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365 jours en Bourgogne

Y'a un insecte dans le potage !

14 Juin 2013 , Rédigé par Laurent Gotti Publié dans #Flavescence dorée, #vin bio, #polémique

La maladie de la flavescence dorée sème le trouble en Bourgogne. Les traitements insecticides obligatoires font polémiques. La pilule est amère pour certains vignerons soucieux des effets environnementaux.

Un retour vingt ans en arrière… Depuis la semaine dernière la totalité des vignerons de Côte-d'Or ont l'obligation de traiter leurs vignes contre un insecte volant, une cicadelle porteuse de la maladie de la flavescence dorée. Le décret préfectoral a été signé le 7 juin. Pour bon nombre de producteurs de Côte de Beaune et de Côte de Nuits, ce traitement marquera le retour à une pratique qu'ils avaient mis au placard depuis des années : le recours aux insecticides. Jusque dans les années 1990, ce type de traitements était la norme. A l'époque, il s'agissait d'éradiquer des acariens phytophages perturbant la maturation des raisins par leurs piqûres sur la vigne.

Depuis, les chercheurs et techniciens ont mis en place une alternative bien plus écologique : la réintroduction des typhlodromes, une autre espèce d'acariens, prédateurs des petites araignées gloutonnes. Jusqu'alors ces précieux typhlodromes étaient éradiqués en même temps que leur repas par les traitements phytosanitaire. Une autre version de la parabole du gant de boxe pour tuer un moustique… Le coup écrase tout sur son passage, le "mauvais" en même temps que le bon.

Dans les années 1990, couplé à la mise place de la confusion sexuelle (contre des chenilles), le succès de ces réintroductions a souvent été cité en exemple comme une avancée majeure dans la mise en place d'une viticulture plus propre et respectueuse de l'environnement. On sortait enfin du recours au tout chimique.

L'apparition de la flavescence dorée en Bourgogne est donc tout sauf une bonne nouvelle. La menace est prise très au sérieux par les professionnels : elle a fait de gros dégâts dans le sud-ouest de la France et a parfois été comparée à un nouveau phylloxéra. Un pied de vigne infecté peut en contaminer de sept à dix autres autour de lui.

En Côte d'Or, la cicadelle est très présente mais aucun de foyer de maladie n'a été détecté. Ce n'est pas le cas en Sâone-et-Loire, département qui compte une zone virulente. Les vignerons y sont contraints de procéder à 3 traitements cette année sur toutes les communes.

Indispensable ? Les producteurs les plus sensibles aux questions environnementales et sociétales ne manquent pas de se poser la question. La science leur apporte peu de réponses. Le comportement de ce phytophlasme (micro-organisme qui circule dans la sève) et son mode de transmission sont mal connus des chercheurs. La mise en place de ces traitements semblent être une mesure prise par défaut et témoigne d'un certain désarroi.

Pour certains vignerons, le recours aux traitements obligatoires sur une large zone leur apparaît bien peu raisonné. Il pourrait prendre un caractère de débat de société. Le parti Europe Ecologie les Verts de Bourgogne est monté au créneau. "Les expériences menées dans d’autres régions montrent que cette maladie ne s’éradique pas sur le court terme et que traiter des zones saines est inutile. La solution du préfet apparaît donc surdimensionnée", communique-t-il.

Les responsables de la filière avancent quelques arguments à même de calmer les esprits suspicieux. "Les méthodes de gestion de la lutte actuelle et des solutions de lutte alternative plus économes en insecticides sont en cours d’expérimentation", précise un site internet d'information mis spécialement en place. Après quelques premières expérimentations au laboratoire et sur le terrain, on voit déjà apparaître quelques pistes de raisonnement : utiliser les auxiliaires contre la cicadelle, empêcher son accouplement avec l’émission de vibrations, l’attirer dans une zone précise pour la détruire de façon ciblée (technique push-pull), rechercher des vignes plus résistantes. Résultats à suivre."

En attendant l'été promet d'être assez chaud en Bourgogne. Et il est à craindre que les températures montent encore d'ici la date du premier traitement, début juillet.

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