un couac dans l'harmonie d'une belle symphonie, une grossière tâche sur une peinture flamande.

Comment Richard Leroy, vigneron exprimant tout au long des pages de cette remarquable bande dessinée son attachement à son terroir, peut-il en venir à cette conclusion ? J'en avais presqu'envie de me glisser dans la planche. De me dessiner une bulle blanche au-dessus de la tête avec comme texte :

"Ah non monsieur Leroy ! Pendant plus de 200 pages vous parlez de votre attachement à vos vignes : Montbenault, Rouliers, etc. Vous les traitez à hauteur d'homme, à l'aube s'il le faut, portant votre pulvérisateur sur le dos, selon les méthodes exigeantes de la biodynamie. Vous piochez, vous décavaillonnez à la sueur de votre front, vous taillez vos ceps à la force du poignet. Et quand vous n'êtes pas chez vous, à chacune de vos visites chez vos confères, vous mettez votre nez dans la terre : Schiste ? Calcaire ? Argile ?

Alors non. Définitivement non, Monsieur Leroy vous ne pouvez pas laisser entendre que vous faites un vin issu d'un cépage, le chenin en l'occurrence, par la magie de votre seul savoir-faire. Ou alors je vous condamne à l'exil, sous n'importe quelle latitude avec vos seuls ceps sous le bras. Nous verrons bien si vous obtenez les mêmes vins que vos Montbenault ou vos Clos des Rouliers !" (fin de la bulle)

Ce petit exercice d'imagination serait joyeusement récréatif, si malheureusement le cas de Richard Leroy était rare. En décembre, nous avons débattu de ce sujet avec notamment Jean-Yves Bizot, vigneron à Vosne-Romanée, à l'occasion d'un débat autour de l'atlas de Laure GasparottoJean-Yves Bizot, lui aussi vigneron engagé et exigeant, évoquait également ses velléités de quitter l'AOC. Le débat m'avait laissé l'arrière goût d'une sourde inquiétude. Ne voit-on pas se fissurer un système qui a pourtant remarquablement fonctionné dans notre pays. La paternité du succès des vins français peut largement leur être attribué.

Oui, l'AOC, autrement dit la volonté de partager un destin commun sur un terroir partagé, n'est pas un chemin facile. Beaucoup nous l'envie. Ceux qui, aujourd'hui, la vilipendent n'en seraient sans doute pas où ils en sont sans elle.

Les propos de certains vignerons "sécessionnistes" ont de quoi faire se retourner dans leurs tombes ceux qui, précurseurs des vins d'origine, ont donné naissance aux appellations, sanctuarisé les terroirs. Ceux-là se sont démenés pour qu'ils soient respectés et valorisés. Ils peuvent légitimement se sentir trahis. Et avec eux l'histoire de la France viticole.   

Certes, la médaille à son revers, le succès a joué des tours au système. Banalisées, les AOC ont perdu une partie de leur substance. Les opportunistes se sont cachés derrière ce sigle pour se laisser aller à la facilité. Tout cela est vrai.  

"Combien encore de combats anti bio ? Combien de prises de principe contre les « sans soufre » ? Combien de refus à l’agrément pour des vins un peu différents ?", déplorait Jean-Yves Bizot. Tout cela est vrai aussi. Au pays de l'AOC, tout n'est pas rose, mais faut-il pour autant le rayer de la carte ?

Vivre ensemble n'est pas simple, mais peut-on tout simplement le considérer comme une option ? Se bunkériser, avoir raison contre tous, est une impasse que trop de vignerons d'avant-garde, ou élitistes, semblent vouloir emprunter aujourd'hui. 

La meilleure réponse à formuler à ceux ont quitté l'AOC, où projettent de le faire, est finalement celle qui est faite à Richard Leroy dans la BD. Régis et Robert, deux viticulteurs en AOC pécharmant (les Chemins de l'orient) lui rétorque :  "C'est pas un peu égoïste comme attitude ?" 

 

Les Ignorants. Etienne Davodeau. Editions Futuropolis.

Lire la suite

Il est grand mon vin ?

18 Décembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Livre, #AOC, #Grand cru

Bientôt les fêtes, l'heure de sortir les belles bouteilles... Mais au fait, un grand vin qu'est-ce que c'est ?

Atlas-Laure-Gasparotto.jpgNégliger trop longtemps les questions simples est une erreur. Elles nous ramènent immanquablement aux choses essentielles. Leur défaut : elles sonnent rarement à la porte au bon moment.  

Il était déjà pas loin de 23 h, ce 11 décembre dernier au Lycée Viticole de Beaune. Nous venions de débattre, des bienfaits et des errements des appellations d'origine contrôlée en Bourgogne. Une conférence proposée à l'occasion de la sortie de l'Atlas des vins de France de Laure Gasparotto (Editions De Monza, Le Monde), journaliste spécialisée. Discussion animée, parfois fastidieuse et laborieuse, qui a réuni Jean-Yves Bizot, Jacques-Frédéric Mugnier, respectivement vignerons à Vosne-Romanée et Chambolle-Musigny, Albéric Bichot, à la tête de la maison Bichot à Beaune. Et donc Laure Gasparotto. Nous profitions du mâchon auquel le Lycée viticole nous avait conviés après les échanges. Entre la poire et le fromage, Laure a lancé une question aux vignerons : "Pour vous, qu'est-ce qu'un grand vin ?"

Quelques phrases convenues pour toute réponse, l'heure tardive n'aidant pas, la question a vite été éludée. Trop vite. Son apparente simplicité comme passeport, elle est pourtant restée dans un coin de mon esprit de retour vers des lieux plus familiers.

Bien sûr, un grand vin, c'est une complexité aromatique exceptionnelle, une matière en bouche digne des plus belles étoffes, de la longueur. Un mélange de persistance d'arômes et de rémanence des saveurs bien après qu'il ait quitté le palais. Comme un entêtant souvenir.  On pourrait aussi disserter sur une indispensable capacité à vieillir harmonieusement. Le temps comme juge aussi impartial qu'intraitable.      

On pourrait aussi y ajouter une pincée d'histoire. A l'heure de l'avènement du vin culture, il est exaltant de pouvoir inscrire nos vies précaires, et nos sens, dans une épopée historique parfois millénaire.

Simples sensations, ou plaisirs de l'esprit, un grand vin ? Sans doute pas seulement. Et l'émotion dans tout ça ? Cette capacité à nous mettre en mouvement. C'est sans doute la lecture du livre de Franck Dubourdieu ("Du terroir à la guerre du goût". Editions Confluences) qui m'a apporté le plus de matière à réflexion sur ce point dernièrement. En défenseur des "vins classiques", Franck Dubourdieu voit dans le vin en résonance avec le naturel (son terroir) le reflet d'une harmonie qui nous rapprocherait d'un "esprit fédérateur dominant la diversité des éléments". Une grande bouteille rendrait palpables des réalités trop rarement perceptibles : l'essence de ce monde. L'esprit qui a présidé, et préside peut-être toujours, à la Création. "Comme une injonction du ciel, comme un ordre de dieu dont on ignorait la teneur", écrivait Marguerite Duras à propos d'une valse de Chopin. Pourquoi pas aussi d'un grand vin ? Le boire serait donc une forme d'expérience spirituelle.

Il est grand mon vin, quand il me donne l'envie de me mettre à sa hauteur… 

Lire la suite

Le palmarès des cuvées des Hospices de Beaune 2012

4 Novembre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Hospices de Beaune, #Millésime 2012, #Dégustation

Enseignements et notations après dégustation des cuvées 2012 des Hospices de Beaune. La 152e vente aux enchères se déroulera le 18 novembre prochain sous la présidence de Carla Bruni-Sarkozy.

La note maximale est ++++


Les rouges

nicolas rolinMes coups de cœur :
Savigny-lès-Beaune premier cru Arthur Girard, Beaune premier cru Pierre Floquet, Beaune premier cru Nicolas Rolin, Corton grand cru Baronne du Baÿ, Clos de la Roche grand cru Cyrot-Chaudron et Georges Kritter.

 

Impressions générales : En près d'une quinzaine d'années de dégustation annuelle aux Hospices de Beaune, il m'a rarement été donné de goûter une gamme aussi homogène. Même les cuvées du début de la dégustation (les appellations les moins prestigieuses) affichent un excellent niveau avec beaucoup de fond, un fruit intense et net. Les maturités ont atteint de bons niveaux entre 12° (Pernand-Vergelesses) et 14° (Clos de la Roche) potentiels à la récolte. La concentration des raisins et la bonne maturité des tannins (peaux des raisins) donnent des vins aux mensurations particulièrement gourmandes. Dommage que cette récolte soit si faible en volume. Seulement 512 pièces seront mises en vente (401 de rouges et 111 de blancs). Il faut remonter au millésime 1987 pour voir un si faible volume au catalogue !

Note : Ne cherchez pas les cuvées de Beaune Cyrot-Chaudron ou de Pommard Suzanne Chaudron, les parcelles ont été sévèrement touchées par la grêle. La production étant trop faible, ces cuvées ne seront pas proposées aux enchères.   


Santenay Christine Friedberg +++
Une excellente entame. Joli nez de fruits noirs. La matière en bouche est croquante et fraîche à la fois.

Pernand-Vergelesses Rameau-Lamarosse +
Des tannins solides, voire un peu rugueux. Le nez est frais et pur.

Savigny-lès-Beaune premier cru Fouquerand +++
L'aromatique est d'une belle élégance, avec un caractère floral. La bouche est dense. Du plaisir.

Savigny-lès-Beaune premier cru Arthur Girard ++++
Un vin qui surprend par sa densité, sa profondeur. La finale est très longue, réglissée. Beaucoup d'intensité.

Savigny-lès-Beaune premier cru Forneret ++
Un boisé légèrement fumé au nez. La matière est belle, mais pas aussi harmonieuses que les précédentes cuvées de Savigny, à ce jour.

Monthelie premier cru Lebelin ++(+)
Le nez offre beaucoup d'ampleur aromatique. Un vrai panier de fruits. La bouche est fraîche, d'une concentration moyenne.

Auxey-Duresses premier cru Boillot +
Des tannins un peu rustiques. L'expression aromatique est discrète. A revoir.

Beaune premier cru Maurice Drouhin +++(+)
Le nez est finement épicé. Les tannins sont soyeux en bouche et la finale est longue. Une réussite.

Beaune premier cru Hugues et Louis Bétault
Le nez manque un peu de netteté (la cuvée se présente souvent assez mal jeune). La bouche est dense mais peu dynamique. A revoir…

Beaune premier cru Brunet ++(+)
Un vin ample aux tannins assez virils, probablement marqué par le bois à ce stade. Le potentiel semble là. A suivre…

Beaune Grèves premier cru Pierre Floquet ++++
La grande réussite dans les cuvées de Beaune. Le nez est floral (pivoine). Dans la continuité la bouche est envoutante d'élégance, les tannins sont à la fois profonds et aériens. Superbe !

Beaune premier cru Clos des Avaux +
C'était la première cuvée vendangée cette année. La maturité semble peu aboutie. Le vin est vif, tendu.

Beaune premier cru Rousseau-Deslandes ++
Un vin solide, de belle constitution. Un boisé fumé marque un peu au nez aujourd'hui mais rien de rédhibitoire.

Beaune premier cru Dames Hospitalières +++
La série de beaune se termine sur un très beau trio. Ce Dames Hospitalières est profond et d'une grande longueur, sur un fruité évoquant la mûre.

Beaune premier cru Guigone de Salins +++
Un délicat et subtil mélange de maturité du fruit mais aussi d'élégance et de fraîcheur. De la dentelle…

Beaune premier cru Nicolas Rolin ++++
La cuvée du fondateur est au rendez-vous ! Les tannins sont denses et racés. Ils donnent beaucoup de gourmandise, de croquant en bouche. Un vin très prometteur.

Volnay premier cru Général Muteau +
Le nez présente une bonne complexité. Les tannins sont fermes voire durs en bouche.

Volnay premier cru Blondeau ++(+)
A nouveau un volnay qui se présente davantage avec des tannins fermes mais sa concentration laisse présager un bonne évolution. Le potentiel est là.

Volnay premier cru Santenots Jehan de Massol +++
Le nez est très élégant, floral. La bouche est d’une grande harmonie, sur des tannins de velours. Un vin « féminin ».

Volnay premier cru Santenots Gauvain ++++
Un cuvée qui conclut en beauté la  série de volnay. De la profondeur, de la mâche en bouche mais sans rugosité. Avec en point d’orgue, une finale longue et réglissée.  

Pommard Raymond Cyrot ++
Une cuvée fidèle à l’idée que l’on se fait d’un pommard. Un vin d’homme bâti sur de solides tannins. La longueur est moyenne.

Pommard Billardet ++
Le nez est frais, d’une belle pureté. En bouche la trame tannique donne plutôt dans la fermeté que dans la dentelle. Musclé !

Pommard premier cru Epenots Dom Goblet +
Marqué par le boisé, un caractère légèrement oxydatif. Sûrement dans une phase ingrate de son élevage…

Pommard premier cru Dames de la Charité ++
A nouveau un pommard aux mensurations d’un beau bébé, à la peau un peu plissée… Les tannins doivent s’attendrir. De l’avenir.

Corton grand cru Charlotte Dumay +
Le boisé est assez marqué au nez, comme en bouche. Ce corton sèche un peu en bouche. Rugueux.

Corton grand cru Docteur Peste ++(+)
Du fond, de la matière, une certaine longueur également. Un fois les tannins un peu assagis par l’élevage, cette cuvée devrait donner un solide corton, taillé pour bien vieillir.

Corton Clos du Roi grand cru Baronne du Baÿ ++++
Un corton doté d’un surcroît d’élégance, de complexité, de longueur par rapport aux deux cuvées précédentes. Une remarquable finesse qui,  au final, offre tout simplement un supplément de plaisir.

Clos de la Roche grand cru Cyrot-Chaudron et Georges Kritter ++++
« Nous l’avons vendangé le 21 septembre. C’était je crois le moment idéal pour récolter ces raisins », précise Roland Masse. Cette cuvée offre effectivement beaucoup d’ampleur, de gourmandise. Les tannins sont veloutés. L’une des grandes réussites de ce millésime.

Mazis-Chambertin grand cru Madeleine Collignon ++++
Plus discret que le Clos de la Roche, ce mazis-chambertin séduit néanmoins par la remarquable finesse de sa texture. Elle évoque le satin. La finale est longue et racée. Une valeur sûre…

 

Les blancs
 

bahezre de lanlayMes coups de cœur : Pouilly-Fuissé Françoise Poisard, les deux cuvées de Corton-Charlemagne, Meursault-Genevrières premier cru Baudot, Meursault-Charmes premier cru Bahèzre de Lanlay.

Impressions générales : A l’image des rouges, les cuvées de blancs sont d’une excellente concentration. De bons niveaux d’acidité leur assurent un bel équilibre. Il semble néanmoins que ce millésime privilégie davantage la richesse que la fraîcheur. A noter toutefois que les stades d’évolution, différents d’une cuvée à l’autre,  rendent les comparaisons peu aisées.

 

Saint-Romain Joseph Menault ++(+)
Du fruit frais au nez et une bouche vigoureuse, voilà une cuvée qui ne manquera pas de tonus.

Pouilly-Fuissé Françoise Poisard ++++
Le nez est expressif, sur les fruits exotiques. La bouche confirme cette bonne maturité en offrant beaucoup de rondeur et de puissance. Très gourmand.

Meursault Loppin +++
Un vin riche, opulent, profond. Ce meursault séduit par son évidente concentration et la maturité de son fruit.  

Meursault Goureau +++(+)
Avec ces arômes, bien intégrés, de fruits secs grillés, le nez est bien typé meursault. La bouche est d’un remarquable équilibre. Du potentiel.

Meursault-Porusots premier cru Jéhan Humblot
Le nez est frais, sur des notes florales. La bouche est pour l’heure enrobée d’un peu de sucre résiduel. Le pronostic est bon mais il reste difficile de noter ce vin pour l’heure.

Meursault-Genevrières premier cru Baudot ++++
Un grande finesse se dégage tant sur le plan aromatique que dans la matière en bouche. Le caractère délicat mais intense des Genevrières est bien là.

Meursault-Genevrières premier cru Philippe Le Bon +++(+)
Un grande harmonie se dégage en bouche, la finale offre une belle fraîcheur. Il est un peu plus fermé au niveau aromatique pour l’heure. Une grande bouteille en devenir.

Meursault-Charmes premier cru Albert Grivault +++
Un vin très gourmand, tout en fruit. La longueur est plus moyenne.

Meursault-Charmes premier cru Bahèzre de Lanlay ++++
Un vin qui séduit surtout par sa grande persistance. Tout est en place - équilibre, complexité, concentration - pour donner un grand vin.

Corton-Vergennes grand cru Paul Chanson +
S’il y avait une petite déception dans cette dégustation, la voici. Ce vin semble sans grand relief. Avec le temps peut-être…

Corton-Charlemagne grand cru Roi soleil ++++
La minéralité du corton-charlemagne, la fraîcheur, la tension sont bien là. Un grande longueur ponctue la dégustation. Un vin racé.
 
Corton-Charlemagne grand cru François de Salins ++++
A l’image de la cuvée « Roi Soleil », cette deuxième cuvée de Corton-Charlemagne confirme l’excellent comportement de ce terroir dans ce millésime peu commun. Densité, minéralité et finale citronnée…

Bâtard-Montrachet grand cru Dames de Flandres ++++
Une cuvée, grand format, qui se distingue toujours par sa concentration et sa puissance. Il aurait été étonnant que ce millésime 2012 fasse exception à la règle. Un beau bébé.

 

Lire la suite

Tous des profiteurs ?

27 Octobre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #polémique, #Bio, #Biodynamie

La boite à insultes et anathèmes est grande ouverte depuis la divulgation des pitoyables pratiques du DG de Marie-Claire. Voici une autre petite histoire de journaliste. En passant... 

Vignes Bret BrothersC'est l'aventure de trois frères. Jean-Philippe, Jean-Guillaume et Marc-Antoine Bret. Ils ont grandi dans une ville nouvelle de la région parisienne (Elancourt). Bien loin de la roche de Solutré qui les voit aujourd'hui s'épanouir. "Nous passions toutes nos vacances à Vinzelles dans le Mâconnais. Notre grand-père maternel nous emmenait chez ses amis vignerons". La famille est également propriétaire de quelques parcelles de vignes confiées à la cave coopérative locale. Très tôt, les jeunes garçons ont projeté de reprendre l'exploitation de ce vignoble. De devenir vignerons. En 2000, Jean-Philippe et Jean-Guillaume donnaient donc un nouveau souffle au Domaine de la Soufrandière.
Ils passent énormément de temps à soigner leurs vignes et optent dès le départ pour la viticulture bio (ils sont depuis certifiés en biodynamie). Ceux qui ont vu le film de Guillaume Bodin (
La Clef des terroirs) auront un bon aperçu de leur approche. En 2002, ils présentent leurs premiers millésimes, alors mis en bouteille, à nos dégustations. Ils ont alors 28 et 27 ans. La qualité de leurs Pouilly-Vinzelles fait mouche dans nos sélections à l'aveugle. Ils sont mis en avant (BA 47), textes et photo, parmi les domaines à ne pas manquer. Ils connaissent alors pour la première fois les honneurs de la presse. Le domaine de la Soufrandière et l'activité de négoce qu'ils ont développés dans un deuxième temps (Bret Brothers) ont depuis régulièrement été mentionnés dans nos pages. La qualité de leurs vins a même encore franchi un palier ces derniers millésimes. Nous les avons d'ailleurs titrés "Vignerons de l'année" dans notre magazine à paraître début décembre. Je les ai rencontrés à nouveau ce lundi pour la rédaction de l'article qui accompagnera notre palmarès.

Dois-je le préciser, rédacteur en chef adjoint de ce magazine, je n'ai jamais reçu aucune gratification de leur part (pas de coffre rempli de bouteilles pour ces articles), les frères Bret n'achètent pas d'espaces publicitaires dans nos pages. Ils ne sont pas de ces "gros opérateurs" disposant d'un budget conséquent pour s'offrir des campagnes de presse ou de relations publiques. 

Vous l'aurez compris, l'envie m'est venue d'écrire ce post en lisant les réactions à la pitoyable histoire du DG de Marie-Claire. L'homme qui s'invitait accompagné dans les restaurants de son choix pour de prétendues raisons rédactionnelles...  (lire ici). A la lecture des réactions du type  "les journalistes se croient tout permis c’est bien connu !", "tous des profiteurs", "rois de l’avantage en nature", j'aimerais signaler par cet exemple que tous les journalistes ne se reconnaissent pas dans le type de comportement de cadre d'un groupe de presse. J'en connais de nombreux parmi mes collègues. Et pour prendre un peu de hauteur, j'invite ceux qui ont l'insulte et l'amalgame faciles, devant leurs écrans d'ordinateurs, à lire un rapport de Reporters sans frontières. Histoire de rappeler que, parmi les titulaires de la carte de presse, un certain nombre d'entre eux n'ont plus, ou n'auront plus la chance, de payer leurs additions en sortant du restaurant.
Journalisquement vôtre !

Photo : Les vignes des frères Bret dans l'objectif de Guillaume Bodin. 

 

Ps : Une anecdote montrant que le goût de l'avantage en nature n'est pas le monopole d'une profession en particulier. Un négociant retraité de Beaune m'a raconté qu'un jour son banquier organisait une fête pour une occasion quelconque. Ce dernier lui a demandé : "Vous n'auriez pas des bouteilles à nous donner puisque vous en avez beaucoup à disposition". Le négociant lui a répondu : "Avec plaisir, en échange vous n'auriez pas de l'argent à me donner puisque vous en avez beaucoup à disposition !"

Lire la suite

Dégustations "master class" sur les Hospices de Beaune

9 Octobre 2012 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Hospices de Beaune, #A Portée de Vins, #Dégustation

A Portée de Vins et Hospices-beaune.com lancent des dégustations prestiges sur les Hospices. A la rencontre de quelques-unes des plus belles cuvées de ce domaine unique…
HDetiquette1_DSC0032.JPGJe n’ai pas rencontré Jean-David Camus où j’aurais pû m’y attendre. C’est-à-dire dans les caves des Hospices de Beaune ou sous la halle lors de la fameuse vente aux enchères de l’institution. Non, nous nous sommes croisés sur les bancs des cours du certificat professionnel d’analyse sensorielle au centre technique des vins de Bourgogne. Mais qu’importe la rencontre s’est produite. Notre intérêt commun pour les Hospices a fait le reste. Je venais de sortir mon
livre, Jean-David développait son idée de regrouper des particuliers pour faciliter l’achat des vins lors des enchères de novembre.
Le fruit de cette rencontre est aujourd’hui mûr : des dégustations « Master Class » sur… Faut-il vraiment que je le précise ?
Pendant deux heures les participants découvriront ce qui rend unique ce domaine : culture de la vigne, terroirs, vinification, exigence qualitative, etc. Le programme des réjouissances : cinq cuvées, soigneusement sélectionnées (nous en avons dégusté une quinzaine la semaine dernière chez Albert Bichot), et particulièrement représentatives de la qualité de la production des Hospices de Beaune : Meursault premier cru, Beaune premier cru, Corton grand cru, etc. Pour plus d’infos, consultez la page dédiée à cet évènement :
c'est ici. Les places commencent déjà à se faire rares (la session de l’après-midi est pleine). Une bonne idée cadeau à offrir ou à s' offrir…
Ce type de dégustation pourrait se renouveler à la demande et pourquoi pas se délocaliser dans la capitale quand l’arbre (fruitier) aura pris de l’altitude. N’hésitez pas à vous manifester.

Lire la suite

Un millésime peut en cacher un autre

16 Décembre 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Millésime 2010, #Millésime 2009, #Dégustation

Millésime surcoté, l'étoile de 2009 a pâli. A moins que ce ne soit 2010 qui brille un peu plus fortement qu'attendu.

Bouchard.jpgC'est un des sujets de discussion favori du moment dans le vignoble. Que vaut exactement le millésime 2009 ? Avant même les vendanges, la dernière récolte de la décennie 2000 avait suscité l'engouement : soleil, maturité et raisins parfaitements sains. Une production confortable aussi. Les vins sont bons, croquants, gourmands. "Ils ont une sucrosité formidable et plaisent à tous le monde, constate François Labet", à la tête du Château de la Tour, producteur de Clos de Vougeot. Pourtant la plupart des producteurs confie rapidement avoir un penchant pour les 2010.  "Je crois que je préfère 2010, voir même 2008. Des millésimes avec moins de rouges à lèvres mais avec de la vigueur", poursuit François Labet. Pascal Lachaux, domaine Arnoux-Lachaux à Vosne-Romanée confirme : "2009 est surcoté". Certains 2009, issus de rendements trop généreux, manquent de corps et d'acidité. Ils paraissent aujourd'hui un peu ternes et promis à un avenir incertain. Tout l'inverse du millésime 2010. Au fur et à mesure des dégustations, l'élevage entrant dans sa phase terminale pour les plus grandes cuvées, ce millésime se révèle d'un équilibre et d'une pureté remarquable, en rouge comme en blanc. L'été a été nettement plus frais qu'en 2009, mais les rendements ont été bien inférieurs également (facilement 30% de récolte en moins). La faute, ou plutôt grâce, à un printemps froid qui a perturbé la floraison dans les vignes. Au final, les vignerons ont récolté de petites grappes fermes et bien concentrés. Illustration chez Bouchard Père et Fils. La traditionnelle dégustation organisée en novembre par la maison beaunoise pendant le week-end de la vente des Hospices de Beaune a rarement été aussi enthousiasmante. Pureté aromatique, harmonie et équilibre en bouche, profondeur et longueur... Difficile de faire ressortir telles cuvées par rapport à d'autres tant l'ensemble paraissait homogène. Les premiers crus volnay  Caillerets ou nuits Les Cailles, le corton ou encore le chambertin-Clos de Bèze étaient superbes. En blanc, le meursault Les Clous, le premier cru Genevrières (toujours à meursault), le corton-Charlemagne, et bien-sûr les deux cuvées de chevalier-Montrachet et le montrachet, himself, atteignaient des sommets. Bref, si vous avez des vins du millésime 2009 en cave, surveillez leurs évolutions. Et si ce n'est déjà fait prévoyez une petite place pour y mettre quelques 2010...

Photo : Dégustation chez Bouchard Père et Fils le 18 novembre dernier.

Vidéo des vendanges 2010 au domaine Joanna et Michel Ecard. 

Lire la suite

Hospices de Beaune : stop ou encore ?

4 Novembre 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Hospices de Beaune, #Millésime 2010, #Millésime 2011

Beaucoup de vins mis en vente et un contexte économique très incertain… Difficile d'imaginer la vente aux enchères des Hospices de Beaune 2011 enchainer une troisième hausse consécutive.

Tablo recordLa vente aux enchères des Hospices de Beaune 2010 a été un moment de grâce. Venant après un millésime 2009 particulièrement attractif, la hausse de 11,25 % du prix moyen des vins a été une surprise. Elle a conforté le choix des Hospices de faire appel à Christie's, fidélisant ainsi une nouvelle clientèle particulière. Depuis 2005, date d'entrée en lice de la maison anglaise, une seule vente (2008), s'est terminée dans le rouge.

Un moment de grâce aussi pour cause d'anniversaire : c'était la 150e édition. L'événement a créé une émulation. La pièce de charité, adjugée à 400 000 €, a pulvérisé son record.

L'édition 2011, le 20 novembre, aura-t-elle des allures de lendemains qui déchantent  ? C'est fort possible. Peu de ventes des Hospices de Beaune se sont déroulées dans un contexte économique aussi perturbé. La situation n'était guère brillante l'année dernière direz-vous… Certes, mais à l'évidence elle s'est encore dégradée depuis. La Bourse de Paris était à 3860 points à la veille du week-end de la vente des vins 2010 (le 19 novembre). Elle est aujourd'hui aux alentours de 3100 points.

L'effet volume est aussi défavorable cette année. En 2010, année de petite récolte,  643 pièces (fûts de 228 litres) étaient mises en vente. Elles sont 761 cette année. C'est la quatrième vente la plus dotée dans l'histoire des Hospices.

On ne peut guère invoquer l'effet millésime pour aiguiser les appétits. 2011 est un millésime intermédiaire : bon sans être exceptionnel.

Le seul signal positif tient à la bonne tenue des ventes de Bourgogne à l'export. Au cours des 7 premiers mois de l'année les expéditions ont progressé de 17% en valeur flirtant avec les records atteints en 2007. Avec un bémol de taille tout de même, ces chiffres sont tirés vers le haut par la mise sur le marché des premiers et grands crus du médiatique millésime 2009.

Bref, Inès de la Fressange et Christian Clavier, les deux présidents d'honneur de la vente, risquent d'avoir fort à faire pour égayer l'après-midi…

Lire la suite

Grands crus : la machine à vendanger interdite ?

27 Mai 2011 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Grand cru, #polémique, #AOC

Cinq propriétaires de grands crus souhaitent interdire la machine à vendanger dans leurs vignes. Traditionalisme ou salutaire réflexe de sauvegarde ?

Vendanges-manuelles.jpgUne machine à vendanger dans le Clos de Vougeot ! Impossible ? Non, c'est la scène à laquelle on peut assister tous les ans. Un des propriétaires de ce fameux clos a pris cette option depuis quelques années déjà. Et ce n'est pas l'unique cas de grands crus vendangés à la machine.

Les puristes, attachés à la tradition ou au "folklore" des vendanges, s'offusquent. Il n'y pas qu'eux.

Les grands crus monopoles, La Romanée, La Romanée-Conti, La Tâche, Clos de Tart et La Grande Rue souhaitent que leurs cahiers des charges d'appellation bannissent l'utilisation de ces machines. La proposition a été faite à l'Institut des appellations (INAO). Pourquoi ces cinq là ? Il s'agit de grands crus monopoles dont les propriétaires ont toute latitude pour demander l'amendement des décrets régissant leurs conditions de production, sans rendre de comptes à leurs collègues.

Les tenants de la machine plaideront qu'un engin bien mené et bien réglé fait du bon travail. "Peut-être meilleur encore qu'une équipe de mauvais vendangeurs", entend-on régulièrement. Sans doute vrai. Mais les partisans de l'interdiction ne manquent pas d'objections. Louis-Michel Liger-Belair (propriétaire de La Romanée), président de l'Union des grands crus, fait le tour des arguments plaidant pour l'interdiction. Parmi eux, la configuration des terroirs en grand cru. Installés sur des pentes souvent relativement inclinées, la conduite et le réglage de la machine y sont délicats. Par ailleurs, une vendange mécanique rend le tri des raisins difficiles. Il faut aussi déplorer les éventuels dégâts infligés aux ceps secoués. Ou encore insister sur le fait que le passage d'une machine lourde n'est pas très bon pour les sols… Enfin, et c'est sans doute l'argument qualitatif le plus important : le pinot noir, cépage fragile, déteste être trituré. Plus les raisins sont mis en cuve frais, et parfaitement intacts, plus les chances de produire un grand vin sont importantes. La machine n'offre pas les meilleures garanties dans ce domaine. Beaucoup moins en tous cas que des grappes délicatement posées dans une petite caisse et transportées à la cuverie sans crainte de tassement.

Il est largement admis dans la communauté vigneronne que la machine obère la qualité des vins rouges, mais pas ou très peu celle des blancs (le chardonnay étant moins délicat).

Le seul élément positif de la machine est d'éviter au producteur d'avoir à mobiliser rapidement et à gérer les équipes de vendangeurs. La tâche, c'est vrai, n'est pas toujours simple quand on veut cueillir au juste moment.

Certains producteurs adeptes de la machine en reviennent. Patrick Mallard (Ladoix-Serrigny), propriétaire dans les Cortons a réinvesti dans le sécateur lors des dernières vendanges. Jusqu'alors tenant du 100% machine, il a récolté ses grands crus 2010 à la main. "Ces vins ont plus de fond", constate-t-il. Il prévoit de repasser une plus grande partie du domaine aux vendanges manuelles dès la prochaine récolte.

"Les études ont montré que la qualité d'une vendange mécanique est inférieure à celle d'une vendange manuelle. Les Champenois et les producteurs de crémants de Bourgogne l'ont interdite, nous pouvons nous permettre de l'interdire nous aussi !", conclut Louis-Michel Liger-Belair.

Enfin, on peut aussi évoquer le rôle social des vendanges, une de ces activités ritualisées qui rythmait la vie de nos campagnes il y a encore peu. Elle continue à fournir quelques milliers d'emplois chaque année.

Economiquement, la machine n'a pas grand avantage : une économie de seulement 1 000 euros à l'hectare (selon Louis-Michel Liger Belair). Le prix de quelques fûts neufs… N'oublions pas que l'on parle ici de la crème de la crème de la Bourgogne : les 2% de sa superficie la mieux valorisée… La Bourgogne des grands crus s'honorerait à généraliser cette interdiction.

Photo : Vendanges, manuelles, d'un grand cru de la Côte de Nuits. 

Lire la suite